‹ De la Résistance à l'Asphyxie dans la SubmersionChapitre 8 sur 21 · DES PHÉNOMÈNES RESPIRATOIRES QUI ACCOMPAGNENT LA+ SUBMERSION · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES RESPIRATOIRES QUI ACCOMPAGNENT LA+ SUBMERSION

Nous nous sommes eflorcé de rechercher dans ce chapitre quelle influence la submersion pourrait bien exercer sur Île rythme respiratoire du canard. Cette étude ne nous semble point déplacée ici, et nous pensons qu’elle nous sera plus tard d’une grande utilité pour expliquer la résistance à l’asphyxie sous l’eau. Pour cela, nous avons placé autour du thorax de. l'animal un pneumographe double relié à un tambour enregistreur de Marey.

L'animal fut saisi délicatement et plongé progressivement dans l’eau, le corps en premier lieu.

Le tracé respiratoire subit aussitôt certaines modifications, et, dès que le corps est immergé en entier, les mouvements respiratoires, qui normalement étaient de 36 par minute, tom bent aussitôt à 25, comme on peut s’en rendre compte en examinant la fig. 1.

Continuons à submerger l’animal jusqu’à faire affleurer la nuque, le nombre des respirations devient encore plus restreint et nous n'en comptons plus que dix dans un intervalle de 30 secondes.

Dans d'autres expériences, en arrivant au niveau de la nuque,

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CN CAS nous avons souvent remarqué des arrêts de la respiration prolongés durant quelquefois jusqu’à 1 ou 2 minutes.

En poursuivant l'expérience et en arrivant au niveau des yeux et de la racine du bec, le ralentissement s’accuse de plus en plus et aboutit enfin à un arrêt complet et permanent de la respiration dès que les naseaux sont immergés.

Faisons maintenant l'expérience inverse.Plongeons lentement ettoujours progressivement notre canard, le bee en premier lieu. En se reportant à la fig. 2, on peut voir qu'il suffit de tremper le bout du bec dans l’eau pour obtenir un arrêt respiratoire de plusieurs secondes.

Bientôt surviennent deux ou trois rares inspirations, mais ce nest que lorsque les naseaux sont à leur tour immergés que la respiration est complètement abolie. Et tant que l'animal restera la tête sous l’eau, tant qu'il résistera à l’asphyxie, c'est-à-dire pendant 6, 7, 8, 10, 12, 13 minutes, le tracé ne nous indiquera jamais aucun mouvement respiratoire ; il n'y aura de Ja part de l'animal aucun effort pour respirer. Si l’on atteint, cependant, les limites extrêmes de la résistance, on le verra faire quelques légères inspirations qui ne parviendront pas encore à faire entrer de l’eau dans les poumons parce que la glotte est fortement obturée. C'est le moment de le relirer si l’on ne veut pas le voir périr, et aussitôt la respiration reprend, large, profonde et accélérée.

Nous nous sommes demandé ensuite si la volonté n’inter-

viendrait pas pour agir sur la respiration. Aussi, dans une deu-

xième série d'expériences, avons-nous opéré sur des canards à hémisphères enlevés ou sur des canards anesthésiés par le chloroforme.

Les mêmes phénomènes se sont toujours produits, dans le même ordre et avec plus de régularité si c’est possible.

Nous sommes donc en droit de conclure que la surface du

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corps tout entière, mais surtout la tête, depuis la nuque jusqu'à l'extrémité du bec et principalement les naseaux, sont l'origine d’un réflexe puissant provoqué par le milieu liquide, etayant pour but de mettre l'animal dans une apnée profonde et prolongée, lui enlevant ainsi tout besoin de respirer pendant la durée de la submersion.

Revenons maintenant à nos deux tracés et examinons-les de plus près. Nous pourrons voir que l'animal, au moment où l'eau va atteindre ses naseaux et où, par conséquent, 1l va être privé d’air, ne fait jamais de grands mouvements respiratoires pour emmagasiner plus d'oxygène dans son sang. Il ne se met même pas en inspiration ; c’est toujours en expiration ou en demi-expiration qu'il paraît entrer en apnée. Bien différente donc est cette apnée que nous observons chez le canard de celle que l’on peut provoquer sur soi-même en faisant une série de fortes inspirations, de celle que l’on peut provoquer chez un animal quelconque en ventilant largement ses poumons. 4

Cette apnée est assez particulière pour que l’on s'y arrête un instant.

Nous ne saurions mieux faire que de rapporter ici quelques lignes ayant trait à ce sujet, et que nous extrayons de l’article Apnée du Dictionnaire de Physiologie :

L'apnée ou absence de respiration n’est pas un phénomène nouveau. Galien la connaissait et en parle dans son « De locis affectis ». Hook en 1667 réussit à mettre un chien en apnée devant la Société royale ,de Londres. Rosenthal, le premier, donne une explication de ce phénomène. Pour lui, c’est la composition gazeuse du sang qui commande aux mouvements respiratoires.

L'acide carbonique est l’excitant et le régulateur normal des centres bulbaires en général et du centre respiratoire en par:

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ticulier. Que le sang qui baigne le bulbe devienne riche en 0 ou pauvre en CO” c’est-à-dire que l’excitant normal CO? vienne à manquer, ces centres suspendent leur action et l'animal cessera de respirer ; il sera en apnée. Cette théorie chimique de l’apnée a été vivement attaquée. Paul Hering montra que chez le chat en apnée le sang ne contenait pas plus d'oxygène que normalément. Hoppe Seyler, d'autre part, fait remarquer que la teneur en oxygène du sang artériel varie dans des limites très larges, sans qu’on observe des variations correspondantes du rythme respiratoire. Marckwald dit que la respiration peut persister alors que la circulation est arrêtée complètement au niveau des centres bulbaires. Il affirme que la régulation normale de la respiration ainsi que l’apnée n’a rien à voir avec les gaz du sang. Léon Frédéricq, dans son article « Apnée » du dictionnaire de Physiologie, s'exprime ainsi : « Il me semble « que l’objection la plus sérieuse que l’on puisse faire à la « théorie chimique de l’apnée, c'est que l'insufflation d'un « mélange gazeux relativement pauvre en oxygène et riche en « CO? peut amener l’apnée, tant que les pneumogastriques « sont intacts et que par contre, lorsque ces nerfs sont coupés, « l'aération la plus énergique des poumons, pratiquée avec « de l'air frais, ne la produit pas toujours. » Pour Brown Sequard, l'intégrité des pneumogastriques est nécessaire à l'expérience de l’apnée et l’insutflation la détermine plutôt par action mécanique que par action chimique. Knoll, lui aussi, avait remarqué que si l’on provoque l’apnée chez un animal à preumogastriques intacts, cette apnée se prolonge bien au delà du temps pendant lequel on peut admettre une suroxygénation du sang. En somme tous ces auteurs sont dans le vrai. La plupart n’ont qu’un tort, c’est de vouloir expliquer par un seul et même mécanisme un phénomène qui relève de plusieurs, et l’on peut dire que l’influence exercée sur le centre

90 2 ger de son origine et de son influence sur la résistance à l’as-

phyxie, et de le comparer avec le ralentissement du cœur d’un autre animal, plongé sous l’eau lui aussi, le lapin par exemple.

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