‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 21 sur 62 · IIL — MARCHE SUIVIE POUR LES ENFANTS · texte numérisé non relu

IIL — MARCHE SUIVIE POUR LES ENFANTS

Le nombre des enfants qui encourent des condamnations dans le Royaume-Uni est considérable. Peutêtre les excitations qui les portent à commettre des

fré^^nter'our ^^*^ coupablcs sout-cUes plus fréqucutes chez nos les enfants voisius Quc chcz uous. Lcs agglomérations d'ouvriers

dans les grandes i i .n n

villes de daus de grandes villes telles que Londres, Manches-

cominettre des

actes coupables, ter, Livcrpool et autres ; la nécessité où ils se voient

d'^abandonner leurs enfants et de les laisser vagabonder^ pendant qu'ails sont à leur travail, Tinsuffisance d'^établissements destinés à suppléer à la surveillance des parents, sont autant de causes qui contribuent à accroître la catégorie des petits délinquants.

On est affligé de voir dans une immense ville comme Londres, à côté de magnifiques quartiers, où tout annonce la splendeur d'aune grande nation, où circule une population bien vêtue, et dont Pextérieur indique Taisance, d'^autres quartiers composés de rues étroites et infectes, surchargés d'habitants misérables, déguenillés, maladifs, où circulent et s''agitent des nuées d''eufants presque entièrement privés de vêtements, abandonnés a eux-mêmes et livrés à la licence la phis désordonnée.

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Dans ces quartiers, comme dans ceux de la plu* part des grandes villes, sont des théâtres à deux pence, permy-théâtreSj où, pour vingt de nos centimes , on assiste aux représentations les plus immorales. Les enfants, particulièrement avides de ces spectacles, s'^ingénient de toutes les manières à dérober ou à obtenir les deux pence qui doivent leur en procurer rentrée ; ou ils volent leur parents, ou ils mendient, et c'^est ainsi que très-bonne heure ils commencent cette vie de dérèglement qui altère en eux le sens moral , et les amène insensiblement devant la justice.

On compte à Londres plus de cent de ces spectacles , au moins quarante à Liverpool , et plus ou moins dans les autres grandes villes.

Des écoles d'^enfants pauvres, auxquelles on a donné le nom d!^ écoles déguenillées j se propagent et commencent à opérer quelque bien ; mais un dixième au plus de ces enfants peut y être admis, et les autres continuent à vivre dans Tignorancela plus absolue et la dégradation la plus complète. D'^ailleurs, les écoles nationales, dans les paroisses, ne sont ouvertes que cinq heures, pendant quatre jours de la semaine, et trois heures seulement les deux autres jours. Il y a donc beaucoup de temps perdu pour les écoliers, et ce temps est fatalement employé.

Neuf ans était à peu près Tâge auquel, précédemment, un enfant pouvait être déclaré coupable de félonie ; de sorte que jusqu'^à ce moment, quel que fût le délit qu'ail avait commis, on le rendait constamment à la liberté ; il tfétait pas rare qu''après cet

Théâtres è 30 centimes.

Écoles déguenillées.

le Boyaume-Uni.

âge^ et lorsqu'il! encourait une condamnaUoii^ il ii!e^ déjà été arrêté phjamm^ fois, et n'^eût séjourné plus ou moÎDfi loflgténips en prison, mêlé à d'autres malfittteurs ; c'^est ainsi que se formait en Ângleterm réducation criminelle de cette classe de délinquants ; mais maintenant, les enfants, même au-dessous dé neuf am^ peuTent être condamnés à la transportation, et on agit ainsi dans la bienveillante intention de les faire entrer et élever à la colonie de Parkburst, dont nous entretiendrons bientôt TAcadémie.

Nombre Dans Tannée 1850, il y a eu en Ecosse 621 con-

(fe condamnations **

d'^enfants dans damnations d'^cufauts au-dessous de seize ans, dont

424 garçons et 97 filles. Il y en a eu en Irlande, dans la même année, 2,160, dont 1,604 garçons et 555 filles. Enfin, en Angleterre et dans le pays de Galles, 1,800 garçons et 340 filles ont été condamnés ; mais, quant à TAngleterre et au pays de Galles, ces derniers chiffres peuvent n^avoir pas toute Telactitude désirable ; ce qui fait un total, pour le Royaume- Uni, de plus de 5,200 condamnations d'^enfants par année.

Si on remarque une certaine diminution^ daas leur nombre depuis 1837, elle u'^est qu'^apparente : elle doit être attribuée à un statut de la reine Victoria, promulgué en juillet de la même année, qui autorise les juges à punir sommairem^t pour vol simple les enfants âgés de quatorze ans et au-des sous, ce qui écarte par là des tableaux de statistique criminelle un grand nombre de petits délits qu'ion y faissdt figurer précédemment.

En France^ les condamnations de toutes natures

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(individus au-dessous de seize ans D'août été, en 1847, que de 2,807 : savoir, 2,398 portent sur de jeunes garçons, et 409 sur de jeunes filles, ce qui est ub peu plus que la moitié des condamnations anglaises (1).

Du reste, en Angleterre, les jeunes délinquants Récidiredeh tombent en récidive deux fois plus que les adultes ; des eofaots. on y fait une distinction entre ceui âg^ de moins de douze ans et ceux qui en ont atteint quatorze à quinze ; dans les premiers , la prédisposition au mal n'^est en quelque sorte qu'yen germe ; elle se développe beaucoup dans les seconds et se traduit davantage chest etnt en actes réfléchis qui ont leurs motifs et leur but.

On a remarqué qu'yen général, dans la vie d''un criminel, la période de la jeunesse parait k peine exister, ou {dutôt ou ne Taperçoit que faiblement : Findividu semble passer tout à coup de l'enfance à une virilité précoce, c^est-à-dîre aune perversité active et raisonnée d'esprit et de cœur.

Cette remarque est fondée : qu'ion se figure, en ^et, des enfants abandonnés de leurs parents dès Tftge le plus tendre^ voués à la misère, livrés à leurs mauvais instincts, aux prises avec la nécessité de pourvoir à leurs besoins, à leurs plaisirs, à leurs goûts, le plus souvent dépravés. On ne saurait croire tout ce qu'ail leur faut d'^intellîgence, de ruse, de hardiesse pour se procurer le pain de chaque jour, l'abrî

(1) Depuis ce rapport, le nombre des enfants condamnés en France a singalièreraent augmenté. Voir le 2* Rapport.

Inefficacité des

courtes

détentions pour

les enfants.

de chaque nuit, Fentrée des lieux où ils pourront repaître leur imagination de scènes qui la tiennent en éveil ; pour exciter, pour émouvoir et exploiter la pitié publique, pour tromper la vigilance de la police, qui les observe, et commettre une multitude de petits vols, contre lesquels la population honnête ne se tient point assez en garde. Et cependant, quoique le nombre des jeunes délinquants soit, en Angleterre, plus considérable qu'yen France , nos voisins ont eux-mêmes remarqué que chez eux la partie la plus jeune de la population n'^approche pas de la préco^ cité d'^intelligence et d'^action qui distingue la partie correspondante de la population française

Quoi qu'ail en soit du caractère des deux nations, Tune et Pautre reconnaissent à Tenvi la nécessité de se saisir de ces enfants, de s'^emparer de leurs aptitudes diverses pour leur donner une meilleure direction; de faire que par le sentiment religieux, inconnu de la plupart, et qu^n suscitera en eux, ils acquièrent les notions du juste et de Tinjuste, et qu'yen les pliant à des habitudes d'ordre et de travail , on fasse tourner vers le bien des forces et des ressources qu'ails ont jusque-là employées à se pervertir.

Mais, pour y parvenir, on reconnaît aussi, en Angleterre comme chez nous, que les courtes détentions sont sans efficacité ; il faut du temps et un régime persévérant pour produire de bons résultats. Cette inefficacité a été démontrée par une enquête récente, dans laquelle il a été constaté qu''à la maison de correction de Bath, par exemple, 55 enfants sortis en

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1844 avaient été, jusqu'^en 1849, c''est-à-dire en six ans, arrêta de nouveau deux cent seize fois ; que 46 l'avaient été, en cinq ans, cent quarante-cinq fois, et que le même nombre, enfermés en 1847, avaient été emprisonnés cent quinze fois en deux ans.

Aussi a-t-on pris le parti, depuis assez longtemps, de condamner les enfants à des peines plus longues. Ces peines, qui sont Temprisonnement et la transportation, sont souvent combinées avec le fouet ; quelquefois aussi, mais pour de très-légers délits, le fouet est infligé sans addition d'^autre peine.

Les opinions sont diverses en Angleterre sur Teffi- ^^^^ ^" '®"*'cacité de ce dernier genre de correction à Tégard des enfants. Les uns trouvent qu'ail émousse et affaiblit le sens moral, qu'ail humilie, dégrade, et par cela piême révolte et endurcit celui qui le subit. Les autres croient, au contraire, qu'yen produisant la douleut physique, le fouet imprime un effroi durable, et qui, se reproduisant à Tesprit chaque fois qu'ion est tenté de se livrer à une nouvelle faute, détourne de la commettre. Ce qu'ail y a de certain, c*^est que, dans les divers établissements que nous avons visités, on nous a assuré quMl y avait peu d'^exemples d'^un détenu, enfant ou adulte, qui, après avoir été soumis une fois à ce châtiment, s'^y exposât une seconde.

Il faut dire encore qu'yen Angleterre la honte que nous attachons en France à son infliction n'^existe pas au même degré : aussi en fait-on un usage habituel dans les collées. Il n'^est aucun personnage important du Royaume-Uni qui n'^avoue avoir subi dans sa jeunesse ce mode de correction, également en usage 1 7

sur les bâtiments de TEtat et dans Tarmée, et contre lequel, nous le répétons, ne s'^élève pas cette répulsion énergique qui, chez nous, en a rendu le maintien impossible.

La peine de Temprisonnement infligée aux jeunes délinquants subit en Angleterre les mêmes variations que pour les adultes , selon que les prisons se trouvent sous Tautorité immédiate du Gouvernement ou sous celle des administrations de bourgs et de comtés. La séparation, le régime en commun avec ou sans silence, avec ou sans travail, sont employés sans uniformité.

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