‹ De la résection de la hanche dans les cas de coxalgie et de plaies par armes à feuChapitre 9 sur 20 · ME FORT · texte numérisé non relu

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§ 5. — Résection d’une partie de l’os iliaque.

La hardiesse chirurgicale qui avait osé attaquer la cavité colyloïde et la ruginer assez complètement pour déterminer même sa perforation et permettre d’introduire le doigt dans le bassin, ne devait pas s’arrêter même à celte grave opération. On crut que l’on pouvait enlever également d’autres parties de l’os iliaque affectées de carie, alors même que la résection devait ouvrir plus ou moins largement la cavité pelvienne.

Chez une petite fille de neuf ans (obs. LIl) , M. Sayre coupa la tête du fémur au niveau de son col, et enleva avec des cisailles la partie supérieure de l’acétabulum. \ S épine iliaque antérieure et supérieure et le bord antérieur de la crête iliaque, cariés, furent réséqués. Six mois après la malade se promenait avec des béquilles; sept mois après l'opération, elle était tout à fait guérie; il y avait à peine un centimètre de raccourcissement. Elle pouvait élever le talon à h 0 centimètres au-dessus du plan du lit, mettre la cuisse à angle droit avec le bassin, et ne souffrait pas de tractions très fortes faites sur le membre opéré.

Obs. LU. (Sayre.) — Une pelite fille de neuf ans souffrait depuis dix-huit mois de coxalgie. Un abcès s’était formé et avait envahi toute la pat lie supérieure de la cuisse. La jambe avait deux pouces un quart de raccourcissement, elle était tournée en dedans, mais non d’une manière permanente. Elle pouvait facilement être déplacée et faisait alors entendre une forte crépitation. Le bassin était incliné en haut, la santé générale très mauvaise, pas d’appétit, sueurs très abondantes.

M. Sayre voulut ouvrir l’abcès et enlever s’il le fallait la tête du fémur. Le père qui s’y était opposé d’abord, y consentit ensuite, et l’opération fut pratiquée le 19 mars 1854.

Le docteur Sayre ouvrit l’abcès par une franche incision de six pouces sur le grand trochanter, à la partie externe de la cuisse et dans l’axe du fémur. 11 enfonça le doigt autour du col, cherchant une ouverture de la capsule pour pénétrer dans l’articulation. Le bord supérieur de Pacétalnilum avait disparu et la tête du fémur était dans la fosse iliaque externe, près de l’épine iliaque antérieure et supérieure entourée de sa capsule, et autour d’elle un large dépôt osseux, comme un acéiabulum de nouvelle formation. M. Sayre, en luxant la cuisse en dedans, en la croisant sur celle du côté opposé, fit saillir la tête, et avec des cisailles de Luer la coupa au niveau de l’extrémité inférieure du col. En ce point, l’os parut parfaitement sain. On respecta complètement les attaches du psoas, de l’iliaque et de tous les muscles de la région pelvi-trochantérienne.

Comme la partie supérieure de l’acétabulum était absorbée et que le reste de l’os de nouvelle formation paraissait carié, M. Sayre l’enleva avec une forte cisaille tranchante, jusqu’il ce qu’il arrivât à une surface saine.

L’épine iliaque, antérieure et postérieure, à sa partie externe, et le bord externe de la crête iliaque étaient noirs et cariés à une certaine distance ; on enleva tout ce qui était malade,

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ü y eut peu d’hémorrhagie. Quand tout eut été enlevé, on replaça la jambe dans une bonne direction, on remplit la plaie de charpie, on la recouvrit de compresses mouillées dans l’eau froide, et l’enfant fut reportée dans son lit ; on lui donna une tasse de café très fort et bientôt elle sommeilla.

L’opération dura près de vingt minutes.

Tout alla très bien. Le 5 avril, M. Sayre appliqua une attelle droite pour faire la contreextension à l’aide du membre sain, et au moyen d’une semelle il fit l’extension jusqu’à ce que les deux membres eussent la même longueur. Malgré quelques symptômes fâcheux, tout marcha favorablement. A partir du 1er août, on plaçait à chaque pansement le corps à angle droit avec la cuisse pour prévenir l’ankylose.

Le 1er septembre, quand le bandage fut enlevé, il ne paraissait pas y avoir de tendance à la rétraction du membre. L’attelle fut réappliquée, et l’on permit la flexion du membre. Vers le milieu d’octobre elle commença à marcher avec des béquilles, et le 20 novembre elle était tout à fait guérie. En plaçant la malade horizontalement et en mesurant avec soin, on trouvait près d’un quart de pouce de raccourcissement. Quand elle était couchée, on pouvait la tirer à soi en saisissant seulement le pied du côté malade sans la faire souffrir ; sur le dos elle pouvait, la jambe étendue, élever le talon à seize pouces au-dessus du plan du lit, et le genou étant fléchi, elle pouvait mettre la cuisse à angle droit avec le bassin (1).

Sur une petite fille de treize ans (obs. XX), M. Erichsen trouva autour de la cavité colyloïde quelques fragments osseux qu’il enleva, mais la tubérosité ischiatique était malade, le chirurgien enfonça dans le trou obturateur une des branches d’une cisaille coupante, et laissant l’autre au dehors, réséqua une partie de l’ischion. Le succès couronna celte hardie tentative. Moins de quatre mois après l’opération, la plaie était guérie, sauf une petite fistule exislant à son niveau. La malade pouvait s’asseoir sur une chaise, était fort engraissée et on l’envoyait achever sa convalescence au bord de la mer.

L’existence de fistules pourrait faire douter de la guérison, mais il faut bien savoir, et cela est démontré par un grand nombre d’observations, qu’après la résection il reste fort souvent pendant un temps plus ou moins long, de petits trajets fisluleux ne permettant pas à la sonde ni au stylet d'arriver sur les os et qui se forment ultérieurement. Du reste, dans ce cas, des renseignements ultérieurs nous apprennent la guérison complète de la malade qui pouvait marcher facilement et possédait des mouvements de la hanche étendus.

Obs. XX. (Erichsen.) — Anna F..., âgée de treize ans, née à Newcastle, mais demeurant à Londres depuis six ans, fut admise à üniversiiy College, le 20 janvier 1857; elle a l’apparence

(1) New- York Journ. of med., janvier 1855.

scrofuleuse, sa peau est blanche, son intelligence active. Elle avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’il y a seize mois elle eut une attaque de rhumatisme portant sur les quatre membres, mais plus spécialement sur la hanche/gauche. Après sa guérison, elle fut quelque temps sans souffrir, puis elle se plaignit de douleur dans le genou gauche, et bientôt après dans la hanche du même côté qui se tuméfia beaucoup. Un abcès se forma, s’ouvrit, et la malade ne put marcher qu’avec des béquilles. Elle resta longtemps dans le même état, la cuisse enflée, et perdant une grande quantité de pus. Elle a pendant quelque temps pris de l’huile de foie de morue.

Lors de son admission, sa santé semblait assez bonne, la cuisse gauche est très enflée, tendue, il y a plusieurs fistules laissant échapper du pus. Le membre fléchi présente un raccourcissement de près d’un pouce, et est légèrement dans l’adduction et la rotation en dedans. La flexion de la cuisse sur l’abdomen n’est pas aussi grande qu’elle l’a été, mais le. bassin est porté lui-même en avant quand le membre est dans l’extension. Depuis quelque temps, elle ne souffre aucunement de la hanche. M. Erichsen examina l’articulation avec la sonde et la trouva malade dans une grande étendue et entourée d’un épanchement plastique. On plaça le membre sur un plan incliné, et des cataplasmes sur la hanche. (Huile de foie de morue, vin ferré.)

29 janvier. — Pouls, 136 pulsations, petit et faible, joues colorées, symptômes de fièvre hectique, La quantité de suppuration évacuée chaque jour est d’environ une pinte. Sueurs nocturnes. On croit que la résection est le seul moyen de sauver la malade.

1er février. — La suppuration continue à être très abondante. Un abcès s’est formé à la partie interne de la cuisse au-dessous de la vulve. Inappétence (â onces de vin).

3 février. — La fièvre persiste. La rotation du membre fait naître de la crépilation dans l’articulation. Le cathétérisme montre alors que la maladie osseuse est très étendue. M. Erichsen fait une incision en T, détache la tête de ses insertions musculaires et l’enlève avec une scie de Butcher. La tête de l’osa disparu en partie par l’absorption. On trouve autour de l’acétabulutn quelques fragments osseux nécrosés que l’on enlève.

L’ischion est aussi malade, M. Erichsen le resèque avec des cisailles, en enfonçant une des branches de l’instrument dans le trou obturateur et plaçant l’autre au dehors. La malade est très affaiblie par l’action du chloroforme; on lui donne un peu de cognac et d’eau. La plaie est remplie de charpie et rapprochée par quelques points de suture. Le membre est placé sur une attelle coudée.

Le 5 février. — Nuit bonne, sommeil calme, pouls 136, plus fort, quoique encore faible, appétit bon, la malade se plaint d’engourdissement dans le pied. La peau de cette partie est insensible.

12 février. — L’amélioration continue, l’abcès de la face interne du membre s’est ouvert spontanément, la suppuration de cet abcès et de la plaie est assez abondante, un peu séreuse et d’un gris jaunâtre.

21 février. — La plaie est pansée avec le red-wash, un peu de sueurs nocturnes. (Citrate de fer et quinquina trois fois par jour.)

26 février, — La plaie est réunie par des bandelettes.

2 mars. — On remplace l’attelle par une plus légère. Suppuration diminuée. Un abcès ouvert à la partie antérieure et supérieure de la cuisse le 21 février, s’est fermé spontanément après dix jours.

12 avril. — La plaie est fermée, sauf une petite fistule à son centre, permettant l’introduction d’une sonde.

10 mars. — On remplace l’attelle de bois par une sorte d’attelle de cuir, embrassant le bassin et la jambe au-dessous du genou.

15 mai. — On retire de la plaie une petite écaille osseuse semi-circulaire que l’on suppose venir de la surface de section du fémur.

16 mai. — La malade se lève pour la première fois, mais la jambe saine était 'encore trop faible pour supporter le poids du corps ; l’opérée s’assied sur une chaise.

20 mai. — Elle quitta l'hôpital pour retourner chez elle, avant d’aller à Margate. La fistule du côté opéré subsiste encore, et permet l’introduction d’une sonde à une certaine profondeur. Il n’y a que très peu de suppuration. La santé générale est bonne, elle a fort engraissé depuis le dernier mois, elle est maintenant tout à fait forte (1).

Je la vis il y a quelques mois, le membre était droit, raccourci de deux pouces. Les mouvements de la hanche étaient assez étendus et elle pouvait marcher facilement (2).

Dans i’observalion XXV, la malade, âgée de six ans, présentait outre la tumeur blanche, une dénudation de la branche horizontale du pubis qui fut ruginée, ainsi que la cavité colyloïde. La tête du fémur fut coupée au-dessous du petit trochanter. Trois mois après, la plaie était guérie sauf une petite fistule, mais des palpitations qui faisaient souffrir la petite malade engagèrent à ausculter le cœur. On trouva les signes stéthoscopiques d'un rétrécissement valvulaire, et quoique cela ne soit pas indiqué dans l’observation, tout nous porte à croire à une terminaison funeste de l’affection cardiaque, car un mois après, malgré la guérison à peu près complète de la plaie, la malade était dans une position précaire.

Obs. XXV. (Bowman.) — Ellen S..., âgée de six ans, fut admise le 17 juin pour une coxalgie du côté droit. Le membre droit était d’un pouce et quart plus court que le gauche, fléchi sur le bassin et incliné sur l’autre. Le pli fessier est effacé et la hanche uniformément arrondie. Derrière le grand trochanter existaient deux ou trois petites ouvertures donnant passage à du pus. Le fémur ne peut en aucune manière être mu sur le bassin.

26 juin. — M. Bowman enlève la tête du fémur en agrandissant les ouvertures déjà existantes et en la luxant de force, ce qui permet de porter la scie juste au-dessous du grand trochanter. La tête fémorale avait perdu les deux tiers de sa substance. La cavité cotyloïde exposée, fut trouvée malade et la superficie fut ruginée. Le doigt put se porter en avant de l’acétabulum jusque sur la branche horizontale du publis, qui fut trouvée dénudée et que l’on rugina. Le membre ne pouvant facilement être mis en position convenable, on fit une deuxième section au-dessous du petit trochanter.

Après l’opératiou la malade fut placée sur le Heath swing. Elle n’éprouva aucune douleur. Le 20, la plaie a diminué d’étendue et marche vers la guérison. Le membre est dans une bonne position.

17 août. — La plaie est tout à fait guérie, excepté une petite fistule au centre.

11 septembre. — La malade souffre beaucoup de palpitations et de dyspnée; on examine le cœur et l’on trouve un rétrécissement de. l’orifice mitral.

(1) The Lancet , 1857, vol. II, p. 89.

(2) British medical Journal , 12 mai 1860.

10 octobre. — Depuis cette période la malade a été en s’affaiblissant, et aujourd’hui elle est dans une position précaire. La plaie est guérie, sauf toutefois la fistule qui persiste (1).

§ 6. — De l’hémorrhagie.

L’articulation de la hanche est, comme celle de l’épaule, recouverte par une épaisseur notable de parties molles, il semble donc difficile d’arriver jusqu’à elle, impossible de le faire sans ouvrir une assez grande quantité de vaisseaux et sans s’exposer au danger d’une hémorrhagie difficile à arrêter. Nous venons, en parlant de l’opération, de voir qu’il est très facile, par la partie postérieure, d’arriver sur la tête du fémur, d’autant plus que la luxation spontanée s’est déjà effectuée presque toutes les fois qu’il y a indications suffisantes pour autoriser la résection, mais alors même que la luxation n’existe pas, la tête est facilement accessible et une ouverture faite à la capsule dans sa partie postérieure permet de luxer facilement le fémur.

Quant au danger de l’hémorrhagie si redouté par des considérations à priori, il me suffira de dire que, dans la grande majorité des cas, aucune ligature, même d’artériole, n’a été nécessaire ; il est facile de s’en convaincre par la lecture des observations rapportées dans ce travail. Dans deux cas seulement, sur les résections dont l’histoire nous est parvenue, une hémorrhagie se manifesta.

Dans l’observation de Roux (obs. XII), le malade reporté dans son lil perdit 300 grammes de sang, mais l’écoulement fut facilement arrêté par le tamponnement et une légère compression.

Dans l’observation LIX(2), une abondante hémorrhagie se montra le soir de l’opération et le malade mourut avant même l’arrivée du chirurgien. L’artère et la veine fémorale étaient isolées et disséquées par un abcès antérieur à la résection; l’autopsie montra que l’écoulement sanguin s’était fait par une petite ulcération, existant sur la veine crurale, à l’embouchure de la veine fémorale profonde ; il serait difficile de l’attribuer à l’opération.

Du reste, l’anatomie de la région explique suffisamment l’absence de l’hémorrhagie.

(1) The Lancet , 1857, vol. If, p. 362. — Med. Times, 1857, vol. II, p. h 21,

(2) Walton, The Lancet, 1852, vol. IF, p. 1 Ixli.

L’incision étant faite à la partie postérieure n’intéresse que les muscles fessiers aux environs de leurs attaches au fémur, et l’on ne rencontre à ce niveau que des branches insignifiantes des artères fessières et ischiatiques, il faudrait, pour intéresser le tronc même de ces vaisseaux, se porter beaucoup plus en arrière, ce qui serait d'abord sans utilité et ce que l’or; ne pourrait faire sans s’exposer à blesser en même temps le nerf sciatique.

§ 7. — De l’état do membre après la guérison.

La résection ne laisse après elle qu'un membre trop court, ankylosé ou trop mobile et par cela même inutile. — Cette objection n’est pas plus fondée que les précédentes. La résection dp l'articulation coxo-fémorale dans les cas de tumeur blanche a surtout pour but de sauver la vie du malade; si donc, nous démontrons qu’elle atteint plus facilement ce but que la désarticulation de la cuisse ou l’expectation, notre tâche pourra être considérée comme remplie. Mais nous allons montrer avec les faits, que la résection laisse après elle un membre utile. 11 ne faut pas juger absolument les résultats qu’elle procure, il faut les apprécier comparativement. Qu’il me soit donc permis encore une fois de le répéter, la résection n’est pas applicable à tous les cas même graves de coxalgie; ce n’est pas une opération d’élection, c’est une opération de nécessité; ce n’est pas une ressource ordinaire, ce n’est qu’un moyen exceptionnel de guérison. On ne comparera pas au point de vue de la facilité subséquente de la marche la résection avec la désarticulation.

Un malade privé en totalité d’un de ses membres inférieurs est voué pour toujours à l’emploi des béquilles. D’ailleurs, ici, la question de mortalité domine toutes les autres et elle est résolue en faveur de la résection.

Mais si dans les cas où l’on est tenté de faire la résection, on s’est abstenu, en s’aidant toutefois de toutes les ressources thérapeutiques «pie possède l’art chirurgical, et si alors, le succès a couronné les efforts du chirurgien, que! est le résultat final, au point de vue de la déambulation? Le membre presque toujours fléchi sur le bassin, croisé plus ou moins sur la cuisse saine, raccourci par la luxation, immobilisé par l’anhylose, ne rend aucun service au malade; ainsi que dans les cas de

désarticulation, la marche ne sera plus possible qu’à l’aide de deux béquilles. Quelquefois cependant des essais ultérieurs de réduction viennent rendre au membre sa longueur primitive; mais, jusqu’à présent, malgré les efforts de Bonnet et quelques heureux exemples, ces tentatives sont généralement repoussées. Les succès dans ces circonstances ont été très exceptionnels, les accidents fréquents, les insuccès ordinaires elles dangers constants.

Quels sont les résultats qu’a fournis la résection? Voici ce que White nous apprend de son opéré:

« Un an après la résection, il pouvait marcher sans béquilles, avec » un étrier élevé. Enfin j’acquis la certitude qu’une nouvelle et utile «articulation s’était formée; l’enfant pouvait faire aisément à pied » plusieurs milles sans béquilles ni canne. Tous les mouvements » étaient possibles à un haut degré, excepté la rotation et l’abduction » directe. »

Le malade de White a été suivi pendant six ans; un autre de M. Fergusson a été revu huit ans après par M. Henry Price. « C’est un » beau, fort et vigoureux garçon de vingt et un ans, pouvant travailler « beaucoup, faire à pied 20 milles (32 kilomètres) et jouissant de la » meilleure santé (1). » On avait enlevé chez ce jeune homme 11 centimètres du fémur. (Obs. XIII. )

Quel malade affecté de coxalgie avec carie et luxation du fémur et guéri par l’expectation pourrait présenter un tel résultat, faire 8 lieues à pied, même en s’aidant d’une canne?

L’observation XIV de M. Fergusson (Élisabeth V....)se termine ainsi : « Elle peut mettre les orteils sur le sol et faire reposer sur eux à un » certain degré tout le poids du corps. La plaie est guérie complé- » tement et solidement, les mouvements se sont rétablis d’une manière « remarquable, la flexion et l’extension sont presque complètes. Le » membre s’est redressé et allongé. On permet à la malade de rester » quelques semaines à l’hôpital, elle 22 mars, on l’envoie à la campa- » gne en excellente santé (2). »

Obs. L. — Un malade de dix-huit ans, opéré par M. Morris, se rétablit rapidement. Un

(1) The Lancet, 1848, p. 414. — Med. Times and Gaz., 1852, vol. II, p. 564.

(2) The Lancet, 1849, vol. Ier, p. 360.

an après l’opération, la plaie était complètement guérie, était lieu d’uu membre immobile et contracturé, il avait une jambe forte, solide, et parfaitement mobile dans son articulation (1).

Obs. LIII. — R. B..., âgé de dix-sept ans. Quatre mois après l’opération, il se promenait à l’aide de béquilles ; le huitième mois, il s’étaii formé une excellente fausse articulation, avec conservation d’une grande mobilité de la hanche. Il pouvait faire à pied 3 milles (4 kilomètres) (2).

Obs, L1V. — Timothy D..., quatorze ans. Trois semaines après l’opération, il peut marcher avec une béquille et un bâton 5 la main ; mais h la huitième semaine, ayant voulu marcher sans béquille, ni bâton, il ressentit de la douleur à la hanche; cette partie s’enflamma et un abcès s’y forma, mais en dehors du bassin. Dans peu de temps, celte inflammation disparut ; il regagna rapidement ses forces et son embonpoint, et put faire chaque jour une promenade à pied dans le parc de Saint-James (3).

Obs. XIX. — William W..., âgé de sept ans et demi, opéré par \I. Erichsen, de la résection complète de l’articulation, pouvait marcher sans béquilles, avec un soulier à haut talon (4).

Obs. XX. — Anna Fallofield, âgée de treize ans. M. Erichsen réséqua la tête du fémur, Pacétabuluni, la branche du pubis, la tubérosité de l’ischion, une partie de la crête iliaque. La malade guérit en quelques mois. Cet éminent chirurgien eut trois mois après l’occasion de revoir sa malade ; elle marchait avec facilité, le membre était droit et mobile sur le bassin (5).

Obs. XXIV. — Charles B..., onze ans, opéré par M. Bowman. Avec un soulier à haut talon, mais sans béquilles, il peut marcher et faire reposer tout le poids du corps sur le membre opéré (6),

Obs. XXIX. — JaneBurton, trente-deux ans. Elle se promène depuis deux mois dans les jardins de l’hôpital, avec un soulier à haut talon et une seule béquille. Elle s’est promenée plusieurs fois dans les salles à l’aide d’une canne seulement, et a pu faire quelques pas sans aucune espèce de soutien. Elle peut faire reposer tout le poids du corps sur le membre opéré, qu’elle porte sans douleur en avant et en arrière (7).

Obs. XXX. — Jane Halloco, vingt-six ans. La cavité cotyloîde avait été enlevée, et l’opérateur, M. Jones (de Jersey), avait pu introduire le doigt dans le bassin. Six mois après, elle se promenait avec une canne seulement, il y avait à peine de difformité, bien que le raccourcissement fût de 8 centimètres (8).

Obs. XLVII. — William P..., âgé de six ans. Deux mois après l’opération, l’enfant pouvait faire porter tout le poids du corps sur la jambe opérée et se promener autour de son lit. Le membre est tout à fait droit, les mouvements sont satisfaisants, et le malade n’a besoin pour marcher que d’un soulier à haut talon (9).

Obs. XVII. — Henri Dobson, âgé de sept ans. J’ai vu opérer ce petit malade par M. Fergusson, le 14 août 1858. Avant de quitter Londres, j’ai pu, moins de trois mois après, le faire

(1) The Lancet, 1852, vol. II, p. 144.

(2) The Lancet, 1856, vol. Il, p. 430. — Med. Times, 1856, vol. II, p. 395-603.

(3) Med. Times and Gaz,, 1857, vol. Ier, p. 140-337.

(4) The Lancet, 1857, t. Ier, p. 310; t. H, p. 363. — Med. Times and Gaz., 1857, t. Ier, p. 35 ; t. II, p. 421.

(5) The Lancet, 1857, vol. H, p. 89. — British med. Journ., mai 1860, p. 353.

(6) The Lancet, 1857, vol. II, p. 341. — Med. Times and Gaz., 1857, vol. Il, p. 421.

(7) Med. Times and Gaz., 1852, vol. II, p. 485.

(8) Med. Times, 1857, vol. l*r, p. 309.

(9; The Lancet, 1857, vol. Il, p. 84-263. — Med. Times and Gaz., 1857, vol. If, p. 398

h 8 IiE F OIS T. — DE LA. RÉSECTION DE LA HANCHE

marcher dans les salles pieds nus et sans l’aide d’aucun soutien. 11 y a peu de raccourcissement, les mouvements sont faciles, sauf l’abduction du membre. Le succès est des plus remarquables (1).

il serait inutile de citer un plus grand nombre d’exemples, ceux que je viens de rapporter doivent suffire pour montrer que l’objection tirée de l’inutilité du membre après la résection de la hanche n’est pas fondée. Je crois toutefois intéressant de rapporter en détail les observations suivantes.

Obs. XIIL (fergusson.) — John Clark, âgé de quatorze ans, souffrait depuis quelques mois d’une maladie de la hanche, il avait été renvoyé comme incurable d’un des plus grands hôpitaux de Londres. La maladie avait fait de tels ravages sur sa constitution qu’il devait évidemment mourir, si l’on n’apportait pas, par quelque opération, un remède à sa maladie. Les symptômes locaux pouvaient de plus permettre d’espérer un résultat heureux.

La tête du fémur était luxée en arrière, et l’on pouvait la sentir parfaitement à travers les parties molles. Une larae ouverture existait au niveau du grand trochanter, et permettait d'introduire le doigt et de le promener autour de l’extrémité articulaire du fémur. Quelques petites fistules existaient en outre autour de ce large orifice, mais on ne pouvait affirmer si elles communiquaient ou non avec l’os malade, ou par quelque trajet sinueux avec le bassin. La tête de l’os paraissait à M. Fergusson être placée comme un corps étranger au milieu des parties molles de la hanche et causer ainsi une forte inflammation. Une opération fut décidée.

Une incision longue de six pouces (15 centimètres) fut faite à travers la peau et les autres tissus au niveau du grand trochanter. Elle permit de mettre à nu la partie de l’os que M. Fergusson avait résolu d’enlever. La tête, le col et le grand trochanter furent isolés et amenés au dehors de la plaie, en croisant la cuisse sur celle de l’autre côté, une scie ordinaire permit d’enlever facilement quatre pouces et demi du fémur (11 centimètres). Aucun symptôme fâcheux ne fut observé et le résultat fut très satisfaisant (2).

Trois ans plus tard, en 18/j8, M. Smith dit :

J’ai vu le malade opéré par M. Fergusson, il y a trois ans. C’est un gros, gras et fort garçon, capable, avec son soulier à haut talon et sa béquille, de se promener à de longues distances. Les mouvements delà fausse articulation sont libres, le membre est fort, bien développé; il existe à l’endroit de la plaie faite par l’opération une bonne et ferme cicatrice.

Huit ans après l’opération, en 1852, M. Price nous dit (3):

.l’eus l’occasion de voir le nommé John Clark, auquel M. Fergusson fit la résection de la hanche à King’s-College hospital en mars 1846, il y a maintenant près de huit ans. C'est maintenant un beau, fort et vigoureux garçon de vingt et un ans, pouvant travailler beaucoup, taire

(1) Notes particulières.

(2) The Lancet, 1849, p. 362.

(3) Med, Times and Gaz., 1852, vol. Il, p. 564.

DANS LFS CAS DE COXALGIE

à pied 20 milles (32 kilomètres) et jouissant de la meilleure santé. Je le fis se déshabiller et se tenir debout dans la chambre sans soutien d’aucune soi le. Le membre opéré est en ligne droite avec le corps, mais dans une très légère rotation en dehors. Les orteils s’appuient solidement sur le sol, et en mesurant la distance qui sépare le centre du talon du sol on ne trouve que quatre pouces et demi de raccourcissement. La circonférence de la cuisse, juste h sa partie moyenne, est de seize pouces, celle du côté sain est de dix-neuf pouces. La cicatrice qui est linéaire est solide, et l’on peut, vers son centre, sentir l’extrémité de l’os quelque peu arrondie et jouant facilement sur l'os iliaque dans les mouvements du membre.

En faisant asseoir le malade sur une chaise, je constate qu’il peut plier également les deux cuisses sur le bassin avec la même facilité, les mouvements de rotation et d’extension sont très considérables; il y a de plus ce qui manquait dans d’autres observations, un peu de mouvement possible d’abduction. Ce jeune homme est venu de très loin chez moi, s'aidant seulement d’une canne. 11 porte un soulier à haut talon, et comme le membre sain est légèrement fléchi dans son articulation du genou, John Clark boite à peine.

Obs. LUI. (Shaw.) — lî... B..., garçon de dix -sept ans, fut admis salle Forbes, Middlesex hospital, le 27 août 1855. Sa santé avait toujours été bonne, lorsqu’il y a six semaines il fut saisi de douleurs dans les articulations des membres inférieurs, précédées de frisson et accompagnées d’une fièvre intense. Les genoux enflèrent et l’attaque eut évidemment tous les caractères du rhumatisme. La douleur diminua après la première semaine, à l’exception de celle qui existait à la hanche droite; celle-ci augmenta au contraire, le gonflement devint plus apparent et les symptômes allèrent en s’aggravant. Quand il entra à l’hôpital, la douleur et le gonflement des autres jointures avaient tout à fait disparu. La hanche droite et les parties environnantes étaient très enflées, l’articulation elle-même était roide, la douleur et la sensibilité très grandes. Il reposait, la cuisse en partie fléchie sur le bassin, croisant le membre opposé. Après son admission, le gonflement augmenta lentement, la fluctuation devint distincte, et deux mois après, un ancès s’ouvrit spontanément, suivi d’un libre écoulement de pus. Après trois semaines cependant il diminua de quantité, la douleur diminua et la santé générale commença à s’améliorer. A la fin de novembre il put marcher à l’aide de béquilles, et ne présentant que peu de symptômes constitutionnels. Le membre était cependant raccourci de plus de quatre pouces et il n’y avait pas de mobilité dans la hanche.

Au commencement de janvier la douleur reparut tout à coup, il reprit le lit, et pendant quelques semaines son état alla en s’aggravant.

A la fin de février la plaie avait augmenté, au point d’avoir la largeur de la paume de la main et l’os faisait saillie à travers elle. M. Shaw enleva, le 28 février 1856, la tête de l’os qui fut facilement séparée du bassin. La cavité colyloïde fut trouvée unie et plus dure que d’habitude. Les parties molles environnantes n’étaient pas aussi infiltrées de pus que dans les cas ordinaires de carie scrofuleuse.

Après l’opération le genou fut élevé sur des oreillers, et l’on n’employa aucune attelle. Six semaines après l’opération on commença à pratiquer l’extension au moyen d’un poids attaché au pied, et pendant hors du lit une ou deux heures par jour. La plaie guérit bien, et en mai il put promener à l’aide de béquilles. Il quitta l’hôpital en bonne santé le 12 juin. Une petite fistule restait encore, elle se guérit, puis se rouvrit, ne donnant qu’une quantité insignifiante de suppuration. Le malade peut maintenant (11 octobre) faire 3 milles à la fois; il a une excellente fausse articulation, avec conservation d’une grande mobilité dans la hanche (1).

(1) The Lancet, 1856, vol. Il, p. Z|30. — Med. Times, 1856, vol. Il, p. 395-603.

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