‹ De la réparation des vieilles reliures complément de l'Essai sur l'art de restaurer les estampes et les livres. Suivi d'une dissertation sur les moyens d'obtenir des duplicata de manuscritsChapitre 5 sur 43 · BLANCHIMENT · texte numérisé non relu

BLANCHIMENT

bistrées , pourvu que ceUe teiute ait pour origine, comme il arrive ordiuairement, raction de rhydrogène sulfuré qui se rencontre dans rair. Ces liquides sont : le deutoooy de d* hydrogène ou eau oxygénée f le gaze chlore dissout dans Teau , enliii les couiposéii de chlore et de bases alcalines. Je pourrais ajouter l'action du soleil sur le papier mouillé, procédé mis eu usage pour le bluucbiment des toiles, et qui réussirait également sur le papier ; mais il est fort lent : j'en reparlerai dans une autre occasion, (Voyez chap, IV, Taches dliuile.)

Deutoxyde d hydroyùne. — Cest un liquide dont la préparation est très compliquée et la conservation dilUoile. M. ïbéaard, qui Ta découvert, en parle au long dans le second volume de son Cours de chimie. On ne le trouve jamais tout pr^aréohez les plus fameux fabricants de produits chimiques, vu son altération rapide, de sorte que le prix pour une petite quantité reviendrait fort cher. J'en aurais cependant fait Tessai, si je n'étais convaincu que ce liquide peut être remplacé, pour le but que nous nous proposons, par des substances moins coûteuses et plus faciles à conserver.

. Gaz chlore dissûul dafis l eau. — Les propriétés du chlore eu dissolution sont aujourd'hui très connues. On verra ù Tarticle Décoloriage de quelle manière il agit sur les couleurs végétales et autres. Un célèi)re collectionneur (M. Heimiu) se sert depuis quarante aus du chlore liquide pour blanchir ses estampes. Or, comme elles sont dans un parlait état de con- nervation, son système doit faire autorité. Le fait*est que le chlore blanchit au degré qu'on veut les estampes, sans altérer le moins du monde Tencre d'impression, môme à Tétat de cuacentraiiou, même au bout de viugr^quatre heures*

Je n'oserais en conseiller Tusage à l'état gazeux qu'avec beaucoup de réserve, car on lit à ce sujet dans le Cours de chimie du professeur Dumas (tome IV, p. 44), à propos de la fabrication du papier ; <( Leç chittons lins <c doivent être blanchis au chlorure de chaux «c liquide, et non au chlore gazeux : ils sont « bien moins altérés et donnent un papier plus « nerveux et moins cassant. 11 faut laver les ix papiers avec attention, car le chlore qu'ils « retiennent se convertit bientôt en acide

S4 BUNCHIMENT

ir (Alùrhy (trique, qui détroit peu ft peu la fibre « du papier. »

Il faut user avec la même circouspectiou de la dissolution concentrée declilore(l). Quand on l^emploie mêlée à dix ou doute fois son volume d'eau, il ne peut y avoir aucun danger, surtout si on trempe ensuite Festampe pendant douze heures dans TeaU pure. Le chlore étendu d'eau dans ces proportions décompose assez rapidement à froid la teinte foncée des estampes, à moins que cette teinte ne provienne d'une substance huileuse ou de certaines couleurs à base métallique.

La préparation, chez soi, du chlore liquide, est très facile, mais fort désagréable, à cause de son odeur pénétrante, qui prend à la gorge^ altère les papiers de tenture et dépolit plusieurs métaux Le mieux est de se le procurer tout fait, à raison de 50 cent, environ le litre, chez les marchands de produits chimiques* On

(1) Une dissolution (ou solution) est eaneenMe quand l'eau qui dissout un gaz, un sel, ou une matière quelconque, en est êaiurée , c'est-irdire n'en peut plus dissoudre aucune parcelle. «

DES ESTAimBS. Ti

doit le conserver dans un flacon à bouchon de Terre qui ferme herméUquement^ et coUer sur le flacon une feuille d'étaiui car le chlore liquide se décompose rapidement par le contact de la lumière, même très faible.

Qnand on verse le chlore dans la bassine, il ' faut opérer près d'une cheminée allumée ou en plein air. On peut couvrir la bassine d^une

. plaqne de sine pour retarder révaporation du gaz; ou encore imiter ropération usitée pour le blanchiment des toiles : jeter dans le bain quelques morceaux de craie (carbonate de chaux), qui absorberont la vapeur libre du chlore ; ou enfin, ce qui revient à peu près au môme , et supprime toute complication, on emploiera le liquide suivant.

Chlorure de chauœ. — Les Anglais blanéidssent depuis longtemps leurs toiles au chlo* rare de chaux liquide. On blanchit chez nous, par le même procédé, des papiers dont on n'a pas toujours lieu de se féliciter, sans doute parce qu'il y a abus. Le chlorure de chaux

s'achète en poudre fine et sèche ; quand il est en masse p&teuse, c'est qu'il a absorbé Thumi* dité de l'air. Du reste, le prix en est peu élevé ;

3d BuircfiiiiraT

ayecUA demi-kilognmuiie^oaadeqaai âolaitcir bieiv des gravures.

Voici la manière de l'employer : ou jette wviroa cinquante grammes de eette poudre dans une bouleille remplie d'eau aux deux tiers; on agite fortement, et, quand le liquide est éclairci et FexcédaiU de la matière déposé au fond du vase, on en verse dans Teau pure que contient la bassine, ayant soin de s'arr&ter quand la dissolution commence à se troubler.

On déUie le résidu dans une nouvelle quantité d'eaUf qu'on réserve pour une autre occasion* On recommencera ce délayage jusqu'à ce que le chlorure ail perdu toute sa puissance (1). Les premières eaux chargées de chlorure sont naturellement les plus concentrées : aussi les faut-il mêler à quinze ou vingt fois leur volume d'eau pure dans la bassine. Il vaut mieux risquer d'être obligé d'en ajouter que d'en mettre un

(1} Une dissoiutloQ de chlorure de chaux doit nécessairement 8*altérer à la longue si le vase qui la con* tient est mal bouché ; elle attire à elle les miasmes de Tair» et perd, en les décomposant , une partie de sa

force.

Ms fianums. il

esifiès ; ohaertalkm qm s'appUqae è tontes 1m aAOfftô sttbsiances chiroigtieg» ûûBi j'iadiquecaî

L*eau tenant en dissolu tion cette quantité de ddonie a*tUère noUement^ même epiès im assez ioDg $ôiaiir^ le noir d impreaâioa; mais, selon Topinian d'un habile préparaieur de chi* ■ne, tropconcantiée^ die prédisposenatle ipm^ {lier 4 d^Fenîr caasaiiL U iaat enrwîUer de i opéraùûn, et retirer 1 e&uinpe des an la trouve suffisammeat éclaircie.

On se méfiera donc da chlorure, ainsi qne du chlore, comme d'un ^wemi perfide, et on remploiera à Télatle plus £ail>le possible, mais WBsa fort pour obtenir FefTetdésiré. Jenesaunis irap feeommanderdeiie jamais l'employer à chaud: car, à cet élal, méiangé même de beaucoup d eau, il attaquerait le tissu du pa^* yier et la partie grasse éa noir d impression.

Gepmidani il est des cas, que je eitorai kïajt^ tîcie Decoioriage^ oH ilfaut le faire agir à Tetat assez concentré; mais en même temps j'indiquerai les moyens de préeveonr ses ravages iiHéliettj», supposé que le faài soit positif. On doit absolimnent, si Ton ne préfère essayer l'eau

oxygénée, Mitnrir ao efahnme d6 dunix pour ks eslampes eof amées au point d'être proBqm

indéchiffrables. En tout cas, on se contentera de les édairar, et mm de les^ vendra Mandies eonme la porcelaine; puis on leur fèra perdre dans un bain légèrement acidulé le chlore qu'elles pourraient retenir, et qui plus tard se oonveitiraît en adde cUoriiydriqiie.

Par bain adduléy eau acidulée^ je veux dire une portion d acide chlorhydrique (dit autrefois muriatique , puis hydro-chlorique) mêlée à 26 ou 30 fois son yolume d'eau. On pourrait ici me faire une objection* Je prétends prévenir la formation d'une substance par remploi de cette subirtanœ elle-même. Voici Texplioiiûoa : si Ton trempe un papier imprégné de chlorure de chaux dans une dissolution très lûble dWde eUorhydrique, tout le ebloraqm était uni k la chaux se dégage, et la chaux libre, en contact a?ec Tacide, se combine avec lui pour former un sel soluble dans l'eau. Ainsi Ton n*a plus à redouter la formation ultérieure de Tacide en question, dont le séjour attaquerait le tissu du. papier, puisque Tun des deux principes qui le constituent , le chlore ^ acom-

j^élMient disparu. Tomes le&eattmpcli que j'ai ainsi traitées « il y a plus de dix ans, sont dans m bon état de conservation* J'avais eu soin» au feste, de les retremper pendant quelques heu»* res dans Teau pure au sortir du bain aâdulé.

Pour annuler les restes du chlorure de chaux dont Testampe a été imprégnée, on réussit, je crois, égalemçnt par Tusage du idnaigre, aoîde £ûblapar lui-mémet mais capable de décomposer ce chlorurCt c'est-à-dire de mettre. le chlore ea liberté^ et de s'unir à la chaux pour former avec eUe un srà calcaire.

Un préparateur de produits chimiques m'a conseillé Tammoniaquc étepdue d'eau comme moyen de prévenir la formation ultérieure de Tacide chiorhydrique dont pai'le M. Dumas.

Sans aucun doute Tammoniaque (alcali volatil) annule Teffet de tout acide ; mais, puisque celui^-ci ne se forme «que plus tard , je ne com*prends pas Taction de Talcali » k moinsde supr poser qu'il reste, comme le chlore, dans le tissu du papier, et ne s'évapore pas. L*emploi de Teau acidulée me semble plus immédiatement efficace ; elle ne combat pas un dommage, mais elle le prévient.

BLAUCHIMBNf

Eau êe JwmUe. ~ Nommée chimicpiement

cA<ariire (ou hypochlarite) de potasse (i\ ceue eau se vend à bas prixebez tous les mai chauds de couleurs. La potasse qu'elle contient, outre le chlore, doit avoir une certaine action sur le noir d'impression : c'est ce qui a lieu, en effétt même quand Feau de Javelle est étendue de sht'à Irait fois son voinme d'eau.

J*ai à plusieurs reprises fait une expérienee assez intéressante sur les trois liquides chloreux destinés au blancliiment. Je les employais à un degré approximativement égal de concentration^ et laissais tremper dans chacun d'eux, pendant douze heures, des Iragmeuts de lithographies et de gravures anciennes ou modernes, sur bois ou sur cuivre.

Voici le résultat : dans le chlore liquide et chlorure de chaux, nulle altération du noir ; papier très blanc, mais peut-être portant en lui un germe de destruction qu'un bain acidulé

(1) La teiole rosée qui la colore quelquefois est , diton, due à un sel de œangaDèse. L*eaa de Javelle ioco-» lore a*en est que plus pure. Le même nom désigne , je crois, dans le eommerce, le chlorure de soude.

peui {M^veair. Quant t Teffet de Teau de Javelle, il était déplorable. Les fragments de vieilles estampes sur bois on sur cuivre , au burin ou à Teau-torte, étaieot très altérés» Le noir était deveau grisâtre, terne, sans cohérence; entraîné par le liquide, il maculait les intervalles des tailles. J'ai vu un jour un feuillet de livre (impression de 1861) réduit k une trace il peine visible; uue belle épreuve d'Israël Silvestrea subi le mônie sort.

Quantaux fra^mentsde lithographie etdlm** primerie modernes, ils sont sortis de 1 eau de Javelle avec le noir aussi brillant qu'avant Timmersion. Ce résultat fait Téloge dé Tenore de nos graveurs et de nos imprimeurs (1); les fabricants de papiers mécaniques me semblent seuls avoir fait des progrès dése5pâ*ants,

La temte grisfttre que Teau de Javelle dom^

(1 ) Cette eacre est uu composé d'huile de lia cuite et de résioe, sorte de venus dans lequel on délaie «à sixième desoa poids de noir de fumée. J ignora la com* position précise de lancieniid encre dlmpression» Abraham Bosse, dans soû Traité de la g/mure, cite le aoir de lie de vin et l*huile de noix comme éléments de son encre à graver.

8S BUil€IIUIBNr

manique au noir dlmpressioD se ravive peutêtre un peu dans de l'eau légèrement imprégnée d'acide cblorhydrique; le noir que le chlorure de chaaix a terni y recouvre à rinstant même son édat primitif. C'est qu'ici il n'y a aucune altération de Tencre ; elle est voilée simple^ ment par un dépôt calcaire blanchâtre, que IV

oide décompose k rinstant;

Conséquence naturelle de cette expérience ; je n'emploie jamais l'eau de Javelle, mais le chlorure de chauXi sauf en certains cas de dé-> coloriage dont il sera question en leur lieu.

Le chlorure de chaux Uquide (je ne saurais trop le répéter) ne devra jamais s'employer, surtout à Tétat concentré, autrement qu'à froid, sinon ron risquerait de communiquer au papier de l'estampe un germe de destruction plus ou moins prochaine. Si Testampe, malgré sonim* mersion prolongée dans ce liquide, conservait encore des places jaunâtres , ce seraient des taches d'une autre nature que la teinte générale. (Voyez Tarticle Taches^ ci-après.)

BlanchimentpartieL — Souvent une estampe n^exige qu'un blanchiment partiel. Dans celles composées de deux moi ceaux, c'est quelquefois

le milieu qui a jauni , peut-être parce qu'on les avait réunis avec de la colle de graine de lin , usitée au XVII* siècle ; le plus souvent c'est un des coins, ou un des côtés, qui, débordant un livre on un carton, a reçu Fimpression de l air.

Pour éviter de blanchir toute la surface, on peut s'arranger pour ne tremper dans la bassine que la portion enfumée. Si l'enfumage n'àvait atteint qu'une place fort restreinte et rapprochée du centre de l'estandpe , on ferait agir le chlore sur cette sorte de tache isolée par Tun des procédés indiqués plus loin (page 42).

Après un blanchiment partiel par le chlore ou le chlorure de chaux, il faut toujours, bien entendu, retremper cette partie de L'estampe dans de l'eau acidulée, puis la laisser plusieurs heures dans leau pure, afin de prévenir ou au moins d'atténuer leffet des substances employées.

On se trouve quelquefois dans la nécessité de raccorder les endroits trop éclaircis avec la teinte jaune générale. On se sert, pour atteindre ce but, de réglisse noire ou d'une couleur

bistre quelconque en dissolution plus ou moins

34 BLANCHIMENT DBS ESTAMPES.

coDcentrée, mêlée en certains cas d'un peu d'encre commune. On raccorde au pinceau^ oa

avec uue epûuge uempée dans ia diSâoiuùoUt ou auUeaiciil, en ayant soin de ne pas dépasser la limite de la place à raccorder.

On pourrait peut-être rétablir la teinte en ex* posant ia porUon trop blauçiiie de l'estampe à la vapeur ( formée d\ine manière factice ) do l'hydrogène sulfuré; mais les exhalaisons de ce gaz sont si désagréables et si dangereuses que je n'ose en conseiller Feuiploi dans une chambrOt à moins quil n'y ait une dieminée bien cbautiée et d'un tirage parlait.

COISIDÉRATIOHS GSNÉRÂLES SUR L ENLEVEMENT

Avant d*aborder les moyens de faire disparaître ou d'atténuer les taehes qui déshonorent

un livre ou une précieuse estampe, je dois dire qnll convient en certains cas, fort rares au reste, de les conserver. Par exemple, si je possé^ daisune missive adressiée à Charles IX. pendant la nuit de la Saint-Barthélémy et imprégnée de traces de doigts sanglants, je me garderais bien d'enlever ces traces qui, leur authenticité supposée bien établie, décupleraient le prix de

36 TACHBS*

laulographe. Si le conservateur de la bibliothèque Saint-Laurent, à Florence, faisait effacer sur le manuscrit de Loiigus la flaque d'encre de Paul-Louis Courier, il commettrait près* que un acte de vandalisme, parce que cette tache est une célébrité littéraire.

Choisissons des exemples plus vulgaires. On trouve souvent sur une estampe, sur un bouquin, une signature ou une inscription quelconque qui peut être un autographe bon à conserver. J'ai rarement effacé ces signatures ou ces notes d'anciens possesseurs inconnus ; je trouvais je ne sais quel plaisir à respecter ces sou* venirs dupasse.

C'est ainsi que divers objets de curiosité offrent certaines défectuosités, qui complètent, à mon avis , l'intérêt qu'ils inspirent : telle est une statuette de la Vierge (d'argent ou d'ivoire) dont le visage et les mains ont été à demi effa* cés par le contact répété de lèvres pieuses . Faire restaurer ces parties frustes, c'est dépoétiser un débris du moyen âge. J aime mieux lui laisser ces cicatrices de la ferveur, ce cachet de rantique piété du cloître. Un livre d'heures sur vélin du XV* siècle, usé, sali par la priëre^

CONSIBÉftATlOliS GÉNÉRALES. 31

a« sebm moi, acquis une paUne Ténénhle. Id une tadie de cire jaune; là une léle de saint maculée par Tempreinteétûilée d'uae larme devote : ne sonl^ pas là des taches à respecter? An contraire, un p&té d'en<^e, une souillure huileuse, aitesteni uniquement la négUgence, et doivent être enlevés.

Peu de temps après la publication du présent ouvrage (i^ô), je reçus la visite d'un fort adioit réparateur de vieux livres , celle de M. A. Farrene. D mlnvita à v^iir voir en son melier, me Taitbont, une Dance maeabn isk-4i°^ imprimée sur papier, à Paris, vers la fin du XV* siècle, livre rarissime, qu'il était en train de restaurer pour M. Tecbener.

lies portions déjà nettoyées et rétablies, comparées à celles encore en mauvais état, excité* renl mon admiration. Lus nombreuses piqûres de vers, les déchirures du papier, etc., avaient disparu grâce à une application de pâte de papier, si bien raccordée, si bien tondue dans la nmsse, qu^à peine pouvaifron , en transparent, saisir quelques traces de soudure. Les lettres et les tailles sur bois, qu'avaient emportées les lacunes, avaient été refaites sur un fond nou-

38 TiLGHES.

veau avec une grande habileté. Quant aux poiv tions tout encrassées ( c'est-à-dire à peu près toute la surface de chaque page), elles avaient complètement cédé à je ne sais quel procédé de grattage ou de décomposition chimique* En un mot, M. Farrenc avait mis en jeu tous ses sccretij de réparution pour rendre à ce précieux livre son premier lustre (1).

£h bien 1 aujourd'hui, je Tavoue, si je pos-> sédais cet exemplaire dans Tétat délabré où je l'ai YU^ je voudrais le laisser ici quel et me borner aux réparations indispensables à la solidité d'une nouvelle reliure» Ses défectuosités et son encrassement étaient dus, c'est fort probable, à un fréquent et pieux feuilletage du livre, ix une persévérance monacale dans la prière, que notre siècle ne connaît plus* Son aspect hideux, ei décrépit serait à mes yeux un cachet en harmonie avec le contenu d*un pareil livre, qui, à chaque page, nous rappelle notre néant.

Tous les amateurs, sans aucun doute, ne seront pas de mou avis à cet égard ; quelques-

(1) Secrets dont le présont ouvrage , je lespère, révélera au moins uae partie.

GONSIDeRATlOm GÉNÉRALES. 89

uns, peut-ûlre, me déclareront parvenu à un nionstrueux degré de cynisme en fah de biblio*piûlie. Du reste, je vais tenter de leur fournir les moyens de rendre au moins une partie de lenr fraîcheur primitWe aux bouquin» et aux vieilles e&tampes maltraités par le temps ou par rincurie de leurâ anciens possesseurs.

Quand une estampe est souillée de taches ou d*un inepte coloris, surtout aux endroits les plus intéressants^ on ne peut se décider à la mettre eu portefeuille sans avoir tenté de faire disparaître ou tout au moins d'affaiblir ces teintes étrangères qui la déparent. C'est là » je Favoue, la partie de cet opuscule la plus difficile à traiter, celle aussi qui laissera le plus & désirer. Mes simples notions de chimie ne pourront suffire à tous les cas, et, un jour, un homme de Tart, très exercé dans l'analyse et la décomposition des corps, pourra refaire avec ayantage cette portion de mon livre. Je signa*^ lerai néanmoins un assez grand nombre de ré^ sultats satisfaisants, que des expériences répétées avec soin sur des fragments d'épreuves ti* rées sur papier non encollé (circonstance la plus défavorable) m'ont fait obtenir.

40 TAGHB8*

La première difficulté consiste à ne pouvoir aisément reconnaître sur^e-^^hamp la nature des taches. Telle tache jaune qui a résisté au lavage et au blanchiment peut être formée par un corps gras ou un oxyde métallique quelconque ; il faut donc avoir recours aux hypothèses, aux tâtonnements. Dans cette obli|pation où Ton se trouve de faire des essais, il serait important de savoir quelle substance chimique doit être employée en premier Ueut a&p que, si la tache persiste, cette vaine tentative du moins ne s'oppose pas à celle subséquente d'un autre agent.

n m'est impossible d'établir à cet égard des règles bien positives, sauf certains cas qui seront mentionnés à leur place. J'essaye indifféremment Taction d'un acide avant celle d'ua alcali, et vice versa. Seulement j'ai soin, avant de préluder à une nouvelle expérience, de tremper assez longtemps dans Teau froide oa chaude Tendroit qui a subi l'action du liquide, afin d en effacer les traces et d'en annuler l'effet rétroactif.

Quand une estampe a exigé pour s'édaircîr le secours du chlore ou de liquides dont il for-

me la base, on conçoit que ces substances ont pu enlever, en même temps que la teinte enfumée, plus d'ane tache sur laquelle elles avaient de Faction. On verra, quand je traiterai en détail de chacune de ces taches, quelles sont celles qui cèdent à leur emploi.

Ma série d'expériences a surtout eu pour objet les taches les plus communes. Quant à cel* les que je ne signalerais pas, par oubli, on pourra, par analogie, trouver les moyens de les faire disparaître, en demandant, ainsi que je Tai fait, des conseils aux meilleurs livres de chimie modernes.

La première tentative & faire sur une tache dont on ignore rorigine, c'est de tremper pen* dant quelques heures Testampe dans Teau froi-de; puis, sans la retirer de la bassine, on frotte soit avec le doigt, soit avec une éponge ou un blaireau, à Tendroit de la souillure. Il arrive quelquefois, surtout quand le papier est formé d'une pAte bien encollée et bien lisse , que la tache, cédant à ce simple frôlement , glisse et disparait. Quand la tache est épaisse et empâ*

tée, elle est au moins très atténuée , si elle ne

s'efTace (out à fait. C'est doue, en tout cas, une première opâration indispensable. Hais U faut agir avec beaucoup de légèreté, de peur d ex* corier la superficie de la gravure.

On donne de Ténergie à ce système de détachage , qu'on peut appeler par mtrOlnmMi (car il n'y a là aucune action chimique), au moyen de matières ouclueu^es , gluantes , ou agissant par frottement, telles que le samn en ^ gelée, les coUes, la mie de pain, la f&pura de bois, etc. J'indiquerai à chaque article spécial les taches qui cèdent à ces procédés détersifs. Quand Testampe a résisté k cet essai prélimi-^ naire, on a recours à diverses substances que je ferai connailre.

EfUèoemmt des taohes sur un seul point. — Je vais indiquer les moyens les plus simples à employer, quand il s'agit d'attaquer une tache, sans être obligé, pour un seul point à nettoyer, de soumettre toute la surface de TeMampe à Taction d'un liquide dont l'emploi excessif augmenterait inutilement la dépense. D ail«leurs, s'il devait en résulter une altâmtion ultérieure , il vaut mieux qu'une seule plaœ

en coure la chance que Testampe tout entière (1)*

Mes expériences ont en gépéral été faites en petit ; aussi je ménageais peu la Inatière. Je déposais dans une fiele de verre arrondie, nommée matrù^, de petits échantillons à'éprevh ve, opérant en plein liquide à froid ou iicbaud; Teffet était prompt et n'offrait aucune difficulté manipulative. Mais, quand on procède en grand, les obstacles se présentent ; il faut s'exercer d les vaincre.

Une tache qui souille un des coins de Testampe n'offîre aucun embarras ; on maintient cette partie d'une manière quelconque au fond d'une soucoupe ou d'une assiette, et Ton verse le liquide froid ou chaud qui doit agir. Mais, ai la tache est isolée au milieu d'une grande pièce, k quel expédient avoir recours pour Tat^

taquer particulièrement?

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