CHAPITRE m
Bé^nltato et Effelu m»rawK de la tri|ii»fM»r-
tation.
Nous avons maintenant à rechercher quels ont été les effets moraux de la transportation d'^après le prér cèdent système, et ce qu^ils sont d'^après celui qui est actuellement pratiqué.
Quant à la transportation en elle-même, son efiGcacité comme moyen de répression a tronvé dès Torigine et constanmient d'^ardents contradicteurs.
§ I". — En principe.
L'^un des publici^tes les plus distingués de TAngle^ op^^i^Q terre, Bentham, àPépoqueoù le peuple anglais avait le j^^^^^ plus d^engouement pour cette nature de peine, avertissait son pays de se tenir en garde contre une opinion qui ne reposait que sur le désir irréfléchi de débarrasser la métropole des condamnés qui étaient poiu* elle un sujet d'inquiétudes, mais qui , si on y cédait, devait avoir les plus graves conséquences.
Ce moyen de répression , ^n effet , manque le but principal que le législateur doit se proposer : cdiui d'hêtre frà^entt/et de servir d'^exempk. La déportation n'a rien d^exemplaire. Voilà, disait ce publiciste, son vice radical ; elle ne montre pas le châtiment, elle le cache ; elle le soustrait à la vue de ceux auxquels il devrait servir de leçon. Une scène qui se passe à mille lieues
de nous ne produit pas plus dMmpression sur TimaginatioQ du peuple que celle qui s'^est passée il y a mille ans. Gomment d'^aiUeurs cette peine inspireraitelle quelque crainte aux malfaiteurs ? Ils ont en perspective un voyage aventureux et lointain , uû pays nouveau , des compagnons nombreux , un établissement où avec le temps ils pourront acquérir quelque fortune ; de telles images , loin de les intimider, se présentent à leurs yeux avec un certain charme. La peine D'^u autrc côté Cependant , et dans beaucoup de
dépasse le but. ^g ^ ^^ peine dépassc le but ; le législateur , en Tin-
fligeant, n'a sans doute pas voulu aggraver outre mesure la condition du condamné , ce qui ne peut manquer, par les souffrances d'une longue navigation et d'un changement de climat , auquel toutes les natures ne peuvent également s'^habituer ; les fortes organisations résistent , les faibles succombent ; et c'est ainsi que se trouve violé le principe de l'égalité des peines , cette première règle de toute bonne législation.
Un autre but que doit se proposer le législateur est d''ôter aux délinquants le pouvoir de commettre de nouveaux crimes. A la vérité , la déportation met la mère patrie à Pabri de cette crainte ; mais, si elle eu est affranchie, ne sera-ce pas au préjudice du lieu assigné aux condamnés ? Si ce lieu renferme une population libre , elle y sera continuellement menacée par eux ; les crimes nouveaux ne feront donc que changer de théâtre ; si le lien est désert, les déportés, à moins d'hêtre contenus par une force suffisante, ce qui sera difficile aune si grande distance, se déchire-
roDt entre eux, et la colonie périra par les excès auxquels elle sera livrée ; eufio , la déportation est une peine qui augmente considérablement les chairs d'^un État : car, outre les frais de transport des condamnés, elle exige dans la colonie un grand établissement civil et militaire.
Ne semble-t-il pas qu'yen posant ces règles du droit criminel qui devraient être immuables et propres à toutes les nations, Bentham, et après lui les criminalistes les plus accrédités, aient fait d'^avance Thistoire de la transportation anglaise !
Ainsi, selon eux, la peine de la transportation nMn- Défaot
. . - . , ^ 1 . d'inlimidalion.
timide pas : ce qui le prouve, c est que, depuis son établissement sur une vaste échelle, les crimes s'^étaient tellement multipliés dans la Grande-Bretagne, que le nombre en était devenu véritablement effrayant ; en Angleterre et dans le pays de Galles seulement, sans comprendre Tlrlande et PÉcosse, le nombre des condamnations pour crimes qualifiés était monté , depuis 1805 jusqu'en 1850, de 2,783 à 21,001. - La peine de mort, qui n'^avait été prononcée en 1805 que 350 fois, Tavait été 1601 en 1831 , époque à laquelle un adoucissement apporté dans la législation avait considérablement réduit les cas où elle était appliquée. Enfin, le nombre des condamnés à la transportation dans la Grande-Bretagne avait presque triplé dans le cours des douze dernières années ; de 2386 qu'ail avait été en 1839, il avait atteint celui de 6191 en 1851. De tels chiffres exactement relevés sur les statistiques anglaises démontrent, jusqu'^à la dernière évidence, que non-seulement la peine de la transporta-
Inégalité
1 58 TR A]«SPORTATION
tion, telle qu'ion la pratiquait précédemment, n'^était pas exemplaire et n^intimidaît pas, inaîs qu^elle servait d'^encouragement et eu quelque sorte de prime aux mialfaiteurSy par les avantages ultérieurs qu'^elte leur procurait.
Il avait été également vérifié que, dans bien des cas, la peine avait excédé Pîntention du législateur, puisque la mortalité avait été excessive parmi les convicts , soit pendant la traversée, soit pendant leur séjour à la Nouvelle-Galles.
En même temps aussi qu'ion avait reconnu Tinégalité de la répression, puisque le sort des c(mdamnés différait selon le caractère des cotons ebez lesquels ils étaient placés, on avait constalé que le fléau qu'ion avait détourné de la mère patrie s'^était fortenoient appesanti sur la colonie, en ce que les crimes,, déjà devenus si nombreux en Angleterre^ Pétaient huit fois plus en Australie.
Frais d'établissement.
§ II. RÉSULTATS MATifilELS.
Les frais d'^établissement d\in lieu de déportation, signalés comme la plus lourde charge pour un État, avaient coûté au Gouvernement anglais au delà de 200 millions de francs, outre là dépense annuelle de 15 millions, somme bien supérieure à ce que coûte à la France Tensemble de son système répressif, quelque vicieux qu'ail soit d'^ailleurs, pour une population de 36 millions d'ébahi tants ; et encore ces 15 millions ne dispensent-ils pas la GranderBretagne des dépenses occasionnées par la répression dans la métropole.
AUX COLONIBS. 159
On objecte que les colonies pénales de TAngleftahre ^ "'«^i pas se sont transformées en mas^nifiques possessions qui i» transportation
, ^ *^ qu est due
font maintenant son orgueil et sa richesse ; il est Trai la prospérité des que la Nouvelle -Galles et la terre' de Yan-Diémen où eiie a eu Heu. sont parvenues à un grsffld état de prospérité ; mais quant à la Nouvelle^alles, peut-on raisonnablement attribuer cette prospérité à rétablissement pénal , lorsqu'^oD a vu toutes les misères auxquelles il avait été exposé dès ses débuts, alors quMl ne se composait que de coiivicts, et jusqu'^au moment où une population libre, venant s''y implanter, y apporta des mc^rs, des habitudes d'^ordre et de travail. Si quelques convicts ont prospéré, si leur postérité, mêlée à cette population libre, fait maintenant corps avec elle^ c''est à la fusion qu'^est dû cet heureux résultat; mais aussitôt que la colonie a été assez puissante pour faire entendre sa voix, elle a repoussé Talliage impur qui la déshonorait ; elle n'^a pas voulu de ces hôtes qui venaient répandre Timmoralité et la corruption dans son sein, et a obtenu du Gouvernement ^^ fansportatioB
a cesse
d'en être affranchie ; cVst la population libre qui a ^ la Nou?eneréellement créé la Nouvelle-Galles, elle ne doit rien aux condamnés ; s'^ils Pont devancée, ils ont été pour elle plutôt un obstacle qu\m avantage.
Quant à Van-Diémen , il y a peut-être quelque différence ; le travail à bon marché et mieux réglé des convicts a pu offrir de grandes facilités aux colons libres, mais qu'ion se rappelle tous les désordres dénoncés au Parlement par le comte Grey, la honte qui, selon lui, en rejaillissait sur le pavillon anglais, obligé de les protéger , on se convaincra que la créa-
tion de cette colonie a été achetée bien cher, et qu'^avec ses immenses ressources, ses émigrations abondantes, son esprit de suite, la nation anglaise aurait pu la fonder à moins de frais, et la voir également prospérer sans le secoui*s démoralisateur des condamnés.
La terre de Van-Diémeh tfa pas encore obtenu la même faveur que la Nouvelle-Galles, mais elle la sollicite ardemment. Au mois de mai 1751, les habitants de cette colonie présentèrent une pétition à cet effet à la Chambre des lords ; ils invoquaient la promesse qu'ils prétendaient leur avoir été faite par le Gouvernement de ne plus leur envoyer de condamnés« Le comte Grey nia cette promesse ; il dit que Tintention avait été de Renvoyer dans la colonie que des convicts réformés, mais que ses plans avaient été dérangés par une adresse très-indiscrète de la Chambré des communes à la Couronne, demandant qu\ui nombre considérable de convicts fût tout à coup transféré hors de la colonie ; qu'ion avait acquiescé à cette adresse et que de là étaient venues les plaintes et les prétentions actuelles ; mais qu'ail espérait qu'*à Tavenir le Gouvernement ne trouverait aucun obstacle à Pexécution de ses plans, qui avaient été discutés et approuvés à la dernière session : c'^est le système qui est actuellement appliqué.
Au mois d'^août de la même année, une nouvelle pétition fut présentée à la noble Chambre ; elle était couverte de 4,287 signatures.
Réclamations Et enfin, profitant de Tavénement du nouveau mi-
des colons de , ' . , , .
Van-Diémen. nistèrc, uuc nombreuse députation de négociants et autres personnes en rapport avec les colonies austra-
tiennes s'^est présentée, en mars dernier, à Phonorable sir J. Pakington, secrétaire des colonies, pour lui représenter que plusieurs navires emportant des condamnés allaient faire voile pour Hobart-Town : ils le suppliaient d'^arrêter le départ de ces bâtiments et de ne plus faire transporter de condamnés à la terre de Van-Diémen ; ils invoquaient la promesse dont nous avons parlé plus haut ; le déplaisir qu'^avait causé son non-accomplissement, ainsi que les nombreuses pétitions envoyées pendant les cinq dernières années par révéque, les archidiacres, le clergé de toutes les dénominations et la grande majorité des habitants. Us ajoutaient que toutes les autres colonies sympathisaient à cet égard avec la terre de Van-Diémen, parce qu'acnés prévoyaient que, celle-ci étant surchargée de condamnés, la transportation s'^étendrait bientôt à elles ; qu\me grande ligue s'hélait formée pour la repousser avec Tappui des notables de toutes les colonies ; que de nombreux meetings avaient eu lieu, non-seulement à Van-Diémen, mais encore à Sydney, àParamatta, à Melbourne, à Geelong et à Adélaïde, et qu'ail avait été pris des résolutions tendantes à se plaindre de ce que le Gouvernement avait violé sa promesse ; que le peu de personnes qui s'hélaient prononcées en faveur de la transportation lui étaient devenues fort opposées par suite de la découverte des mines d^r, car Penvoi des condamnés dans un Eldorado serait un des plus sûrs moyens de les stimuler au crime. La députation finissait par faire entendre ces paroles hautes et fières qui, un demi-siècle auparavant, avaient servi de prélude à rindépendance américaine : « Taffirme, disait I. U
« Forateur , que les colonies australiennes sont à la
« veille de devenir de puissants États ; leurs habitants
« sont tout disposés à s''attacher avec un dévouement
« loyal et absolu à Tempire britannique ; ils conser-
« veraient longtemps cet attachement, s''ils étaient
« sagement et prudemment gouvernés ; mais con-
« tinuer la transportation, ce serait anéantir bientôt
« ces sentiments d'^affection et de loyauté. » ^
Sir J. Pakington remercia la députation des renseignements qu'acné venait de lui fournir, et de l'exactitude desquels il ne doutait nullement ; il rectifia le bruit qui s'^était répandu que cinq transports de condamnés devaient se rendre à Van-Diémen ; il dit que quatre seulement étaient en partance, mais qu'ail avait pris des arrangements pour qu^m des navires reçût une autre destination, et qu'ail espérait pouvoir en distraire un deuxième ; que Timportance de la question de transportation était notoire, et que le Gouvernement comptait s''en occuper ; que, quoiqu'^il eût reçu des demandes de TÀustralie, ainsi que de la baie de Moreton, il n^'avait pas Tintention de démentir Tassertion que la continuation de la transportation rencontrerait une grande résistance ; que, du reste, nouvellement entré à la direction des colonies, il ne pouvait que promettre rattention du Gouvernement sur cette question.
U est vrai qu'^antérieurement à cette dernière démarche faite au nom de presque toutes les parties de TAustralie, quelques demandes partielles de convicts avaient été. adressées au Gouvernement en janvier et avril 1850, par des colons du Nord et de la Nouvelle- Galles, qui annonçaient pouvoir en employer 1000 à
AUX COLOTaBS.
1500 ; les signataires de ces pétitions, au nombre de 52, étaient établis dans les districts de Moreton-Bay et de Darling-Downs ; ils se disaient propriétaires de 173,000 moutons, de 33,000 bêtes à cornes, de 1,600 chevaux, et faisant travailler plus de 800 hommes. Us ajoutaient avoir appris, par les papiers publics, qu'un meeting s'^était tenu à Brisbane, daps le but de demander que le Gouvernement cessât d''envoyer des condamnés à Moreton-Bay ; mais que la plupart de ceux qui avaient fait partie de ce meeting étaient des émigrants nouvellement arrivés qui avaient peu d]*expérience de la colonie, et ne savaient pas ce que c'^était que les détenteurs de billets de permis.