‹ De la Réorganisation des Assurances SocialesChapitre 12 sur 29 · RER · texte numérisé non relu

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faisants d’une lampe... teintée de bleu, sous les yeux émerveillés et reconnaissants d’une mère qu’ils avaient convaincue des bienfaits des rayons ultra-violets ?

Inutile d'ajouter que les séances efficaces se répétaient régulièrement.

Les Caisses d’Assurances n’ont-elles pas eu bien souvent l'occasion de faire poursuivre des dentistes qui, à quelques années d'intervalle, avaient arraché deux fois les mêmes dents de leurs clients ou parfois plus de 40 dents dans la même bouche? N'ont-elles pas dû également mettre un arrêt aux exploits de ce médecin trop zélé, qui, ardent précurseur, traitait toutes les maladies par l’électricité parce que précisément les soins électriques sont les mieux remboursés par les tarifs de responsabilité des Caisses, et qu’en excipant de cet état de choses, il pouvait plus aisément rançonner ses clients ?

Enfin, ne voit-on pas continuellement en banlieue des médecins roumains le plus souvent (Paris est en effet entouré d’une véritable ceinture roumaine de médecins) auxquels les malades doivent cacher leur qualité d’assurés s'ils ne veulent pas que leur soit applliqué le tarif fort? Le raisonnement suivant leur est tenu :

« Ah! vous êtes assuré social; eh! bien, je vais vous prendre francs 25, mais vous marquer deux consultations. Ainsi, on vous remboursera francs 20 et vous n'aurez que francs 5 à débourser. »

Chacun y trouve son compte évidemment, sauf les caisses d’Assurances Sociales qui auront à rembourser le prix de deux visites au lieu d’une.

Ces exemples évidemment ne sont pas là pour porter le discrédit au sein du corps médical. Mais il est trop certain qu'avec les assurances, en général, ef plus particulièrement avec les Assurances Sociales, ce fut comme une génération

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spontanée de médecins marrons, Les abus existent; il faut les signaler. Il faut surtout les faire disparaître.

Nous voyons qu’en résumé notre loi d’Assurances Sociales est insuffisante quant à son organisation du risque maladie.

Elle conduit à des abus criants, elle est très onéreuse pour les caisses et pour les assurés et enfin et surtout elle manque son but, car elle ne protège pas efficacement les assurés contre les maladies.

Or, il importe d'arriver à ce résultat, que les assurés, lorsqu'ils seront malades, n’hésitent pas à se faire soigner par crainte de frais trop lourds, et qu’ils puissent en cas de longues maladies ou d’opérations chirurgicales être hospitalisés dans des établissements modernes et bien organisés et ne dépendant que des caisses.

Nous allons reprendre ces deux points.

Peu nous importe que toutes les traditions du corps médical soient bouleversées par les Assurances Sociales. Le corps médical qui se pique de néophilie a précisément là une occasion de montrer qu’il en est vraiment ainsi.

Il est invraisemblable de constater que ce sont les caisses qui doivent faire la leçon aux médecins et leur rappeler leurs devoirs envers les assurés. Le corps médical, cependant, n’ignore pas que sa collaboration loyale et confiante est indispensable aux Assurances Sociales. Il sait en outre — ou doit savoir — que l’ère de la lutte est pour lui terminée. Les Assurances Sociales sont en marche, et rien ne les arrêtera; force lui est donc de s'adapter aux formes nouvelles de notre Société considérée du point de vue médical, avec l’aide ou la contrainte du législateur.

Il semble bien que le premier effort du législateur dût porter sur un point dont il est fort souvent question et que

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cependant l’on rejette toujours dans l’ombe, peut-être parce que nos législateurs sont en grande partie des médecins, celui de l'institution d’un « ordre des médecins », semblable à celui des avocats. L'inscription à cet ordre serait obligatoire pour exercer la médecine. Et l’on pense que les brebis galeuses pourraient en être chassées impitoyablement par suite d’une discipline et de règlements sévères et d’une surveillance adéquate.

Si une première épuration du corps médical pouvait en résulter, ce serait déjà un résultat très appréciable. Mais, malgré tous les efforts qui pourront être faits dans ce sens, il semble que l’application de la médecine individuelle ne donnera jamais de bons résultats dans le domaine des Assurances Sociales.

Ne suffit-il pas pour s’en convaincre de rapprocher ces deux expressions médecine individuelle et Assurances Sociales? À notre avis, il faut faire une place sans cesse grandissante à la médecine collective. Médecine collective que justifient d’abord les abus de la médecine individuelle et son prix élevé, et que justifient ensuite les nécessités de la médecine moderne. Car, il faut bien le dire, la médecine de quartier est impuissante pour soigner efficacement. Bien des députés, et notamment le Docteur Grinda, ont montré la nécessité d’une .médecine collective. Citons notamment : « La visite, l'opération ne constituent plus toute la médecine. La plupart des opérations rie peuvent être entreprises sans être précédées d'analyses, de réactions diverses, d’inoculations, sans examen histologique, bactériologique, radioscopique. Toutes ces interventions nécessitent la mise en œuvre d’un outillage ou de produits extrêmement coûteux, le radium par exemple, qui ne peuvent être la propriété du praticien. »

Et cependant, on a émis des doutes sur la possibilité d’une

telle médecine en France et l’on n’a pas manqué de faire ressortir l’individualisme du Français, son indépendance et sa répugnance à se soumettre à tout ce qui est préalablement organisé, hiérarchisé. Tout cela n’est pas sérieux; et si de grands pays comme l'Allemagne et l'Angleterre ont adopté rapidement une telle médecine, il n’est pas douteux que notre pays verra bientôt une évolution semblable à celle de ses voisins. Le plus gros obstacle réside bien plutôt dans l’insuffisance de nos établissements sanitaires les plus indispensables. Et il est évident que la création de ces établissements est une œuvre de longue haleine et qu’en attendant sa réalisation complète, un régime transitoire doit fonctionner. Lequel? La meilleure solution, et peut-être ausis la seule, est de continuer le régime existant après l'avoir amélioré sur certains points.

Et ce que nous visons surtout, c’est permettre au malade peu fortuné de se soigner et de se reposer, c’est annihiler chez lui les soucis d'argent, lorsque sa santé ou celle des siens est menacée.

Pour atteindre ce but, plusieurs réformes peuvent être apportées à notre loi. Mais ne tendant qu’à l'amélioration de Ja loi, elles n’ont donc pas le caractère organique des précé- dentes. Ce ne sont que des réformes de détail touchant les questions suivantes : délais de carence, ticket modérateur, tarifs de responsabilité des caisses, tiers payant, listes de médecins, etc... et nous en renvoyons l'étude à notre Titre III.

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