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COURONNE DE COMTE

DES TITRES NOBILIAIRES

TITRE DE VICOMTE

L’institution des Vicomtes ( vicc-comitcs ) remonte jusqu’au temps de la première race des Rois Francs, il en est fait mention dans le chapitre 36 de la loi des Allemands, laquelle fut publiée pour la première fois par Thierry ou Théodoric, fils de Clovis et roi de Metz et de Thuringe ; ils sont nommés vicecomites, parce que c'étaient des commissaires nommés par les Comtes pour gouverner en leur place, soit en leur absence, soit dans des lieux où ils ne résidaient pas: on les surnommait ainsi pour les distinguer des commissaires envoyés directement par le Roi dans les provinces et grandes villes, qu’on appelait Missi-Dominici. Dans la loi des Lombards, ils sont nommés Ministri comilum : ils tenaient la place des Comtes dans les plaids ordinaires et aux grandes assises ou plaids généraux, appelés molli publiai. Ces mêmes officiers sont nommés dans les capitulaires de Charlemagne vicarii comilum , c'est-à-dire, lieutenants des Comtes.

Sous Louis-le-Débonnaire, en 819, Cixilane est appelé Vicomte de Narbonne ; jusque-là il n’avait pris que la qualité de vice dominus (vi lame).

La fonction du Comte embrassait le gouvernement et le commandement militaire, aussi bien que l’administration de la justice; celle du Vicomte était la même, mais en l’absence du Comte et comme son substitut.

Vers la fin de la seconde race, et au commencement de la troisième, les Ducs et les Comtes s’étaient rendus propriétaires de leurs gouvernements qui n’étaient auparavant que de simples commissions ; les Vicomtes, à leur exemple, se rendirent héréditaires.

TITRE DE VICOMTE

Les Officiers du Vicomte furent inféodés de même que les officiers des Ducs, des Comtes, et autres : les uns le furent par le Roi directemènt, les autres par les Comtes et les Vicomtes.

Les Comtes de Paris sous-inféodèrent une partie de leur comté à d'autres seigneurs, qu'on appela Vicomtes, et leur abandonnèrent le ressort sur les justices enclavées dans la Vicomté, et qui ressortissaient auparavant de la Prévôté. Une des fonctions de ces Vicomtes était de commander les gens de guerre dans la Vicomté, droit dont le Prévôt de Paris jouissait encore en partie dans les derniers temps, lorsqu'il commandait la noblesse de l'arrière-ban.

Le Vicomte de Paris avait aussi son Prévôt pour rendre la justice dans la Vicomté; c’était militairement, c’est-à-dire, sur le champ, et par rapport à des délits qui se commettaient en sa présence; dans la suite, la Vicomté fut réunie à la Prévôté. -

La comté du Poitou était composée de quatre Vicomtés considérables, qui étaient Chatcllerault, Thouars, Bochcchcuart et Brosse. Les deux premières furent érigées en Duchés-Pairies ; et on remarque que la vicomté de Thouars avait, dans sa mouvance, trois mille fiefs ou arrières-fiefs. Les provinces de Guyenne et de Languedoc renfermaient également beaucoup de vicomtés.

En Normandie, dans les séances de l’Echiquier, les Vicomtes suivaient les Comtes, ou se trouvaient mêlés avec les Barons; mais en Bretagne, ces derniers avaient la préséance sur les Vicomtes

La Roque ajoute que le titre de Baron vient après celui de Vicomte ; et que, pour ériger une terre en Vicomté, elle doit contenir deux baronnies.

En Bourgogne, le comte Othon, dans une de ses Chartes, déclare « qu’il est d’usage que dans le châtel de » Vesoul, le portier en porte les clefs au Vicomte du » lieu, s’il est présent; lequel doit les porter et remet- » tre au Comte s’il est présent, sinon il les garde;

DES TITHES NOBILIAIRES

» qu’on no les remet au Châtelain qu’au défaut du Comte » et du Vicomte ; que, si le Comte est absent, et le Vi- » comte présent, "c’est à lui que l’on doit recourir pour » avoir permission d'entrer dans ce château et d’en » sortir; mais, si le Vicomte est absent, le Châtelain » doit laisser les gens du Vicomte et de sa maison en- » trer et sortir librement ».

La Vicomté de Besançon, flef de l’archevêché avec juridiction, appartenait, dès le XI® siècle, à la maison de Rougemont, d’où elle passa aux seigneurs de Montferrand et d’Isenghiem;

Celle de Vesoul aux seigneurs de Faucogney,

Celle de Baume-les-Dames était tenue par les Sires de Neufchâtel;

Celle do Salins passa aux Sires de ce nom; puis ensuite aux Sires de Monnet et de Montsaugeon.

Un Vicomte do Frontagay signa, en 1193, le traité consenti entre Othon, fils de l’empereur Frédéric, et Etienne, Comte de Bourgogne. Il est encore fait mention avant cette époque, c’est-à-dire en 1009 et 1083, de deux Vicomtes de cette province.

Dans les temps modernes, il y eut des érections de Vicomtes qui transmettaient le titre aux descendans mules et femelle». Je citerai dans le nombre celle de la vicomté de Saint-Priest, en 1646, en faveur de Jacques Guignard, président en la cour des Aydes de Vienne, et après au Parlement de Metz. Les lettres portaient » qu'avenant défaut d’hoirs masles en ligne directe du » sieur Guignard, la v comté seroit es teinte et supprimée ; » mais d’autres de l’an 1655, ordonnent « nie ledit sieur » Guignard, scs hoirs, successeurs et ayants-cause, masles » et femelles, jouissent de l’effet desdites lettres et du titre » et dignité de vicomté de Saint-Priest ; et que mesmeice- » lui titre de vicomte demeure uny et annexé à ladite terre, » quelque mutation qui arrive d’icelle, sans que, pour quel- » que cause que ce soit, il en puisse estre désuny ».

Lorsque les Vicomtes anciens cessèrent de rendre la

TITRE DE VICOMTE

justice à la place des Comtes, on institua d’autres officiers qui avaient un degré de juridiction inférieure, et qui étaient aussi appelés Vicomtes ( Comitum vice gerentes). Dans l'Ile-de-France on les nommait Prévôts, ainsi qu’en Picardie, en Anjou, en -Champagne et en Bourgogne; Viguiers en Languedoc, Provence, et Dauphiné; Châtelains en Poitou, et Vicomtes en Normandie; ils étaient appelés aux affaires de la justice et du domaine, dont ils étaient receveurs avec les baillis. Mais ces sortes de magistrats établis sous ces diverses dénominations dans le moyen âge, ne furent et ne durent jamais être considérés comme les Vicomtes héréditaires et féodaux, qui servirent de lieutenans aux anciens Comtes, et qui étaient des gentilshommes de la première naissance. Ces Vicomtes subséquents ne furent même que des juges ordinaires, qui n’eurent, en certaines provinces, qu’à prononcer sur les procès des plébéiens. Ils exerçaient une magistrature qui ne tenait rien de la noblesse ; dans certaines provinces ils sont appelés Vicomtes mayeurs.

La cochonne de Vicomte est: un cercle d’or émailV, surmonté dans tout son contour ée quatre grosses perles seulement.

COURONNE r»E VICOMTE

Lb dessinateurs modernes y mit ajouté p>ur plus d'élégance quatre autrès petites perles placées plus bas que les quatre principales.

DES TITRES NOBILIAIRES

TITRE DE BARON

Quelques auteurs font dériver le mot Baron du terme espagnol varo, qui signifie grave, puissant, et dont on a fait aussi celui de farov, que nos Barons ont longtemps porté, et dont l’historien Frédégaire se sert dans le passage suivant:

Burgundiœ farones veto, tàm Episcopi, quant cœteri Lcudes, timcntes Brunechildem, et odiurn in eam kabenles, cum Warnacliario consilium incunics tractabant, etc. Clo-

tarius anno 34 regni Warnacharium majorent

domûs cum unitersis ponlificibus Burgundiœ et faronibus, in Bonogellam villam ad se tenir e prœcepit , ibique cunclis illorum justis petitionibus annuens prœceptionibus roboratif.

Ménage le fait dériver du mot Baro, que nous trouvons employé dans le temps de la basse latinité, pour l’ablatif de tir, tiro. Ce mot tir signifiait homme brave, homme vaillant. De là vint que ceux qui avaient leur place auprès du Roi dans les batailles Rirent appelés Barones, ou les plus braves de l'armée.

Mézeray dit que les Rois de France avaient toujours auprès de leur personne un certain nombre de braves ou Barons, qui les gardaient et s’exposaient pour eux à toutes sortes de périls.

D’autres auteurs prétendent que ce nom de Baron vient de baner, ou bannière, parce que les Barons suivaient ou portaient la bannière royale ; ou enfin du mot teuton Ber, qui signifie Seigneur, et dont on a fait le nom de fief de haut-ber, qui signifie fief de haut-baron, qui relevait immédiatement de la couronne ;"et effectivement ce mot Ber a été pendant bien des siècles em-

TITRE DE BARON 145

ployé pour Baron, dans les actes publics et dans l’histoire de France

Ce titre a commencé à être en honneur vers l'an 567 de la monarchie; ceux qui le portaient devinrent les officiers des Roi< Francs et leurs conseillers intimes dans les affaires de leur gouvernement et dans l’administration de la justice. On voit par les remontrances présentées à Charles-le-Chauve, en 856, par l’assemblée de Bonneuil, que tous les grands Seigneurs de l’État y sont nommés Barons, parce qu’on appliquait ce titre h tous les vassaux qui relevaient immédiatement du Roi. Ils étaient les plus grands Seigneurs de la monarchie, et remplaçaient les anciens Leudes dans la loyauté et la fidélité qu’ils devaient garder au souverain.

La qualité de Haut-Baron renfermait éminemment toutes les autres, parce que la Baronnie était la première seigneurio après la souveraine, et dépendait immédiatement de celle-ci. C’est ce qu’on appelait fief chenel ou fief tenu à chef. Les Barons qui rendaient un hommage immédiat à la couronne avaient seuls séance dans le Parlement de la nation. Ils composaient ce que l'on appelait jadis la cour du Boi ou la cour des Pairs par excellence. Ils ne reconnaissaient d'autres supérieurs que le Roi. Les Princes’ du sang, les Ducs, les Comtes, les Évêques étaient également confondus sous le nom de Barons.

Cette qualité était si éminente qu’on la donnait quelquefois aux Rois. Un ancien historien appelle Louis VIII Baron; Thibault, roi de Navarre, fut désigné également sous le nom de Baron.

Et Froissart dans sa chronique dit: Il fit des vœux devant le benoit corps du Saint Baron Saint Jacques.

L’Abbé Le Gendre assure que l’on quittait le titre de Prince pour prendre celui de Baron ; ce que fit le sire de Bourbon, en 1200, quoique ses ancêtres, pendant plus de trois cents ans, eussent porté les titres de Prince et de Comte.

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Dans une transaction de l’an 1269, Hugues, comte de Vienne , qualifie de noble Haron et Prince , Philippe, Comte de Savoie. En 1272, Isabelle, comtesse de Forez, supplie son très-cher Seigneur et Haut-Baron Robert, Duc de Bourgogne, de recevoir son fils à l’hommage de la terre et baronnie de Beaujeu.

La qualité de Baron se donnait aussi aux fils de France, qui se glorifiaient de porter un titre si éminent.

Les Seigneurs de Graçay, en Berry, préférèrent le titre de Baron à celui de Prince, que neuf de leurs ancêtres avaient porté de père en fils, depuis l'an 900 jusqu’en 1192.

Du temps des Ducs de Bretagne, il y avait neuf Barons, qu’on appelait par excellence les anciens Seigneurs; savoir, le sire d’Avaugour, le Vicomte de Léon, le Sire de Fougères-de-Borrhoet, le Sire de Vitre, le Vicomte de Rohan, le Sire de Châteauhriant, le Baron d’Ancenis, le Sire de Raix et le Sire de la Roche- Bernard.

En Espagne il n’y avait point de Barons, mais dans la Navarre et dans les provinces voisines, il y avait un titre équivalent, autrefois mis en usage par les Goths, c’est celui de Ricos-IIomlres. En 1325, Charles-lc-Bel unit ces deux qualités comme semblables, en la personne d’Alfonse d’Espagne, son cousin, en le créant Varon-yricoh ombre de Navarre, avec une assignation de soixante chevaliers, qui devaient relever de lui, et le suivre à la guerre: ces gentilshommes s’appelaient Cabullcros rasa llos.

La haute et basse justice étaient réunies dans la personne du Baron. Il avait droit de foire ou de marché. Ces hauts-barons ne devaient l’hommage qu'au Roi, et ne pouvaient être cités qu’à la Cour. Ils tenaient leurs terres en la même franchise que les Électeurs et les Princes do l’Empire. Ils avaient droit de battre monnaie; et dans les premiers temps, c’était toujours un haut-baron qui présidait au Parlement. Le Gendre n’entend pas seulement par hauts-barons les possesseurs des

TITRE DE BARON

quatre notables Baronnies de France, qui étaient Coucy, Craon, Sully et Beoujeu, mais encore les Ducs, les Comtes, et même quelques Vicomtes, feudataires de la couronne.

Ce titre était donc le plus considérable que portassent les Seigneurs feudataires : Barones inter nobiles sunt optimates et proceres rasci Dominici homines tel rassali llegii et capilanei Begni. Par cette définition il est aisé de juger que les Barons étaient les premiers Seigneurs de la Cour qui faisaient féauté au Roi ; et que les Baronnies étaient les premières seigneuries après la souveraine; ayant toute justice et tous droits raouvans immédiatement de la couronne.

Les efforts de Hugues-Capet ne purent pendant longtemps réduire sous son entière obéissance les Barons qui sont connus dans l'histoire de France sous le nom de Hauts-Barons , car l’on voit que quand les Rois de France faisaient des ordonnances pour les pays de leur domaine, ils n’usaient que de leur autorité ; mais quand ils donnaient des lois qui concernaient les pays des Hauts-Barons, ils ne le faisaient que de concert avec eux, attendu que les Barons ne recevaient ces lois qu’autant quelles leur paraissaient convenir au gouvernement de leurs seigneuries et fiefs.

Les Barons, pour mieux assurer leur empire sur leurs vassaux, résidaient au milieu d'eux ; ils avaient une cour particulière, composée d'officiers semblables à ceux qui composaient celle du Roi. Les vassaux de chaque Baron occupaient une portion du pays d'une grande baronnie. Au lieu de donner au monarque du secours pour réduire leur chef-seigneur à la soumission que le Roi exigeait de lui, la plupart prenaient souvent les armes pour la défense du Seigneur dont ils relevaient. Ceux-ci forts de leurs avantages craignaient rarement d’offenser leur souverain,. parce que la difficulté de les punir assurait presque toujours l'impunité. Un Haut-Baron avait sa cour de justice; les Pairs de sa baronnie s'y trou-.

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vaient pour lui donner conseil, juger les causes féodales des vassaux immédiats de la baronnie et celles qui étaient porcées par appel à cette cour. Ces Pairs relevaient d'elle leurs fiefs en un égal degré de noblesse.

Les Seigneurs qui n'avaient ni baronnie, ni portion de baronnie, obtinrent de posséder sous ce titre les terres dont ils étaient propriétaires. Cela s’appelait tenir par baronnie; mais il fallait avoir une châtellenie avec ressort, mouvante du Roi, d'un Duc ou Comte Haut- Baron.

En 1246 la Pairie de France n'était encore distinguée de la baronnie que par les fonctions que les douze Pairs avaient droit de faire au sacre des Rois. Si l’on jette les yeux sur les Assemblées générales du royaume, on n’y remarque aucun rang accordé à ces Pairs, au dessus des Barons, hors la cérémonie du couronnement. Les Pairs et les Barons étaient au moins égaux en dignité ; les uns et 1rs autres convinrent de cette égalité dans un Mémoire qu’ils firent en 1246, pour recouvrer leur ancienne juridiction, et dans lequel il est dit: A dus qui sommes les premiers du royaume , avons statué avec serment , et par le présent décret, statuons ce qui suit etc., etc,

La prérogative des douze Pairs semblait réservée pour le sacre seulement; mais elle ne diminua point le droit des Barons. Ceux-ci continuèrent -à juger indifféremment les Pairs, et à être jugés par eux et par leurs égaux. Ils jouirent des mêmes honneurs qu’ils avaient avant l’affectation du nom de l'airs aux douze Seigneurs choisis pour le couronnement des Rois. Les registres du Parlement de l’an 1282, sous le règne de Philippe 111, dit le Hardi, contiennent une enquête du 12 décembre, qui porte ces mpts: Appert que la baronnie anciennement était seigneurie suzeraine, après le Roi et dess'ous lui. Ainsi baronnie est plus que comté, attendu qu’il y a des Comtes qui sont Barons et d’autres non. Ainsi tenir e,n baronnie c’est relever nuement de la couronne ; et lorsque les Rois de France assignaient en apanage des comtés et duchés à

TITRE DE BAROS

leurs en fa ns ou à leurs frères , ils ajoutaient è s-lettres qu’ils tailloient telles terres à tenir in comitatum et baron i A M.

De là, La Roque tire cette induction, que le titre do baron surpassait tous les autres, tant de Duc que de Comte.

La loi somptuaire de l’an 1283, du même roi Philippe-le-Hardi. ne met point de différence entre le Duc, le Comte et le Baron Voici le texte : Item li Duc, li Comte, et li Baron de six mille litres de terres, ou de plus, pourront faire quatre paires de robes par an, et non plus, et leurs femmes autant. Ainsi l’on voit que les habillemens dos Barons étaient égaux à ceux des Ducs et des Comtes.

Nul Seigneur ne se pouvait dire Baron qu’il n'eût ville close, qu’il n'eût fondé une abbaye ou prieuré, et qu’il n’eût pour le moins deux châtellenies, avec haute, moyenne et basse justice, selon François Le Maire, dans ses antiquités d’Orléans.

L’auteur de la Pratique de France dit que le titre de Baron était en tel respect, qu’à la table des Barons ne sied, aucun s’il n’est Chevalier, prêtre ou clerc d’autorité.

Le baronnage renfermait donc alors dans son sein ce qu’il y avait de plus grand dans le royaume ; beaucoup de Barons descendaient des Souverains ; d’autres, tiraient leur origine des plus anciennes familles nobles de la monarchie, et tous se trouvaient placés à ce rang suprême par leurs services éminents et ceux de leurs ancêtres.

Saint-Louis ne manquait aucune occasion de témoigner à ses Barons l’estime qu’il faisait de leur noblesse. Thibault, roi de Navarre et Comte de Champagne, ayant demandé en mariage la princesse Élisabeth, fille du monarque, celui-ci répondit qu’il no la lui donnerait que du consentement de ses Barons. Cette considération pour eux passa jusqu'à l’empereur Frédéric II, qui les prit pour arbitres des différends qu’il avait avec le pape Innocent IV.

DES TITRES NOBILIAIRES

Les Barons étaient en possession du droit do fairo des Chevaliers ; mais, dans la suite, ce droit leur fut retiré ; car on voit dans la Vie de Jean premier, Sire do Joinville, que ce Seigneur ayant donné, en 1317, la ceinture militaire à un roturier, nommé Jacques de Non , fut obligé de demander toutefois la permission au roi Philippe-le-Long, parce que la Chevalerie emportant anoblissement, nos Rois s’étaient réservé le droit de la conférer depuis qu'ils avaient recouvré l'autorité quo les Barons s'étaient attribuée à cet égard. Les Barons, à l’instar des Marquis, des Comtes, des Bartnerets et des Vidâmes, conduisaient leurs hommes ou vassaux à l'armée sous leurs enseignes, armoriées à l’écusson do leurs armes et décorées de leurs cri et devise. Toutes ces bannières étaient, au commencement, de forme carrée, et telles quo sont encore aujourd'hui celles des églises; mais, dans la suite, les Barons, pour se distinguer des simples Bannerets, mirent une queue à leurs bannières, et la carrée demeura aux bannerets.

Lorsque les anciens Ducs, Marquis et Comtes voulurent usurper les droits de la Souveraineté, ils cessèrent de se qualifier Barons, la baronnie n’étant pas capable de souveraineté, attendu qu'elle en relevait immédiatement ; c’est pourquoi, dans la suite, les Rois de France, pour conserver les grands Seigneurs dans leur dépendance, n’érigeaient point de terre en Duché, Marquisat et Comté, sans ajouter cette clause, à condition de les tenir en baronnie. Elle était même introduite dans les lettres, pour la formation des apanages des frères, enfans et parents du Roi ; ils devaient les tenir in Comitatum et Baroniam.

Le titre de premier Baron de France, dont la maison de Montmorency se glorifie, vient de ce que, sur la fin de la race de Charlemagne, Robert-le-Fort, bisaïeul de Hugues-Capet, s'étant emparé du duché de France, les Barons de Montmorency, qui, jusqu'alors avaient été vassaux immédiats de la couronne, le devinrent du nouveau

TITRE DE BARON

Duc ; et, comme ils étaient les Seigneurs les plus nobles et les plus puissans de la province, ils obtinrent sans peine le premier rang parmi les Barons du Duc de France.

Les grands vassaux, les évêques mêmes, qui possédaient de grands fiefs, eurent des Barons de même origine que ceux de3 Rois, qui aidaient les Seigneurs à tenir leurs plaids Ils érigèrent à cet effet des terres en baronnies et créèrent des Barons qui relevèrent d'eux immédiatement.

Il y eut alors deux sortes de Barons, les Barons du royaume , qui étaient les Hauts-Barons , relevant immédiatement du Roi ; et les Barons de provinces, qui relevaient des Seigneurs qui les avaient institués et investis. Mais lorsque les érections nouvelles avaient lieu, les cours souveraines dans la vérification des lettres no manquaient pas d’ajouter: « Sans préjudice au rang, aux honneurs, droits et prééminence des anciens Barons du ressort ». Ce qui fit que, depuis le XV* siècle, l'importance des Barons diminua insensiblement, et qu’on n’exigea plus qu’une baronnie fût formée de cinq châtellenies, mais la plupart de deux ou trois seulement. L’édit de Henri III, du 17 août 1579, porte qu'une baronnie doit se composer de trois châtellenies, qui seront unies et incorporées ensemble, pour être tenues en un seul hommage du Roi. La Roque, dans son Traité de la Noblesse, dit que la baronnie devait se composer de trois châtellenies pour le moins ou de quatre fiefs de haubert.

Ce ne fut que vers le XIV" siècle qu’on commença à regarder les Barons comme des Seigneurs féodaux, inférieurs en dignité aux Ducs et aux Comtes ; et, dans la suite, ce titre devint si commun, que ceux qui l'ob- * tinrent eurent beaucoup de peine à prendre rang après les Gentilshommes des anciennes familles, qui, quoique non titrés, ne voulurent pas leur céder le pas, et les forcèrent à marcher à leur suite. Ils avaient néanmoins la prééminence sur les Châtelains, les bannerets, les chevaliers et écuyers. Il semble même que le roi Louis VII, mécontent des Barons, ait eu déjà intention de multi-

SES TITRES NOBILIAIRES

plier ce titre, en permettant aux bourgeois de la Mlle de Bourges de s’en décorer par une Charte donnée àLorris, en 1145, sans cependant leur en accorder toutes les prérogatives, parce qu'ils n’étaient ni Gentilshommes, ni Seigneurs de fiefs. Il n’y eut véritablement à Bourges que ceux qui, à raison de leurs terres et de leur naissance, purent jouir de ce titre, qui le prirent sérieusement.

Charles-le-Mauvais, Roi de Navarre, comte d'Évreux, et seigneur de Cherbourg, créa Barons, en LI66, les bourgeois de cette dernière ville; et de là vint le proverbe de Pair-à-Baron. Ces sortes d’institutions ne tendaient qu’à élever la bourgeoisie à une Pairie qui lui devenait propre et personnelle, c’est-à-dire, qui rendait les bourgeois Pairs ou Barons entre eux, mais sans les élever au rang des Pairs ou Barons gentilshommes. Les seules prérogatives qui en résultaient pour les bourgeois, étaient, entre autres, de ne pas être tenus de répondre en justice, dans certains cas, hors de l’enceinte des mur de leurs villes. Les bourgeois d'Orléans avaient également obtenu cette qualification

Dans le clergé, il y avait des Évêques, des Abbés et des Prieurs qui étaient Barons ; soit qu’anciennement les Rois leur aient accordé ce titre, soit qu’ils possédassent par leurs libéralités des baronnies, ou qu’ils les tinssent en fief de la couronne. <

La couronne de Baron est : un cercle d’or émaillé, en forme de bracelet, autour duquel est entortilla un collier de perles formant six rangs, posés en bande, appliqués sur le cercle même et ne le surmontant pas.

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