‹ De la réparation des vieilles reliuresChapitre 25 sur 55 · DES DESSINS DE TOUTES SORTES · texte numérisé non relu

DES DESSINS DE TOUTES SORTES

loo. n finit les manier avec légèreté, et « pour ainsi dire, en retenant son haleine , sinon Ton ijsqne de détruire quelques portions de leurs teintes fugitives. Plusieurs peintres en miniature les réparent habilement; c'est un travail qui ^ge, outre le talent, une patience presque €ioq>tionnelle. Un artiste m'a dit qu'on réusfÎBait aujourd'hui à fixer les couleurs des pastels en les soumettant à l'action d'an certain dont il ne m'a pas du reste révélé la nature. Dessins a/ux divers crayons. — Les dessins au moyen de crayons d'une nature inal* tinUe peuvent se nettoyer et se réparer plus bellement que les estampes. La plombagine on mine de plomb (1), et les crayons diversement colorés , à bases siliceuse ou argileuse, tds que la sanguine, le crayon noir, etc., ainsi qâe les fosins, forment sur le papier une trace indécomposable; ils redoutent le frottement

(I) Ainsi appelée sans doute à cause de sa couleur et ée sa tendreté. Ce nom en donne une idée chimiquement fausse : la plombagine , dite aussi graphite j est, selon M. Bouchardat , a iine variété de carbone mélangé da terre et d\»7de de fer v.

pièces curieuses, à ces époques où si peu de personnes en comprenaient la valeur. Gomme on n*en pouvait faire du parchemin neuf ni les utiliser comme combustibles, on les laissait vivre ou on les employait à la reliure des livres et à divers autres usages. Ainsi , de nos jours, on a retrouvé presque intacts d'anciens comptes (ou cartulaires) convertis en gargousses. En tout, le mal a son bon cdté : je vais en donner une autre preuve.

On peut tirer parti de l'adhérence opiniâtre au parchemin ainsi qu'au papier de Toxyde de fer. On rencontre fréquemment des manuscrits ou des dessins indéchiffrables parce que l'encre en a p&li ù tel point qu'il n'en reste plus de vestiges, du moins en apparence. C'est un effet du temps, ou plutôt de l'action de certains gaz qui se mêlent à l'air sous certaines influences. Or il en subsiste des traces latentes sur la surface ou môme à une certaine profondeur de répaisseur du parchemin. Pour raviver ces traits insaisissables à l'œil , on a recours à une solution d'acide gallique , acide extrait de la noix de galle, et cristallisé sous forme d'aiguilles soyeuses. Je citerai à ce sujet les pas-

RËP4EAT10N DU PARCHEMIIT. IM

si^es suivants extraits des Recherches chimie ques sur l'encre par G. N. Alex. Haldat, 180S. L^aateur s*exprime ainsi, pages 25 et 26 :

« L*encre moderne , quoique imparfaite d*ail- « leurs, a cependant l'avantage , dans le plus « .grand nombre des circonstances , de laisser « dans Tépaisseur du papier des traces invlsî- « hles qu*on peut ressaisir par des moyens chi« « iniques... Les altérations que Tinfluence de « Fatmosphère et l'humidité produisent sur les « écritures, se réparent au moyen de Tacide « gaUique. En plongeant le titre altéré dans « une dissolution chaïuie de cet acide, et Ty <c IsàsssiXit quelque temps ^ le fer qui a pénétré « le fond, ou qui a pris une couleur faible à sa « surface, est de nouveau précipité en noir; et « le papier, loin d'en être altéré , reprend une « nouvelle solidité. La couleur rouille, donnée « aux écritures par les alkalis , soit sur papier « soit SUT parchemin ^ peut être corrigée par « l'acide sulfurique faible; l'acide gallique, « rendu libre , se porte de nouveau sur le fer, et « rétablit la couleur. » Le même auteur avance que , si l'encre a été altérée par une forte dose d'acide sulfurique , nitrique ou phosphorique ,

199 KiiTAMPKS sua DIVERS TISSUS.

la restauration ost impossible. Il ajoute plus loin (page 29) : « On peut , à Taide du prus^ (c siate de potasse , restaurer les écritures alt^ « rées par Tacide muriatique-oxygéné (chlo^ « hydrique); on doit opérer par immersion. »

Page 81 , il s*exprime ainsi : « En versant de « Tacide nitrique ou muriatique-oxygéné sur <r de Tencre , on la décolore ; et en versant de « Tacide gallique sur le mélange , non-seulo- « ment on rétablit la couleur, mais on en forme « de véritable encre. »

On comprend que, si Ton tentait de raviver par ce moyen un texte qu*aurait maculé une largo flaque d'encre , Tacide gallique ramènerait on môme temps cette tache , dont la partie ferrugineuse aurait survécu. Peut^tro, si avant d*oi)érer on imbibait de cire , des deux côtés, la place où s*étulait la tache , parviendrait^on h la soustraire d Taction recolorante de cet acide. Le texte du feuillet rétabli , on enlèverait facilement la cire au moyen de la benzine. On agi* rait de même h Tégurd de toute substance qui laisse une trace d'oxyde do fer, telle que le bleu de Prusse , la sépia, etc.

Cotte propriété do Tacido gallique, & part

les circonstances exceptionnelles qne j*ai signalées, est assurément une précieuse ressource en bien des cas ; mais, par malheur, à regard du parchemin, elle me parait offrir des inconvénients : cet acide, à chaud surtout, peut en attaquer Tapprét et même le tissu; au reste, je n'en ai pas fait Texpérience. Quant à son application au papier, elle n'entraînerait aucune conséquence fâcheuse, à moins qu'on n*eût affaire à du papier contenant dans sa pftte des traces d*oxyde de fer.

Un mot sur le blanchiment des vieux manascrits sur parchemins enfumés. Il est permis d'essayer, comme je Tai dit plus haut, le chlore, Teau de Javelle ou le gaz sulfureux.

Remploi de ce gaz, ainsi que celui des chlorures, fera sans aucun doute tourner Tencre au jaune; mais qu'importe , puisque nous avons, pour en rétablir la couleur, le secours de l'acide gallique et du prussiate de potasse?

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Tout ce qu*on a lu précédemment tu iiqêt du nettoyage des estampes peut^ en bien du cas , s'appliquer aux dessins ; mais il y t des exceptions à signaler. Cette matière réclame au moins un chapitre à part.

Dessins à la plume. — Un dessin de ce genre , exécuté soit à Tencre de Chine, soit avec toute autre matière ou couleur inefiaçablc, ou du moins très difficile à décomposer, peut se traiter on tout comme une gravure. II

BESTAUBATION DES DBS81NS| ETC. 198

a même sur la gravure un avantage : on peut, fs%i faisant agir avec énei^e la potasse « Tarn* moniaque ou la benzine , le délivrer d'une ancienne tache dliuile. Les taches de cette nature disparaissent aussi sur les dessins et au-' iQgraphes tracés à Tencre ordinaire ( gallate de fer), que les alcalis n'attaquent pas.

. On croirait au premier abord qu'il n'est point possible d'employer, pour les nettoyer, Ifs acides et les chlorures qui décomposent cette encre ; cependant, en certains cas et dans certaines conditions, on en pourra faire usage, p«isq«0 , ainsi que nous l'avons vu au diapiire précédent, il y a moyen de rétablir le noir ef- U^ de l'encre à base d'oxyde de fer. Seule- Bmt, (m ne saurait en enlever complètement ime tache ou une couleur ayant pour principe eeméme oxyde, car du même coup on détruirait une portion des traits du dessin.

On se gardera bien d'attaquer une tache dliuile par les alcalis sur certains anciens des- «ns lavés au bleu de Prusse : ce bleu dispa* raltrait tout aussitôt.

Pour redresser la surface ondulée d'un dessin à la plume, on 1^ mouillera seulement du

côté du verso. Au bout de quelques minutes, le papier sera uniformément humecté dans toute son épaisseur. On le mettra de suite fm presse, ou on le fixera par les bords sur un carton, dont onTisolera quand il sera bien sec.

Un ancien dessin dont Tencre, appliquée depuis longtemps , est comme incorporée au papier et a perdu son brillant , peut être Manchi , désenfumé^ sans inconvénient, dans Peai pure; il n'aura rien à redouter d'un séjour de quelques heures dans une bassine. Néanmoins, par prudenco, dans la crainte d*en altérer le trait , on s'abstiendra de Tessuyer si recto avec un linge, pour le priver, avant sa mise en presse, de Texcès d'humidité' qull contient; on se bornera à poser dessus, sans appuyer, quelques feuilles de papier buvard»

Gouaches , pastels , aquarelles. — La répa« ration des gouaches et des pastels exige de grandes précautions. Ces deux genres de dessins ne sauraient être trempés dans aucun cas on pleine bassine ; le contact de l'eau en di^ pcrserait les couleurs mal fixées , et même les détruirait complètement pour peu qu'elle fAt acidulée. Quand ils ont été doublés (ce qui

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