‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 17 sur 62 · PREMIERE EPREUVE · texte numérisé non relu

PREMIERE EPREUVE

La période de Tisolement se passe dans l'une des prisons sur lesquelles le Gouvernement exerce directement son action, ou dans des prisons de comtés qui sont construites d'après le système de séparation , et dans lesquelles le surintendant général prend des cellules en location.

La durée de Pisolement doit être au plus d\uie année, quoiqu'^il lie soit que de six mois dans la prison de Milbank. Cette réduction tient à ce que Milbank, qui renferme 1,100 condamnés, n''a que sept cents cellules ; on est obligé, après que 400 prisonniers ont passé six mois en séparation , de les loger dans de grands dortoirs, où ils prennent leurs repas et couchent en commun, soumis aune inspection rigoureuse de nuit et de jour ; mais on a remarqué que ces six mois de cellule ne préparaient pas suffisamment les

Période d*iso1emeDt.

Milbank.

50 ADMINIS TBATION DE LA JUSTICE CBIJIIINBLLE

condamnés. Dans Tim de ses rapports , le chapelain de Portland s'^en plaint ; il demande que la durée de l'isolement prescrite par les règlements soit exigée. Penionviiie. Cesl surtout à PentonviUc que le système de sépa-

ration est pratiqué a\ec succès.

Précédemment on faisait, pour les renfermer dans cette prison, un choix parmi la grande masse des condamnés ; on en détachait les plus robustes , ceux qui paraissaient le plus en état de subir un long isolement.

Aujourd'^hui on ne fait plus de choix, excepté pour les enfants , dont nous parlerons plus tard ; on ne prend plus en considération les forces physiques, Page, la moralité ou la durée de la peine.

Tous les condamnés à la transportatîon qui ne sont pas infirmes sont indistinctement envoyés dans les diverses prisons cellulaires qui sont à la disposition du Gouvernement, et tous y reçoivent une part égale d'^instruction et de châtiment pendant cette première période de discipline.

11 serait hors de propos de faire ici la description de la prison de Pentonville, elle est assez connue : la solitude n'^y est pas absolue , elle n'^existe qu'hantant qu'ail est nécessaire pour mettre le condamné à Tabri du contact corrupteur des autres détenus ; car il est habituellement visité par le gouverneur, par le chapelain ou son assistant, par le lecteur des saintes Écritures, le maître d''école, le contre-maître des travaux, et les membres de sa famille qui en ont reçu Tautorisation ; il Test souvent aussi par les commissaires de la prison. Il peut écrire à ses amis en arrivant dans le

pénitencier, mais ce n'est que trois mois aprè» qiril lui est permis d^écrire de nouveau ; s'^il se conduit mal, cette faculté lui est retirée. Il est pourvu dans la cellule à son instruction élémentaire, sous la direction du chapelain, et le travail, ce puissant moyen de moralisation, lui est offert tout à la fois pour occuper utilement sa solitude , et s'^il n'^a pas de profession manuelle, pour lui en apprendre une, destinée à lui être une ressource après sa libération.

Les exercices religieux se font à la chapelle , qui peut servir paiement de salle d'^école, et qui est divisée en stalles, de manière à interdire toute communication entre les assistants. Les condamnés s'y rendent la tête couverte d\me sorte de bonnet, ayant une visière qui cache la figure , et qui est percé de deux trous à la hauteur des yeux. Ce procédé les empêche de se reconnaître ; c'^est paiement ainsi qu'ails se rendent aux promenoirs qui leur sont affectés.

Tous les jours, à huit heures, la cloche de la chapelle annonce le service divin , qui dure une demiheure. Les dimanches et fêtes, il y a trois services : à onze heures moins un quart, à deux heures et demie et à six heures et demie ; la durée de chacun est d^uie heure et demie; mais la chapelle ne pouvant contenir que la moitié des détenus, chacun n'assiste alternativement au service divin le dimanche, qirune ou deux fois.

Le chapelain qui officie est vu, et sa parole est entendue de tous les détenus ; quatre fois Tannée , il administre les sacrements à ceux d'entre eux qti'il

juge suffisamment préparés à les recevoir.

Aussitôt que les condamnés arrivent à Pentonvîlle, il les visite, leur offre les consolations si nécessaires dans ces premiers moments d''isolement. L'^institiiteur en chef les visite à son tour pour connaître leur degré dinstruction.

La solitude a ses mystères : ses effets sont divers pendant le premier mois. Quelquefois le prisonnier est accablé, il souffre moralement ; cette situation si nouvelle pour lui le surprend , et il tombe dans un état de torpeur qui pourrait être inquiétant s'il devait se prolonger. D'^autres fois, le détenu montre tout d'^abord une grande irritation qui se manifeste en gestes, en propos, en destruction des objets qui sont sous sa main. Dans le premier cas , les consolations , les encouragements relèveront insensiblement le moral abattu de ce nouvel hôte de la prison ; c'^esl en gagnant sa confiance, en lui montrant de Tintérét, en faisant luire à ses yeux un rayon d'^espoir, qu'ion obtiendra de lui la résignation dont il a besoin. Dans le deuxième, le détenu doit être. laissé à lui-même : ce qui est Violent ne dure pas; les exhortations ne feraient qu'ajouter à Tirritation , et on n'^obtiendrail rien de lui ; mais peu à peu il se calme : le moment alors est venu d'^agir à son égard comme on Ta fait envers le précédent.

Ces premiers moments passés, le détenu prend son parti ; la religion vient à son secours; le travail, des lectures choisies , cette parole du chapelain qu'ail entend chaque jour , la régularité des exercices et de cette vie si calme , produisent insensiblement leiir ^fl^t : et lorsque Tannée est écoulée, ce condamné, si

corrompu qiril fût, est deyenu un honuue nouveau, que la réflexion a amené à se réconcilier avec luimême , et dont le cœur ouvert au repentir s'^en est laissé pénétrer d'une manière qu'ion peut supposer durable.

. Des punitions sagement réglées préviennent et punissent rinsubordination elles fautes : la cellule ténébreuse , avec ou sans privation de certains aliments, pour un temps qui ne peut excéder vingt-huit jours; la mise au pain et à Peau pendant trois jours au plus; les fers, qui consistent en de simples menottes, et qui ne peuvent se prolonger plus de vingt-quatre heures sans un ordre écrit de Tun des directeurs, et enfin le fouet , sont les peines que le gouverneur peut ordonner.

Si un condamné commet un acte de violence contre le gouverneur ou contre un employé de la prison, il peut être jugé pour ce fait, et devenir passible d\ui emprisonnement additionnel qui n'^excédera pas de deux ans le terme de son premier jugement; il sera aussi passible de punition corporelle, si la Cour Tordonne.

Pendant son emprisonnement , un condamné n''a droit ni à un salaire ni à aucune gratification ; mais, comme récompense pour le travail et la bonne conduite, il peut être crédité d^me certaine somme dont le montant dépendra de la classe où il se trouve. Cette somme est transmise au gouverneur de la colonie où le condamné sera envoyé, pour être appliquée à son profit lorsqu'on le jugera convenable. Les gratifications sont de 6 deniers par semaine pour la pre-

54 ADJMINISTRATION DE LA JISTICB CRIlfINBLLE

mière classe, et de 3 pour la seconde. - Les prisonniers qui sont en punition, ou qui se conduisent mal, perdent tout droit à la gratification^ et tout prisonnier qui a tenté de s^'évader, ou qui s^'est rendu coupable d'^acle de violence ou d'^insulte, perd toute gratification acquise précédemment, outre la peine d'être envoyé en condition pénale.

Ces encouragements, ces punitions, ces récompenses, judicieusement répartis, produisent les meilleurs effets. Ainsi s'^écoule la première période de probation; tout Tavenir du prisonnier en dépend, elle est son point de départ pour entrer dans la voie de régénération qui va lui être offerte.

Le gouvernement anglais attache, avec raison, une grande importance à ce premier degré de correction. Retiré en lui-même, le condamné a appris à se suffire, à mettre sa confiance en Dieu, et à écouter dans toutes ses actions les salutaires inspirations de sa conscience. Maintenant, une seconde épreuve Tattend ; ainsi préparé, il va être placé dans la société d'antres condamnés^ préparés comme lui.

A la vie solitaire va succéder la vie commune, avec ses excitations, ses dangers. Dans le silence de la cellule, son âme s''est pliée à la règle du devoir envers Dieu et envers lui-même ; on va maintenant juger si, dans le commerce de ses semblables, il tiendra les bonnes résolutions qu''il a prises, et s'il aura la force de résister à renlraînement qui naît de la cohabitation.

DBUXIBME EPREUVE.

Nous avons dit que le lieu dans lequel les condamnés subissaient cette seconde épreuve, occupés à de grands travaux exécutés en commun, était Tîle de Portland. Cette île est située dans le comté de Dorset, à 130 milles de Londres, à 3 milles de la jolie ville de Weymoulh.

Quoiqu'^on Tappelle île, Portland est à proprement parler une presqu'île, qui a une étendue d'^environ 5 milles de longueur sur 2 de largeur.

On y remarque plusieurs villages, dont la population entière est de 4,000 habitants.

Cette presqu'^île n'est accessible qu'à un point, où existe une langue de terre fort étroite, espèce de banc de cailloux^ dominé par un château fort qui fut construit sous le règne de Henri VIII.

Portland est surmonté par un rocher qui s'*élève à 450 pieds au-dessus du niveau de la mer ; nous mimes près d^rne heure à le gravir; il se termine par un plateau d'une assez grande étendue.

La pierre de ce rocher est excessivement dure. La première couche, de 50 pieds environ, est d\uie qualité grossière ; mais au-dessous il règne une sorte de liais, remarquable par sa finesse et sa dureté. Cette pierre a servi à bâtir White-Hall, Téglise de Saint- Paul, les piliers du pont de Westminster, le pont de Blackfriars, et en dernier lieu le nouveau palais du Parlement, qui nVst point encore achevé, et pour la

Grands travaux à Portland.

Description

de Portland.

56 A»MmSTaATiO!l BE LA JCSTICK CBOnSELLB

eoDStmctkm duquel les AA^bîs ont dqi dépeosé 100 nûlfioDS.

Dès 1843, une oomnûsàoD a^ail été chaînée de redierdier un anpbœmeDt oomviaMe pour âablir un lieu de reA^ dans la Manche.

La position de Pôrtland, entre Ptymouth el Portsmouth, parut réunir les ceoditions Toutues, el il fut déddé qu'aune j^ée ou brise-lame serait construite dans la baie de cette presqulle, de manière à abriter un espace de 1,200 acres, dans lequel des milliers de bâtiments pourraient être reçus et trourer un abri. G^ie constraction devenait d^autant plus utile, que le ras de marée dans cet aidroit est fwt dangereux, en ce qull y existe un reflux à deux courants dans les temps les plus calmes. La j^ée est en deux parties: Tune aura 6,000 pieds anglais de longueur, Tautre 1,600, sur une largeur commune de 120 pieds. Entre les deux j^ées, on laisse un espace de 400 pieds, pour donner passage aux navires. Chaque j^ée du côté de ce passage sera surmontée d'un phare.

Ce fîit au commencâonent de 1848 qu^un certain nombre de condamnés furent établis sur le {riateau de Portland : une vaste encetnie fut fermée par un mur de dôture, et au milieu on âeva les bâtiments nécessaires à PâaMissement nouveau. Ces bâtiments se composent principalement de quatre corps ayant diacun 88 pieds de long et 21 de large; sur les deux côtés, quatre rangs de petites cellules forment quatre étages ; la longueur et la hauteiu* de ces cellules sont de 7 pieds ; la lai^ur est de 4 ; il y en a TOO en tout : elles ne servent que pour la nuit. 11 y

a encore, outre 32 cellules de punition solidemeat construites, deux pièces qui contiennent chacune 50 prisonniers couchant dans des hamacs et soumis à une surveillance rigoureuse. Enfin^ une chapelle, pouvant contenir 1,000 prisonniers, une infirmerie pour 60 malades, les cuisines, la boulangerie, la buanderie, les magasins et des logements pour 24 gardiens, forment Tensemble des bâtiments qui sont renfermés dans rintérieur du mur d'^enceinte. A Textérieur de ce mur sont des maisons pour le gouverneur, pour le député-gouverneur, le chapelain, le médecin , les maîtres d'^école , les gardiens et leurs familles. 11 y a également une caserne pouf un officier et 50 soldats ; il y a enfin des appareils pour le gaz, et de grands réservoirs où Peau est élevée par une pompe à feu.

Toutes ces constructions ont été exécutées par les condamnés eux-mêmes, au nombre desquels il s'^en est trouvé qui exerçaient les diverses professions dont il était besoin.

Un grand espace est réservé dans Tintérieur de Tenceinte pour y pouvoir élever, si les besoins du service Texigeaient, d'^autres corps de bâtiments, propres à loger 1,200 ou 1,500 autres prisonniers; il paraît même qu'^aujourd'hui on reconnaît l'urgence de donner cette extension à rétablissement.

En juillet 1849, les constructions étant terminées, Premiers

* ' trayailleurs en

une première bande de 500 travailleurs fut envoyée i8*9. aux carrières ; celles-ci sont en dehors du mur d'^enceinte, et le touchent immédiatement.

On pouvait craindre que , parmi cette masse de condamnés ayant appartenu à des professions si di-

verses, il s'^en trouvât un certain nombre qui fussent impropres aux travaux pour lesquels l'emploi des forces physiques est jusqu'^à un certain point nécessaire, et qui eussent peu de goût à s'*y livrer : cette crainte ne s'^est pas réalisée.

Le prisonnier qui a passé de longs mois dans la solitude éprouve une satisfaction sensible à respirer le grand air, à voir le grand jour. Si, dans les premiers moments , Touvrage auquel on le soumet lui parait rude, il subit bientôt la contagion de Texemple qui lui est donné par les autres condamnés, plus habitués aux travaux pénibles. En voyant ceux-ci, nous dit le gouverneur, accomplir en général leur tâche de bonne volonté et avec contentement, le condamné plus faible, se sent disposé à agir de même, et il acquiert une connaissance suffisante de remploi des outils et des machines pour rendre son concours utile. Sa santé ne tarde pas à s'affermir; une nourriture plus substantielle contribue d'ailleurs à la fortifier, et bientôt, tous montrent une aptitude presque égale à ce genre de travail. Au surplus^ sur une population qui était de 933 condamnés lorsque nous avons visité Portland, il s'^en trouvait plus de 150 qui étaient employés dans rétablissement, comme charpentiers, forgerons, maçons, cordonniers, tailleurs, boulangers, cuisiniers, jardiniers, et un semblable nombre, ou à peu près, qui étaient également employés à certains travaux d''art, hors de l'enceinte, ce qui permettait de donner à chacun le genre d'occupation le plus en rapport avec la profession qull exerçait avant sa condamnation.

Arrivés sur le lieu des travaux, les condamnés y sont

distribués selon que le besoiu Texige. La pierre, nous voulons dire celle qui forme la première couche, et qui , quoique moins belle que celle de la seconde, est également très-dure, est extraite, placée sur des wagons, et précipitée, au moyen de machines, sur la jetée, qui s'avance déjà à une assez grande distance dans la mer ; là, elle est reçue par d'^autres travailleurs qui la disposent convenablement, et qui revêtent la digue, en se servant de blocs préalablement équarris et préparés sur la carrière.

La quantité de pierre arrachée, et ainsi employée chaque jour par 402 travailleurs, est considérable ; on révalue à 1,220 tonneaux, ou 131 tonneaux et 1/4 par heure de travail effectif. Nous avons eu sous les yeux Tétat des pierres jetées dans la mer pendant les sept premiei'S mois de Tannée 1851 ; le mois de janvier, dont les jours sont les plus courts, avait produit 18,280 tonneaux, et Textraction du mois de juillet, dont les jours sont les plus longs, avait été de 32,189.

II y a encore pour quinze à vingt ans de travaux avant que la jetée ait atteint le point où elle doit finir; lorsqu'elle sera terminée, la couche de pierre commune aura été enlevée dans une grande étendue, et on pourra extraire à ciel ouvert et avec facilité cette belle pierre qui sert aux monuments de Londres ; il y aura là pour les condamnés un travail très-productif, et qui pourra se prolonger indéfiniment.

La journée commence pour eux par la prière; à ^je^OTiUmd. cet effet, ils se rendent dans la chapelle, où le chapelain leur fait une instruction.

Ils vont ensuite sur le lieu des travaux, par escouade de vingt hommes. Chaque escouade est conduite par un gardien. Au moment du départ, les soldats préposés à leur garde chargent les armes en leur présence , et , arrivés sur le local, forment un cercle à certaine distance les uns des autres, de manière à avoir toujours les travailleurs en vue, et à pouvoir tirer sur ceux qui tenteraient de s'^évader; mais ces tentatives sont très-rares. Outre que les condamnés ne voudraient pas s'^exposer à être tués, ils ont un costume qui servirait à les faire reconnaître, et enfin, ils seraient infailliblement arrêtés sur cette langue de terre très-étroite qui unit Tîle à la terre ferme, et à Textrémité de laquelle se trouve un corps de garde, chargé d'^arrêter tout ce qui parait suspect.

Un peu avant la nuit, les condamnés quittent les travaux, se forment de nouveau par escouades, et reviennent dans rétablissement sous la conduite des mêmes gardiens. Arrivés dans Tenceinte, chaque escouade se range en ligne, et chaque condamné est fouillé. On s'assure ainsi qu''il ne rapporte aucun outil dont il puisse abuser.

Si la journée a commencé par la prière, elle finit de même ; mais avant d''accomplir ce devoir, le prisonnier rentre dans sa cellule, quitte son costume de travail, en prend un plus décent, s**acquitte des divers soins de propreté qui sont exigés de lui , et c'^est ainsi préparé qu'ail se rend à la chapelle.

L'^instrnction du chapelain n'excède pas, comme celle du matm, vingt minutes. Le service divin, les

dimanches et les fêtes, est également célébré deux fois dans le jour; mais il est beaucoup plus long.

L'^enseîgnement religieux est le principal fondement de la réforme morale à Portland comme à Pentonvîlle; tout contribue à le répandre. Une bibliothèque de livres choisis qui renferme déjà seize cents volumes est mise à la disposition des condamùés; renseignement élémentaire concourt au même but. Avant de venir à Portland, chaque détenu avait suffisamment appris à lire et à écrire, pendant son isolement en cellule, pour n**avoir plus besoin que d'aune classe d'^école par semaine, afin de se perfectionner; et comme les condamnés sont destinés à quitter un jour TAngleterre, on y joint des leçons de géographie. Chaque prisonnier assiste, par rotation , à une demi-journée de classe. Celte disposition permet à soixante-dix hommes de recevoir renseignement en même temps. Deux maîtres d'^école sont toujours présents : un troisième remplit dans la classe Toffice du chapelain. Un chapitre des saintes Écritures est lu, verset par verset, et les maîtres d'^école catéchisent la classe.

Le dimanche, outre les deux services complets, les chapelains et les maîtres d'^école réunissent les prisonniers dans des quartiers pour leur faire répéter les versets des saintes Écritures et les hymnes qu'ils ont dû apprendre par cœur dans la semaine. Il faut deux dimanches pour que tous les prisonniers aient successivement passé à cet examen.

L'^empreinte du sentiment religieux se fait remarquer dans tous les exercices de rétablissement. Nous

avons suivi les condamnés à la chapelle, et nous avons été. touchés de Tair grave et recueilli avec lequel ils s''y rendaient. Une fois placés, leur livre de prières à la main, ils nous ont paru profondément pénétrés de l'acte qui se passait sous leurs yeux ; ils répétaient tout bas et avec componction les prières que le chapelain récitait à haute voix, écoutant sans distraction et avec une attention soutenue la courte instruction qu'il leur adressait ; puis tous ensemble, et à un signal donné, entonnant des cantiques à la louange de Dieu et en actions de grâce pour les faveurs qu'ails avaient obtenues de lui. Nous étions émus d'^entendre ces voix d'abominés, qui tous avaient violé les lois de leur pays, s\mir en chœur pour exprimer 4eur repentir et en demander pardon à celui qu'on n'^implore jamais en vain ; mais nous ne rétit)ns pas moins de voir les gardiens, et tous ceux qui, à divers degrés, concourent à la surveillance et à Tadministratiou de rétablissement, donner l'exemple du recueillement et édifier les condamnés par la fei'veur que manifestait leur attitude.

Les chants en chœur ont un grand effet moral : si on le remarque parmi les ouvriers de nos villes chez lesquels on en répand la méthode, c'^est particulièrement sur les hommes qui sont soumis à une discipline pénale que cet effet devient plus puissant. En s'associaut à ces chants, Tâme du condamné s''attendrit et perd son endurcissement ; il se pénètre davantage de la sainteté du lieu où il est, de la vérité des paroles qu'ail prononce, et ces paroles, se gravant dans son cœur, y laissent un souvenir plus doux et plus

profond. Dans quelques-unes de nos maisons centrales, on choisit parmi les condamnés ceux qui ont de la voix et qui jouent de quelque instrument pour en former un corps de musiciens qui est employé à exécuter des morceaux de choix pendant le service divin; on croit ainsi ajouter à sa solennité* Nous n'^avons jamais vu que cette sorte de concert spirituel fût autre chose pour les condamnés qu'Hun délassementy ou plutôt une distraction qui leur permet d''endurer plus patiemment la longueur du service.

En remarquant la pieuse contenance des prisonniers de Portland, nous demandâmes au chapelain s'^il ne pensait pas qu'ail y entrât un peu d'^hypocrisie. Il nous répondit qu'yen admettant qu'ail y en eût, elle ne laissait pas que de produire à la longue de bons effets ; que Tâme soumise à Pespèce de contrainte qu'acné s'^imposait se pliait incessamment à la règle, recevait ainsi TinQuence de Thabitude, et qu'ail était rare que le condamné ne finit pas par montrer un retour au bien, aussi sincère que durable.

Non-seulement on met un grand soin à inspirer le sentiment religieux dans le pénitencier, mais on s'^efforce d''y faire tourner tous les événements, toutes les circonstances à Texpansion de ce sentiment.

Le 25 juillet 1 849, le prince Albert vint à Portland, visite du et visita rétablissement dans le plus grand détail. 11 à Portiand.^ fut charmé de ce qu'ail vil : les progrès faits par les ^«° ^*"°^ ^'***^ condamnés, leur résignation, les remarquables travaux qu'ails exécutaient et qui devaient contribuer à la grandeur et à la puissance de TAngleterre, Pimpressionnèrent vivement. Il ne se contenta pas de

leur exprimer sa satisfaction et de leur donner des encouragements , il voulut leur faire un don qui les relevât à leurs propres yeux, en même temps qu'oïl porterait avec lui le témoignage de sa moralité : ce don fut celui d'aune Bible magnifiquement reliée, sur la première page de laquelle se trouvait inscrite la date de la visite du prince, suivie de quelques lignes portant que, si Dieu jiunit les pécheurs, il pardonne au repentir et à ceux qui demeurent fidèles à ses saintes Écritures.

Ce don fut accepté avec de grandes démonstrations de respect et de joie; il semblait sortir les condamnés de leur abaissement, car il leur montrait qu'ion les jugeait dignes de le recevoir. Cest dans ce livre vénéré que les saintes Écritures sont lues et expliquées par le chapelain aux grandes solennités de* Tannée.

Importance Pour Comprendre Timportance d\in pareil don, il

deiaBiWedans f^^^^^ pénétrer de la grande place que la Bible mœurs anglaises. Q^cupc daus Ics mœurs du peuple anglais : chez ce

peuple, fidèle à ses traditions domestiqués, la famille croît, s'^étend, se perpétue sous Tinvocation, nous dirions presque sous la protection de ce livre saint. — Nous passâmes la nuit au village de Portland, et reçûmes rhospitalité dans une humble demeure, où, selon notre habitude, nous nous enquérions des usages du pays. Entre autres choses, le maître de la maison nous montra une grande Bible, qu'il tira avec respect d\me armoire où elle était religieusement conservée. Ce petit in-folio était précédé de nombreux feuillets sur lesquels se trouvaient consignés depuis deux siècles, et de génération en génération, les actes

BN ANGLETERRE. 65

dç naissance, les mariages, les décès, les événements mémorables qui avaient affecté heureusement ou malheureusement la famille* Cette sorte de registre de Tétat civil et moral de ceux dont les noms y étaient inscrits, placé en tète d'^un livre saint, comme pour i*endre témoignage de leur foi, et pour implorer, dans tous les actes de la vie, les faveurs de la divine Providence, montre toute Timportance qu'ion attache en Angleterre à la possession de ce livre, qui se transmet de père en fils avec un soin égal à la piété héréditaire dont il est le symbole et le gage. Le prince Albert ne pouvait donc faire aux condamnés de Portland un présent qui eût plus de prix à leurs yeux, et qui. les rappelât davantage au sentiment de leur dignité.

Le travail des condamnés de Portland a de grands avantages ; il fortifie le corps. La santé des condamnés y est parfaite. Lors de notre visite, sur 933 détenus il n'^y avait que 30 malades, et les maladies n'^avaient aucune gravité. Tous ces hommes paraissaient forts, robustes ; tous étaient dans la vigueur de Tâge, et en effet, sur le nombre que nous venons de dire, il s'^en trouvait à peine un quart qui eût passé quarante ans.

Le travail des condamnés, qui leur fait contracter des habitudes d-ordre, qui donne à leurs idées un cours plus régulier, contribue puissamment aussi à leur amélioration morale ; la vie commune ne leur offre plus de danger, elle devient, au contraire, la contre-épreuve du progrès obtenu dans la solitude. Le silence n''est point exigé; les détenus peuvent I. 5

État sanitaire

PorOaod.

Amélioration morale.

Division

des condaionés

en

trois classes.

communiquer entre eux, se faire part de leurs pensées mutuelles, et c'^est par là surtout qu'ion peut Juger s'ils sont disposés à persévérer dans les bonnes dispositions qu''ils ont formées lorsqu'^îls étaient en

cellule*

Dans un de ses rapports, le respectable chapelain de Portland, M. Moran, disait ; « N'^oublions pas que a la conduite régulière et la soumission à la discipline H de la prison sont ici une preuve d'^amélîoration <c beaucoup plus positive que dans la séparation ; « car les tentations sont plus fréquentes et plus fortes, a et les moyens de répression nécessairement moînu dres. Les associations de prisonniers employés dès « le matin, et jusqu'à une heure tardive du soir, « aux travaux de la prison ou des carrières, ressem- « blent, malgré la surveillance et le contrôle, à celles a de la vie libre , et il n'^est pas douteux que ce ne « soit une préparation des plus utiles pour h contt duite future des condamnés aux colonies. »

Leurs bonnes dispositions sont d'^ailleurs stimulées par Tespoir d'aune abréviation de peine si leur conduite est satisfaisante. A cet effet, les prisonniers sont divisés en trois classes, et passent successivement de la troisième à la deuxième, et de la deuxième à la première, à mesure que leur amendement est constaté; de même qu'ails redescendent de la première classe à la deuxième, et de celle-ci à la troisième, si leur inconduile exige qu'ion use de cette sévérité à leur égard. On les renvoie même à Pentonville, pour être soumis de nouveau à Temprisonnement solitaire, lorsque leurs dérèglements contiixuent ; et enfin, si

risolement ne produit aucune amélioration , le coi>^ damné, considéré comme incorrigible, est transporté directement à nie de Norfolk, où il est placé sous le régime le plus sévère pendant tout le temps de sa condamnation ; mais ces derniers cas sont très-rares. Les punitions, pour les fautes commises à Portland, sont à peu près les mêmes qu'^à Pentonville. Le passage du prisonnier d'aune classe dans une autre s'^accorde en consultant et en comparant lés registres tenus par le gouverneur, par le chapelain et par les officiers inférieurs de rétablissement. Ces registres, oùf comme dans les maisons pénitentiaires dont nous avons parlé plus haut, chaque condamné a son compte moral ouvert, font connaître, jour par jour, le d^ré d'espoir que son amendement peut donner.

Il ne suffit pas, pour obtenir son avancement d'aune signe affecté classe à Tautre, de montrer de Tactivité et de Tintel- chaque classe. ligence au travail, il faut le mériter par Tensemble de la conduite ; lorsqu'elle ne laisse rien à désirer, elle est indiquée par un signe apparent porté sur le vêtement, et attaché au bras gauche. Ce signe consiste en une plaque de cuir verni, sur laquelle le témoignage est imprimé en lettres noires dans un cartouche blanc : deux lettres et deux chiffres indiquent le nombre d'^années de transportatiôn auxquelles le prisonnier a été condamné, le nombre de mois qu'ail a passés dans Tisolement, et enfin le nombre de mois pendant lesquels sa conduite a été bonne. Un témoignage de très-bonne conduite ne peut être obtenu qu''après trois mois au moins de persévérance.

Réduction La favcuF attachée à ces signes excite une vive

des peines. , . • , . , ro

émulation ; leur importance est grande, en effet, pour le condamné. Si sa conduite est simplement bonne, il peut obtenir son billet de permis pour la transport tation, après avoir passé la moitié de son temps dans les deux périodes probatoires, c''est-à-dire dans la prison cellulaire et aux travaux de Portland.

Si elle a été très-bonne, la réduction de la peine peut être de moitié encore, c'^est-à-dire d'un quart, et on lui compte comme temps de probation les six mois supposés nécessaires pour son voyage en Australie.

Voici donc la gradation dans les deux catégories :

Première catégorie, celle où la conduite du prisonnier est seulement satisfaisante. Le condamné à sept ans de transportation peut, dans ce premier cas, espérer d'être envoyé aux colonies après trois ans ; savoir ; un an passé en cellule et deux ans à Portland. Celui condamné à dix ans peut ne rester à Portland que trois ans et demi ; ceux dont la peine est de quinze et vingt ans peuvent obtenir la même faveur après un séjour à Portland, pour les uns de six ans et demi, pour les autres de huit ans et demi.

La condamnation à vie est évaluée à vingt-quatre ans. Dans ce cas, le terme du séjour à Portland peut être réduit à dix ans et demi.

Ces périodes, jointes au temps passé dans la séparation et le temps donné au voyage, sont calculées devoir former environ la moitié du temps de la condamnation. Mais il est, je le répète, clairement entendu qu'aune telle réduction de la peine ne peut être

BN ANGLBTBRRB. 69

demandée que dans le cas où la conduite du prisonnier est satisfaisante.

La deuxième catégorie est celle où le condamné se conduit d\ine manière non-seulement satisfaisante, mais tout à fait exemplaire. Pour plus d'^encouragement, on a voulu traiter avec une plus grande faveur encore ceux qui, par leur conduite générale et leur activité au travail, montrent qu'ails ont profité de rinstruction qui leur a été donnée, et inspirent la confiance que, délivrés de la discipline pénale, ils deviendront des membres utiles de la société. Ceuxlà peuvent être recommandés au secrétaire d'État pour obtenir leur billet de permis à Texpiration de la moitié de la période établie dans la catégorie précédente. La période minimum du séjour à Portland peut donc être réduite à un an pour les condamnés à sept ans, à un an et demi pour ceux à dix ans, à trois ans pour les condamnés à quinze ans, à quatre pour ceux à vingt ans, et à six pour ceux condamnés à vie.

En un mot, l'ensemble du système à Tégard du condamné à la transportation se résume à mettre le prisonnier dans les conditions les plus favorables pour recevoir une instruction industrielle qui lui donne le moyen de se suffire un jour à lui-même et une éducation morale et religieuse qui Téclaire sur ses devoirs envers Dieu et envers les hommes. Pour l'exciter à profiter de ces avantages, on lui présente d'un côté, s'*il se conduit bien, une série de périodes à parcourir, dsuis lesquelles sa position s'améliore graduellement, et, d'un autre côté, la prolongation de sa peîne^ avec des circonstances qui peuvent s*'ag-

Grâce accordée.

Grâce accordée

à un

prisonnier

français.

graver jusqu'à son renvoi à remprîsonnement séparé, et même jusqu'^à la transportation à Norfolk, qui est le terme le plus redouté du châtiment.

Il y a cependant quelques cas où, même avant que le condamné ait terminé à Portland son temps de probation, il devient Fobjet de la clémence royale.

Il nous a été donné d'en voir un exemple, que nous demandons la permission de rapporter à l'académie, parce qu'ail montre en quelhonneur est l'Institut auprès de nos voisins, et avec quel empressement le Gouvernement britannique saisit|les occasions de nous témoigner le prix qu^il met à resserrer les liens qui unissent les deux nations.

Pendant notre visite à Portland, un condamné français, le seul parmi tous les autres qui eût cette origine, demanda à nous parler; le gouverneur donna des ordres pour qu'ail nous fût amené : nous vîmes un homme d'environ quarante-cinq ans, d\me taille élevée, d\uie figure intéressante, et qui s'exprimait avec autant de facilité que de convenance. Il nous expliqua qu'il avait été condamné à vingt années de transportation pour Tun de ces crimes que produit la fougue des passions, et pour la répression desquels les tribunaux anglais sont presque toujours obligés de s''en rapporter au témoignage de la femme qui porte plainte. Ce condamné prétendait avoir été victime d'une odieuse malveillance. Ce qui pouvait donner quelque crédit à Ténergique protestation quil faisait contre son jugement, c'est que, marié et père de quatre enfants, sa femme, qui plus que toute autre aurait dû conserver du ressentiment de

cette violation de la foi conjugale, si elle lui eût paru réelle, lui était demeurée très-attachée et n'avait cessé, pendant son jugement et depuis qu^il subissait sa peine, de lui donner des marques du plus grand dévouement. Ses enfants, de leur côté, n'^avaient rien perdu de leur respect pour lui.

Cet homme, qui avait passé trois ans* en cellule ou à Portland, et pour qui Tépoque de la transportation approchait, ne pouvait supporter l'idée dVne expatriation qui allait le séparer pour de si longues années de sa famille; il implora notre appui, afin d'^obtenir d'^en être dispensé. Mais que pouvions- nous ? Étranger au pays, sans caractère officiel, de quel poids seraient nos recommandations ! Cependant nous primes sur la conduite de ce condamné des renseignements auprès du gouverneur et de Taumônier ; Tun et l'autre nous rendirent de lui le meilleur témoignage; ses notes étaient excellentes : il n'^avait jamais encouru de punition, et même il avait, dans une circonstance critique, préservé la vie d'un officier ou gardien, en repoussant Tagression dont celuici était Tobjet de la part d\m prisonnier. Le gouverneur , ayant égard à ces circonstances , Favait dispensé des travaux pénibles de la carrière, et remployait au service de Tintérienr. Nous ne pûmes offrir à ce malheureux que des consolations, et si nous ne sûmes nous défendre de lui témoigner Tintérêt qu'ail nous inspirait, il nous était interdit de lui donner Tespoir que cet intérêt pourrait servir à améliorer son sort.

Cependant, de retour à Londres, nous plaidâmes sa

72 AMnmSTEATlOU DB LA JCSTICB CRIHIBrBLLE

cause auprès du surinlendaut général ; nous n'^eûmes pas besoin, nous Tavouons, de faire de grands efforts: nous trouvâmes, dans ce haut fonctionnaire, un empressement à se rendre agréaUe au dél^é deTA- , cadémie, qui nous toucha profondânent. Après s'^étre fait représenter le dossier de celui pour qui nous intercédions, il nous dit : « M'^autorisez-vous à faJre usage de votre nom, et à proposer au Gouvernement la grâce de cet homme, comme demandée par vous ? » Vous jugez quelle fut notre réponse?

Effectivement, cette grâce a été accordée. Celui qui a reçu une faveur si inespérée est venu à Paris, se réunir à sa femme, et à ses enfants qui Ty avaient devancé; il vous bénit. Messieurs, car c'^est à vous, e'^est à la mission que nous tenions de vous, qu'il doit sa liberté : et, innocent ou coupable, ce dont nous ne saurions être juge, nous ne doutons pas qu'ail ne justifie, par sa bonne conduite, Tintérêt dont il a été robjet.

Cest ainsi que, soutenus par Tespoir de voir leur

sort s^adoucir graduellement, les condamnés finissent

par sortir courageusement des épreuves auxquelles

ils sont soumis, et par obtenir une réduction notable

dans la durée de la peine qu'ails ont encourue.

locatioD Leur émulation est d'^ailleurs entretenue par Tallo-

d'nne "* cation, comme à Pentonville, d'aune petite somme dont

îmaSS! ^ ^ s^^t crédités chaque semaine, si on est satisfait

d'yeux, et qui est de 18, de 12, ou de 8 pence, seloa

leur classe. Cette allocation peut même être portée ^

30 pence, si la conduite ne laisse absolument rien à

désirer. Leur compte en est crédité, et, lorsque le mo-

Bll ANGLBTBRRB. 73

ineot de la transportatioa est venu, ces diverses sommes forment un petit capital qui reçoit la même destination que celui obtenu pendant la première période de probation, c'^est-à-dire, qu'ail est adressé au gouverneur de la colonie dans laqueUe le condamné est envoyé; ce gouverneur ne la lui remet qu'^à mesure de ses besoins, et en surveille remploi.

Du reste, si la discipline de Portland est d'aune grande rigueur, le condamné y est traité avec une parfaite humanité ; sa santé est Tobjet du soitf le plus attentif ; chaque s^naine, le jour où il va à Técole, il prend un bain de propreté. Gomme il dépense beaucoup de for^ ces, il reçoit une nourriture substantielle qui ne trouve aucun analogue avec celle qu'ion donne aux condamnés dans nos bagnes ou nos prisons. Cette nourriture est, à d^euner, de 12 onces de pain, d^me pinte de thé ou de cacao, mêlée à deux onces de lait, et édulcorée avec deux onces de sucre brut, ou 3/4 d'^once de mélasse. Le dîner se compose de 6 onces de psdn, de 6 onces de viande cuite, sans os, d'aune livre de pommes de terœ, d'aune pinte de soupe grasse, d'^oi^e, de riz ou de farine d'avoine, à laquelle on joint une once d'oignons ou de poiraux. Enfin, chaque condamné reçoit à souper 3 onces de pain, et une pinte dé gruau ou potage à la farine d'^avoine ; tous les repas se prennent dans la cellule.

Pour les prisonniers qui ne sont pas occupés aux travaux pénibles et continus, les rations de viande et de pain sont réduites d'^un quart. La nourriture entière des condamnés mis en cellule pour paresse est diminuée de moitié.

Soins hygiéniqoeB.

Noorrilore.

Quant à ceux qui demeurent constamment en cel- IglCi la ration de viande est de 4 onces, au lieu de 6, et les autres aliments sont également diminués, mais dans une proportion moins forte.

Les condamnés, à Portland, sont d'^ailleurs bien vêtus, confortablement couchés, et suffisamment fournis de linge.

On sent, d'^après cela, que rétablissement de Portland devrait être fort coûteux.

Dépenses La dépense qiîil occasionne au Gouvernement an-

condamnés, glais, en salaires et gages des employés, s'*est élevée, en 1851, d'^après le dernier rapport du surintendant général, à 7,260 livres sterling. Toutes les autres dépenses de nourriture, de combustibles, d'^éclairage, de vêtements, etc., ont atteint le chiffre de 12,705 livres, ce qui fait un total de 19,965 livres , ou environ 500, 000 francs de notre monnaie; et une moyenne de 23 livres 15 schellings 3 pence, ou 600 francs par prisonnier. Mais cette dépense , si considérable qu'elle soit, est en grande partie compensée par le produit du travail : ce produit, calculé diaprés la valeur de chaque tonne de pierres jetées dans la mer, économise au Gouvernement anglais un déboursé annuel de 13,818 livres 7 schellings, ou au delà de 320,000 fr., ce qui réduit la dépense annuelle et totale de rétablissement à 6,147 livres 6 schell., ou 153,700 fr., et celle de chaque condamné à 7 liv. 6 schell, 10 p., ou 183 fr., au lieu de 600 (1).

(i) Depuis que ces lignes ont été écrites, le travail des con-

Quant aux dépenses de premier établissement^ c'^està-dire, celles occasionnées par la construction des bâtiments, nous n'en avons pas vu les comptes ; mais celles-là ne peuvent pas être considérables. On avait la pierre sur les lieux mêmes ; la main-d'^œuvre ne coûtait rien non plus, puisqu^on trouvait, parmi les condamnés, des ouvriers exerçant toutes les profes* sions : on n'^a donc eu réellement à acheter que le fer et le bois de charpente.

Voilà les avantages que procure, pour le bien de TÉtat, remploi des condamnés aux grands travaux d'' utilité publique.

S m. — AUTRES LIEUX DE TRAVAUX PUBLICS.

Nous avons dit que rétablissement de Portland, dans son état actuel, ne peut guère contenir au delà de 900 prisonniers ; il est donc loin de pouvoir suffire à la seconde période probatoire que doivent subir les condamnés à la transportation, puisque le nombre de ces condamnés, renfermés dans les divers lieux de répression de la Grande-Bretagne, s'^élevait, au !•' janvier 1851, à 6,128.

Sur ce nombre, 2,269 subissaient la première épreuve dans Tisolement à Milbank, à Pentoiiville et dans huit prisons de comtés, dans lesquelles le Gou*

damnés est devenu tellement productif^ que non-seulement il a couvert les dépenses , mais qu'il a procuré à TÉtat des bénéiices considérables. Voir le 2* Rapport^ tit. V^ chap. i, § 2.

vernement a loué un certain nombre de cellules : ce sont les prisons de Wakefield, Preston, Leeds, Leicester, Northampton, Bath, Reading et Bedfort.

U reste donc 3,859 condamnés destinés à subir la seconde épreuve, et occupés à des travaux publics en commun. Or, ceux qui ne sont pas renfermés à Portland font cette seconde période de probation à Woolwidb et à Portsmouth, sur quatre pontons qui en renferment au delà de 1,700, et qui sont employés à des travaux publics dans les docks ou les arsenaux. Quelques-uns sont occupés, à Dartmoor, à la conçu pontons, struction d'aune prison ; d'^autres sont aux Bermudes ou à Gibraltar ; d'^autres enfin, (ce sont les jeunes délinquants), sont élevés à la colonie agricole pénitentiaire de Parkhurst, dans Tîle de Wight : nous en parlerons plus tard.

La discipline des pontons a été assimilée, autant que possible, à celle de Portland ; quoiqu'^on y ait rencontré de grandes difficultés, on est cependant parvenu à rendre ces lieux de répression très-profitables pour la moralisation des détenus.

Les pontons sont, on le sait, de vieux vaisseaux dépourvus de leur armement et de leurs agrès.

Nous avons visité Tun d'yeux à Woolwich ; nous avons admiré son aménagement et Tordre parfait qui y règne, sa propreté, nous dirions même son élégance.

Le bâtiment a trois étages ; sa longueur est de 260 pieds, sur une largeur de 51 et une hauteur de 60 pieds depuis la quille. Chaque étage est coupé dans toute sa longueur par un corridor, à droite et à pan-

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che duquel sont des chanobres grillées, qui servent à loger chacune 12 à 16. convicts; ceux-ci couchent dans des hamacs qui sont enlevés pendant le jour. Les repas sont pris en commun, dans chaque chambre, sur deux tables parallèles.

Il y a une salle d'^école, où les prisonniei*s sont admis à tour de rôle. La prière, les chants religieux, ont lieu comme à Portland ; mais ils sont moins souvent r^tés.

Les condamnés qui ne sont pas retenus à Técole ou pour le service intérieur vont au travail dans Tarse^ nal ou dans les docks, par escouades de dix ; chaque escouade est sous la conduite d\m officier ou gardien qui ne la quitte plus.

Nous avons suivi ces hommes sur les chantiers ; nous nous sommes convaincus que le travail qu'on leur impose est sérieux et qu'ail exige femploi de toutes leurs forces. Autant que possible^ ils travaillent seuls, sans être mêlés aux ouvriers libres. Si un condamné a besoin d'hêtre détaché pour le transport d^rne pièce de bois, ou pour tout autre service, il est accompagné d'^un soldat qui veille à ce qu'ail ne se mette pas en communication avec les autres ouvriers de l'arsenal et qui le ramène. Si, dans quelques cas rares, la nature des travaux exige que les prisonniers travaillent avec les ouvriers libres, on met le plus grand soin à éviter toute conversation entre eux.

Les condamnés invalides ou infirmes sont employés dans une partie de Tarsenal à détordre de vieux bouts de câbles et à en faire de la filasse.

Le jour de notre visite au Warrior, il s''y trouvait

458 condamnés, sous la direction d'^un gouverneur, et la surveillance de 45 officiers ou gardiens. L'état sanitaire était excellent ; le nombre des décès n'^avait pas excédé jusque-là trois ou quatre par an.

Discipline La discipline, comme à Portland, y est sévère ; elle

buiks ou pontons, cousistc, pour Ics manquements légers, dans la mise

au pain et à l'^eau, qui peut s'^étendre jusqu'^à sept jours ; dans la mise aux fers pour insolence, et enfin dans la peine du fouet, si le condamné s'^oublie jusqu'^à frapper un gardien. Cette peine est infligée au moyen d'aune sorte de martinet composé de neuf ficelles nouées au bout ; on donne de 6 à 60 coups. Le chirurgien est présent, il a la faculté de diminuer ce nombre, si fétat du patient le lui fait juger nécesp saire.

Le grand inconvénient des pontons, c'^est que les condamnés ne peuvent pas être séparés la nuit les uns des autres, et mis en cellules particulières. Les gouverneurs et les chapelains déplorent cet inconvénient dans tous leurs rapports. Cependant la conduite des prisonniers est bonne en général ; il n'^y a pas de fautes graves, et si on doit s'^étonner de quelque chose, c'^est qu'ail y en ait si peu. Le fouet n'^est appliqué que dans des cas très-rares, et à peine une fois Tan sur chaque ponton.

On entretient, parmi les condamnés, le même système de classification qui est employé à Portland. Le chapelain du Warrior tâche toujours d'^associer ensemble les hommes qui paraissent avoir les sentiments religieux les moins équivoques, qui sont les mieux disposés à agir par libre soumission à Pautorité, et

dont la bonne conduite montre qu'on a eu raiàon d'^espérer une amélioration notable de leur part. Cest dans cette yue que les classements sont formés. Les hommes ainsi associés exercent une heureuse influence les uns sur les autres ; unis dans leurs exercices religieux, ils s'^abstiennent de conversations corruptrices, et sont d'un excellent exemple pour les autres détenus.

Mais tous les gouverneurs et chapelains de pontons s'accordent à reconnaître que le succès de la deuxième période de probation dépend beaucoup de la première. Selon, disent-ils, que celle-ci a été bien ou mal passée, Tétat moral d'un hulk oti ponton peut être relevé ou abaissé ; il dépend donc de la manière dont les condamnés ont été préparés dans Tisolement de la cellule, de rendre le deuxième degré plus ou moins fructueux.

La valeur du progrès moral acquis dans la période de séparation se montre d\me manière frappante, disait un des chapelains^ dans le caractère et la conduite des hommes reçus sur les pontons, par le désir empressé et les eflbrts qu'ils font à leur arrivée pour se tenir à Tabri des tentations auxquelles leurs rapports avec les autres condamnés pourraieat les exposer. Mon impression particulière, ajoutait ce digne ecclésiastique, est qu'il est fort nécessaire qu'après avoir passé un certain temps dans la séparation, le prisonnier soit soumis à l'épreuve de l'association, avant d'être envoyé aux colonies avec un billet de permis. Us possèdent jusque-là, il est vrai, la théorie des principes religieux, et se persuadent qu'ils sont

assez forts pour ne pas ^''en écarter ; mais, pour que oes principes deviennent réellement profitables dans la vie libre, il faut qu'ails aient préalablement été mis à une épreuve pratique par leur commerce avec les autres prisonniers.

Ce sont, comme on le voit, les mêmes observa- ^ tions qui ont été faites à Portland.

Sur les pontons de Portsmouth, une bibliothèque a été établie, elle est d'aune grande utilité pour les prisonnniers , qui s'^en servent avec avidité , et , quoique les volumes soient constamment en circulation, on ne remarque pas qu'ails soient trop détériorés.

Le travail des condamnés est moins productif sur

les pontons qu'^à Portland ; aussi ces établissements

coûtent-ils beaucoup plus à TËtat.

Dépenses Les gagcs et Ics Salaires des employés pour les qua-

boiks 00 pontons, trc hulks sc sout élcvés, cu 1851, à 14,747 livres

sterling ; les autres dépenses d entretien et de nourriture des prisonniers ont atteint le chiffre de 25,270 livres sterling, ce qui fait un total de 40,036 livres sterling, ou 22 livres sterling 4 sch, 10 pence, c'^està-dire 555 francs par détenu.

Si on déduit le produit du travail dans les arsenaux, qui a été, pendant la même année 1851^ de 15,000 livres sterling, la dépense générale des pontons se trouve réduite à 25,036 livres, et celle de chaque détenu à 13 livres 18 sh., ou 347 francs, au lieu de 7 livres 7 sh. 10 pence ou 183 fr., qu'acné était à Portland. Il ressort de cette différence qu'au point de vue économique autant qu'au point de vue

moral, il importe d'^obtenir des condamnés une quantité de travail qui puisse, dans une certaine mesure, défrayer TÉtat des dépenses qu^il fait pour leur entretien (1).

Mais, comme nous Tavons dit plus haut, le Gouvernement anglais, malgré les grandes améliorations introduites dans les hulks ou pontons, n'^est pas satisfait de ces lieux d'^expiation ; il se propose de les supprimer lorsque celui de Portland aura reçu une plus grande extension par les nouvelles constructions qu'ion se propose d'^y faire, et aussi lorsqu'^une nouvelle prison, dont l'appropriation est commencée, aura pii recevoir le nombre de condamnés qu'ion projette d'^y placer.

Celle-ci est Tancienne prison de guerre de Dartmoor, à Plymouth.

Le colonel Jebb nous apprend , dans son dernier Prison rapport, que le but immédiat qu'ion s'^était proposé en utilisant les bâtiments de cette dernière prison, était la formation d'^un établissement pour enfermer les condamnés que Fâge ou les infirmités rendaient impropres à gagner leur vie dans les colonies, et que, pour ce motif, on n'^avait pas trouvés bons à être embarqués.

Les individus de cette classe s'^étaient accumulés au nombre d'environ 6 ou 700, avec probabilité de s'^augmenter encore, et ils étaient détenus à bord du

(1) Voir le 2* Rapport, lit. V, chap. 4, S 2.

Defense-Hulk àPortsmouth, ou mometitanémèiit daus des baraques à Shorncliff.

Ces deux emplacements étaient mai choisis pour des périodes d'^emprisonnement continu et prolongé, principalement par la difficulté d''y pourvoir les prisonniers d'occupations convenables.

Dartmoor offrait les plus grandes facilités sous ce rapport : il y a dans Tintérieur du mur d'^enceinte et autour de rétablissement une grande étendue de terrain propre à la culture, et qui est susceptible d'hêtre convertie en jardin ; on peut même y extraire de la bouille.

Quoique la création d'^un dépôt pour les condamnés invalides fût le principal objet qu^n eût en vue, lés facilités qu'ion avait de transformer, au moyen de dépenses modérées, ces bâtiments ruinés, mais vastes, en une prison propre à enfermer un plus grand nombre de prisonniers , offraient des avantages trop évidents pour ne pas les prendre en considération.

Il fut donc décidé qu'on y ferait les réparations nécessaires, à l'effet d'y loger tout à la fois les prisonniers invalides et un certain nombre de détenus valides.

Au mois d'^octobre 1850, un premier groupe de 70 condamnés, tirés de Milbank et exerçant les diverses professions de maçon , menuisier , forgeron , etc. , fut envoyé à Dartmoor; il fut bientôt suivi de 115 autres. Ces condamnés furent employés à Tappropriation des bâtiments , et à la fin de décembre, les travaux étaient assez avancés pour qu'ion pût y en recevoir un plus grand nombre.

L'^ensemble de rétablissement se compose de cinq

SN ANfiLETBRRE* 83

corps de logis : deut sont destinés à loger 700 inva- UdeSy couchés dans de grands dortoirs ouverts et bien aér^^éâiix autres sont disposés en petites cellules de nuit, séparées par des cloisons en tôle cannelée, comme à Portland, et pour 5 à 600 condamnés valides.

Le dnquième bâtiment est divisé en deut parties : Tune est convertie en une chapelle asseï spacieuse pour contenir 1200 prisonniers; Fautre en oûsiné, offices, etc.

Le montant total des frais d'^appropriation pour , Frais 1,300 hommes, y compris les maisons et les habita- deTattmoor." tions des employés, n'^a pas dû excéder 25 à 26^000 livres sterling, ou 600 à 650,000 francs.

A rheure qu'ail ^t, ces 1^300 hommes doivent être logés^ à savoir^ les 700 invalides qui se trouvaient sur le Defrose-Hulk et les 600 prisonniers valides destinés plus tard à la transportation.

Ces arrangements n'^absorbent pas tout le local disponible dans la vieille prison de guerre ; il reste encore teois grands bâtiments où des appropriations nouvelles pourraient être faîtes pour 700 prisonniers de plus, ce qui porterait le nombre total à 2,000.

Le gouverneur de cette prison rapporte qu'à quelques exceptions près, la conduite des hommes employés à ces travaux a été irréprochable; qu'ails ont travaillé, chacun dans sa profession, avec autant d'^ardeur, de promptitude et de succès qu'^eût pu le faire un nombre égal d'^ouvri^^s libres, et que même, dans beaucoup de cas, la comparaison eût été à leur avantage.

Dépenses de Dartmoor.

Les Bermudes.

Gibraltar.

Pendant le cours de Tannée 1851, 1,100 condamnés ont occupé rétablissement. Les salaires des employés sesontâevés, dans cette année, à 9,530 livres sterling, les frais de nourriture et d'entretien des prisonniers à 19,842 livres 10 sh., ce qui porte la dépense totale d'aune année à 29,372 liv. 10 sh., ou 734,300 fr., et celle de chaque détenu à 26 liv. 14 sh., ou 666 fr. Le produit du travail de cette année n'hélant pas compté, puisqu'^il a consisté en améliorations des bâtiments, il en résulte que la dépense afférente à chaque prisonnier a été plus considérable qu'à Portland et sur les pontons, mais que TEtat a bénéficié de la valeur de ces aiiiéllorations.

Les condamnés envoyés aux Bermudes, groupe dlles de Tocéan Atlantique, y sont placés dans un établissement temporaire formé depuis 1 834 ; ils y sont employés, les uns à construire à Bermuda une digue ou brise-lame, dans le genre de celui de Portland, les autres à achever quelques fortifications dans la petite île d'*Irlande, qui fait partie de ce groupe. 11 parait que, pour la discipline et le travail, ils sont soumis à peu près au même régime qu'^à Portland.

Enfin, des convicts envoyés en petit nombre à Gibraltar y sont employés à des travaux analogues.

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