‹ De la Résistance à l'Asphyxie dans la SubmersionChapitre 17 sur 21 · III. — THÉORIE DE L’ARRÊT DES ÉCHANGES · texte numérisé non relu

III. — THÉORIE DE L’ARRÊT DES ÉCHANGES

Certains se basant sur les travaux de Brown-Séquard voudraient peut-être expliquer la longue résistance des canards à la submersion par un arrêt des échanges de nature réflexe. D'après cette théorie, sous l'influence du milieu liquide et par l'intermédiaire de tout le système nerveux, les tissus du corps absorberaient moins d'oxygène, produiraient moins d'acide carbonique, en un mot l'organisme entier ralentirait ses combustions, moyen de défense pour résister à une submersion prolongée, et voici à peu près comment les partisans de cette théorie pourraient la soutenir.

Expliquer la plus grandé résistance à l’asphyxie sous l'eau

par l’absence d’agitation, par l'absence des mouvements respiratoires, par l’apnée, c’est faire une pétition de principes.

Et, en effet, sile canard ne s’agite pas sous l’eau, c'est parce qu’il n’asphyxie pas ; s’il ne fait pas de violents mouvements respiratoires, c'est parce que son sang n’est pas surchargé de CO”, excitant normal des noyaux bulbaires, en un mot, c'est parce qu'il a ralenti ses échanges, qu'il ne consonime que fort peu d'oxygène et produit une infime quantité de CO”.

Nous pourrons répondre à cela tout simplement : Le canard submergé asphyxie tout aussi bien qu'un canard à trachée liée. La preuve, c'est que son sang devient noir très rapidement. Si l’animal ne respire pas, il ne faut point en accuser l’absence de CO* dans le sang, ce qui est faux, c’est parce que le centre respiratoire est inhibé, parce que le canard est en apnée, et qu’en un mot, il n’éprouve aucunement le besoin de respirer.

Marckwald à montré que chez l'animal en apnée une excitation forte du bout central du vague ne produit absolument aucun mouvement respiratoire. Ne nous étonnons point alors que chez le canard submergé, l'excitation du centre respiratoire par l'acide carbonique du sang n'arrive à produire aucun mouvement d'inspiration. C’est seulement au bout de 10, 12, 15 minutes, lorsque le CO? accumulé en quantités considérables dans le sang, viendra à contrebalancer et à surpasser l’action inbibitoire du milieu, que l’animal se mettra à faire de violents mouvements respiratoires.

Nous pouvons faire aussi sur nous-même la petite expérience suivante indiquée par Meltxer : « Retenons pendant une minute notre respiration, puis, lorsque nous serons à bout de forces, faisons une série de mouvements de déglutition. Tant que ces mouvements dureront, le besoin de respirer qui devenait péni-

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ble, ne se fera plus sentir. [rons-nous dire pour cela que la déglutition à produit sur nous un arrêt des échanges? Non, certes, nous dirons simplement que le centre de la déglutition entrant en activité a inhibé le centre respiratoire. C'est aussi dans ce sens qu'il faut l'entendre chez le canard submergé. Il n'y à pas arrêt des échanges, mais il y à inhibition du centre respiratoire par le contact avec l’eau.

Si les partisans de la théorie de l'arrêt des échanges nous objectent encore que l’animal plongé sous l’eau reste immobile par la seule raison qu'il n’asphyxie pas, nous leur répondrons encore que, s’il ne se débat pas, c’est parce qu'il n'est pas tourmenté par le besoin de respirer. Le canard à trachée liée, au contraire, n'ayant pas son centre respiratoire inhibé et sentant un obstacle à l'entrée de l’air dans ses voies respiratoires, cherche à s’en débarrasser par toutes sortes de mouvements désordonnés, ce qui hâte d'autant le terme fatal.

Que si ces raisonnements ne suffisaient pas aux partisans de l'arrêt des échanges, nous pourrions leur mettre sous Îles yeux une expérience que nous avons faite et quelques lignes de M. Ch. Richet qui les convaincront, sans doute.

Notre expérience, d’abord. Canard ayant résisté plusieurs fois à une submersion de 13 minutes. Etait toujours mourant, d'autre part, après 8 minutes d’occlusion trachéale. Donnons de l’atropine à ce canard, sa résistance à la submersion va être diminuée, etelle sera inférieure à 13, par exemple. Mais comme le canard, d’après la théorie que nous combattons, serait capable d'arrêter ses échanges sous l'influence de l’eau, il doit résister à une submersion dépassant 8 minutes. Or, ce n'est pas ce que démontre l'expérience; il est mourant au bout de 7/30”. Un canard atropinisé ne résiste donc pas plus à l'asphyxie par submersion qu’à l’asphyxie dans l'air. L'arrêt

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des échanges semble donc ne jouer aucun rôle lorsque le cœur ne peut plusralentir son rythme.

M. Ch. Richet, d'autre part, s'exprime ainsi (1): « L'atro- » pine, qui paralyse les terminaisons du nerf vague, empêche » les canards de résister plus de 3-4'-4° 30” à la submersion. »

Conczusions. — Nous sommes donc autorisé à conclure, en arrivant à la fin de ce cinquième chapitre, que la résistance à l’asphyxie sous l’eau, chez le canard, n'est aucunement le résultat d’une inhibition des échanges au niveau des tissus,causée directement par le contact de l’eau avec le corps; mais qu’elle relève de l’inhibition du centre respiratoire, c'est-à-dire, de l’apnée. L’apnée, en effet, entraine une diminution du travail musculaire des différents muscles, notamment, des muscles respiratoires et du cœur, et, par là même, une diminution d'intensité des échanges respiratoires d’une manière générale et, en particulier, une diminution de l'intensité des échanges gazeux au niveau du poumon.

Le ralentissement des échanges n’est donc point primitif, mais secondaire, et dominé par un autre phénomène qui est l’apnée, lequel tient lui-même pour une grande part sous sa dépendance le ralentissement de la circulation.

(4) C. Richet. — Bulletin de la Société de biologie, 1894, p. 790. — Journal de physiologie, t. 1, p. 645.

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