‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 32 sur 62 · IV. COURANT DE L^ÉMIGRATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

IV. COURANT DE L^ÉMIGRATION ANGLAISE

Le peuple anglais est peut-être celui chez lequel les émigrations sont les plus nombreuses : chaque année 250 à 300,000 individus s''expatrient. Les causes en sont connues : Texubérance de la population , d'aune part , de Tautre la misère , poussent les familles à aller chercher d'^autres lieux où elles puissent s'^assurer des moyens d'^existence. Nous avons dit la misère ! dans ce pays qui renferme de si grandes richesses, qui étend si fort au loin sa puissance, 198,500,000 fr. sont annuellement consacrés à secourir 3,561,000 pauvres que renferme le Royaume- Uni , sur une population que le recensement de 1841 portait à 26^839,885 habitants, et que celui de 1851 élevait à 27,452,262. Cette somme est inégalement répartie entre TAngleterre et le pays de Galles, l'Ecosse et Tlrlande. Dans le premier de ces royau-

AUX COLOHIBS. 169

mes, chaque pauvre reçoit par au 83 fr., il eu reçoit 38 dans le second, et 21 fr. seulement en Irlande.

Aussi , dans cette dernière partie du Royaume-- Uni , la population est-elle décroissante. Le recensement de 1841 lui donnait 8, 175, 124 habitants, celui de 1851 ne lui en donnait plus que 6,515,794. La diminution est de 1,659, 330 habitants. Et cependant, ce n'^est pas Témigration qui est la cause unique de cette décroissance; car, pendant ces dix années, elle n'^a atteint qu'Hun faible chiffre. Il est même à remarquer que ^ quant à Tlrlande , le nombre des émigrations décroit annuellement aussi : de 95,756 individus qu'ail était en 1847, il n'^était plus que de 59,701 en 1848 ; il s'est un peu relevé en 1849 , où il était de 70,247, pour redescendre en 1850 à 51,083 (1).

Quant à T Ecosse, il n'^y a pas eu, comme en Irlande , diminution de population ; mais Taccroissement y a été faible. Il y avait 2,628,957 habitants en 1841, et seulement 2,870,784, dix ans plus tard, en 1851. L'émigration y est assez variable, quoiqu'acné tende à augmenter : elle était de 3,427 en 1846; de 8,616 en 1847; de 11,505 en 1848; de 17,127 en 1849, et de 15,154 en 1851.

La véritable augmentation de population est en Angleterre et le pays de Galles ; le nombre des habitants s'^y est élevé, pendant les dix dernières années, de 15,911,725 à 17,922,768 habitants. L'émigra-

(t) On ne doit pas oublier que ces lignes ont été écrites en 1852.

lion y a été aussi en progrès : 87,611 individus ont quitté la mère patrie en 1 846 , et ce chiffre s**est successivement accru jusqu'en 1850, année où le nombre des émigrants a été de 214,612; on assure que depuis lors il s'^est encore considérablement augmenté.

Cependant , malgré les avantages que T Australie peut offrir, ce n'^est pas vers cette partie du monde que se dirige le grand courant de Témigration ; il est même remarquable que la majorité des émigrés ne se rend pas dans les possessions anglaises ; la plupart de ceux qui abandonnent la mère patrie préfèrent aller porter leur tente aux États-Unis , dans les régions les plus voisines des frontières. Ainsi / en 1846, sur 129,851 émigrants partis des trois royaumes, 82,239 s'^y sont rendus, 43,439 sont allés aux colonies anglaises de TAmérique septentrionale , et 2,277 seulement en Australie. En 1847, sur 258,270 individus sortis également des trois royaumes, 142,154 sont allés aux États-Unis ; 109,680 aux colonies anglaises de PAmérique septentrionale , et 4,949 en Australie. En 1848 , sur un total de 248,089 émigrants, les États-Unis en ont reçu 188,233 ; les colonies de TAmérique septentrionale 31,065, et cette fois T Australie, a vu s'^accroître de 23,622 le nombre de ses nouveaux colons.

Ces émigrants qui se transportent en Australie ne se dirigent pas ordinairement vers la Nouvelle-Galles du Sud, où la population est déjà abondante, où les terres ont acquis une grande valeur, où il serait difficile conséquemment de s'^y faire une position et de

trouver une place qui ne fût déjà occupée ; ils vont dans la partie occidentale, qui commence aussi à se peupler, mais lentement : c**est là que se forment de nouvelles colonies , où, comme nous Tavons dit, les convicts améliorés sont reçus, accueillis, et où ils rendent et pourront rendre encore d'^utiles services.

Mais , comme nous le disions encore , TAngleterre ^^^ ifdéboucbé jouira-t-elle longtemps de ce débouché? C'est possible; pAulîtraiie cependant il faut prévoir qu'ail viendra aussi un mo- pourra offrira

^ y , . 1./* > 11 A la transportalioD.

ment OU ces colonies pourront se suffire à elles-mêmes, et il est à croire qu''alors elles n'^agiront pas autrement que n'ont fait celles de la Nouvelle-Galles du Sud et de Van-Diémen.

Se formera-t-il, dans cette partie de TAustralie, de nouvelles colonies, qui à leur naissance auront besoin de bras comme celles qui existent actuellement, et qui consentiront à recevoir des condamnés ? Il est permis de supposer que les faits nouveaux qui se sont produits dans la partie opposée de l'Australie feront que les émigrants anglais se dirigeront de préférence vers celle-ci ; nous voulons parler de la découverte des terrains aurifères, aussi riches peut-être que ceux de la Californie.

Ces terrains sont situés dans le New-South-Wales, , PfJ*»^ .

' sur la décourerU

principalement dans la partie traversée par la rivière de ror. Macquarie, non loin de Wellington et à une certaine distance de Bathurst. Avant 1850, quelques parcelles d'or avaient été trouvées; en 1849, un très-bel échantillon fut apporté à Port-Philipp ; cependant il existait dans le pays un sentiment d'incrédulité entretenu par les propriétaires ruraux, qui avaient intérêt à ne

1 72 TRANSPOBTATION

pas voir détourner de ragriculture les bras dont ils avaient besoin.

En 1850, le Gouvernement de la colonie exprima le désir d'^avoir la coopération d''un géologue expérimenté, et M. Stutchbury, conservateur du musée de Bristol , fut envoyé de la mère patrie , avec un titre officiel.

Ce ne fut pourtant que le 2 mai 1851 qu'un article parut dans le Sydney Moming-Herald^ principal journal de la Nouvelle-Galles, annonçant que Texistence de Tor dans certains lieux n''était plus douteuse ; quelques jours après, un meeting fut tenu à Bathurst, de beaux échantillons y furent produits. Les découvertes se multipliaient ; elles firent une grande sensation à Sydney; les imaginations s'^enflammèrent; mais aussitôt parut une proclamation qui déclara les droits de la Couronne sur tous les métaux précieux, et qui défendit leur exploitation autrement que d'après les règlements qui seraient incessamment publiés. En effet, ces règlements parurent ; ils étaient basés sur ceux de la Californie : tout chercheur d'^or devait être muni d'aune licence, coûtant 30 schellings par mois. Nul autre que les propriétaires du terrain aurifère, ou que celui autorisé par lui, n'*avait le droit d'^y fouiller ; mais ceux-ci étaient également tenus de se pourvoir d'aune licence.

Dès le 19 mai, et dans un pays si peu peuplé que Tétaient Summer-Hill et Lewis-Pond-Creek , déjà cinq à six cents personnes étaient réunies et travaillaient avec ardeur^ mais leur ignorance leur fit d'^abord éprouver de nombreuses déceptions ; cependant

elles gagnaient 4 lîv. sterl. par jour, et FiinedMles, en trois semaines, ramassa pour 1,600 liv. sterl. d'^or. Deux morceaux de 18 et de 23 onces chacun furent achetés par le gouvernement de la colonie pour être offerts à la reine. En juillet, un premier envoi de 280 liv. d'^or, ayant une valeur de 11,600 liv. sterl., fut embarqué pour Londres sur le Mary-Bannaton. On ne peut pas calculer quel est aujourd'^hui le produit de ces mines ; cependant, au moins d'^août, 2,000 licences avaient été délivrées dans les seules localités de Summer-Hill et de Turk-Creek, lesquelles réunissaient déjà 3,000 travailleurs. Au moyen de ces licences, le Gouvernement prélevait 10 pour 100 sur les produits.

Outre les districts précédemment mentionnés, il s'en trouve d'^autres qui paraissent renfermer de semblables mines d'^or, et particulièrement celui de Darling d**Owen, situé au nord, au delà des bornes du pays colonisé et entièrement occupé par des squatters^ ou hommes qui ont pris à bail du Gouvernement de vastes étendues employées comme parcours pour leurs troupeaux.

Ce qu'ail y a de remarquable, c'^est que, bien différente de la Californie, la contrée dans laquelle se trouvent tant de richesses jouit d'^un calme parfait; le Gouvernement y maintient'une police sévère, et les travailleurs, ainsi que les voyageurs que la curiosité attire, y jouissent de la plus entière sécurité (1).

(1) Depuis lors, des actes coupables ont été commis qui n'ont pu être réprimés que par l'emploi des forces dont disposait ^autorité.

Ces nouveaux faits expliquent pourquoi les colons de Moreton-Bay, qui sont à une faible distance des terrains aurifères, et qui précédemment adressaient des pétitions au Gouvernement anglais pour lui demander des convicts, manifestent aujourd'^hui une si vive opposition à leur envoi. Un'^est pas douteux que les transportés, arrivant dans la colonie avec des billets de permis , courraient aux placers plutôt que de se livrer aux travaux pour lesquels on les demandait.

Mais il est à croire aussi que Texistence des terrains aurifères attirera désormais dans cette partie de TAustralie les émigrants qui précédemment allaient se fixer sur les côtes opposées, et c''est sous ce rapport que la découverte de ces terrains pourra nuire à la colonisation dans rAustralie occidentale, et par suite exercer une certaine influence sur la transportation dans les seuls lieux où elle puisse s'^opérer actuellement.

§ V. — CONGLUSIONif.

Dans les longues études auxquelles nous nous sommes livré sur la répression anglaise, nous croyons en avoir exposé toutes les phases.

Le système auquel le Gouvernement britannique s'^est arrêté en dernier lieu remplira-t-il entièrement le but qull s'est proposé en Tadoptant?

Les statistiques criminelles de ce pays résoudront la question mieux que tous les raisonnements. Si la criminalité diminue, ce sera une preuve de la bonté

du système, mais ce n'^est qu'^aVec le temps que cette preuve pourra être acquise.

Dès à présent, cepeudant, il Qu'est pas permis de douter qu'il ne soit bien supérieur au précédent, et, nous devons le dire, bien supérieur à celui des peuples du continent.

Mais il restera toujours la difficulté de concilier deux choses absolument opposées, à savoir, les principes sur la répression pénale, et les règles que Texpérience a tracées pour assurer le succès de toute colonisation.

Nous ne pouvons mieux faire sentir cette inconciliabilité qu'yen nous servant des arguments que développait avec une rare sagacité le révérend archevêque de Dublin, dans les lettres que nous avons déjà eu occasion de citer.

Dans toutes les justifications du système de la transportation il y a, selon lui, un pêle-mêle perpétuel de deux questions différentes, et, soit confusion de pensée ou artifice de sophiste, on passe de Tune à l'autre, c^est-à*dire de la question de transportation, comme mode de punitim, à la question de transportation comme mode de colonisationj sans savoir où Ton en est. Quand les objections, sous le premier point de vue, commencent à se presser fortement ; quand on a démontré sa défectuosité, comme moyen disciplinaire, pour la réforme des criminels, et son incapacité encore plus grande de produire l'effet qu'ion doit attendre de la peine, à savoir, Tintimidation, alors les avocats de la transportation se placent sur Tautre terrain, et plaident les avantages que la colo-

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nie retire de cette émigration forcée. Que si Tabsurdité ou, comme le dit Bacon, la honte et Tinfamie d'accumuler dans une société naissante des relais continus de récume du genre humain, tiennent à frapper vivement, aussitôt Tattention est attirée sur Tample avantage qu'^offre ce genre de punition. Voilà bien une compensation, dira-t-on; quelle sera celle du mal produit parle maintien d\m système de punition aussi défectueux, aussi inefficace, aussi pernicieux que la transportation ? Oh ! la compensation, répondon, est de fonder et de maintenir une colonie ! — Mais la colonie est par là établie et peuplée de la pire façon imaginable. — Oui, mais alors il vous faut considérer à quel point il importe d'^avoir un lieu de punition pour les convicts. Cest ainsi qu'yen passant et repassant d'^un sujet à l'autre, on égare les esprits, en les livrant à une perpétuelle confusion d'aidées.

A supposer cependant que les deux parties du système soient amenées à se supporter mutuellement , bien qu'^elles ne puissent être défendues si on les considère séparément, il arrivera que les mesures combinées pour suppléer à ce qui manque réciproquement à chaque branche du système, seront de telle nature qirelles se contrarieront nécessairement, au lieu de s''entr''aider. Des deux objets proposés, il n'^y aura pas une mesure à prendre en faveur de Tun qui ne tende au même degré, ou plus peut-être, à ruiner Tautre, de manière à rendre le résultat de la combinaison encore moins soutenable que chacun des plans isolés.

Une colonie peuplée de malfaiteurs est en soi-

même un mauvais établissement comme colonie ; un pénitencier situé aux antipodes doit très-probablement être, par bien des raisons, un mauvais pénitencier ; mais chacune de ces choses devient incomparablement pire, si on la combine avec les autres, parce que, dans les points les plus importants, si on envisage cet objet-ci ou cet objet-là, on devra suivre deux systèmes de direction, et ces systèmes seront nonseulement différents, mais opposés entre eux.

Développant cette pensée, rarchidiacre Broughton, dans une lettre que rapporte Tarchevêque de Dublin, disait : « Dans toutes les propositions qui touchent à la condition des prisonniers après leur arrivée dans les colonies, la mère patrie et les colonies ont des intérêts séparés. L** intérêt de la première est que la transportation agisse comme châtiment, principalement en vue d'^avertissement et d'*intimidation ; c*'est-à-dire en vue de le rendre redoutable^ et non pas désirable aux yeux de la nation en général. Pour opérer cet effet, la politique de la mère patrie est évidemment de faire en sorte que, pendant le cours de Texpiation, le prisonnier soit non-seulement dans une période de punition, mais aussi qu'^après Texpiation il ne soit pas dans des conditions plus favorables de crédit, de richesses, de considération, que s'^il n''avait pas été déporté, car ce serait détruire Teffet de la punition, et agir contre l'intérêt de la métropole, gui est d'^intimider pour diminuer le nombre des crimes. D'^un autre côté, si on considère Tintérêt du pays où les coupables sont transportés, on trouve que, pour son avantage, il faut offrir aux prisonniers un encouragement, c''est-à- 1 12

dire exacteraenl le contraire de ce qui convienl à PÉlal d'^où les prisonniers sont bannis. »

« Pour développer les ressources d'aune contrée comme celle où le condamné est conduit, chacun doit y être excité à exercer au plus haut degré toutes ses capacités, toute son industrie ; chose qu'ail ne fera jamais, s'^iln'^a la perspective d'^acquérir de la propriété. Le prisonnier qui a TinteUigence nécessaire pour cela doit, par la force des choses, et en proportion de ses facultés d'^esprit et de corps, parvenir à ce but plus facilement dans les colonies que dans la mère patrie. »

« Si donc on regarde exclusivement ^ Tintérêt des colonies, il est clair que le prisonnier dont la peine est expirée doit être encouragé à faire tous ses efforts pour devenir propriétaire, et pour prendre part aux distinctions civiles et politiques attachées à ce titre ; mais, d'^un autre côté, si la voie des honneurs et de 1^ richesse lui est ouverte, il est évident qu'aune telle situation sera un objet d'^envie pour les honnêtes gens de la métropole, qui ne peuvent s'élever ainsi ; et ce qui sera bon pour la colonie sera nuisible à la mère patrie. Leurs intérêts, sous ce rapport, seront dans un état continuel d'^opposition. »

L** Académie voit combien est grande la difficulté de concilier deux intérêts si contraires, celui de la colonie et celui de la métropole. Les Anglais y sont-ils parvenus ? 11 faut remarquer que leur situation est exceptionnelle, qu'acné leur offre des avantages que nul autre peuple n'*a au même degré ; et cependant vous avez vu par quels essais infructueux, dispendieux, et successivement abandonnés, ils ont passé, pour

arriver au système qu'ils ont adopté en dernier lieu.

Il est certain que, dans celui-ci, la transportalion^ par Peffet des précautions dont elle est entourée et des épreuves dont on la fait précéder, perd quelques-uns de ses effets les plus fâcheux, en même temps qu'acné produit plus que tout autre Tamendement du coupable.

Et, cependant, ceux qui ont concoum à rétablissement de ce système ne se sont pas dissimulé la difficulté de faire une bonne législation pénale, et Tinsuffisance des meilleurs moyens pour y parvenir,

« Les uns , disait Tun des hommes qui se sont le plus dévoués à celte grande œuvre sociale , le colonel Jebb que nous avons si souvent cité , les uns présenteront , comme caractère principal et prédominant de tout système de répression, le châtiment; les autres, la réformation du coupable. Quelques-uns soutiendront les fers et Tesclavage ; d'autres , une instruction bienveillante et soutenue. Entre les extrêmes , le plus sage paraît être d'^éviter toutes ces théories, et de s'^attacher à la seule expérience. Quelque marche que Von adopte apris tout, on n'aura que le choix entre plusieurs maux. Si cependant on peut éviter les maux palpables , si on combat les plus importants à mesure qu'ails naissent , on peut raisonnablement se flatter d'^obtenir des résultats plus favorables que ceux qu'ion a eus jusqu'^ici. »

Le peuple anglais , pour arriver au système auquel il s'^est arrêté , entre plusieurs maux a donc choisi celui qui lui a paru le moins grand ; mais TAcadémie remarquera que si la facilité, pour lui , d'^avoir un

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