ART. 11. — MARCHE ET TERMINAISONS DE LA COXALGIE
Les noms de coxalgie, coxartlirocace, fémoro- coxalgie, servent à désigner certains états morbides de l’articulation coxo-fémorale, très diflérents dès le début, mais qui, à une certaine période de leur déve-
(1) The Lancet, I8Z18. vol. Ier, p. 361.
(2) Diss. inaug. de resectione capitis femoris. Wirceb, 1846.
(3) Ueber Resectionen und Ampulationen. Bonn, 1835.
[U) Ueber Resectionen. Kiel, 1858.
(5) Iena, 1858.
(6) Guy’s Hospital reports. 1836.
(7) Indian Annals. 1855.
(8) The Lancet. 1857.
(9) Paris, 1860.
20 s.S'i fobit. — de la résection de la hanche
loppement, se confondent pour donner naissance à un ensemble de symptômes et de lésions qui permettent de faire de cette maladie une entité pathologique désignée sous le nom de tumeur blanche.
Je n’ai point à faire ici une description, même succincte, de la fémorocoxalgie; je dois cependant rappeler en quelques mots certaines particularités de l’histoire de la maladie en rapport direct avec le sujet qui doit seul m’occuper : la résection des surfaces articulaires à une certaine période de l’affection.
Les recherches de MM. Paletla, Brodie, Lesauvage, Malgaigne, Maisonneuve et surtout les travaux de Bonnet (1), de MM. Richet (2) et Parise ont montré que la coxalgie peut, à l’origine, présenter des formes très différentes. La maladie peut débuter par une hypersécrétion de synovie, un épanchement sanguin dans l’intérieur de l’article; elle peut affecter d’abord les os, les cartilages ou la membrane synoviale. De là plusieurs périodes, plusieurs formes de l’affection : lorsque la synoviale s’enflamme sous l’influence d’un refroidissement, d’un coup, d’une chute sur la hanche, etc., les symptômes sont ceux d’une arthrite simple ou accompagnée d’un épanchement séreux.
La douleur, la gêne des mouvements disparaissent au bout de quelques jours, sous l’influence du repos et des antiphlogistiques locaux; mais si le malade ne se soumet à aucun traitement, s’il continue à marcher, si surtout sa constitution est mauvaise, l’inflammation persiste, le liquide épanché, loin de se résorber, augmente de quantité, l’épithélium qui recouvre la surface de la synoviale se détache comme par une sorte de macération, des fongosités se développent, et l’on a alors ce que Ton peut appeler une arthrite fongueuse.
La sécrétion séreuse devient bientôt purulente et un abcès se forme à l’intérieur de l’articulation. Les cartilages au contact du liquide perdent leur poli, s’évident, s’amincissent et peu à peu disparaissent, laissant à découvert les os qui à leur tour ne lardent pas à devenir malades.
D’autres fois, la maladie débute par les os et n’envahit que consécutivement l’articulation; mais, quelle que soit sa marche, il arrive un
(1) Traité de thérapeutique des maladies des articulations, 18Zi5. — Traité de thérapeutique des maladies articulaires. Paris, 1853. — Nouvelles méthodes de traitement des maladies articulaires. Paris, 1880.
(2) Mémoire sur les tumeurs blanches (Mém. de T Acad, de médecine, l XVII, p. 37).
instant où les désordres sont tels que le mode d’invasion a perdu presque toute son importance.
La tête du fémur, entièrement ou presque entièrement dépouillée de son cartilage, est profondément creusée par la carie ; parfois elle a subi une perte de substance telle, qu’elle a presque disparu; quelquefois même, séparée par la nécrose du reste de l’os, elle gît comme un véritable corps étranger au milieu de la suppuration qu’elle entretient par sa présence. Un phénomène à peu près constant se présente à cette période delà maladie, c'est la luxation du fémur, qui s’est porté soit dans la fosse iliaque externe, ce qui est le plus fréquent, soit dans l’échancrure sciatique ou vers le trou sous-pubien.
La cavité cotyloïde, creusée et agrandie par la carie, a souvent perdu une partie de son rebord osseux disparu par les progrès du mal remplie de tissu fongueux d’apparence gélatiniforme, de débris osseux appartenant soit à la tète fémorale, soit à elle-même, elle est quelquefois perforée, et le pus qu’elle renferme pénétrant dans le bassin fuse vers les parties déclives, vers le rectum qu’il dénude, ou remonte le long du psoas jusqu’à la colonne vertébrale.
La capsule articulaire, détruite ou réduite à quelques débris, a permis à la tête fémorale de quitter la place qu’elle doit occuper ; la synoviale a disparu sous les fongosités auxquelles elle a donné naissance.
Epuisé par une longue suppuration qui s’est fait jour au dehors par un grand nombre d’ouvertures et de fistules intarissables, épuisé par la douleur, le malade gît sur son lit de misère dans une altitude qui révèle ses souffrances. Chaque mouvement lui arrache des cris, car sa cuisse croisée sur le membre sain, déformée par la luxation, amaigrie ou gonflée par l’œdème, peut à peine être touchée. Lorsque la maladie a atteint ce degré de gravité, la mort seule vient presque toujours mettre une fin à tant de maux, et si, par un bonheur inespéré, la guérison vient couronner les efforts du chirurgien, elle ne laisse au malade qu’un membre fléchi à des degrés divers, immobilisé par l’ankylose, presque toujours inutile et souvent nuisible.
Faut-il dans les coxalgies arrivées à celte période, abandonner le malade à ses propres forces, alors qu’elles s’épuisent chaque jour, et l’art ne peut-il intervenir d’une manière utile en retranchant les os rongés par la carie?
La nature elle-même en éliminant, dans quelques cas, la tête du fémur nécrosée et détachée du reste de l’os, semble nous montrer la marche que nous devons suivre. Liston avait dans son cabinet une tête du fémur détachée par la carie et spontanément expulsée. Rankin en possédait une autre recueillie de la même manière (1), de nombreux exemples ont été rapportés par Vogel (2), Schmalz (3), Harris (4), Ried (5), etc.
Le chirurgien peut-il imiter la nature et enlever les parties malades? La résection de la hanche est acceptée en Angleterre par la plupart des chirurgiens.
En France, M. Bonino (6), M. Bazire (7), sont les seuls qui aient défendu, en s’appuyant sur les faits, la résection de la hanche. Presque tous les chirurgiens français sont plus ou moins opposés à la pratique de cette opération, on la représente comme inutile et même nuisible, on lui fait enfin un grand nombre d’objections dont nous devons examiner la valeur.