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CHAPITRE IV

Vonforntité des dogmes mystérieux de la Grèce avec les rites et les dogmes sacerdotaux.

X'opf a TU que les religions sacerdotales, conservant au sein de la civilisation des traces de fétichisme, attribuaient à leurs dieux des figures tantôt grossières , tantôt monstrueuses : les divinités adorées dans les mystères de Samothrace étaient des troncs informes , suivant Hérodote (i). Bacchus qui , dans les premiers temps de la Grèce, avait porté, comme dans l'Orient, une tête de taureau, mais que les statuaires et les poètes avaient dégagé de cet emblème hideux , le reprenait dans le culte secret qui lui était rendu sous le nom de Zagréus (2).

(i)T. II, 5i.

(2) V. NoNKUs et d'aatres. Dionysus Zagrëus, à la tête de taureau, était fils de Jupiter et de Perséphoné. Il est parlé de ce Baccbtis difTortne dans Pausanias, cité par Eusèbe (Praep. ev., V, 36). Bac- ■chos reprenait aussi ses ailes dans les mystères , sous le nom de Bacchus Psitas. On le yoit 'ainsi dans les monuments d^Herculanuni. Ces deux attributs, qui rappelaient l'enfance de Part, exprimaient, le premier, une notion astronomique; le second, la régénération de Tame et son retour-au ciel. Cérès, dans les mystères, était armée 4l*une épcc , comme en Perse Diemschid d^un poignard. Le Saturne vou Hercule Orphique avait également une tctc de lion ou de taureau, avœ des ailes et un corps d'homme.

irVKE XIII, GUAPITRE IV. ig

Les prêtres du polythéisme sacerdotal adoptaient dans leurs représentations dramatiques le costume de leurs dieux <, et, parcourant toute Féchelle de leurs conceptions accumulées , tantôt se travestissaient en animaux , tantôt imitaient de leur mieux l'éclat éblouissant dont brillent les astres. Nous retrouvons dans les mystères de Samothraeé et ailleurs des déguisements du même genre (i). Ceux qui se font recevoir aux Léontiques (2) , dit Porphyre (3) , revêtent différentes formes de bêtes farouches , ou tracent sur leurs Têtements ces diverses figures (4).

(1) Dans les Panathénées, un prêtre représentait Baccbus. Cette adoption du costume et en même temps du nom des dieux par les prêtres, a produit une grande confusion , tant dans les fables de la religion publique que dans les mystères. Il est presque impossible de distinguer les prêtres d^avec leurs dieux, Thistoire des dieux de celle de leurs prêtres. Dans les mystères Idéens, par exemple, Jasion est un dieu : dans ceux de Samothrace , c'est un prêtre Une fable postérieure réunit les deux traditions , en donnant à Jasion pour femme Gérés et pour dot l'apothéose.

(2) Autre nom des MIthriaques.

(3) PoBPu. de Abst., IV, i6.

(4) Parfois, mais rarement, ces déguisements passaient des mystères dans les rites publics. Lo Scholiaste manuscrit d'Aristide ^>rat. Lanalh. éd. lebb., p. 9G) remarque qu'aux Bacchanales , un Jpétre remplissait le rôle de Baccbus, un autre celui d'un satyre. DansVALERius Flaccus (Argonaut., 11,264 et suiv.), Hypsipyle revêt son père du costume de Baccbus. Ces usages furent transportés h Rome , dans les Céréales et dans les. Isiaques. Commode parut luimême dans une fête avec la têle d'Anubis (Lamprid. in Commodo, cap. ^ , et on lit dans les notes de Casaubon des vers adressées à un consul qui s'était montré ainsi publiquement dans une cérémonie.

Tcque domo palria pictum cuiù fascibus ante * ?<unc quoquc cum sistro facicm portare caninam.

Le caractère de plusieurs divinités mystérieuses est double, comme celui des divinités indiennes. Cérès , de même que Bbavani , est tantôt protec-* trice, sous le nom de Leucothée (i) , tantôt fu-^ rieuse , sous celui de Cérès Érynnis.

On a nié les sacrifices humains pratiqués dans les mystères , et Ton a soupçonné de calomnie les chrétiens qui avaient imputé à leurs adversaires ces rites odieux. Mais indépendamment du témoignage des historiens et des pères de l'Eglise (3) , celui de Porphyre (3) y qu'on ne peut soupçonner d'un motif de haine , est positif et irrécusable. Dans les Dionysies , dit-il , à Chio et à Ténédos 3 un homme était immolé en mémoire de la fable de Bacchus , mis en pièces par les Titans. Il était si notoire , du temps d'Adrien , que les Mithriaques étaient souillés par des rites pareils , qu'il crut nécessaire de les prohiber expressément. Ils subsistèrent malgré sa défense^ et les victimes servaient aux extispîces. (4). Une ancienne tradition , à laquelle Euripide se réfère^ fixe le sacrifice d'une fille d'Érechtée , précisément à l'époque où les mystères d'Eleusis furent institués (5). Si

(1) CicER. de N. D., m, 19. OviD. Fast., VI, 545.

(2) SocRAT. Hist. ecclés., III, 2.

(3) DcAbst.,II, 56.

(4) Photius, BiLI., 1446.

(5) EcRip. Phdn., 860-8G1. Pacsit. Allie, 38. V. aussi Crectzer, pour les sacrifices humains dans les Mitliriaques, II, 219.

nous pouvions admettre Fassertioa de Lampride (i), qu'ils n'offiraient qu'une représentation de ces sacrifices sans effusion de sang , ce n'en se-^ rait pas moins une conformité frappante aTec le polythéisme sacerdotal, où ces représentations avaient toujours lieu , lorsque l'adoucissement des mœurs ne permettait pas la réalité.

Les purifications, si usitées chez les nations soumises aux prêtres , ne l'étaient pas moins dans les rites mystérieux transplantés en Gréée , et ces purifications étaîent,4u même genre. Tantôt o^i faisait passer les profanes entre des brasiers ar dents ou des bûchers enflammés (2); tantôt on les suspendait en Pair, pour que le souffle des vents emportât leurs souillures (3) ; tantôt on les arrosait d'une eaii consacrée (4).

(i) Lampr. in Comm.

(a) GoRi, Mus. Et ruse. I. Pausak. Bœot, ao.

(3) Virgile, Énéid., VI. Nous n*avons pas Thabitude de citer des auteurs romains en preuve d'usages grecs; et, par exemple, nous nout garderions bien d*»ppuyer, comoie certains érudits français , de Tautorité de Virgile, nos assertions sur Tenfer d*Homère. Mais on sait que tout ce que dit Ânchise à Énée dans le 6* livre de TÉnéide est une description des mystères établis en Grèce.

(4) Toutes ces cérémonies tenaient à un dogme inhérent aux religions sacerdotales, et que nous verrons tout à Theure devenir la base et le principe fondamental des mystères, celui du retour au ciel des âmes purifiées. Dionysus était d^ordinaire le grand purificateur. Ce dogme étafit, en efîet, le plus nécessaire au pouvoir des prêtres. On sait quel parti TÉglise romaine en tira jusqu'à la réformalion. Pour Tinculquer davantage, on représentait les punitions de l'ame aux enfers.

23 DE LA RiSLIGIOR,

L'idée de purification est naturellement accompagnée de l'interdiction de certains aliments , considérés comme immondes (i). Cette interdiction se trouve également dans les relions sacerdotales et dans les mystères (3) •

Il y avait , chez les peuples gouvernés par les prêtres , des animaux dont il était défendu de se nourrir, non qu'ils fussent impurs, mais à cause de certains dogmes, qui étaient venus sanctionner le respect qu'avaient conçu pour ces animaux les peuplades encore fétichistes. Les Syriens s'abstenaient de poisson , parce que fes poissons avaient été leurs fétiches (3) ; et leurs prêtres donnant , comme toujours , un motif abstrait à une superstition vulgaire , expliquaient cette abstinence par leur cosmogonie , qui faisait de la mer un élément sacré , et des poissons ses habitants une race sacrée comme elle (4). La même privation était ordonnée à Eleusis.

Le renoncement aux plaisirs des sens, hommage que le polythéisme sacerdotal rend partout à ses dieux jaloux , était un des devoirs prescrits , tant

(i) DioD., II, 4- Pausan., ï, 38. Attic, 3;. .

(a) Apul. Met., X; Pausan., Arcad., i5,; Pobphtr. de Abst., IV, 16. Les fèves proscrites en Egypte étaient repoussées des Éleiisinies. A iExone, bourg de TAttiquc, on i\*osait pas manger d'un certain poisson , parce qu'il était regardé comme sacré dans les mystères.

(3) V. t. III, p. 339.

(4) DiODOR., II, 4. Pacsah., 38.

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