TRANSPORTATION AUX COLONIES
Nous venons d'exposer à rAcadémie par quelles épreuves le Gouvernement anglais préparait à la trans^ portation ceux qui étaient condamnés à cette peine , adultes, femmes et enfants. La lenteur, la sévérité de ces épreuves , la manière dont elles sont graduées , produisent presque toujours Teffet de transformer entièrement ceux qui y ont été soumis , et d'^en faire des êtres nouveaux , à la différence de l'ancien mode , qui consistait à embarquer les condamnés immédia-^ tement après leur jugement , et à les envoyer avec tous leurs vices dans le lieu dé leur destination , où • ils ne pouvaient être qu'Hun sujet de répulsion de la part des colons , et d'^effroi pour les contrées qui étaient obligées de les recevoir.
Ainsi , la cellule d'^abord , invariablement imposée aux hommes , aux femmes et aux enfants.
Ensuite la vie commune , avec travail forcé pour les adultes et les enfants : les premiers à Portland , sur les hulks ou pontons , à Dartmoor, aux Bermudes ou à Gibraltar ; les seconds à Parkhurst. 11 n'^y a pas d'^intermédiaire de la cellule à rembarquement pour les femmes : elles sont dispensées du travail forcé. La religion préside à toutes les épreuves ; elle fortifie , elle console , elle encourage , elle améliore ;
à elle appartient le principal rôle dans Tœuvre de la
réforme.
^épTOUTéf p/r* A mesure que les épreuves touchent à leur fin, les
^^ auTomSit^ condamnés éprouvent des sentiments bien divers : ceux
. . ^* . .• qui ont une famille, une femme et des enfants aux-
la transporUtiOD. ^ ' i j»i»/* •
quels ils sont demeurés attachés, se consolent difficilement d^rne séparation qu'ails envisagent avec douleur, quoique, pour quelques-uns, cette douleur doive être tempérée par la possibilité d'une réunion plus ou moins prochaine. En effet, si, arrivés dans la colonie, le gouverneur j uge qu'ails peuvent par leur travail gagner suffisamment pour nourrir leurs familles, il en fait son rapport au Gouvernement, qui non-seulement autorise celles-ci à aller les rejoindre, mais qui encore paie la moitié des frais de passage.
Quant aux célibataires, le moment du départ est impatiemment attendu par eux , car il mettra un terme à leur captivité. Le lieu de leur transportation leur apparaît comme la terre promise : ils y jouiront de ce bien précieux dont ils sont privés depuis plusieurs années, la liberté ! Et dans ce pays nouveau, où tant de choses sont à créer, où chaque homme a sa valeur, ils ne sont pas sans espoir de s'^assurer une existence^ et peut-être d'y faire une fortune.
Quoi qu'il en soit, lorque ce jour, redouté par les uns, désiré par le plus grand nombre, arrive, les préparatifs du départ se font avec une sorte d'appareil. Nous nous bornerons à rapporter ce qui se passe à Portland dans ce moment solennel.