‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 22 sur 62 · IV. — COLONIE DE PARKHURST · texte numérisé non relu

IV. — COLONIE DE PARKHURST

Les condamnations à la transportation ne sont jamais, pour les enfants, inférieures à sept ans ; ils peuvent^ nous Tavons dit, en être atteints même avant Tâge de neuf ans.

Ils sont préparés à cette peine par un temps d'^épreuves passé dans une colonie agricole pénitentiaire ; cette colonie, dont le nom est Parkhurst, a été fondée, il y a environ treize ans, dans Tîle de Wight : le lieu ne pouvait être mieux choisi. Llle, qui est en regard et sur la côte de Southampton , en est séparée par un chenal assez étroit; eUe tfa que neuf lieues de long sur six de large ; le climat en est salubre et tempéré. La v^étation y est belle, les sites y sont variés , c'^est peut-être ce qui a détermii^ la reine Victoria à y faire Tacquisition d'un château, résidence qu'houe affectionne beaucoup et où elle

passe une partie de l'année. Le territoire est divisé en deux districts séparés par une petite rivière appelée Médina, dont ils reçoivent le nom. Ainsi^ il y a le district de Médina oriental et celui de Médina occidental; Newport, petite ville de 4,000 âmes, est la capitale de 111e. L'^établissement de Parkhurst en est à une lieue.

Arrivés de Londres à Southampton, nous fîmes la traversée sur un bâtiment à vapeur, et après une heure et demie de navigation nous abordâmes à Cowes ; là, une voiture nous conduisit en deux heures à Newport, où nous arrivâmes à la nuit, laissant Parkhurst à notre droite.

Le lendemain , au point du jour, par une de ces belles matinées si rares en Angleterre, nous nous ren- £mes à pied à la colonie.

Nous y étions attendus. En Fabsence du gouverneur, qui était en congé, le député-gouverneur nous reçut et nous fit visiter rétablissement dans tous ses détails.

Les principaux bâtiments de Parkhurst étaient originairement une caserne ; on les a agrandis , et ils ont été appropriés à leur nouvelle destination.

La colonie, au mc^nent où nous Tavons visitée, renfermait 560 détenus, qui sont divisés en deux grandes sections ; Tune, placée dans ce qu'ion appelle le quartier général et formée des bâtiments principaux, se compose des plus âgés. Le qu^ârtier des plus jeunes renferme 209 enfents; des bâtiments rU)Uvellement construits lui sont affectés; ils sont ^Uiés sur une

Régime de Parkburst*

Division en trois classes.

élévation, à dix minutes des précédents. Tous les détenus sont vêtus de drap gris.

Lorsqu'^après avoir subi son jugement un enfant arrive à Parkhurst, il est mis aussitôt en cellule, et demeure soumis au régime de séparation sans travail pendant quatre mois ; on lui donne des livres, le chapelain s'^occupe de son instruction religieuse, et il va deux fois par jour à Fécole. Cette première épreuve, à laquelle cent trente-huit cellules, de <louze pieds de longueur sur sept de largeur, sont affectées, produit surPenfant le même effet que le séjour de PenlonvîUe sur les adultes destinés à être envoyés plus tard à Portland. Les cellules dans lesquelles les autres enfants passent seulement la nuit n'^nt que neuf pieds sur six. Toutes laissent à désirer; la ventilation en est défectueuse.

Les prisonniers du quartier général et ceux du quartier des plus jeunes garçons sont divisés en trois classes.

Après les quatre mois d'^épreuve passés dans la cellule, les détenus sont admis dans la troisième classe; le minimum de la détention dans cette classe est encore de quatre mois ; pendant ce temps la discipline est sévère, aucun privilège spécial tf est accordé au prisonnier ; si , d''après le témoignage des employés, il a mérité par son travail, son attention et sa bonne conduite, de passer dans la deuxième classe, il y est inscrit.

Cette deuxième classe est partagée en deux divisions, appelées première et deuxième division de la deuxième classe ; ceux qui font partie de cette der-

uière sont distingués par une plaque en drap rouge sur la manche droite de la veste ; cette plaque porte le chiffre 2 en drap blanc. La première division de la deuxième classe porte le même signe avec le chiffre 1 .

Aucun prisonnier n'est promu à cette première division avant d'avoir passé au moins trois mois dans la deuxième, et nul ne peut être admis dans la première classe avant d'^avoir été au moins trois mois dans la première division de la deuxième classe.

Cette deuxième classe est tenue sous une discipline paiement sévère ; mais elle a le privilège d'^assister à une école du soir, après que les prisonniers de la troisième classe ont été renfermés dans leurs cellules.

Enfîn^ la première classe est également formée de deux divisions, appelées la première et la deuxième division de ][a première classe ; elles sont distinguées^ Tune par une plaque en drap bleu sur le bras droit, avec le n"" 2 en blanc, Tautre par la même plaque avec le n" 1.

Dans les circonstances ordiniaires, aucun prison^ nier tf est promu à la première division de cette classe , avant d'^avoir passé au moins six mois d^n^ la deuxième de la même classe.

Cette dernière période de prohation est dHme haute importance. Cest parmi les prisonniers qui la parcourent que sont choisis ceux auxquels la faveur d'un billet de permis pour uuq des colonies est accordé. On attend d'yeux qu'ails servent d'^ôxemple à tous les détenus , et qu'ails se montrent fermement déterminés à être laborieux et à se rendre utHes dans le lieu où ils seront envoyés.

Le gouverneur a le pouvoir de dégrader un prisonnier qui commet une faute , et tout prisonnier dégradé dans une classe perd les avantages qui y sont attachés.

Récompenses. Comme récompense du travail et de la bonne con- Gratifications. ^y|t^ ^ mjg gratification est accordée à ceux qui en

sont dignes ; elle est différente pour chaque classe , et, comme à Penton ville et à Portland, elle est portée au crédit du déténu, pour être transmise au gouverneur de la colonie dans laquelle il sera envoyé, lequel gouverneur la lui remettra avec certaines restrictions, &aL veillant à ce qu'ail en fasse un bon usage.

Ces gratifications sont , dans le quartier général , de 6 pence , ou 12 sous , par semaine pour la première dasse; de 3 pence, ou six sous, pour la deuxième. Elles sont, dans le quartier des plus jeunes , de 4 pence pour la première classe , et de 2 pence pour la deuxième. On a d^ailleurs ^ard , pour l'attribution de ces gratifications , aux cas où des prisonniers sont à Finfirmerie , ou empêchés de travailler par suite de quelque accident. Ces circonstances ne les privent pas de les recevoir, s'^îls continuent à les mériter.

Celui qui se conduit mal , ou qui est en punition, ne peut prétendre à aucune gratification ; de même que celui qui a tenté de s''évader, ou qui s'^est rendu coupable d'outrages ou d'actes de violence , perd les gratifications précédemment portées à son crédit.

Tels sont les moyens auxquels on a recours pour faire naître Témulation parmi les jeunes détenus de Parkhurst.

BN AN6LBTBRRE. 103

Voici maintenant les punitions qui y sont em- Punitions. ployées.

Elles sont de cinq sortes :

L'^admoiûtioD ;

La mise au pain et à Teau pour un ou deux repas ;

La mise en cellule , paiement au pain et à Teau , de un à trois jours ;

La cellule ténébreuse , aussi de un à trois jours ;

Enfin , le fouet Ce châtiment est infligé sur le bas des reins ^ avec un faisceau de verges. L'enfant est étendu et lié sur une espèce de brancard. Le nombre des coups est de dix à trente : ils sont appliqués par un gardien , en présence du médecin , qui peut arrêter la punition, si Tétat du patient lui parait l'exiger. Un tel châtiment est très-rare, il n'^est infligé que dans les cas de voies de fait envers un employé , et il l'est sur-le-champ; mais il ne peut être ordonné que par le gouverneur , et TefTet en est si efficace , qu'il y a des enfants dont la bonne conduite date du jour où ils Pont subi. Les ordres du député-gouverneur suffisent pour les autres punitions , qui , en général , n'^excèdent pas quatre par jour dans toute la colonie. Il en est tenu registre.

Quatre-vingt-dix jeunes délinquants sont conduits chaque jour à Pécole ; tous y vont deux fois le dimanche ; ce jour-là aussi , ils assistent deux fois au service divin.

On se lève dans rétablissement à cinq heures et Régime. demie ; les ^fants se lavent, lavent leurs cellules, nettoient leurs v^ments, cirent leurs souliers et déjouent ; à sept heures et demie, ils se rendent à la cba-

' lÏQturriture.

Agriculture.

pelle, et à huit heures seulement ils vont au travail ; ils rentrent pour le dîner ; la prière du soir se fait après le souper, dans la salle où le repas a été pris. Nous avons assisté à Tun de ces repas, celui du matin ; les détenus le prennent dans un réfectoire, debout, la tête découverte, après que le gardien a récité le Bénédicité ; le repas est terminé par une nouvelle prière.

La nourriture, comme dans les autres prisons d** Angleterre, nous a paru excessive.

Le déjeuner se compose d\me pinte de cacao^ auquel on a mêlé 1 /4 de pinte de lait et 3/4 d'^once de mé lasse { 6 onces de pain y sont jointes.

Le dîner est d'aune pinte de potage gras, avec pomjnts de terre et orge d'^Ecosse ; de 4 onces de bœuf cuit, sans os, de 3/4 de livre de pommes de terre, et de 6 onces de pain.

ISufin, le souper se compose d'aune pinte de gruau, fait avec 2 onces 1/2 de farine d'avoine, encore édulcorée avec de la mélasse, 6 onces de pain, et une livre de pommes de terre. La sectioii des plus jeunes reçoit un peu moins de pain.

OjK se couche à huit heures ; chacun a sa cellule de nuit^ Ce régime est salutaire, il y a peu de malades et très-rpeu de décès.

Un terrain de 79 acres, mis en culture, est attaché à rétablissement ; on se proposait d'y en ajouter 80 autres en prairies, pour Félève des bestiaux.

En Pétat, on entretenait seulement quelques vaches laitières, et on élevait un certain nombre de porcs, le tout pour la consommation de la maison.

Tout se cultive à bras; les enfants sont réguliè- Traraux variés. rement et alternativement employés à cette culture, selon la mesure de leurs forces; on s'attache en outre à leur faire faire par eux-mêmes tout ce qui est utile : ainsi, on les occupe, à tour de rôle, à la boulangerie, à la forge, à Tatelier des charpentiers , à celui des tailleurs et des cordonniers ; on leur fait tricoter des bas et laver leur linge ; c'^est d'^aîlleurs une récompense pour eux d'hêtre employés au jardinage et à la laiterie. De cette manière, lorsqulls sortent de Parkhurst, et qu'ails arrivent dans le lieu de leur transportation, ils sont en état de se livrer è tous les travaux pour lesquels leur coopération est demandée.

Le sol de Parkhurst étant d'^ailleurs propre à la confection des briques, une quarantaine d'^enfants sont constamment employés à cette fabrication. Mais le sol, qui dans cette partie de Tîle repose sur une couche crayeuse, est peu productif; il ne fournit, en céréales Produit. ni en pommes de terre, des récoltes suffisantes pour Dépenses. les besoins de rétablissement. Son produit n'^est pas évaluée plus de 1,000 livres sterling; et, comme Pentretien, la nourriture des enfants, les gages des employés, forment une dépense totale de 12,000 livres, celle à la charge de TEtat est de 11,000 livres, ou 275,000 francs, ce qui fait près de 400 fr. par chaque enfant. Trente officiers ou gardiens suffisent à la surveillance de la colonie, et il n'*y a, chaque jour, qu'aune garde de neuf soldats pour empêcher les évasions, qui d'^ailleurs sont fort rares.

Le colonel Jebb fait sentir, dans son dernier rapport, que la prison de Parkhurst ayant été établie

Gardiens.

Améliorations

dans le régime

de

ParkhorsU

106 ADMnaSTRATION DE LA JUSTICE CRIMINELLE

dans le but de donner une instruction industrielle aux enfants condamnés à la transportation, la grande difficulté avait été d'^empêcher que cet établissement n'^offrît de Pattrait, et de combiner la discipline pénale de manière à produire un effet intimidant sur la population en général, sans toutefois dépasser les limites d'aune modération sage et éclairée. D fallut, pour cela, observer avec le plus grand soin Timpression produite par chaque mesure sur les esprits légers et les cœurs endurcis ; car, si le régime eût été d'aune sévérité trop rigoureuse, il eût créé dans les enfants une sorte d'^obstination et de révolte intérieiu*e ; et si on se fût relâché, si on eût davantage assimilé ce régime à celui d'aune école industrielle libre , les traits du caractère pénal se seraient effacés, et alors on aurait eu à combattre une autre nature d'^inconvénients.

Des améliorations que Texpérience a semblé justifier ont donc été introduites. On a augmenté le temps donné aux occupations industrielles, telles que la construction des drains et des tranchées, la fabrication des briques, les travaux de charpente, de maçonnerie, etc. j on a d^ninué celui accordé à Técole ; on a reconnu que, pour cette classe de jeunes garçons, Peffet d'aune trop grande culture de l'esprit, dans les connaissances séculières, loin de favoriser leurs intérêts, leur serait nuisible ; toute instruction qui, pour eux, excède la lecture, récriture et les premières règles de Tarithmétique, est propre à leur faire mépriser les humbles emplois auxquels ils pourront prétendre à leur arrivée dans les colonies; et de là, sans doute, le peu de soins qu'ails mettront à gagner Taf-

fectioû des maîtres chez lesquels ils seront placés.

Dans une dernière enquête parlementaire faite à ce sujet, on n'^a pas seulement reproché en effet à rétablissement de Parkhurst de donner trop à renseignement intellectuel et pas assez au travail manuel proprement dit , on a reproché aussi au système qui y est suivi d^^re trop artificiel en ce qu'ail ne porte point assez le jeune garçon à agir par lui-même, à peiKser par lui-même et à se rendre un compte raisonné des motifs de ses déterminations ; on trouve qu'yen le soumettant à une pression en quelque sorte mécanique, de la part de ceux sous Pautorité desquels il se trouve, on agit trop sur lui, qu'il le veuille ou non. Et enfin, on est allé jusqu'^à douter si les actions pénale et réformatrice doivent être réunies dans le même lieu, ou s''il ne conviendrait pas qu'acnés fussent exercées dans des lieux différents ?

Le colonel Jebb a paru reconnaître qu'aune partie de ces reproches était fondée, et il s'^étudie à remédier aux inconvénients qui ont été signalés.

Nous avouons que pour notre part, en voyant ces jeunesgenssi forts, si vigoureux, si pleins dévie, destinés à être à jamais retranchés de la mère patrie ; en pensant que, dès le jour où ils ont mis le pied dans rétabliss^nent, tous liens sont désoripais rompus entre eux et leurs familles, et aussi entre eu^ et le pays où ils ont pris naissance, nous ne pouvions noifê d^ndre d\m sentiment profond de tristesse. En effet, tant que dure leur séjour à Parkhurst, ils ne peuvent entretenir aucune relation avec leurs parents, il leur est interdit de leur écrire et de les voir ; il sem-

Reprocbes adressés au

régime de Parkhorst.

108 ADMINISTItATION DE LA JUSTICE CRIMINELLE

ble qi^on s'*étudie à arracher de leur cœur rattachement qu'ails peuvent leur conserver; on part sans doute de Tidée que tous ces parents sont corrompus et que leur fréquentation peut offrir des dangers. Ce n'^est que le jour du départ pour le lieu de la transportation que les jeunes condamnés sont admis à leur faire leurs adieux, et ces adieux sont presque toujours éternels, car, bien que la durée de la peine encourue soit le plus souvent limitée, une fois arrivés dans la colonie, ils y prennent racine ; et, soit qu'ails s'attachent à cette nouvelle patrie, parce qu'ails sont parvenus à s'^y créer des moyens d'^existence, soit qu'ails u'^aient pas, lorsque leur peine est expirée, la possibilité de payer leur passage pour revenir dans la métropole, le Gouvernement ne prenant pas leur rapatriement à sa charge, les exemples de retour sont très-rares.

Quoi qu'ail en soit, les liens de famille chez ces

jeunes gens sont tellement affaiblis, qu^lls montrent

une grande impatience de voir arriver le jour de leur

transportation. Cet avenir de liberté dans un autre

hémisphère enflamme leur imagination, et c'^est sans

regret qu'ails quittent la mère patrie.

Époque de II n'y a pas d'âge fixé pour leur embarquement ; il a

rguemcii j.^^ lorsqu'ils out terminé les diverses épreuves aux-

jeuDes détenus, q^j^jj^g jjg ^^^^ ^^^ soumis, et lorsqu'après avoir obtenu

leur billet de permis, on les juge assez forts pour pouvoir gagner leur vie ; en général, ils restent à Parkhurst de 2 ans et 1/2 à 4 ans, et ils sont transportés d''après l'échelle suivante :

Les condamnés à 7 ans, après une détention de 2

BN ANGLETERRE. 109

ans et 1/2 dans le quartier général, ou de 3 ans dans le quartier des jeunes ;

Les condamnés de 10 à 15 ans, après une détention de 3 ans dans le quartier génà*al, ou de 3 ans et 1 /2 dans celui des jeunes ;

Les condamnés à plus de 15 ans, après une détention de 3 ans dans le quartier général, et de 4 ans dans le second quartier.

Enfin, les condamnés qui ne se sont pas conduits de manière à mériter leur billet de permis, et qui sont parvenus à un âge où on ne peut plus les considérer comme jeunes détenus, sont transférés dans des prisons d'adultes, et soumis à la période entière de probation, comme s'^ils n'^avaient pas été admis à la prison de Parkhurst.

§ V. — FERHE-ÉGOLB DE RED-HILL.

Quelques enfants, choisis parmi les plus mauvais sujets, sont aussi envoyés à la ferme-école de Red- Hill, fondée, il y a environ cinq ans, par la Société philanthropique de Londres^ sur le modèle de la colonie de Mettray.

Cet établissement , qui se soutient au moyen de souscriptions volontaires, est dirigé par un respectable ecclésiastique, le révérend Sydney Turner, qui en est également le chapelain ; il est situé dans le comté de Surrey, à une vingtaine de lieues de Londres ; il a été institué par acte du Parlement, pour deux objets : 1** pour protéger les enfants sans ressources dont les parents ont été condamnés ; 2" pour améliorer les

110 ADMINISTRATlOlf DE LA JUSTICE CRIMINELLE

jeunes dâinquants : mais Tœuvre principale est la réforme de ceux-ci-

Il en vient de toutes les parties de TAngleterre et de trente à quarante prisons différentes ; mais la masse est tirée des quatre grandes prisons de Londres, Milbank, Westminster, Brixton et Goldbathfields.

Dans quelques comtés, des associations de magistrats et d'^autres personnes de distinction s'^occupent également de la réforme des jeunes condamnés qui sortent des prisons de ces comtés ; mais, au lieu de fonder des établissements du même genre, ils les envoient à Red-Hill, et allouent une certaine somme pour leur entretien et leur éducation. Red-Hill n'^est donc pas, comme on pourrait le supposer, une institution publique ; mais pourtant on y reçoit, à la recommandation du secrétaire d**Etat de rintériair, un grand nombre déjeunes prisonniers condamnés à la transportation, avec la faveur de ce qu'ion appelle une grâce cùnditimnelle. Le Gouvernement paie Tentretien de ceux-ci, à raison de 6 schellings par semaine»

%s&fflesuiTi Le système suivi à Red-Hill consiste à faire, autant que possible, agir les jeunes garçons par euxmêmes; ils doivent se diriger, se surveiller sans secours étrangers ; on excite en eux le sentiment de leur intérêt bien entendu ; on les accoutume à se conduire sous leur propre responsabilité, et on influe sur eux de manière à éveiller graduellement le sentiment religieux , par des avis tout personnels , et en insistant plutôt sur la théorie que sur la pratique.

Toutes les semaines, la conduite de chaque détenu est scrupuleusement examinée; il comparait devant

EN ANGLETERRE. Itt

le chapelain directeur de la ferme-école, et , sur le rapport des moniteurs qui ont surveillé son travail et des maîtres qui ont eu Tœil mr lui , sa nourriture , pour la semaine qui va commencer, se règle d'^après sa conduite pendant la semaine expirée. Il peut ainsi, jusqu'à un certain point , se diriger, se gouverner luf-même , se punir , s'encourager ; il est mieux ou plus mal nourri , selon le rapport qui est fait, et il peut lui-même déterminer le sens de ce rapport.

Quant à Teffet produit par ce système , le révérend Turner assure que Tamélioration des enfants s'^obtient d^autant plus facilement , que leur régime alimentaire a été jusque-là plus restreint, et le travail plus réel et plus régulier. Les sujets lés plus difficiles à traiter venaient des prisons où , bien qu'ail y eût une discipline sévère, le travail n'était pas réel, et où Ton accordait ce que Ton pourrait appeler des jouissances sensuelles , sous le rapport de la nourriture et du vêtement. Ainsi, disait le respectable chapelain , dans Tenquéte à ce sujet , lorsque nos premiers enfants nous furent arrivés de Parkhurst , en 1846, ils se plaignaient de Savoir pas le confortable auquel on les avait accoutumés ; ils demandaient d'être mieux vêtus ; d'^avoir du gruau le soir et du cacao le matin; ils disaient ne pouvoir sortir Thiver sans mitaines et sans écharpes pour cache-nez, ce qui pourtant ne veut pas dire, ajoutait-il, qu^n leur en donne à Parkhurst, mais simplement qu'ion ne les y endurcit pas assez aux intempéries de la saison.

A Red-Hill , les jeunes garçons vivent de la nour- Régime,

Nourriture, ritiire dcs habitants des campagnes : ils n'^ont de la viande que deux fois par semaine, point de cacao , point de gruau, point de rations extra, excepté pour quelques-uns d'^entre eux qui ont terminé leur temps de probation , et qui sont notés pour être envoyés au dehors ou placés chez des particuliers.

Le temps est ainsi employé : les détenus se lèvent à cinq heures et demie , font leur chambre , reçoivent une heure et un quart d'^instruction ; ils déjeunent, et à huit heures et un quart vont travailler aux champs; à midi, ils rentrent pour diner; à une heiire, on retourne au travail jusqu''àcinq heures et demie ; on soupe ; à sept heures et un quart , on retourne à Técole jusqu'^à huit heures; alors service religieux, chants et prières, enfin coucher. Il n'^y a pas de temps déterminé pour la récréation ; on n'accorde à ces jeunes gens que quelques minutes , qu'ails peuvent prendre sur leurs repas ou après les classes.

La plupart des enfants admis à Red-Hill ne sont tombés dans le crime que par suite des circonstances malheureuses où ils avaient été placés. Sur trois cent quatre-vingt sept que rétablissement avait reçus dans les quatre dernières années, près de deux cents étaient orphelins ou enfants naturels, et avaient été, dès leur plus jeune âge , privés de surveillance.

On remarque en général que ceux qui , avant de venir à Red-Hill , ont été soumis dans une autre prison au système cellulaire , sont d\m amendement plus facile. On obtient aussi de bons résultats de ceux qui ont été sonmis au régime du silence tel

qu'il est suivi à Coldbalhfields et au Bridewel de Westminster ; ceux-là forment le plus grand nombre. En général , plus il y a eu de travail et de sévérité dans la prison d'où les enfants de Red-Hill sont sortis, plus sûrement et plus promptement on obtient leur amélioration.

Avant qu'elle eût fondé sa. ferme-école , la Société philanthropique plaçait ses enfants en apprentissage chez des chefs d'ateliers à Londres ; alors la récidive parmi eux était de trente pour cent ; soixante-dix étaient détournés de la voie du crime. Depuis l'établissement de la ferme , les résultats sont bien pluâ satisfaisants; il n'y a presque pas eu de rechutes après la libération , et , en quatre ans , on n'^a compté que sept cas d'évasion.

On voit , par ce qui précède , quelle est la dififé- jls^tats «itre rence de système dans les deux établissements de Parkhorst Parkhurst et de Red-HiU. Dans le premier, renfant est constamment dirigé par ceux qui ont action sur lui ; plié à une règle uniforme et invariable, il agit par soumission , et , plus habitué à compter sur autrui que sur lui-même , il se trouve ainsi dispensé d'appliquer le raisonnement à ses actes; dans le second, au contraire, l'enfant, laissé à son libre arbitre , sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait. Aussi, le révérend Turner, qui , dans l'enquête dont nous avons parlé , exposait cette différence de systèmes , disait-il , pour faire apprécier celui auquel il donnait la préférence , qu'une once d'action naturelle de la part d'un enfant valait mieux qu'un quintal d'actions suggérées, dont l'effet ne dure qu'autant que la I 8

pression existe. Il arrive dès lors , ajoutait-il, que les meilleurs sujets dans les prisons où il y a le plus de contrainte sont les plus mauvais au dehors. On rencontre, en effet, d'hantant plus de difficultés à les diriger dans la vie libre, qu'ails ont été plus accoutumés à se soumettre aux dispositions mécaniques du régime de la prison ; par cette raison , ils éprouvent du dégoût à se gouverner eux-mêmes ; il leur est presque impossible de faire aucun acte de spontanéité , et il se développe presque toujours en eux certaines dispositions qu'ails ignoraient , cachées qu'acnés étaient sous Tempire de la règle.

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