‹ De la Résistance à l'Asphyxie dans la SubmersionChapitre 6 sur 21 · OO PE · texte numérisé non relu

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M. Richet a négligé de nous dire quelle était la résistance ordinaire de ces mêmes animaux à la submersion. Pour notre part, nos expériences aidant, nous penchons vers cette dernière hypothèse et pensons que la ligature de la trachée ne peut augmenter considérablement la résistance à l’asphyxie.

Influence de la pression barométrique. — M. Richet (1) a étudié l’influence sur l’asphyxie de la pression augmentée, en plongeant ses animaux à des profondeurs d’eau différentes. Ses conclusions sont que c’est à partir de 7 atmosphères que la pression barométrique ou la décompression ont une influence offensive sur la résistance à l’asphyxie par submer- Sion.

Influence de l'âge. — Fait qui paraîtra assez extraordinaire, si l’on réfléchit que les animaux jeunes sont très résistants à l’asphyxie, M. Richet (2) a trouvé qu’un jeune canard de trois” jours ne résistait qu'une minute à la submersion. Un autre canard de 8 jours mourut au bout de 135”. M. Richet attribue cette diminution de résistance à la déperdition énorme de chaleur que la submersion fait subir à ces jeunes animaux. Mais ne pourrait-on pas penser aussi que les jeunes canards, non encore éduqués, ne savent point retenir leur respiration et meurent par introduction de l’eau dans leurs voies pulmonaires ?

Influence de la température. — M. Richet (3) a montré que la température de l'eau exerçait une influence très notable

(1) Journal de physiologie, t. 1, p. 646.

(2) Zbidem, p. 64.

(3) Richet. — /bid., p. 648.

sur la durée de l’asphyxie. [l y aurait un optimum de température entre 20° et 25° environ. Au dessus, la résistance diminuerait. «... Si on les plonge dans une eau plus chaude 50° ou 35°, ils s’agitent énormément et l’asphyxie est plus rapide. » Nous avons étudié l'influence de l’eau aux environs de 40° et la durée de l’asphyxie nous a paru diminuer dans des proportions très notables. Et nous n’attribuons point cela à l’agitation de l'animal, qui restait dans tous les cas absolument immobile, mais bien plutôt à la température élevée du liquide impuissante à produire une apnée durable, véritable cause, nous le verrons plus tard, de la résistance à la submersion.

Exemple : Un canard meurt au bout de 5’ dans l’eau chaude, alors qu'il pouvait résister T° dans l’eau à la température ambisnte. Un autre est mort au bout de T° 30”, qui résistait facilement 9 dans l’eau froide.

Influence de la portion de corps immergée. — On prend un canard qui, avec occlusion de la trachée, pouvait supporter sans danger une submersion de 9 et 10 minutes. On lui ferme la trachée et on le plonge aussitôt dans l’eau, mais en ayant soin de laisser émerger la tête et la nuque. La mort survient au bout de 5 minutes. Un autre canard qui avait résisté à des submersions de 6° — 6' 30” — 7° est pris de convulsions asphyxiques trois minutes après qu’on l'eût plongé sous l'eau avec la trachée liée, mais ici encore en laissant émerger la tête. |

En revanche, il suffit de faire plonger seulement le bec, y compris les naseaux, pour que la résistance ait lieu. Un canard ainsi traité a résisté facilement 9° — 10° — 12° — 13", alors qu’en lui plongeant le corps, la tête exceptée et en obturant la trachée, il asphyxiait ou bout de six minutes.

Influence de certains poisons et de la section des vagues. —

Nous ne nous appesantirons guère sur ce chapitre que nous nous proposons de développer plus loin. Nous dirons seulement que l’atropine, poison accélérateur du cœur, diminue la résistance à la submersion, tandis que la digitaline, au contraire, l’augmenterait (Ch. Richet). (1)

Nous même avons sectionné les vagues sur un Canard que l’on pouvait submerger 9" sans danger; la mort est survenue au bout de 5’ environ.

Influence de l'ablation des hémisphères. — Nous avons enlevé les hémisphères cérébraux d’un canard, qui résistait normalement dix minutes à l’asphyxie sous l’eau. Après l'avoir suffisamment laissé reposer, on le submerge à nouveau, et on le retire encore vivant au bout de onze minutes. Il semble donc, de ce chef, que l’animal ait acquis une légère résistance à l’asphyxie, ce qui s'explique facilement si l’on songe qu'un canard à hémisphères enlevés se débal moins et, par suite, 5 consomme moins d'oxygène qu'un canard normal.

En tous cas, cette expérience nous démontre que la résistance à l’asphyxie n’est pas un phénomène d’ordre psychique, mais bien le résultat d’un réflexe dont nous essayerons tout à l'heure de préciser les origines.

Les conclusions que nous pouvons tirer de ce chapitre sont donc les suivantes :

La submersion double la résistance à l’asphyxie chez le canard.

Cette loi n’est vraie qu'autant qu’elle s'adresse à des canards habitués à plonger. |

(4) Ch. Richet — Influence de l'atropine sur la durée de l’asphyxie chez le canard (Bulletin Société de biologie), 1894, p. 789.

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