‹ De la Responsabilité Atténuée Étude Médico-LégaleChapitre 12 sur 52 · DORE |: CS · texte numérisé non relu

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l’homme qui a été soumis à notre examen, — en raison même des

conditions dans lesquelles il a vécu, s'est Aabpe du milieu dans le-

quel ses idées se sont formées, n'ayant pas pour contrepoids une éducalion, une instruction premières suffisantes, — n'appartient pas à ‘un tjpe normal. L Nous n'avons pas le droit d'aller plus loin qu'il ne va lui-même, lorsqu'il se reconnaît coupable devant la loi; mais nous avons le devoir de signaler les imperfections de son développement intellectuel et d'affirmer qu’il y a lieu d’en tenir compte dans l'appréciation de sa responsabilité au point de vue pénal.

OgseRvaTION VI. -— Tentative d'homicide volontaire. — Acquittement. — Responsabilité atténuée. (Rapport dû à l’obligeance de M. le D' Soc- QUET.) : N

Nous, soussignés, docteur Socquet, docteur Paul Garnier, médecin en chef de l'infirmerie spéciale du Dépôt de la préfecture de police, ete.

X.., âgé de 32 ans, chimiste, est issu d’une honorable famille qui ne négligea rien pour son instruction. Son père était receveur des domaines, c'était un homme violent, d'une intelligence peu élevée, paraît-il, il est mort il y a quelques années d'une affection indéterminée. La mère de X... a été emportée, jeune encore, par une tuberculose pulmonaire. Mais la

particularité la plus saillante en fait d'antécédents héréditaires, est relative

à un oncle paternel qui, atteint d’une véritable imbécillité, serait mort à la suite d’une tentative de suicide. À Fe

L'enfance de X..… semble avoir été exempte de maladie grave, mais de bonne heure, se traduisirent chez lui des dispositions anormales, des tendances singulières. On dut le changer fréquemment de lycée, partout il se montra indocile, ingouvernable. Il ne manquait point d'intelligence et il lui suffisait d’un effort un peu soutenu pour se placer rapidement à un rang honorable parmi ses camarades, mais son esprit se pliait mal aux nécessités de la discipline ; indépendant, frondeur, il ne consentait pas à accepter un travail régulier et méthodique, n'étudiant qu’à ses heures par boutades ou par défi. Aux jeux bruyants, il préférait les longs et mystérieux entretiens dans un coin retiré ; là il donnait libre carrière à la mali: gnité de ses instincts ; il s'y plaisait à élaborer, sinon des plans de révolte, du moins à y organiser de petites cabales, de cruelles espiègleries contre ses maîtres : Se jouer de quelqu'un, le mystifier adroitement, lui a toujours paru une jouissance sans égale, et, à ce sujet, l'homme fait n’a jamais beaucuup différé du collégien, Aujourd'hui encore, X... avoue que c’estun plaisir pour lui de combiner des plaisantéries du même genre.

À sa sortie du lycée, il s'engagea dans la marine de l'État, sur les LE seils de son père, qui espérait ainsi assouplir cette nature rebelle. Il y resta cinq ans. Son insubordination lui valut des punitions si multipliées

‘que la plus grande partie de ce temps s’écoula en prison. A plusieurs reprises, il n'évita le conseil de guerre que grâce à l'intervention d'un officier supérieur ami de son père,

Les mauvais souvenirs que lui laissa cette période de sa vie, la conviction où il était que jamais il ne saurait être apte à se soumettre à une dis- cipline sévère, firent qu'il chercha à se soustraire au service militaire.

Muni de quelques connaissances en chimie, après quelque temps passé au Muséum d'histoire naturelle, il quitta la France, et, un peu à l’aventure, il chercha fortune à l'étranger. Il s'occupe d’abord au Caire, mais la révolution fomentée par Arabi-Pacha le force bientôt à abandonner l'Égypte et à rentrer en France ; la guerre finie, il peut cependant aller reprendre possession de ses fonctions de sous-directeur d'une raffinerie. Il les conserve quelques années ; à la suite de différends avec le propriétaire, il dut chercher un autre emploi. Entre temps, il reparaît à Paris en 1885, époque à laquelle il fit la connaissance de la fille Y... Cette première rencontre eut pour résultat des relations aussitôt dénouées que nouées. Cependant, il semble bien que, dès ce moment, l’impréssion produite sur lui par cette femme fut assez vive. Quelques jours après, X... apprénait la mort de son père. Il convient lui-même qu'il ne fut guère affecté par cet événement, et malgré cette indifférence il subit à ce moment une crise anormale : il est accablé, découragé, il a le dégoût de la vie; il cherche alors à s’asphyxier avec une substance pour laquelle il éprouve d’ailleurs une appétition étrange; bien des fois, déjà, il avait inhalé du chloroforme et par plaisir et pour trouver le sommeil. Dans sa tentative de suicide avec le chloroforme, il y a encore comme la poursuite de sensations maladivement désirées. Puis, une diversion se produit grâce à un ami qui l’'emmène à la Havane, où il réussit peu. Il n'oublie pas la fille Y..., et ne pouvant lui venir luimême en aide, il charge une personne amie de lui porter quelque argent.

Au bout de quelques mois il est de retour à Paris; c’est par hasard, assuret-il, qu'il apprit d’une fille de joie que Y... était dans une maison de tolérance. Toujours est-il que son premier soin est de la revoir, de lui acheter le nécessaire, de lui louer un appartement où il l'installe. Il s'offre à mener avec elle la vie commune. « Le nee écrit-il lui-même, elle m'avait déjà quitté. »

. Alors commence entre lui et cette fille une série de séparations et de réconciliations. Plus soumise aux volontés des hommes qu’elle avait connu jusque-là qu'à ses désirs, elle lui échappe sans cesse, il ne se décourage pas. C’est lui qui paie, mais c’est encore lui qu'on trompe effrontément. Sa naïve obstination ne peut trouver qu'une explication et X... nous la livre, sans trop de détours, bien qu'il se soit cru tout d’abord obligé de nier ce qui est évident pour tons.

« Pourquoi, écrit-l, ai-je aimé X... plutôt de autre femme ? Il faudrait peut-être définir pourquoi chacun trouve à la femme qu'il aime des qualités souvent absolument latentes pour le commun des mortels. »

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I ya pe Dans le sentiment qui le domine et qui lui fait accepter ie situations les plus fausses et Les plus ridicules, X. ne voit pas seulement de l'amour, il fait une part à l'estime ! Suivant son appréciation, la fille X.. aurait fait preuve dans ses relations avec lui d’un certain désintéressement

qui a fini par l’attacher à elle. "Ailleurs, cependant, il parlera de tentative de chantage organisée de compte à demi avec le sieur L... La contradic-

tion et rase ne se rencontrent ainsi, à tout instant, dans la

‘manière d'être d'X... Il semble qu'il ait, un moment voulu favoriser le

mariage de ce défier avec la fille X... et qu'il soit allé sous ce rapport,

jusqu'aux extrêmes limites de la complaisance et qu'il se soit généreuse- ‘ment effacé. Les sacrifices d'argent ne lui coûtaient pas, il s'annonce alors ; ‘comme un philanthrope qui prête les mains à une sorte de réhabilitation de la prostituée par le mariage ; puis, tout à coup reparaît l'amant qui ne

consent plus à ce rôle moralisateur et qui veut reprendre sa maîtresse, X.….. a donné à ce revirement subit, un motif qui peut être le vrai, de même aussi qu'il pourrait bien n'être qu'un prétexte destiné à masquer la seule

cause déterminante de sa conduite. Il est un sentiment dont il cherche beaucoup à se défendre, il fait de visibles efforts pour qu'on ne le considère pas comme un homme ayant agi sous l'empire de la jalousie ; malgré

ses dénégations que semble dicter la ferme intention de ne pas paraître ni vulgaire, ni banal, c'est cepéndant le mobile le plus vraisemblable, nous

dirions volontiers le plus humain, parmi ceux qui ont pu armer son bras. Dans les quelques jours qui ont précédé la scène du 27 juin, X:.. était

énervé, surexcité, à bout de patience; déjà une première babe: avait.

été engagée avec L... qui connaissait sa situation d’insoumis militaire et avait menacé de le dénoncer. Dans ces conditions, il ne suffisait plus

‘que d'une circonstance pour porter, son exaspération à son comble et

déchaîner sa violence. Après avoir raconté comme il fut amené à pénétrer, en enfonçant la porte, dans la chambre où se trouvait L... et la fille Y

‘il définit ainsi la situation :

«L'idée me vint que j'étais perdu, le bruit attirerait du monde et il y ‘aurait des explications. L... menaçait de me dénoncer. Je n'avais plus |

d'autre parti à prendre que de me venger, puisqu'il m'avait trompé et perdu. Pourquoi aurai-je encore accepté de lui céder le pas ? »

Depuis son arrivée à Mazas, X... a fait preuve du plus grand calme. Dans une lettre adressée de sa prison à un de ses amis, il parle même

d'une détente qui.s'est produite dans son esprit, à la suite des coups de couteau distribués à la fille Y... et à L... Il s'explique avec une brutale

franchise au sujet de ce dernier ; il avait été heureux d'apprendre qu'on le croyait atteint mortellement, et depuis qu’on l’a averti qu'il ne suecomberait pas à ses blessures, il est moins satisfait. Tout autres sont ses

sentiments à l'égard de la fille Y..., et peut-être ceux-ci donnent-ils la

raison de ceux-là. Son affection pour cette femme subsiste entière ou à peu près. :

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