AURIFÈRES
Il est à remarquer que ces pétitions avaient été adressées au Gouvernement avant la découverte des terrains aurifères dans rAustralie.
Cependant le Gouvernement, depuis qu'ail avait admis le système de probation à Tégard des condamnés, depuis que les deux épreuves préalables ayant lieu en Angleterre, donnaieat les bons résultats que nous avons fait connaître, en avait envoyé ,ua certain nombre ainsi préparés et amendés dans la partie occidentale de T Australie, qui e^t réparée, des précé* dents districts par près de cinq cente lieues d'^espaces inhabités. Là, sur la côte, se forment incessamment des noyaux de petites colonies qui, manquant de bras pour leurs travaux, reçoivent avec grande faveur les
Condamnés
enToyés dans
rAustralie
occidentale.
eondamnés qui leur sont envoyés porteurs de billets de permis. Le colonel Jebb, dans son dernier rapport, donne les pétitions des colons des districts de Perth, de York, de Norton, de Toodgay, de Wellington, qui, réunis au mois de juillet 1850 en meetings nombreux, remercient le Gouvernement de ce qu'ail a fondé parmi eux des établissements de condamnés, qui leur sont de la plus grande utilité, d'abord pour leurs travaux publics, et ensuite, lorsque ces travaux sont terminés, pour leurs besoins particuliers; ils se louent de la conduite de ces hommes, et ils ajoutent que, sans avoir d'^opinions bien arrêtées sur la question générale de l'assignation des condamnés, ils donnent leur entière approbation à un arrangement projeté par le comte Grey, suivant lequel les prisonniers qui, après avoir passé d'aune manière satisfaisante la période de probation en Angleterre, continueraient pendant neuf mois, depuis leur arrivée en Australie, à se bien conduire, seraient alors graciés conditionnellement , avec faculté de trouver eux-mêmes du travail dans la colonie.
Effectivement, dans une dépêche du gouverneur de TAustralie occidentale au comte Grey, en date du 5 novembre 1851, il est dit que Tarrivée des condamnés, ainsi amendés, avait donné une nouvelle vie à la colonie, qui, depuis plusieurs années, se débattait au milieu des difficultés, et semblait presque réduite au désespoir; que ces hommes se conduisaient parfaitement; qu'il ne pouvait leur donner trop d'^éloges; qu'^à Texception de quelques fautes légères, aucun délit n'^avait été commis par eux, et
que les informations quil avait reçues des divers points de la colonie, sur le peu de condamnés renvoyés depuis qu'ils s'y trouvaient avec des billets de permis, étaient également satisfaisantes.
De son côté, le chapelain de rétablissement pénal, rendant compte de l'état moral de ces condamnés, disait: « Lorsque j'ai commencé à remplir mes dea voirs de chapelain, j'ai eu beaucoup d'appréhen- « sious, provenant de Timpression que les personnes « ignorantes des faits avaient généralement reçues « du relâchement de mœurs de ceux auprès des- « quels j'allais exercer mon ministère; mais c'est « avec reconnaissance envers Dieu, et en adressant « des remerciments à ceux dont le ministère dans « la métropole a précédé le mien, que j'exprime a ma satisfaction inattendue, en voyant le haut « degré de connaissances bibliques et de principes « de morale que possèdent les condamnés, qui^ com- « posent aujourd'hui notre établissement naissant , « et en rendant témoignage de la solidité de l'en- « seignement religieux qui leur a été inculqué, a J'écris, ajoute-t-il, avec d'autant plus d'abandon a sur ce sujet, que la liberté comparative dont les a prisonniers jouissent ici leur donnerait l'occasion « de manifester les restes de dépravation dont ils « pourraient être encore imbus, et qui, je suis heua reux de Taffirmer, ne se montrent pas à un degré a sensible. »
Et enfin, pour compléter les renseignements sur la conduite des condamnés dans l'Australie occidentale^ le gouverneur disait dans une dernière dépêche au
comte Grey ; « Tout marche de la manière la plus sa- « tisfaisante ; il n'^est aucun détenteur de billet de per- « mis qui ne soit placé, et la conduite de tous les pri- « sonniers est si régulière, que la prison est close, et « que toutes les appréhensions disparaissent. » Conditions Tels sout Ics eflfets du système adopté. Mais n'^ou-
du nouTeau .
système. blious pas quc, pour que ces bons effets se produisent, il faut que le Système soit appliqué dans toutes ses parties ; il faut qu'^aucun condamné ne soit transporté ' avant d'^avoir passé par les épreuves qui donnent la garantie de sa complète transformation ; il faut que le lieu où il est envoyé renferme déjà une population saine, morale, auprès de laquelle il trouve de bons exemples, et qui, persuadée de sa complète régénération^ n'hait aucune répugnance à remployer ; il faut que cette population ne soit pas très-nombreuse, et qu'^elle manque de bras, car, si elle peut se suffire à elle-même,. les ouvriers libres ne supporteront pas patiemment une concurrence qui avilira le prix du travail, et ils ne voudront plus recevoir ceux qui viendront le partager avec eux : c'^est, indépendamment des autres causes, ce qui était arrivé à la Nouvelle-Galles, et ce qui arrive aujourd'hui à Van- Diémen.
Le nouveau système de transportation ne pèche pas au même degré que le premier, par le défaut d'intimidation; il est, en effets plus exemplaire, car les trois ou quatre années d'^épreuves passées, soit en cellule, soit sur des ateliers de travaux publics dans la métropole, sous la discipline la plus sévère, en font une peine qui, jusqu'^à un certain point, est préven-
tive ; qui est de nature à inspirer la crainte et à détourner du mal ceux qui seraient tentés de s'y livrer. Mais le Gouvernement anglais peut-il espérer de pouvoir profiter longtemps, pour Tenvoi de ses convicts, du seul débouché qui lui reste? (1) A la vérité, le territoire de FAustralie est immense; Tintérieur n'est pas connu ; c'^est principalement sur les côtes que les établissements se forment. Quiconque a acquis un peu d'^expérience , dit le colonel Jebb , sait combien sont grandes les difficultés qui se présentent à la formation d''une nouvelle colonie. Pendant longtemps, toute Ténergie des premiers colons et toutes leurs ressources sont absorbées par Tobligation de subvenir à leurs propres besoins. Ce n''est qu'^après y avoir pourvu , que Ton songe aux rades , aux quais , aux ports , aux ponts, etc. Les ressources pour les exécuter sont, pendant de longues années, insuffisantes; les émigrations sont en conséquence arrêtées, et le progrès est retardé. Si, dans la prévoyance de ces difficultés, on prenait des mesures pour étendre les limites des établissements qui existent déjà, ou pour donner à des entreprises particulières destinées à former de nouvelles colonies, l'assistance du travail des condamnés, on pourrait concilier les intérêts divers, et s'assurer des avan-
(I) Des évéDements subséquents ont montré coiùblea ce doute était fondé. Nous avons déjà dit en note, page 36 ci-dessuà, que le Gouvernement anglais s'est vu obligé de modifier profondément encore le système de la répression pénale. Voir le 2« Rapport, lit. Vr chap. 4.
tages qu'ion ue saurait obtenir par d^autres moyens ; et c'^est rexpérience de ces difficultés qui a sans doute conduit à une remarque qu'ion entend faire souvent, que les condamnés devraient être les pionniers de ta civilisation.
L"^ Académie voit par là que la première condition, la condition principale, c''est qu'ail y ait un commencement de colonie déjà formé par une population morale; toute autre colonisation tentée à priori^ avec les seuls condamnés , et peut-être lors même qu'ails seraient améliorés à la suite de longues épreuves , aurait probablement le même sort qu''à Norfolk.