ROME
He :| De à un de ses amis : « Montre-toi très doux et très conciliant avéc Y...». C'est au même qu'il dit encore : «S'il y a des gens qui me jugent mal, je leur souhaite simplement de passer où j'ai passé... Je n'ai rien à me reprocher ».
- I conserve sur toutes choses une complète liberté d’ sit) et se montre fort peu ému de la gravité de sa situation. Il la caractérise en nous disant ‘sur un ton facilement résigné, qu'elle est ridicule Poe lui et il plaisante volontiers à ce sujet.
De constitution assez frêle, bien qu’il soit capable, paraît- il, d'une énergie musculaire peu commune, de stature moyenne, maigre, brun, d’une physionomie quelque peu étrange par l'ouverture démesurée des paupières et le développement exagéré des arcades sourcilières. X... supporte allègrement sa prévention sans témoigner la moindre curiosité au sujet du lendemain, aucune extravagance dans la tenue, aucune incohérence de paroles, en revanche, les idées les plus singulières én toutes choses. Il y a, de ce chef, chez lui une vaniteuse recherche de l'originalité et du paradoxe, une sorte de forfanterie puérile à émettre des opinions bizarres sur l'organisation sociale, les conventions, les règles établies, dont se contente le vulgaire, mais qu'il repousse avec un septicisme railleur. 11 rêve un retour aux temps primitifs où tout serait laissé au bon plaisir de chacun, où l'indépendance absolue remplacerait tout cé qui entrave le libre essor dé l'individu.
Conczusions. — X..… n'est pas un aliéné : ce n’est ni un délirant, ni un halluciné, ni un inconscient. Il n’a pas moins sa place nettement marquée parmi ces représentants des déviations du type normal, déviations que la pathologie mentale a depuis longtemps étudiées et classées. Il appartient, sans conteste, à la catégorie de ces êtres mal pondérés, mal équilibrés, à tendances bizarres et bien peu capables d'imprimer une saine direction à leur vie, que l’on retrouve, le plus souvent, inégale, heurtée, tourmentée, excentrique. L'intelligence peut être vive et brillante chez eux, sans que pour cela leur jugement soit plus droit, leur volonté plus sûre d'elle-même. . Un tel état psychique qu'accompagne presque toujours une excitabilité nerveuse toute spéciale fait une part fort grande aux déterminations irré+ fléchies, violentes, impulsives, aussi bien qu'aux prompts enthousiasmes et aux découragements profonds. Rae . Partout où il est passé, X... s'est fait connaître, non comme un insensé, mais comme an esprit singulier. Pour nous, il s'affirme une intelligence anormale ét maladive en bien des circonstances de sa vie et pour sa manière d'être depuis le début de sa prévention. Son goût étrange pour les inhalations chloroformiques, ses impulsions au suicide, son inconcevable obstination devant des preuves qui auraient suffi à tout autre, son désarroi moral dans les jours qui ont précédé la scène du 27 juin, son appréciation sur les faits qui lui sont imputés, les étranges
jugements. qu'il porte. sur les choses ordinaires de la vie sont à ranger
parmi les symptômes d’ un état de dégénérescence moitié d origine ee ditaire. Si ses facultés intellectuelles on un développement assez complet, il n’en est plus de même des ses facultés morales où Re des lacunes profondes.
Nous ne nous sentons pas le droit de déclarer que X .. échappe ne
plètement à toute sanction pénale, mais nous estimons que des disposi-
tions aussi anormales, qu’une déviation aussi manifeste, Hein dans
une large mesure, sa responsabiltté morale. » 3 - Quelques jours après l’acquittement, X:- … s'est suicidé.
OBSERVATION XII. — Incendie volontaire. — Acquittement. — Responsabilité atténuée. Rapport dû à lobligeance de M. le Dr LAPoinTe, médecin de l'asile d’aliénés d'Auxerre. à
Nous, soussigné, Dr Lapointe, médecin, directeur de l’Asile public
d’aliénés de Mayenne, commis par ordonnance de M. le juge d'instruction,
à l'effet de visiter et d'interroger et examiner le nommé X.., inculpé d'incendie volontaire, et de dire s’il a la jouissance complète de ses facultés intellectuelles, s'il simule ou non la folie, s’il est ou non responsable de
ses actes, et en cas d’affirmation, dans quelle limite il peut l'être de l'in-
cendie pour lequel il est poursuivi.
Après avoir prêté serment en vertu de la même ordonnance, entre les mains de ce magistrat, pris connaissance des pièces du dossier, et procédé à l'examen direct de l'accusé, avons rédigé le rapport suivant :
Exposé des faits. £ $
Le nommé X..…., par arrangement entre lui et ses parents, doit devenir héritier de tout ce qu'ils possèdent, après leur mort, et exploite leurs biens à son compte Leurs bâtiments et ce qu'ils renferment sont d'abord assurés
à la compagnie la « Paternelle » pour une somme de 10,000 francs. Le
6 avril dernier, il projette sans précaution aucune, des ajoncs dans le foyer. de la chambre qu'ils habitent en commun. Il en résulte un commencement d'incendie, que les voisins éteignent rapidement, et il reçoit une indemnité de la perte qu'il éprouve.
De ce fait, l'assurance à la Paternelle se trouve résiliée. Il en contracte une autre, dans le courant du mois de mai pour une somme de 13,000 fr. à la compagnie la « Confiance », dont l'agent habite Z...
Le 27 juin, il se rend dans la matinée dans cette commune, rappelle à cet agent qu'il n'est pas encore en possession de sa police, et lui demande. si malgré cela, il serait indemnisé en cas d'incendie. Sur sa réponse. affirmative, il se retire et regagne son domicile. Le même jour, à 6 h. du soir, le feu prend aux bâtiments assurés. X... fils qui venait d'en sortir pour aller dans les champs, est appelé au pis vite. Il arrive sur le lieu du sinistre sans émotion et ne marque aucun empressement à faire le
DE
| sauvetage et à étéindre: le feu, sous prétexte qu'il n'a plus rien à sauver, bien que le contraire soit la vérité. Il s'efforce en même temps de persuader que le feu a dû prendre par des cendres chaudes provenant du four, que lui ét sa mère avaient déposées sous la mangeoire des chevaux, ou encore que. leur chat avait de transporter au grenier à l'aide de ses Vis RS dt Pine à
re même j jour, Pets piéendis est éteint, à 9 doutes du soir, il se rend
| de. nouveau à Z..., revoit l'agent d'assurances et l’informe que le feu vient de prendre chez a et a détruit une écurie, une grange et un cellier.
Celui-ci conçoit des soupçons; le public en conçoit aussi, et X.. est arrêté sous l’inculpation d'incendie volontaire.
Renseignements et examen direct. — Le nommé X... est âgé de 25 ans. Il a été élevé chez ses parents, qui sont d'humbles cultivateurs. Il a été à l'école communale jusqu’à l’âge de 12 ans, et en a été retiré pour aider au
travail des champs. |
. Il passait pour apprendre difficilement, sait lire dans un livre, dit-il,
mais il ne lui est pas possible de lire l'écriture. Il sait tout juste compter pour faire de tête les comptes journaliers. Dans sa jeunesse, il a été sou-
vent malade, et porte les signes d’une constitution à antécédents scro-
fuleux; des cicatrices sous-maxilliaires lui sillonnent le cou et indiquent | qu'il a souffert d'humeurs froides. Cet état physique l’a fait exempter du
service militaire. Il n’a jamais quitté la commune où il vit avec son père et sa mère, et s'occupe avec eux à faire valoir leur bien. Il a un frère plus âgé que lui, qui a fait dans le commerce de mauvaises affaires, et s’est retiré à l'étranger. Sa famille a dà faire des sacrifices pour désintéressser ses créanciers, et par suite a consenti à faire au fils cadet l'abandon de ce qu’elle possède, sous réserve d'une rente annuelle.
Jusqu'au27juin, X...n HE bien attiré l'attention sur lui- -même ; il passe
pour peu intelligent, mais n’en fait pas moins ses affaires. Il a existé dans sa famille, parmi la descendance collatérale du côté maternel, plusieurs
aliénés ou gens mal équilibrés, dont l’un a été placé à deux fois différentes à l'asile de N. Ayant conçu, il y a trois ans, des idées de mariage, etayant échoué dans son projet, il en aurait été vivement contrarié, et à cette occasion il aurait paru lui-même à certaines personnes exalté et incohérent, sans que cela ait eu ni suite ni durée. IL est travailleur et rangé, a fort
peu de relations, est très économe et ne fait pas toujours preuve,
dit-on, de toute délicatesse en fait de lucre. Ainsi on rapporte qu'il trafique sur les chevaux, et que pour les pousser à l’engraissement et leur donner de l'apparence, il leur fait prendre de la fleur de soufre, mais qu'une fois vendus ceux-ci dépérissent rapidement et baissent de valeur. Depuis quelques temps, le père et le fils s'entendent difficilement ; ils ont souvent entre eux des discussions d'intérêt et par suite ont perdu de l'estime générale.
Je visite pour la première fois, le 7 juillet au Pate. l'inculpé, à la maison d'arrêt où il se trouve depuis deux jours.
Ki:
Au rapport. du gardien chef, il lui aurait dit: m« Pensez-vous que: mon: aflaire, sera jugée ici ou à N...? S'il ne s'agissait, que d'une somme de:
400 ou 500 fr. pour me faire passer pour fou, je vous les donnerais bien » Et, en effet, dès le lendemain, par suite des incohérences.et extravagances:
auxquelles il se livrait, il avait du être séparé des, autres détenus. et main-
tenu en cellule. Je fis le guet à la porte de celle-ci à diverses reprises: et. sans qu'il s’en doutât, et je l’entendis toujours marchant de long en large, poussant des.cris aigus, et plaintifs, et prononçant des paroles mal articulées et insaisissables. Je pus le voir, en outre, se tenant courbé -et. replié. sur lui-même, etse frottant les mains avec une force telle, que les parties-en. contact en étaient toutes rouges et bien limitées par des contours de sueur desséchée. Je me présentai la première fois dans sa cellule comme devant être son défenseur ;‘il continua sa marche et ne prêta aucune attention. « Vos parents sont là, lui dis-je, désirez-vous les voir ?.». Je: pus ainsi. entrer en conversation avec lui et je le laissai parler, me contentant de fixer parfois son attention sur certains points. « Oui. me répondit-il, tout en continuant à marcher et sans rien changer à son maintien, cela me: ferait plaisir, je leur dirais la situation, dans laquelle je suis : je suis: interdit de la tête, je ne puis.m'arrêter, il faut que je sois toujours en: mouvement, je n'ai pas couché cette nuit dans monlit, parce qu'il y avait des: oiseaux dedans qui m'auraient dévoré; je suis fou depuis une quinzaine de; jours et cela vient de ce que j'ai reçu à la tête un coup de limon de char-rette. ». Et, en effet, il porte à la tête, région pariétale gauche, une cica-trice, mais qui n'a d'importance d’aucune sorte. ;
D.—. On vous accuse d’avoir mis le feu : Est-ce vous qui l'avez mis?
R.— Non ce n’est pas moi; c’est notre chat, qui avec.ses longs poils l'a: communiqué de la chambre à four au foin du grenier. Je me suis déclaré: à sa place parce que je n'avais pas la tête à moi. Il n’y a rien de brûlé qui ne.nous appartienne; nous étions assurés; mais nous n'avions pas encore: notre police et je ne sais pas si nous serons payés. Nous ne sommes pas: à l'aise, nous avons des dettes, j'ai un frère qui.a été dissipateur:
D.— Je vois bien que vous êtes malade, mais.je voudrais savoir de vous s’il y a eu des aliénés dans votre famille ? - HA
R. — Oui, il y a un neveu de ma. mère qui est imbécile ;: il garde les: vaches; il n’a jamais pu faire que cela.. J'ai encore. un cousin germain, fils du frère de mon père, un nommé B..., qui.était cordonnier;- je crois: bien qu'il a été placé à la maison d’A. depuis quatre ans: Un nommé C..... qui est mon cousin et habite la même-commune que-moi, est fou aussi (Il. est, à remarquer que toutes ces réponses, d’après les renseignements: obtenus, sont complètement imaginaires et que l'inculpé, peu au courant: de sa famille, ignore qu’elle présente des.cas d’alinénation mentale.
D. — Vous ne regrettez donc pas d’avoir mis le feu. Vous:n'êtes: donc: pas humilié d'être en prison.
R. — Je ne suis pas coupable ; ce.n'est pas moi qui, ai mis le feu, au
sr
je ne suis nullement Rasa d'être en prison ; je suis fou et par suite mori honneur n’est pas engagé, »
Telles sont, en résumé, les constatations de notre première visite. À celle du. lendemain et autres qui suivirent jusqu’au 17 le ét eurent lieu dans les bureaux du gardien chef, où je fis venir X..., il a conservé
la même tps Vas me et de langage. Je continuai bé il suit mon
examen :
D. — Comment vous appelez-vous ? Quel . avez-vous ? En quelle année êtes-vous né ? Etes-vous marié ? |
R. — Je m'appelle X... ; j'ai 63 ans; je suis né en 1820; je suis marié! ma femme est à Paris, elle y fait des bonnets, moi aussi je fais des bonnets, et j'en faisais encore il y a trois jours. J'habite Paris ; je suis du milieu de Paris, si je suis coupable de quelque chose, é’est d’avoir coupé le cou à un homme qui m'avait attaqué, j'ai été le plus fort. J'ai été soldat aux zouaves et en garnison à Lyon, à là caserne de Montpinson. J'ai ” traversé la mer ; je suis allé en: Afrique pour y acheter des poulains ; ; j'en ai ramené trois cents; pendant la traversée, nous avons pris de grandes quantités de poissons, des truites et des escorbeilles et nous avons employé trois barriques de bière à les fricasser. C’est bien à tort que l’on m'accuse d’avoir mis le feu; j'ai seulement coupé les deux jambes à un homme et si l'on me condamne, tant pis... » A ce moment, X... se lève et se hausse sur la pointe des pieds, en face dela fenêtre de là chambre où. nous sommes et qui donne sur le préau des prévenus : « Entendez-vous, dit-il, le clairon ; voilà la troupe qui passe; ce sont des chasseurs ». Je l'invite à s'asseoir et il continue: « Vous m'avez demandé plusieurs fois d’où viennent les cicatrices que je porte au cou: eh bien ce sont des oiseaux, des marionnettes dur. se sont jetés sur moi; ily en avait peut- -être plus de deux mille ».
D: — Vous m'avez dit hier que vous êtes fou ; ; êtes-vous encore du même avis ?
R. — Oui, j'ai perdu la tête; il y a bien deux cents ans, et je suis fou. parce que je l’ai laissée en Espagne.
D. — Puisque Fate fou, on va vous conduire à R....
Avant de.répondre, X... reste silencieux et répond ensuite :
R.— J'y consens si lontions je serai à ma place parmi ceux qui y sont ; et, du reste, il.ne me feront probablement. aucun mal; je ne: dors pas;: j'ai des visions ; j’ai vu cette nuit mon père et ma mère, qui gar-daient leurs vaches dans leurs étables,. pour empêcher les sours d'y: entrer ; les sours ce sont des animaux dangereux, qui secouent les vaches: et. les enlèvent jusqu'au plancher. Nous .avons.été incendiés ; ce n’est pas. moi qui ai mis le feu ; nous étions assurés, nous n'avions pas encore: notre: police d'assurance, pensez-vous que nous serons payés ? »
Nous arrivons à la date du 15 juillet. Jusqu'alors X... n’a pas varié dans: son attitude : à, chacune de nos visites, mêmes. manifestations grotesques:
24 juillet. À cette date. sans transition aucune, il ro son ton de x voix, ee
sans se démentir jusqu’au jour où j’ai clos ce rapport. Il m’a avoué qu’il
santé physique. Il existerait réellement dans sa famille du côté maternel,
et incohérentes ; mêmes extravagances de langage, avec facilités à re et 5 convenir qu il est aliéné et, parfois, préoccupation de savoir s'il sera in-
demnisé des pertes de Fincendiel À celle de ce jour, il se présente sous LS des dehors différents, Il nous aborde poliment, avec la figure ouverte et le £ FRET COR sourire sur les lèvres ; sa demarche, sa voix et ses gestes sont naturels. faR ie 2e « Je vais mieux, dit- il, et je désire que cela ne me ee pas », Il nie né qu'il ait mis le feu, et fait des promesses d’argent pour qu’on veuille lui venir en aide, en le faisant passer pour fou. Rien dans ses paroles n’affecte SHARE plus aucun trouble de l'intelligence. Il reste dans ces dispositions jusqu’au |
sa démarche grotesque et son aspect d’hébétude. Mur is SES E D. — Que vous est-il donc arrivé depuis la dernière fois que je vous S 34
ai vu ? | = R. — Je ne dors ver l'agitation m’a repris; jai vu cette nuit près de de
2,000 moutons qui m'ont enlevé sur leur dos (etc., etc. È = at ia, D. — Vous m'avez promis une somme d argent PORC AO ‘ürer d ‘affaire ; RATE: Pr
tenez-vous parole ? - > TRE ER R. — Je ne me souviens pas de cette promesse ; du reste, je ne possède | ere re
plus rien ; jai pu vous dire cela sans le savoir, car je suis interdit de la.
tête. J’ai bien déclaré que c’est moi qui ai mis le feu et j'ai signé ma décla- :
ration, mais je n’avais pas ma connaissance. Ils ont dit que € est moi et
j'ai dit comme eux. On sait bien qu'à la moindre contrariété, je ne sais
plus ce que je fais. Ainsi il y a quelque temps, il m'est arrivé de semer SHESCE
des crottes de brebis, espérant qu’il allait en sortir des agneaux. D: PRES X..… a persisté tel que nous venons de l'indiquer, jusqu’au 10 août; à
partir de cette époque. il s'est montré convenable à tous points de vue, N.
comprenait n’avoir d’autre ressource que de mettre toute sa confiance en moi et ma PIS souvent de lui venir en aide. Au sujet de l'acte d'acces ess sation, il m’a toujours nié qu’il fût coupable et affirmé que s'il est l’auteur SE de cet incendie, ce ne peut-être que par imprudence.
Résumé et appréciation rad à
Il ressort de tout ce qui précède, que les renseignements recueillis sur l'inculpé et les résultats de nos investigations directes, peuvent se résumer de la manière suivante : X... est d’une constitution physique qui a toujours confiné à la scrofule ; sa jeunesse a laissé à désirer au point de vue de la
parmi la descendance collatérale, plusieurs cas d’aliénation mentale conlirmée, et on le tiendrait généralement comme faiblement doué au point de s vue de l'intelligence.
Si l’on examine certains faits qui se rapportent à l'acte d'incendie et sont dus à sa propre initiative, on arrive facilement à se former la même opinion. Ainsi, qu'il ait prémédité de mettre le feu et qu’il soit réellement
— Rs a
eutour du sinistre, dont je n’ai pas à me préoccuper dans ce rapport, il faut avouer que ses ressources d'intelligence ont bien peu de portée, pour que le matin il soit allé s ’enquérir s’il serait payé de son assurance en cas d'incendie, et que le soir du même jour, il ait allumé lui-même cet incendie. Je me contente ici de fixer l’attention sur ce seul fait, qui Roi Cr au dossier de l'affaire.
. Bien que l'on considère cet homme comme assez peu intelligent, on reconnait néanmoins qu'il échappait à toute critique et que l’on n’en parlait ni en bien ni en mal. Sa mère est d’une intelligence presque bornée ; son père possède de la vivacité d'esprit avec des pointes de ruse ou d hé bileté. Le fils Rte de l'un et de l’autre au point de vue de son état mental.
Il veut en toutes choses user d’habileté, ie quelle pauvreté de moyens ! Ainsi il s’occupe du commerce des chevaux, et l’on sait qu’il leur fait prendre du soufre pour les pousser à l’engraissement et mieux tromper ses acheteurs. La première chose qu'il fait en entrant à la maison d'arrêt, c’est d'offrir au gardien une certaine somme d'argent, pour qu'il veuille bien lui venir en aide à égarer l’esprit de la justice ; il ne pen même pas le temps de le connaître et de savoir si son honorabilité s’accommodera de ses propositions, et sans attendre, il se livre dès le len-
demain à des excentricités d'actes et de langage, qui nécessitent son isolement en cellule. Il persiste dans cette voie jusqu'au 17 juillet et prend
soin de dire qu'ilest fou et d'affirmer qu'il y a des aliénés dans sa famille, ÉCRES qu’il ne puisse lui-même confirmer cette déclaration que par les res-
sources de son imagination. L'état de surexcitation qu'il manifeste, les cris qu'il fait entendre, le besoin d'activité qu'il accuse par sa marche obligée,
les frottements incessants de ses mains, contrastent d’une manière évidente avec le calme et le naturel de ses traits; il oublie qu’il est possible à tout
le monde de se livrer à des manifestations de ce genre et que lorsque: celles-ci sont la conséquence d’une aliénation mentale véritable, rien n'é--
chappe à l’action qui se fait sentir et que les traits de la figure reflètent à leur manière le trouble de l’économie toute entière. Il résulte, à la vérité, de
l'ensemble de ces faits une preuve acquise en faveur d’un système de simulation mais d'une simulation impossible, si imparfaite et qui laisse. tant à désirer, qu’elle s'ajoute à ce qui précède pour établir la fragilité
de moyens intellectuels de l’inculpé. à
D'autre part, X... intercale dans ses discours, des idées nombreuses qui affectent le caractère d'idées délirantes : Il ne couche {pas dans son lit, parce qu'il renferme des oiseaux qui le dévoreraient Il est marié avec une femme qui fait des bonnets ; lui aussi fait des bonnets. Il est de Paris; il
est du milieu de Paris ; et s’il est coupable de quelque chose, ce n'est pas d’avoir mis le feu, mais d’avoir coupé le cou à un homme. Il a servi dans les zouaves et a été en garnison à Lyon, à la caserne de Montpinson Ila
traversé la mer pour aller acheter des chevaux en Afrique; il en a ramené
Ya