‹ De la résection à froid de l'appendice vermiculaire du cœcum: dans les appendicites chroniques à répétitionChapitre 6 sur 17 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L’appendicite, sous ce nom du moins, est de date récente dans la pathologie, et son histoire, sous les dénominations diverses de tuphlo-enteritis, typhlite, paratyphlite, pérityphlite, ne remonte guère au-delà des premières années de notre siècle.

La première publication sur ce sujet est de 1759. C’est une observation de Mestivier qui fit l’'autopsie d'un homme de quarante-cinq ans, entré à l'hôpital Saint-André-de-Bordeaux pour une tumeur de la fosse iliaque droite, fluctuante, qu’on ouvrit et d’où il sortit une puite de pus. Le malade mourut, et l’on trouva une épingle encroûtée de sels qui avait perforé l'appendice iléo-cœcal.

Plus d’un demi-siècle s'écoule, et, en 1813, Wegeler publie dans le Journal de Médecine et de Chirurgie l'observation d’un jeune homme de dix-huit ans qui

MO avait ressenti pendant trois jours de légères coliques, puis une douleur vive, circonscrite dans la fosse iliaque droite, de la constipation, des hoquets, des vomissements porracés, puis fécaloïdes. Il meurt, et l’on trouve une péritonite généralisée, le cœcum gangrené. Le point de départ semblait être l’appendice, rouge, volumineux, et qui contenait plusieurs calculs, dont le plus gros pesait un gramme.

En 1824, Louyer-Villermay publie deux observations analogues.

Jusqu'ici, on s’est contenté de relater les faits sans chercher à les interpréter. Quelle est la pathogénie ? Quel est le siège anatomique de la lésion? S'agit-il d'une nouvelle entité morbide ?

Le mémoire de Mêlier, en 1827, laisse entrevoir une réponse à ces questions. Mêlier reprend les observations précédentes, il en ajoute quatre personnelles, et il remarque, parmi les symptômes communs à tous ces malades, l'existence de deux phases distinctes : « Le malade, dit-il en commentant une de ses observations, était sujet à des coliques, il en éprouva pendant quelques jours. Elles cessèrent bientôt complètement, on pouvait le croire guéri. Tout à coup, une douleur vive se fait sentir dans le bas-ventre, suivie des symptômes d'une péritonite intense et de mort en quarante-huit heures. »

Etilinterprète ces symptômes: «J’explique, dit-il, ainsi les divers accidents et leur succession. Des matières fécales se sont accumulées dans l’appendice cœcal qui, dilaté petit à petit, s’est enflammé par une sorte d'engouement, puis gangrené et enfin déchiré.

eue Les premiers accidents, c'est-à-dire les coliques, tenaient probablement à la distension et à l'inflammation de l’appendice. La rupture aura donné lieu à l’épanchement, qui lui-même parait être la cause de la péritonite. »

Il entrevoit même la possibilité d’un traitement

chirurgical. Mettez-y le nom et l’appendicite est créée de toutes pièces.

Mais dès lors et jusqu’à ces dernières années, son histoire va parcourir en quelque sorte une phase régressive. Dance, la même année, et Ménière, l’année suivante, font de la tumeur iliaque le point capital de la lésion. Ils accordent bien au cœcum une part dans la genèse des accidents, mais sa tuméfaction n'est qu’une cause prochaine du phlegmon iliaque, toujours lié à une inflammation du tissu cellulaire péri-cœcal. La péritonite devient une complication possible du phlegmon qui peut s’ouvrir soit au-dehors, soit dans l'intestin, soit dans la vessie, soit dans le péritoine, comme il peut aussi et très souvent se terminer par résolution. Le phlegmon péricæcal est, pour eux, analogue au phlegmon périnéphrétique. Golbeck propose la dénomination de pérityphlite, et Burne décrit le syndrome de l’appendicite actuelle sous le nom de tuphlo-enteritis. Mais c’est surtout à Albers de Bonn que l’on doit la description de la typhlite telle qu’elle a été admise par tous les classiques pendant plus de cinquante ans. Il distingue linflammation du cœcum des autres variétés d’entéro-colite, il en fait une affection spéciale : la typhlite, dont il reconnait plusieurs variétés :

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1° Une typhlite stercorale, mécanique ;

2 Une typhlite simple, inflammatoire ;

3° Une pérityphlite, par propagation de l’inflammation cœcale au tissu cellulaire voisin;

4 Une typhlite chronique à marche torpide.

Albers trouve bien çà et là quelques adversaires peu écoutés. Grisolle, Munchmeyer, Bébhier, ruais il faut arriver à l’année 1885 pour entrer dans une phase nouvelle de cettehistoire. Après Bardeleben, Luschka, Henle, Trèves vient démontrer que, dans la grande majorité des cas, le cœcum est complètement enveloppé par le péritoine, comme la pointe du cœur par le péricarde, et Tuffier, Maurin, en France, vérifient et confirment par l'examen de plus de deux cents sujets l'exactitude de la description anatomique de Trèves. Donc, la pérityphlite ne peut pas être l’inflammation du tissu cellulaire péri-cœcal, comme le voulait Ménière.

Bien plus, la lésion le plus souvent ne siège même pas au niveau du cœcum, ce n’est pas une typhlite, mais une appendicite, et les chirurgiens américains : Fitz, Weir, Bull, Smith, Sands,Trèves, West, par leurs interventions précoces et par des autopsies multiples montrent que le point de départ matériel est presque toujours une inflammation de l'appendice. Et Brenner, Einhorn, Kraft, en Allemagne ; Roux (de Lausanne), en Suisse; Talamon, Maurin, Rocheron, Reclus et tant d’autres, en France, se rangent de jour en jour à cette nouvelle doctrine. On ne nie pas, sans doute, la possibilité d'une typhlite stercorale, par exemple, ou d'une typhlite symptomatique : typhlite dysentérique,

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typhoïde, tuberculeuse ou cancéreuse. Nous verrons même que le diagnostic différentiel entre la typhlite et l’appendicite à rechutes qui nous occupe est parfois délicat et pourtant important à faire au point de vue du pronostic et du traitement. Mais on doit admettre aujourd’hui que l'affection connue autrefois sous le nom de typhlite stercorale, typhlite simple, est ure appendicite, qui peut se terminer par une perforation de l’appendice. Cette perforation peut donner lieu, et c'est malheureusement trop fréquent, à une péritonite généralisée, presque toujours mortelle ; mais il peut aussi se produire des adhérences qui limitent l'inflammation de la séreuse, et forment en quelque sorte un flegmon péritonéal circonscrit, ce qu'on appelait autrefois une pérityphlite, dénomination qu’on pourrait conserver aujourd’hui, ou remplacer par celle de péri-appendicite, à la condition de bien faire remarquer, que, sauf exception, la lésion inflammatoire ou purulente siège, non dans le tissu cellulaire souspéritonéal, mais dans le péritoine lui-même.

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