COURONNE DE MARQUIS
TITRE DE COMTE
Le titre de Comte remonte également aux premiers Empereurs romains, qui nommèrent leurs conseillers comités ( compagnons ), puis comités à lalere leurs Comtes palatins , c’est-à-dire, Comtes du palais; ces grands-ofllciers ne cessaient jamais d’être auprès de la personne du Prince, et de donner des ordres pour son service. D’autres'lbnt dériver le titre de Comte du mot comedere , qui signifie manger , parce que les Comtes quelquefois mangeaient avec l’Empereur, ou avaient droit d'être servis à sa cour.
Les Empereurs romains firent premiers Comtes de leur palais des généraux d’armée et des gouverneurs de provinces. Ceux qui avaient été vraiment Comtes de l’Empereur avant que de passer à d’autres dignités, gardaient ce titre comme le plus éminent.
Il parait aussi que le titre de Comte n’était pas toujours le titre d'un emploi ou d’un office particulier, que c’était souvent un titre d'honneur et de décoration, qui ne désignait par lui-même aucunes fonctions, mais qui les honorait toutes. Plusieurs auteurs prétendent qu’on peut comparer la ecmitire à nos ordres de chevalerie , qui décorent ceux qui en sont revêtus, sans les tirer du rang où leur emploi les met réellement; mais, cependant, ce titre était généralement dévolu à ceux qui entraient dans les fonctions publiques, civiles ou militaires.
Sous la république romaine, on donnait le nom de Comtes à ceux qui accompagnaient les Proconsuls et les Propréteurs dans les provinces pour y servir la république. Le Proconsul ou le Propréteur se reposait sur les Comtes de tous les détails dans lesquels il ne pou-
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vait entrer lui-même. Ce titre d’amitié, dit M. Garnier (Dissertation sur les Francs J, devint celui d'un office, mais dont on ne peut se faire une idée très-exacte, parce qu’il se donna à des fonctions bien différentes.
Tantôt il désigna un officier civil ; dans d'autres occasions, un homme revêtu de deux pouvoirs ; et d’autres fois, enfin, ce n’était qu'un titre d'honneur accordé à quelque emploi considérable, ou même à la vétérance dans des emplois subalternes.
Ce fut l’Empereur Auguste qui appela des sénateurs dans son conseil, et les revêtit de diverses fonctions dans son palais, d'où ils furent appelés Comités Augusti, et ce qui n’avait été qu’un emploi auparavant, devint, sous Constantin, une dignité. Eusèbe nous apprend, dans la vie de ce Prince, qu’il divisa les Comtes en trois ordres. Les premiers portaient le titre d’illustres ; les seconds celui de clarissimi, et ensuite spécialités ; les troisièmes, enfin, se nommaient perfcctissimi. Le sénat était composé des deux premiers ordres, le troisième n’y entrait point; mais il jouissait de plusieurs privilèges des sénateurs.
Ce prince voulut donner tant d’illustration à la dignité de Comte, qu'il la mit même au-dessus de celle de Duc, en l’an 330 (Histoire du Bas-Empire, tome premier, p. 524). Et les Comtes formant l’entourage du Prince, et ne cessant jamais de l’accompagner, on finit par appeler la cour de l'Empereur, Comitalus ; ce titre passa même jusqu'aux milices, car on trouve en Occident deux maîtres de la milice palatine qui avaient sous eux les troupes nommées comitatcnses.
Les troupes des frontières, avec les corps de la milice palatine, détachés pour les soutenir, étaient commandées par des Ducs, qu’on décorait quelquefois du titre de Comte; et le même auteur ajoute: « Ce qu’é- » taient les Ducs dans les provinces frontières, les Comtes » militaires et provinciaux l’étaient dans les autres dé- » partements. 11 y avait un Comte militaire d’Afrique,
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» un Comte militaire d'Orient. Il y en eut aussi dans » les Gaules avant la conquête ».
On est étonné, dit le Comte du Buat, de voir la dignité de Comte faire honneur h un Duc, et devenir le titre dont un grand Officier de l’Empire se trouvait le plus honoré.
Le titre de Comte étant devenu l’attribut inséparable de tous les grands emplois, on ne compta plus parmi les principaux Officiers de l’armée que les Comtes et les Tribuns.
Un Duc, néanmoins, pouvait avoir des subalternes , qui fussent Comtes, sans cesser d’être leur supérieur, quoiqu’il ne fût pas Comte lui-même. La comitive ajoutait à l'autorité de certains Officiers sans changer leur grade ; elle donnait des prérogatives et imposait quelques obligations.
Dans l’administration publique, à Rome, on voit un Comte des largesses, un Comte de l’épargne, un Comte palatin (du palais) un Comte des domestiques. C’étaient des ministres proprement dits : Cornes sacramm largitionum. Cornes palalii. Cornes domesticus, etc.
Les Comtes qui avaient le gouvernement des provinces étaient appelés Comités protinciarum, Comités majores, et ils étaient supérieurs aux Comtes des villes, qu’on nommait Comités minores, et qui n’exerçaient la justice que dans les villes confiées à leur administration.
Les Francs, après la conquête des Gaules, adoptèrent d’abord toutes les magistratures qu'ils trouvèrent établies par les Romains. Celles des Ducs et des Comtes furent également conservées
Les Comtes qui gouvernaient les provinces et qui y administraient la justice, étaient les égaux des Ducs, qui gouvernaient aussi d’autres provinces ; mais ils étaient supérieurs aux Comtes des cités (Comités minores), qui ne jugeaient et ne gouvernaient que dans une ville. Il est fait mention de ceux-ci dans les Capitulaires, liv. 2, art. 6; liv. 3, art. 38; et dans les Lois ripuaires .
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Ces Comtes des cités étaient aussi nommés Grofions, et ils avaient, pour rendre la justice, des assesseurs, qu’on nommait Rachimlurges, mot qui venait du tudesque, et qui signifiait magistrat subalterne. Dans les Capitulaires de Charlemagne, ils sont nommés Scabini, d’où le nom d'Echevin nous est demeuré.
Les Comtes, juges des provinces, accompagnaient les Rois et faisaient partie de leur conseil ; c’est pourquoi ils sont nommés, dans plusieurs Chartes, Consules. Ils remplacèrent aussi les Ducs, dans la conduite des troupes, et eurent charge, dans la suite, de conduire la noblesse à l'armée.
Il n’y avait que les Comtes qui fussent nommés et envoyés par le Roi ; les Vicomtes, les Vicaires et les Centeniers étaient établis par les Comtes , qui avaient inspection sur eux.
Les Assises des Comtes s’appelaient Malls, de l’ancien mot teuton Mallus, qui signifiait le lieu où se rendait la justice ; et ceux qui les conseillaient et aidaient dans leurs jugements, et qu’on nommait Rachimlurges , devaient être au nombre de sept dans un Mail, ce qui est constaté par la loi salique.
Après les partages qui se firent entre la postérité de Clovis, toute la France devint, pour ainsi dire, frontière : il y avait même telle cité qui était partagée entre trois Rois rivaux et jaloux; c’est ce qui fit que les Duchés et les Comtés furent si multipliés, qu’il n'y eut pas d’endroit un peu connu qui n’eût un Comte, et, au lieu de cinq à six Ducs qu'on trouve sous la notice de l’Empire, pour toute l’étenduo de la Gaule, on en voit quel- • quefois vingt dans les armées des Rois Francs.
Louis-le-Débonnaire rendit le Comté de Paris héréditaire en faveur de Bégon, son gendre; mais Charlesle-Chauve fut le premier qui autorisa, pat un capitulaire, la succession des Comt;s dans quelques famille.^
Les Rois de la première et de la seconde race, en parlant de leurs Comtes du Palais, les qualifiaient, h
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l’instar des Empereurs romains, Comités palatii nostri , et, au IX- siècle, Comités sacri palatii , Comtes du sacré PalaiÉ. Dans le XII' siècle, plusieurs grands vassaux, tels quo les Comtes de Chartres et de Blois, de Champagne, de Brie, de Toulouse, de Flandres, s'intitulaient encore Comtes palatins ( Brussel , des Fiefs , p. 377) ; mais l’ancienne maison de Chartres et de Blois est la seule qui ait continué de s'arroger à perpétuité ce titre dans la personne de son aîné.
Les Comtes du palais, sous les deux premières races, étaient les chefs de la justice. Les diplômes royaux appelés préceptes , et ceux qui avaient trait à la forme judiciaire, ou qui renfermaientdcs jugemens, étaient énoncés par des Comtes du palais, au moins depuis le VIII- siècle: les Archi-Chapelains-Chanceliers ne délivraient que les diplômes ecclésiastiques.
Il est constant et démontré ( De re diplomat., p. 117) qu’il y eut plusieurs Comtes du palais à la fois.
Les Comtes qui avaient été envoyés dans les provinces, avec commission pour les administrer, augmentèrent en puissance N à mesure que les Rois méritèrent le surnom de Fainéans.
Et abusant de la faiblesse des derniers Princes de la seconde race, ils usurpèrent les provinces confiées à leur administration, et se firent des principautés héréditaires des lieux et des villes où ils commandaient auparavant par simple commission. Dès lors ils ajoutèrent à leurs noms celui de leurs comtés. Ce n’est que depuis le IX' siècle, et surtout depuis l’hérédité des fiefs, que dans les actes on a distingué les lieux par comtés (Comitatus).
Lorsque Hugues-Capet parvint à la couronne, son autorité n’était pas assez affermie, pour s’opposer à ces usurpations, c'est do là qu’est venu le privilège des Comtes de porter une couronne. Ils la prirent alors comme jouissant de tous les droits de suzerain; ce qui a contribué aussi à donner du lustre au titre de Comte, dans l'ancienne monarchie française, c'est que plusieurs
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Comtes furent élevés à la Pairie, tels que les Comtes de Flandres, de Champagne et de Toulouse, qui avaient une puissance égale à celle des Ducs de Bourgogne, de Bretagne et d'Aquitaine; on créa, en outre, trois Comtés-Pairies ecclésiastiques; celles de Beauvais, Chàlons et Noyon.
Les Comtes de Poitiers, d’Artois, d’Angoulême, de Périgord, d'Auvergne, de la Marche, etc., etc., ne le cédaient en rien aux plus puissants Seigneurs du royaume.
Cependant, après que l’autorité royale eut repris ses droits sur les possesseurs des grands fiefs, les Rois de France ne concédèrent plus ce titre qu’à des sujets fidèles et dévoués, qui le firent asseoir sur des fiefs patrimoniaux, dont la haute juridiction, le ressort et la suzeraineté dépendaient toujours du souverain.
Pour ériger une terre en Comté, il était indispensable, suivant l’ancien usage, que celui qui sollicitait cette faveur, justifiât qu’il possédait quatre vicomtés; quisgue quatuor halète delet Yicccomitcs ut Pictonum Cornes , mais d’après la déclaration d’Henri III, du 17 août 1579, et un arrêt du conseil qui l’avait précédé, du 10 mars 1578, le Comté se composait de deux Baronnies et de trois Châtellenies, ou d’une Baronnie et de six Châtellenies, le tout tenu du Roi. Les impétrans devaient, en outre, être d’origine noble et ancienne, et l’érection devait se faire en conformité des contumes. L'enregistrement des lettres-patentes de l’érection suffisait au pourvu pour prendre légitimement le titre qui se transmettait par succession à l'ainé de la famille.
Mais pour empêcher que ce titre ne se propageât trop facilement, Charles IX ordonna en 1564, que la réversion en aurait lieu à la couronne à défaut d’enfants ou do successeurs mâles directs de celui à qui il avait été concédé ; cette reversion ne concernait que le titre, qui devait se trouver éteint, et non le domaine qui passait aux héritiers.
Nous avons des exemples que les Rois de France ont accordé parfois le titre de Comte à des gentilshommes.
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sur de simples brevets ou lettres-patentes, sans exiger que le titre fût assis sur aucun domaine, à charge par ces gentilshommes de payer le droit de marc d’or, prescrit par l’édit du mois de décembre 1670. J’ai vu plusieurs de ces brevets signés, par le Roi en 1779 et contresignés de M. le prince de Montbarrey.
Plusieurs Evêques et d’autres ecclésiastiques, tels que les chanoines de Lyon, de Mâcon, de Saint-Claude, de Vienne, de Brioude, etc. etc., prirent aussi le titre de Comtes, soit qu'ils fussent investis de fiefs ou seigneuries qui le concédaient légalement, soit qu'ils en eussent obtenu la permission du souverain.
Dans le milieu du XVIir siècle, on vit encore s’introduire un usage nouveau, à l’égard des titres de Comte , Marquis et Vicomte, qui furent donnés indistinctement, sans brevets et sans lettres-patentes, aux gentilshommes de nom et d’armes, qui obtinrent leur présentation à la cour et qui avaient monté dans les carosses du Roi ; comme il était censé qu’on ne pouvait présenter au souverain que des personnages de la plus haute qualité, on les décora de ces titres, par pure courtoisie, et depuis ce temps l’usage ayant prévalu, on le leur a continué. A la vérité, ils étaient tous d’une naissance et d’une fortune susceptibles de soutenir leur dignité, et on pouvait dire à cette occasion, que la forme seule manquait, mais que le fond ne laissait rien à désirer.
La couronne de Comte est: un cercle d’or enrichi de pierreries et de perles, rehaussé et orné de seize grosses perles, qui en occupent tout le contour.