‹ De la répression des usurpations de noms et titres de noblesseChapitre 5 sur 15 · des livrées · texte numérisé non relu

des livrées

pris dans son acception ancienne, la plus rationnelle, est, scion nous, celle qui le fait venir du latin liberala, liberare, liberalitas : donner une chose, un vêtement, un signe quelconque aux couleurs de sa maison à des personnes do condition noble , qu’on libère et que l'on affranchit par cette libéralité, par ce don, sollicité et accepté, de certains devoirs de sujétion à l’égard d’un tiers, et que l’on place par le fait seul de ce don ostensible sous son patronage et sa protection.

En outre, quand la féodalité eut partagé les nations en un grand nombre de divisions et de sous-divisions, s’enchaînant et se subordonnant les unes aux autres dans une hiérarchie qui assujétissait, dans certains cas donnés, les chefs des divisions inférieures à quelque service et particulièrement au service militaire envers des chefs placés au-dessus d'eux à divers degrés de l’échelle féodale, on conçoit que les marques distinctives que les couleurs du seigneur suzerain dont ils relevaient à titre de vassaux, durent être portées par eux alors qu’ils marchaient sous sa bannière. Mais dans cette pyramide féodale, dont le Roi occupait le faite, chaque degré intermédiaire entre le sommet et la base, avait au-dessus de soi un seigneur ou plusieurs seigneurs suzerains, dominant à des titres plus ou moins éloignés; et au-dessous de soi, un vassal, un arrière-vassal etc., chacun pouvait donc suivant les circonstances imposer sa marque distinctive, sa livrée (1), à ses inférieurs ou la recevoir d’un supérieur.

(I) Le mot délivrance , dont sc sert si fréquemment Froissart, avait la même signification que le mot livrée , mais il s'appliquait plus spécialement aux personnages , aux chevaliers, écuyers , hommes d’armes , etc., de la suite de l’hôtel d’un haut personnage, d’un chef par lequel ils étaient pourvus et défrayés à la guerre et en voyage de toutes choses, vétemens, armes, chevaux, vivres, etc.

« Premièrement le Comte de Nevers avança son voyage; et furent nom- » més et escripts tous chevaliers et écuyers qui avecques lui de sa charge et » délivrance iraient. Les pourvéances furent faites grandes et grosses . . . % (Froissart, I39ii).

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Au moyen âge on appelait aussi liberatio (de liberare affranchir, libérer) un don fait par les Rois et les Princes à leurs grands officiers et aux seigneurs de leur cour en signe d'agrégation au personnel de leur famille, de leur vomitive et de leur service particulier, lequel consistait dans l’origine en argent, en vivres, mais le plus souvent en habillements ou livrées.

Les Rois à leur sacre, à leur mariage, au baptême de leurs enfants, aux cours plénières etc., faisaient largesses à chacun des seigneurs qui y assistaient d'un manteau ou d’une casaque à leurs couleurs (1). Post regalis convivii solemnia , vestes de liberata regia, ejusdem sectœ prcciosas nimium, induebant.

Deux fois par an, au commencement de l’hiver et de l’été, les Rois de France donnaient une robe aux principaux officiers du palais, aux magistrats des cours souveraines etc. : c'est ce qu'on appelait les livrées de Noël et de la mi-août. Ils envoyaient également des livrées aux personnages qu’ils invitaient à quelque cérémonie ; enfin les nouveaux chevaliers recevaient de la munificence royale le long manteau (d'investiture) de couleur écarlate ( pallium militis). Le même manteau d'investiture est donné par les Français aux agas en Algérie.

On voit Pépin-le-Bref à une cour plénière faire distribuer des habits aux grands et aux prélats assemblés, et Saint-Louis, en 1245, faire servir cette libéralité à une pieuse fraude pour enrôler les seigneurs présents à sa cour pendant les solennités de Noël, dans la Croisade à laquelle il se préparait alors. Il fit distribuer la livrée dans une galerie sombre; puis chacun ayant revêtu la robe ou casaque on se rendit à la basilique. Le temple étincelait de milliers de flambeaux dont la clarté fit reconnaître une croix placée sur la livrée que l’obscu-

(I) Le P. Ménestrier, Bencton de Morange», de la Curnc de Sainte-Palaye, pat tin.

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rite do la galerie n’avait pas permis d'apercevoir d’abord (1).

Dans la pièce intitulée : Le court mantel se trouve la description d’une cour plénière, tenue par le bon Roi Artus :

• Qui fist aux chevaliers donner

• Robes moult riches et moult beles,

» Et grant planté d’armes nouyeles,

• Et moult riches chevaux d’Espaigne,

» De Hongrie et d’Allemaigne.

» Ni ot si poure chevalier

■ Qui n'ait armes et bon destrier,

• Et robe, se prendre les vout:

• Oncques si grant planté n'en out

• A une feste mes donnée (2) ».

Cet usage de distribuer des vôtemens d'honneur ne s'appliqua plus tard qu’aux grands officiers de la cour, et on finit même par ne leur donner la livrée qu’en une somme d’argent (3). Cependant nous trouvons encore sous Louis XIV quelques traces de la tradition première. C’était alors une faveur fort recherchée que d’obtenir du Roi le Juste-au-corps à brevet, habit privilégié aux couleurs du Roi, qui donnait droit à l’entrée particulière dans la chambre du Prince.

On ne comprenait pas seulement sous le nom de livrées ces vêtements, marques honorables do la faveur royale : pendant longtemps on désigna de la même manière les habits de chasse donnés par le Roi et les Princes aux seigneurs qui les accompagnaient dans ces

(1) Père Daniel, Histoire de France , sous l’année 1215.

(2j de la Carne de Sainte-Palaye. Notes du livre IV.

(3) C’est sans doute à cette rétribution que Ménage fait allusion dans ses Origines de la langue française , au mot livrée: Les officiers de la maison du Roi, dit-il, ont encore certains droits qu’on appelle la livrée .

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parties de plaisir; les costumes des chambellans, des pages du service de la maison du Roi (1) et des Princes

(I) Le service de la maison des grands (dont»», d’où vient le mot do mrstique , qui n’avait rien d’humiliant au moyen âge) se composait de deux espèces de personnes, les unes préposées au service intérieur, à la garde du château, au service de corps du seigneur et de sa famille, à l'administration de ses biens, etc., étaient toutes de condition noble et libre ; entretenues aux frais du seigneur, elles en recevaient des vètemens, des robes à ses couleurs, des livrées d’honneurs ou honorables, des armes et d’autres rémunérations , soit en nature, soit en argent; les autres employées au service extérieur et aux gros travaux, étaient esclaves ou serfs et n’en recevaient que le vivre, le couvert et des vètemens grossiers qui n’avaient aucun des caractères de la livrée proprement dite appartenant seule aux nobles du service intérieur.

Il y avait des seigneurs assez riches et assez puissants pour entretenir au service de leur château et de leur haute domesticité plusieurs centaines d’individus, tous nobles et portant leur livrée , c'est-à-dire des robes, des manteaux et d'autres parties du vêtement à leurs couleurs ; ceux-ci , tout en se considérant comme leurs égaux par le sang, sollicitaient à cause de leur peu de fortune l’honneur de faire partie de leur vasselage domestique.

Tous ces nobles n’habitaient pas le château du seigneur, mais ceux qui à titre d’hommes de sa suite , de son entourage , en avaient sollicité et accepté en cadeau des robes et des vètemens à ses couleurs , des armes , des chevaux etc. se rendaient à son premier appel et tenaient à grand honneur de lui faire cortège et de figurer dans les cérémonies parmi ses serviteurs nobles ; et ce devoir ils l’accomplissaient avec d’autant plus d’empressement que placés ainsi sous son patronage et sous la protection de sa livrée ils étaient affranchis et libérés, comme nous l’avons dit, de certaines charges à l’endroit d’un autre seigneur, leur suzerain, moins puissant et moins considérable.

A cette époque les noms de vassal, de valet t de soldat , de domestique (noble attaché au service intérieur de la maison) n’avait rien d’avilissant et étaient tout aussi honorables que ceux de militaire et d 'écuyer, et nul ne dérogeait à sa noblesse et â sa condition d'homme libre en faisant partie de la domesticité d’un seigneur. Avant d’étre chevalier souvent on avait été valet ; le Prince Alexis, fils de J’h’mpereur, était appelé le Valet de Constantinople; Mademoiselle de Montpensier, en annonçant son mariage avec Lausun, disait : J’épouse un de mes domestiques. Mari , frère du maréchal de Grancey, était domestique de Monsieur, frère du Roi; le Cardinal de Retz emploie indistinctement les noms de domestiques ou de gentilshommes pour désigner les gens de sa maison. Les Cardinaux ont encore de nos jours un chef de leur domesticité inférieure , toujours vêtu de noir et portant l’épée, que l’on nomme Gentilhomme ; se tenant dans l’antichambre avec les autres Valets, c’est lui qui se d’introducteur et annonce les visiteurs.

Les grands afin de paraître avec éclat, dans les cérémonies, aux tournois

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île la famille royale, les uniformes militaires (1), les habits de cérémonie des cours souveraines, des fonctionnaires de l’université, des officiers municipaux, de sociétés de chevalerie etc. Enfin on nomma livrées les riches habillements et les rubans que les seigneurs à l'imitation des Maures d’Espagne portaient dans les tournois pour distinguer les quadrilles.

C’est à partir des Croisades que les Français adoptèrent des vêtemens particuliers qui établirent une distinction entre les nobles de diverses classes et de diverses maisons. Les brillants costumes de l'Orient séduisirent nos aïeux qui, comme tous les peuples celtiques, aimaient les habits bariolés et les couleurs voyan-

aux cortèges des Rois, accompagnés du plus grand nombre possible de seigneurs, de nobles d*un rang inférieur composant leur escorte et leur entourage, faisaient abus de ces largesses et de la distribution de ces robes et de ces vêtemens à leurs couleurs, sous lesquels souvent aussi venaient s'abriter des coupables qui échappaient, en s'en revêtant, à leur juridiction naturelle ; aussi les Rois durent-ils à plusieurs reprises, et non toujours avec succès, rendre des édits pour réprimer ces abus qu’ils qualifiaient d'attentatoires à l'exécution des lois. En Angleterre jusqu'au régne d'Henri Vil (1485-1509) les lois furent impuissantes à réprimer cet abus; et en France un édit du Roi Henri IV interdisait aux seigneurs, de quelque condition qu'ils fussent de donner et do faire porter leur livrée à d'autres personnes qu'à celles du service de leur maison.

On avait vu dans plusieurs circonstances un simple chevalier se présenter aux tournois et à d'autres cérémonies avec un entourage de plus de 30 à 40 personnes nobles, portant toutes sa livrée et ses couleurs. D'autres, le Duc de Norfolk en Angleterre et le Comte Vert, depuis Amédée VI de Savoie (1348-1383), se faire suivre, le premier au cortège du Roi, et le second à un tournoi, de plus de deux cent nobles, qui tous étaient richement vêtu» à leurs couleurs, et qui tous étaient à cheval et armés.

« Le Comte de Foix... avoit mandé chevaliers et écuyers de Béarn plu»

• de deux cents pour lui servir et accompagner en ce voyage ... Il entra dans « la cité de Toulouse à plus de G00 chevaux bien accompagné de chevaliers

• et d'écuvers, et tous à sa délivrance (livrée de sa suite) ... à lendemain, « à dix heures il monta à cheval, et montèrent de ses gens ceux qui ordonné»

• étaient d'aller avecques lui devers le Roi; et furent plus de deux cent chevaux tous hommes d'honneur (nobles). • (Froissart, 4389).

(IJ Pendant longions les Colonels donnèrent à leur régiment leur livrée , c'est-à-dire les couleurs adoptées par leur Maison, représentées par une écharpe, ou par une aiguillette ou un nœud d'épaule aux dites couleurs.

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tes. Ils portaient à la guerre et dans les cérémonies des cotes d’armes, des robes couvertes de broderies ou de devises reproduisant la couleur particulière et distinctive affectée à leur maison.

On retrouve encore dans Joinville cet usage de donner des costumes et de faire porter ses armoiries aux gens de sa suite, de son hôtel. Rendant compte d'une fête donnée au Roi Louis IX (Saint-Louis) il dit:

« Darrière les chevaliers y avait grand quantité » d’huissiers d'armes et de salle qui étaient au Comte » de Poitiers, portant ses armes battues sur Sendal, » et dans un autre endroit : « Le Comte de Japhe avait » bien 300 mariniers dans sa gallée (galère) qui chacun » d’eux portait une targe à ses armes ».

Les tournois propagèrent encore cette coutume; nul Chevalier même peu fortuné n’aurait osé paraître dans la lice sans être escorté d’un nombre plus ou moins considérable de serviteurs qui portaient sur leurs vêtemens ses couleurs ou celles de sa dame. Aussi disaiton encore au XVII e siècle: Il avait tant d’hommes à sa lit rance ou à sa livrée.

Peu à peu la livrée devint héréditaire comme les armoiries dans chaque famille. On conçoit le désir fort louable qu’eurent leurs descendants de conserver et de perpétuer dans leur, maison les couleurs qui avaient contribué dans les temps anciens à constater leur noblesse et leur illustration. Aussi ne quittait-on sa livrée de famille que dans quelques grandes solennités, et seulement pour prendre momentanément celle du Roi, d’un Prince ou de quelque grand seigneur -dans l’entourage duquel on avait à figurer comme faisant partie de sa cour et du haut service de sa maison.

En général on nommait la livrée (la délivrance, les gens de la suite) d'un Prince ou d’un grand seigneur toutes les personnes nobles et non nobles de quelque rang ou office que ce fut; lesquelles, toutes indistinctement, étaient entretenues aux frais du seigneur, et en

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recevaient des vêtemens, des vivres, etc., et qui en voyage, comme à l’armée, étaient également à sa charge; mais on distinguait deux espèces de livrées: la livrée d’honneur et la livrée de servitude ou des domestiques non nobles. Cette dernière rappelait bien en quelques unes de ses parties les couleurs du seigneur ou du Prince à qui ces domestiques appartenaient, mais elle était d’une forme particulière et faite d’étoffes plus communes. La livrée d’honneur était:

1° Celle que le Roi ou le seigneur portait lui-même et qu’il imposait à ceux de sa suite, à ses chambellans, aux officiers du Palais, aux écuyers de corps, à ses officiers de justice etc.

2° Les habits d’ordonnance des gens de guerre.

3 1 Les habits des compagnies de magistrature, des gradués et suppôts des universités.

4’ Les divises ou costumes particuliers aux ordres de chevalerie.

5° Sous Louis XIV les habits à brevets, qui donnaient l’entrée de la chambre du Roi.

6° Les habits pour la chasse donnés aux invités par le Roi ou par les Princes.

7° La livrée des pages quoiqu’elle fut cependant regardée comme étant d’un rang inférieur.

La livrée d’honneur du seigneur, aux couleurs particulières de sa maison, celle que portaient toutes les personnes de condition noble attachées à son vasselage domestique se reconnaissait:

1° A la nature des étoffes dont le rang hiérarchique était fixé comme suit: Velours, satin, damas et autres tissus de soie moins précieux ; enfin à de certains tissus de laine : camelot, bouracan, peluche etc.

2° Et par les ornements; l'or et l’argent, la martre, le vair et l'hermine étaient réservés aux seigneurs de haut rang et aux chevaliers.

On nommait encore livrée une troupe, un corps d'hommes d'armes, une division que l'on désignait aussi

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sous le nom spécial do connétablie, qui marchait sous le commandement et la bannière d’un chef, probablement parce que, comme les seigneurs de Caldera y de pendon (de chaudière et de bannière) en Espagne, ce chef devait pourvoir à leurs besoins, et que cette troupe portait les couleurs désignatives de sa maison. Le passage suivant de Froissart (1340) nous donne cette autre signification du mot livrée :

« Lendemain ils vinrent tous ordonnés , pardevant » pour l'assaillir, leurs bannières tout faiticement tout » devant, et les arbalétriers aussi; et se partirent en » trois connétablies, et se traist chacun à sa bannière, » dont le Comte de Hainaut eut la première bataille » (premier corps) , avec lui grand foison de bons che- » valiers et écuyers de son pays : le sire de Beaumont » son oncle, eut la seconde livrée, et aussi à tout » grand foison de bonnes gens d’armes ; et le sire de » Fauquemont avec grand foison d'allemands une autre ».

Comme tout ce qui est du ressort de la mode, les livrées de servitude subirent plus d'un changement, et on en comptait cinq espèces différentes. La livrée pleine et unie, ainsi nommée parce qu’il n’entrait qu’une couleur dans sa composition, était celle de la maison de Lorraine : vert uni sans galons ni dorures, car l’or et l’argent sur les habits et les bouquets do plumes, appelés aussi panaches de tète, étaient des ornements exclusivement réservés aux gentilshommes. La livrée de Montmorency, dont une manche se compose de barres ou bracelets de trois couleurs qui placés sur un fond jaune galonné en long d’une raye bleue, représentent la livrée rayée.

La livrée (divise) mi-partie était celle des échevins de Paris qui portaient des robes de deux couleurs.

La livrée tailladée était celle de la maison de Cossé- Brissac, dont la manche fendue depuis l’épaule jusqu’au parement était couverte de boutonnières.

Enfin la livrée galonnée so composa d’abord de rubans, puis de galons en soie, en velours ou en laine.

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Si la forme des livrées changea, les couleurs restèrent toujours les mêmes. On ne quittait définitivement la livrée héréditaire que dans le cas où une maison devant hériter d'une autre près de s’éteindre de biens considérables, elle s’obligeait ù en prendre le nom et les armoiries pour la continuer.

La majeure partie des familles en composant leur livrée eurent soin de se conformer, selon la règle, aux couleurs, et même à la figure des pièces qui entraient dans leurs armoiries. Quelques unes au contraire prirent pour leurs livrées des couleurs différentes de celles qui entraient dans leurs armoiries. Ainsi la maison d’Harcourt avait, suivant l’usage, une livrée rouge et jaune (gueules et or) , couleurs de ses armes, tandis que celle de Crussol-Uzès qui portait blanc et rouge (argent et gueules) dans sa livrée avait des armes vertes (sinople) et or. On sait que la branche Bourbon-Condé avait pour sa livrée la couleur de fleur de pêcher, ou ventre de biche, qui ne rappelle aucune des couleurs héraldiques.

De nos jours, sauf par quelques grandes et antiques maisons, les anciens principes pour la formation des livrées ne sont guère respectés ; le plus souvent c’est une affaire de goût et de caprice, tandis que en les composant, le véritable noble qui doit connaître, ou au moins doit paraitre ne pas ignorer les traditions nobiliaires et de famille, ne saurait trop se reporter et s'astreindre aux anciens usages, qui sont de rappeler et de reproduire rigoureusement dans sa livrée les couleurs et les signes dont se composent ses armoiries, à l’exclusion de tout autre.

Ainsi aujourd’hui, que la forme et la coupe de nos vêtemens modernes ne comportent pas de costumes mipartis, aux couleurs du seigneur, comme au moyen âge, l’usage pour la reproduction des couleurs dont se composent les armoiries dans les livrées simples, a introduit les règles suivantes : si le fond de l’éeu est bleu, vert ( azur et sinople ) ou noir {salle), ou si seulement les armoiries

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contiennent une pièce de l’une ou l’autre de ces trois couleurs, le fond de l'habit doit être de préférence bleu, vert, ou noir. Le gilet comme les galons et les boutons prennent la couleur du métal dominant, afin de se conformer à la règle de mettre métal sur couleur, et ticeversa. La culotte est de panne ou de drap bleu, vert, noir ou rouge selon qu'une de ces quatre couleurs se trouve dans l’écu ; mais on en choisit une différente de celle de l'habit : ainsi l'habit qui est de couleur, s'appuye sur le gilet qui est sensé de métal jaune ou blanc : et le gilet pose sur la culotte qui est de l'une des quatre couleurs des armoiries. Si le gilet est rouge, on doit l’appuyer sur une culotte jaune (gueules sur or)> Les mêmes règles s’observent pour les grandes livrées, mais celles-ci sont ordinairement faites, pour le fond de l’habit, de la couleur la plus éclatante que renferme l’écu : rouge (gueules) par exemple. Alors on suit et on renverse les couleurs de manière que le gilet sous l’habit soit jaune ou blanc (couleur d’or ou d’argent) , et la culotte de l’une des autres couleurs que contient l’écu. Les aiguillettes sont d’or ou d’argent, mais mieux pour être tout à fait héraldiques, ces aiguillettes, au lieu d’être tressées sont faites en forme de nœud avec autant do rubans flottants, chacun de sa couleur, qu'il y a de couleurs dans l’écu, y compris l’or et l’argent. Les galons du chapeau sont toujours d’or ou d’argent, mais les galons d’habit pour les grandes livrées sont tissés par le passementier et reproduisent en point de tapisserie, les armoiries complètes, en couleur, de la maison (1). Les *

(1) Nous avons dit, page aa33 , ci-dessus, que les rubans, faveurs des dames , donnés aux chevaliers avaient été appelés aussi livrées .

Cet usage des faveurs des dames était très répandu aux temps chevaleresques et des tournois. Le Moine de Saint-Denis rapporte qu’à un tournoi, donnée en 1339, à l’occasioii de l’admission à la Chevalerie du Roi de Sicile et de son frère, les dames ayant accompagné les Chevaliers jusqu’à la barrière, tirèrent de leur sein diverses livrées de rubans et de galends de soie, pour récompenser la valeur de leurs nobles champions.

Les historiens et les romanciers de ces mêmes temps font tous mention

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boutons armoriés doivent être du même métal que le galon du chapeau: or ou argent.

Je cet usage des faveurs et livrées des dames : ils racontent que celles-ci se laissèrent aller quelquefois à un tel degré d'exaltation en faveur des heureux vainqueurs dans les tournois, qu'on en vit qui s'oublièrent jusqu'à se dépouiller de diverses parties de leurs vètemens pour les envoyer aux combattants. On lit dans Perceforest qu'à la fin d'un tournoi les dames itoient si dénués de leurs atours , que la plus grande partie ètoit en pur chef (nue tète), car elles «'en alloient les cheveux sur les épaules gisans , plus jaunes que fin or ; en plus leurs cottes sans manches , car tout avoient donné au xt chevaliers pour eux parer, et guimples , et chaperons , manteaux et camises , manches et habits : mais quand elles se veirent à tel point , elles en furent ainsi comme tout honteuses; mais sitost qu'elles veirent que chacune étoit en tel point, elle se prirent toutes à rire de leur adventure , car elles avoient donné leurs joyaux et leurs habits de si grand cœur aux chevaliers , qu'elles ne s'apercevaient de leur dénuement et dévestement.

Les dames espagnoles, encore de nos jours, aux combats de taureaux, si elles ne jettent pas leurs vêtements aux toréadors , ce sont leurs éventails et leurs bijoux qui vont tomber aux pieds du vainqueur, et joncher le sol de l'arène.

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