RÉSISTANCE A LA SUBMERSION CHEZ L'HOMME
Ce n’est pas un chapitre de médecine légale que nous voulons entreprendre ici. Encore moins avons-nous l'intention d'étudier tous les phénomènes asphyxiques que l’on peut observer chez les noyés. Notre intention est bien plus modeste et nous nous contenterons d’élucider seulement ce point particulier : « Comment expliquer les survies de longue durée chez les noyés; comment expliquer ces cas de séjour volontaire sous l’eau qui peuvent atteindre chez certains individus jusqu’à 4 et5 minutes. » ,
Ce ne sont pas des expériences personnelles, des faits d’observation que nous allons offrir dans ce chapitre, car la malière ne s’y prête guère; ce sont tout au plus quelques réflexions à nous suggérées par les pages précédentes, quelques analogies entre ce qui se passe chez le canard et ce qui se passe très probablement chez l’homme.
On connaît des cas de survie chez des noyés après des submersions excessivement prolongées. Nous en citons quelques exemples, empruntés au Dictionnaire de physiologie de M. Ch. Richet, à l’article « Asphyxie. »
Pouteau aurait observé, en 1749, un noyé revenu à la vie après trois heures de séjour sous l'eau.
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Bourgeois aurait aussi observé un cas de retour à la vie après vingt minutes de submersion.
Pope rapporte le cas d’un individu qui put être ranimé après quinze minutes de submersion.
Il faut toujours accepter avec une certaine réserve ces cas de longue survie. Est-on jamais sûr d'abord que le patient ne soit pas venu absorber quelques bouffées d’air frais à la surface ? Ensuite l'émotion des assistants empêche fatalement une juste appréciation du temps.
Lacassagne (Archives d'anthropologie criminelle) raconte l'histoire du capitaine James qui pouvait rester facilement 4 minutes 14 secondes sous l’eau. |
Certains acrobates forains font profession d'entrer dans des cuves pleines d'eau, où ils étonnent le public à la fois par les tours qu'ils exécutent et le long séjour qu'ils y font.
Il est écrit aussi dans tousles manuels de physiologie que les pêcheurs de perles peuvent vaquer à leurs travaux au fond de la mer pendant 2 et 3 minutes sans être incommodés.
Et maintenant posons-nous une question : « La provision d'oxygène contenue dans le sang et les poumons d’un homme adulte est-elle suffisante pour entretenir la combustion et la vie pendant 3 minutes, lorsque la respiration est suspendue ? »
Nous répondrons oui, sans hésiter, et un simple calcul, emprunté à M. Ch. Richet (1), nous le montrera mieux encore que toutes les affirmations.
Un homme de 70 kilos a à sa disposition 5.400 gr. de sang. Or, d’après Vierordt, le sang contient 18 pour 100 d’oxygène ; en supposant que tout le sang soit artérialisé par de nombreuses inspirations, cela fait 972 ec. d'oxygène dis-
(1) Richet. — Art. Asphyxie, Dictionnaire de physiologie.
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sous. À cela il faut ajouter l’oxygène contenu dans les poumons et nous voulons parler seulement de l'oxygène utilisable, c’est-à-dire 320 cc. Cela nous donne une réserve de 1292 ce. d'oxygène utilisable. Or, la consommation en oxygène étant chez l’homme de 380 cc. par kilog. et par heure, cela nous fait une consommation de #40 ce. par minute pour un homme de 70 kilogs. C'est dire qu'il lui faudra environ 3 minutes pour consommer les 1292 ce. contenus dans son sang et son poumon.
Ainsi donc, nous avons dans notre corps une réserve d’oxygène qui nous permet de vivre environ trois minutes sans respirer, et nous ne nous étonnons plus outre mesure que certains individus puissent supporter sans inconvénient des submersions volontaires d’une aussi longue durée.
Pourquoi donc lorsque l’on n’est pas entrainé à ces exerceices, suffoque-t-on après une minute de séjour sous l’eau ?
Qu'on ne vienne pas nous dire que c'est parce que nous asphyxions, puisque nous avons encore de l'oxygène en réserve pour deux minutes d'existence ; ce n’est donc pas l’asphyxie qui nous fait suffoquer, qui nous oblige à respirer, mais bien plutôt l’activité rythmique de notre centre respiratoire sur laquelle notre volonté est impossible à prévaloir. En un mot, €’est parce que nous ne sommes pas en apnée, sans cela nous resterions facilement 2 à 3 minutes la glotte fermée.
Le plongeur, l’acrobate, au contraire, peuvent faire naître chez eux une apnée persistante, de longue durée, analogue en beaucoup de points à ceile que nous observons chez le canard et il peuvent la faire naître de plusieurs façons.
D'abord en suroxygénant leur sang par de fréquentes insp1rations.
Ensuite, par l’action de leur propre volonté, ils peuvent inhiber leur centre respiratoire, et, c’est là, sans aucun doute,