PREMIERS TEMPS
La législation anglaise , dans Torigine , n'^admettait pas la déportation; tout Anglais jouissant du droit de liberté perpétuelle avait la faculté de rester dans son pays tant qu'ail lui plaisait. Le roi pouvait , en vertu de sa prérogative , défendre à ses sujets de passer en pays étrangers ; mais aucun pouvoir sur la terre, dit Blackstone , n''avait, àPexception de l'autorité du Parlement, le droit d'ebvoyer un sujet
(1) Oral, pro Domo, n°» 29 et 30.
anglais hors du royaume contre sa volonté, pas même un criminel. Car, ajoute-t-il , Fexil et la transportation sont des peines inconnues dans la loi commune ; et quand la transportalion est appliquée aujourd'hui , c'est ou par le choix du criminel luimême , pour échapper à la peine capitale , ou d'après les dispositions expresses de quelque acte moderne du Parlement. Aucun habitant de TAngleterre , du pays de Galles ou de Berwick, ne pouvait même être envoyé prisonnier en Ecosse , en Irlande , à Jersey , à Guernesey ; de tels emprisonnements étaient contraires à la loi. Et la loi était à cet ^ard si favorable aux citoyens , que le roi , à qui il est donné d'exiger dans Tintérieur du royaume le service et Tassistance de tous ses sujets , ne pouvait cependant en envoyer aucun au dehors, quoique pour un service public, à Texception des matelots et des soldats ; il ne pouvait même faire un Anglais lord député, ou lieutenant d'Irlande , ou l'envoyer en ambassade à l'étranger, contre sa volonté.
Ce fut ( toujours d'après Blackstone ) un statut de la reine Elisabeth qui établit l'exil comme punition, en ordonnant que les fripons reconnus dangereux seraient bannis du royaume ; et ce fut dans un autre statut de la même reine, qui donnait le pouvoir aux juges de prononcer, à leur discrétion , ou la peine du dernier supplice , ou le transport en Amérique pour la vie , contre les brigands du Cumberland et du Northumberland , que le mot de transportation a été employé pour la première fois. Cependant aucune loi n'en réglait encore le mode; et il paraît
que ce ne fut que sous Jacques l*' que la mesure de la déportation fut réellement exécutée. Mais le roi offrait souvent le pardon aux personnes condamnées à mort , sous la condition de la déportation à vie. Quand aucun terme n'^ét^dt spécifié à la durée de cette condamnation , le criminel n'^était déporté que pour quatorze ans.
Les dissensions politiques du règne de Charles I^ contribuèrent , comme on le sait , à la colonisation de PAmérique du Nord.
TransporuuoD Enfin, en 1718, un bill du parlement soumit à ' *^ ° * la transportation tous les condamnés à une détention de trois ans et plus; et ce fut , nous Pavons dit plus haut, sur la province de Maryland qu'ils furent principalement dirigés. Chaque année , cette province en recevait trois ou quatre cents. Les capitaines des nstvires qui les avaient transportés, et qui avaient fait les frais du voyage, les louaient , pour s'^indemniser, à des planteurs qui les employaient sur leurs habitations. Les convicts pouvant payer leur passage se trouvaient libres en mettant le pied sur le sol américain. Les capitaines étaient seulement tenus , à leur retour dans la métropole , de justifier, par des pièces authentiques , qu'ails avaient disposé des condamnés conformément à la loi.
Mais, à mesure que les Colonies de TAmérique septentrionale prenaient du développement , elles se trouvaient blessées dans leur orgueil de devenir ainsi régout des vices de TAngleterre ; et ce grief ne fut pas le moindre de ceux qu'elles firent valoir contre la mère patrie.
La déportation en Amérique existait depuis cin- ,^ ^traS'sMrtation quante-six ans, lorsqu'^en 1775 Tinsurrection des co- , /n
* ? ^ Amérique.
lonies força le Gouvernement anglais de suspendre renvoi des condamnés. L'ancien mode d''emprisonnement suivi avant leur transport fut remis en vigueur, c'^est-à-dire que les criminels furent provisoirement placés sur des pontons, où ils subirent leur peine.
§ m. — TRANSPORTATION A LA NOUVELLE-HOLLANDE.
L'^émancipation des colonies américaines étant devenue un fait accompli, le Gouvernement chercha un lieu où il pût de nouveau écouler ses malfaiteurs et former un , établissement pénal ; nous reviendrons avec quelques détails sur les premiers temps de cet établissement.
La Nouvelle-Hollande , récemment découverte , ayant fixé Tattenlion publique, on crutqu''il y aurait avantage à faire de cette terre le centre de relations nouvelles avec TAmérique, la Chine et les Indes.
Le capitaine de vaisseau Arthur Phillip fut nommé capitaine général et gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud et des îles adjacentes de Pocéan Pacifique ; onze bâtiments, portant 757 condamnés, dont 565 hommes et 192 femmes, avec une force militaire de 160 soldats de marine, furent confiés à son commandement. Partis d*" Angleterre le 13 mai 1787, ils arrivèrent à Botany-Bay le 18 janvier 1788, après un voyage de plus de cinq mille lieues et huit mois de navigation.
Port- Jackson.
Sydney.
Norfolk.
Van-Diémen.
Plusieurs jours ayant été employés à Texploration des lieux, on se décida à établir le siège de la nouvelle colonie au Port-Jakson , et Ton donna au lieu où devait être fondée la capitale de Tempire naissant le nom de Sydney , qui était celui du ministre auquel revenait l'honneur d''avoir eu la pensée de Texpédition, et qui en avait dirigé les préparatifs.
A trois cents lieues de Botany-Bay se trouve Tîle de Norfolk, de cinq lieues sur trois d''étendue ; les instructions prescrivaient d'en faire promptement une succursale de la colonie. Le lieutenant King y fut envoyé avec le titre de surintendant et de commandant de l'île ; 9 condamnés et 6 femmes, la plupart de bonne volonté, y furent conduits par lui. Un aide-chirurgien, un sous-^fficier, deux soldats et deux hommes habitués à la culture du lin, qu'ion se proposait d''y acclimater, accompagnèrent Texpédition , qui prit possession de Tîle vers le milieu de février suivant.
En 1804, nie de Van-Diémen, séparée de la Nouvelle-Hollande parle détroit de Bass, à peine lai^e de quarante lieues, fut occupée par le Ueutenant Bowen, qui y conduisit 50 soldats et 300 convicts. Cette île, d\ine grande fertilité, devait bientôt rivaliser avec la colonîe-mère.
Cependant des plaintes sérieuses s'^élevèrent en Angleterre contre le système de déportation ; les personnes qui revenaient de la colonie en faisaient le plus triste tableau, et prédisaient les résultats les plus fâcheux, si on n''y conduisait une population libre qui imposât ses mœurs régulières et son goût pour le travail aux déportés des deux sexes.
Le Gouvernement se préoccupa de cette situation, et plusieurs fois, notamment en 1808, il envoya des émigrants à la Nouvelle-Galles du Sud; mais ceux-ci, recrutés d'^abord dans la basse classe du peuple des villes^ étaient loin d'^offrir les bons exemples qui aursâent pu améliorer Tétat moral de la colonie.
Ge ne fut qu'avec le temps que le nombre des émigrations augmentant , et que, par suite des discordes civiles et religieuses de la mère patrie, une dasse de condamnés moins corrompus étant conduits dans la colonie, un ordre plus régulier s^établit.
Gependant Tesprit d'^insubordination était tel, que, dans le cours de cette même année 1808, une révolte eut lieu contre le gouverneur, qui fut arrêté, embarqué de force, et renvoyé en Angleterre.
Dès 1810, des voix éloquentes s''élevèrent, dans le Parlement, contre les déplorables résultats de la transportation. Citer les noms de Samuel Romilly, d^'Abercromby, deWilberforce, c'^est dire combien, à cette époque, les désordres avaient pris de gravité. En 1833 et 1834, le célèbre docteur Whateley, archevêque de Dublin, que F Académie s'^honore de compter au nombre de ses membres correspondants , fit, dans deux lettres adressées au comte Grey, la critique la plus concluante , au point de vue moral et économique, d'un genre de punition qui multipliait les crimes, bien loin de les prévenir. Ces lettres eurent le plus grand retentissement.