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suadé que son honneur et sa considération auxquels il tient plus qu’à sa vie sont atteints,el imbu,il faut le dire,des préjugés de la société dans laquelle il vit, il provoque son insulteur pour effacer l’outrage; certes, il préfère, comme le dit l'arrêt de la Cour d'Orléans déjà cité « le faux point d'honneur à l'honneur véritable », certesil se trompe en croyant que le vrai courage consiste à laver une insulte par un combat où lui-même peut-être perdra la vie. Mais le préjugé est là, etil en faut tenir compte. « Celui-là, dit Jules Janin, est perdu dans ce monde, où l'opinion est tout, qui ne saura pas acheter l’opinion d’un coup de feu ou d'un coup d'épée ».
Il se croirait déshonoré, lui et les siens, s’il reculait devant la provocation ; 1l expose sa vie en échange de celle de son adversaire avec des armes et des chances égales, au grand jour, souvent sans le désir de tuer, ni même de blesser son adversaire, toujours dans la pensée unique de laver l’injure, la plupart du temps pour satisfaire au préjugé et ne pouvoir être accusé de lâcheté. Il a peutêtre eu, dans la chaleur du combat, l’idée de blesser ou de tuer, mais il ne s'ensuit pas qu’il ait été animé de cette intention perverse qui est l’élément indispensable du crime. C’est ce qu’exprime Dufour en ces termes (1). « La volonté du duelliste n’est point libre ni personnelle, elle n’a point pour mobile immédiat le désir de l'homicide, la soif du sang ; et le but n’est pas nécessairement le meurtre et les blessures. L'opinion place chaque adversaire entre le combat et le déshonneur. » (2).
(4) Revue de législation, t. XII, 3, 5, 297.
(2) Becaria, dans un autre style, exprime la même idée: «Le citoyen qui refuse'un duel se voiten bulte au mépris de ses concitoyens; qu'il renonce aux charmes de la société, ou qu'il s’expose sans cesse aux insultes et à la honte dont les coups répétés l’affectent d'une
Les circonstances peuvent faire de chacun un duelliste, car bien peu auront le courage vraiment héroïque de refuser le combat et nul ne peut dire qu’il aurait ce courage.
Ces différences que nous venons d'indiquer entre l'assassinat et le duel sont marquées de la façon la plus nette dans ces lignes d'un auteur : « La victime de l’assassin est assaillie déloyalement et traitreusement, sans s’y attendre et sans pouvoir aviser, par un misérable dont les instincts qu'il vient de révéler, font peser d’ailleurs une menace semblable sur tous les autres membres de la société et appellent dès lors sur sa tête réprouvée le châtiment suprême. Au contraire, dans le duel, point de surprise ; la rencontre est voulue, concertée par les parties, ses conditions sont débattues par avance; ses chances sont égalisées autant que possible ; il ne peut y être question d’agresseur et de personne attaquée, et s’il y a un péril couru, il est accepté volontairement, en même temps que couru par les deux combattants chez lesquels il se trouve en outre atténué, grâce à la simultanéité de l'attaque et de la défense » (4).
Il ne faut donc aucunement confondre pour l'intention et les mobiles l'assassin et le duelliste. Le duel est fondé sur un faux point d'honneur, il est précédé d'une conven- . tion qui en fait partie intégrante, qui change complètement la nature du fait délictueux et qui le range dans une classe à part. Il faut apprécier l'acte du duel tel qu'il est avec sa convention, quoique illicite, et évaluer sa portée morale en le prenant dans son ensemble. MM. Chauveau et Faustin Hélie sont decet avis quandils disent: «la convention,qu’elle
manière plus cruelle que l'idée du supplice » (Délits et peines, chap. 29, 277).
(1) Emile Worms. Chap. 4, p. 72. Du duel,