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est fou ou on ne l’est pas. Ë
« Ce que l’on a appelé le délirant partiel, dit le D' Garnier, est le fou qui concentre ses idées maladives sur un point spécial ; mais pour converger sur ce point, sa folie n'en est pas moins l’irradiation du cerveau tout entier, car s’il en restait une partie saine, celle-ci servirait à rectifier les écarts de l’autre ; ce serait l'erreur et non plus le délire. »
Tout le monde n’admet pas A net complète des actes ons en dehors de la monomanie, mais tout le monde s’accorde à déclarer là responsabilité au moins atténuée. Si la formule était prévue par le Code avec les développements que nous donnons plus loin, la question serait moins importante au point de vue social, car
- à défaut de la prison, les délirants partiels trouveraient l'asile spécial,
et la divergence d’avis entre médecins n'aurait plus aucune conséquence regrettable.
Voici, dans cet ordre d'idées, un rapport qui fera comprendre notre pensée :, — - Nous, soussigné, Paul Garnier, médecin en chef du Dépôt de la préfecture de police, vu la procédure commencée contre la femme PI... inculpée ne 10
d'exeltation de au fille mineure À la débauehé, Éd d'examiner Sa ve mental, ele, ASS
La laine PL, Aude de cinquante ans, sans prolesiton » ni soma e
eat acounde d'exeitation habituelle de au fille, aujourd'hui âgée dixesept aus, à la débauche, Celle-ot raconte que sa mère l'a livrée pour mille francs, à l'âve de doure ana, à un nieur F. et que depuis lors elle a cherehé par tous les moyens à la pousser À la prostitution pour en, vivre, Lea détails qu elle fournit À 6e aujet sont nombreux ét précis; enfin, harcelée, frappée même, parce qu'elle ne proeurait pas tout l'argent qu'on attendait d'elle, son parti fut priss elle alla dénoncer sa more,
La fomme PL, n'a reçu que fort peu d'instruction cle appartient | de
la olauño ouvrière, malin ten dehors ne sont cependant pas vulgaires.
Régulibrement sontormée, de atature assox élevée, de maintien ferme et anauré, elle à den trait réguliers, une POSE exprossive,
intelligente, non dépourvue d'avantages physiques. À l'époque de sa pleine Jeunesse, alle se voua de bonne heure à la galantérie, et lui demanda non moyenn d'existence,
A l'instruetion, l'ineulpée avait introduit dans ses | éxplientions des prapou ni étrangen que la quéntion devait se poser de savoir si l'on ne se trouvait pas en présence d'une aliénée, Ce qui venait donner plus de force À oelte auppoaition, d'eat la déclaration même de sa fille, déelas ration qu'il eat utile de reproduire toi: « Plusieurs fois ma mère m'a dit qu'elle était la vietime de gens qui lui en voulaient, et notamment de mon pôre naturel; plusieurs fois, elle m'a dit qu'ôn mettait de la cantharide dan non lit ot que cela lui donnait des crises, elle m'ohligeait à dourter de la muraille le Hit dans lequel nous couchions toutes les deux; elle cralgnalt d'étre empolsonuée par l'eau qu'elle buvait et la
faisait renouvelur fréquemment, Elle prétendait qu'elle était hypnotisée |
et que don état maladil réaultait de ce que l'hypnotiame avait cossé,
Quaud den measleura nous tuivalient ur le boulevard, elle me disait
que c'était deu mombren de ln Nooltété de Saint-Vinoent-de-Paul de
Compiègne qui élatent ohargén de lui remettre des fonds de la Fa de :
son peradoutaur qui ne voulait pas no faire connaître »,
L'enquête à établi, en outre, que la femme Pl, avait des manières | excentrique, des allures ningulières, elle ne travaillait pas et passait pour aire commerce des charmen ot de la jeunesse de sa fille, Lorsque doux voyons l'ineulhée À St-Larare, nous la trouvons sous des dehors calme et oonvenablen, Rien dans son attitude ne trahit le désordre de son enprit et cependant dôn les promidres phrases qu'elle prononce, le délire se révèle d'une lagon aunali complète que possible, Elle s'exprime aveo auto d'alim, malt na mémoire eat incertaine, son réoit est diffus, leu idédeu a'enohatnent mal,
Elle Wocoupe À ne plaindre den autres et non à ohorcher dos exeuses
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pour elle-même. Il y à eu dans sa vie des événements graves, dés faits criminels : elle a eu quatre grandes inaladies ét aucune d'elles n'était
- naturelle. Un sieur P... dont elle à été la maitresse, à cssayé de l'em-
poisonner. Elle wa été réellement malade que depuis le jour cü elle #
mangé un perdreau avec lui. le lendemain elle avait la gorge brhlée..
elle est restée aphone pendant deux ans. Quant à se8 autres grandes
maladies, elles sont le fait également de manoeuvres odienses exercées Sur elle, tant à l’aide du poison qu'à Vaide de l'hypnotisme, 11 ÿ « longtemps, en effet, qu'on l'a déclarée « hypnolique », On paralyse
ainsi sa volonté... on savait si bien ce qui se préparait contre elle qon - l'a avertie un jour, en lui faisant cette recommandation significative : « Dorénavant, vous ferez bien si vous ténez à la vie dé ne rien manger
qui n'ait été préparé par vous », Dans ce qui se passe aujourd'hui elle
ne peut voir que la suite naturelle de tout ce qui à déjà 616 entrepris contre elle. 11 lui paraît clair que 868 ennemis ont réussi à gagner #4 fille et à la pousser à porter contre sa mère des accusations qu ‘elle qualifie d'odieuses.…, etc., etc.
La femme P1.., se défend en eff-t, mais assez mollément d'ailleurs,
d'avoir vendu son enfant, d’avoir joué le rôle que celle-ci lui prêté dans
les scènes de débauches les plus révoltantes, Quand on lui parle du dentiste B..., il semble qu'elle soit in“onsciente de la gravité des faits révélés par sa fille, Elle se borne à répondre : on Fa tournée contre mot,
- Elle ne nie pas cependant être allée en compagnie dé #4 file chez le
sieur B... « Ah ! oui, dit-elle, c’est le dentiste qui n'a cæssé quatre dents en m'opérant de la bouche. » Les préoccupations relatives à 4 santé apparaissent à tout instant dans la conversation de la femme PL, Elle nous raconte à travers son délire de persécution que tout son côté droit -est complètement vide, que ses 6s sont rongés par la carie, résultat du poison qu’on lui a fait absorber, qu'une boule de sang s’est formée dans son corps; elle réclame des soins d'uné manière incessante pour #4
girculation qui ne sé fait pas, pour ses fractures, pour son coté droit,
bouché par des croûtes, pour son cerveau où le sang coagulé, etc, ete... Tout cela ést dit sur un ton d'absolue conviction, 11 ne s'agit pas là de divagations calculées. La femme PJ... n’est pas une simulatrice; ex4 minée avec la plus minutieuse attention, elle s'est toujours montrée à nous sous des dehors sincères, elle s'exprime bien d'aprés une formulé
- qui est commune à tous les aliénés persécutés, Sa folie est très vrai.
semblablément de date fort ancienne : elle révét en effet tous les
caractères d’une vésanie chronique avec systématisation délirante, Sa - fille a fourni à cet égard, un renseignement qui à sa valeur : « Il ÿ 4
quatre ou cinq ans ma mère m'a annoncé qne nous allions déménager parce que la chambre que nous habitions était pleine de poudres mal faisantes qu’on nous jetait par la cheminée »,
La femme PI. est donc atteinte depuis de longues années d'un délire
DS
né: -:
bien net et d’un type aujourd’hui classique. Il n’y a pas autrement à s'étonner que sa folie ait pu évoluer et parvenir au degré où nous Ja voyons aujourd’hui, sans motiver des mesures, c’est-à-dire sans entrainer son internement dans un asile d’aliénés. De tels faits ne sont pas rares daus l’histoire du délire des persécutions, dont le développement est lent, progressif, et les manifestations souvent méconnues, car elles vont sans grand éclat, sans grand tapage, au contraire d’autres formes de folies beaucoup plus bruyantes et démonstratives. Notre étude serait incomplète si elle n’abordait maintenant l'examen d’une question qui se pose très nettement dans le cas présent.
S’il est incontestable que la femme PI... est aliénée, il est beaucoup plus difficile d'affirmer que les actes qu’on lui reproche sont le produit direct de son délire. On ne saisit pas en effet la relation entre les idées maladives qui occupent son cerveau et sa conduite immorale. L'inculpée possède une activité intellectuelle suffisante pour comprendre que la justice peut lui demander compte d’avoir livré sa fille par cupidité, d’avoir entretenu chez elle une perpétuelle excitation à la débauche, d’avoir joué un rôle actif dans des scènes d’une odieuse immoralité. Conviendrait-il de supposer que cette femme dont le délire ne porte pas sur cet ordre d'idées, était en mesure de juger comme une autre personne le caractère criminel de ses actions ? On aurait, à vrai dire, à l'appui de cette interprétation, les dénégations mêmes de l’inculpée, dénégations qui prouvent qu’elle discerne ce qu’il y a de punissable dans les faits rélevés contre elle. La donnée du problème médico-légal à résoudre présentement est donc celle-ci : Atteinte d’un délire de persécution qui semble se limiter à une certaine sphère d’idées et n’atteindre que partiellement son jugement et sa volonté, la femme PI. peut-elle être considérée comme responsable de ses actes ? Répondre par l’affirmative équivaudrait à concevoir une dualité cérébrale, permettant à l'individu de se présenter simultanément comme un aliéné asservi au délire et un être responsable de sa conduite. Il faut se hâter de dire qu’une telle interprétation ne pourrait s'appuyer sur aucune base scientifique. Si la psychologie morbide enseigne que certaines facultés sont susceptibles d'une certaine dissociation dans leur exercice, elle apprend aussi que leur concours harmonieux est nécessaire pour réaliser un. fonctionnement normal et régulier.
Bien qu’il n’y ait pas en apparence de rapports directs entre le délire de la femme PI... et les actes dont on l'accuse, il est impossible de prétendre que la nusdie mentale qui ne péûi s'installer qu’à la faveur d'une perturbation générale de l'économie, n’a pas retenti sur l’ensemble des opérations intellectuelles.
On ne se représente pas l’aliéné que la folie ne cesse pas d'étreindre, en état de régir sa conduite à l’égal d’une personne saine d'esprit. Ce
que l’on a appelé le délirant partiel est le fou qui concentre ses idées
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maladives sur un point spécial; mais pour converger sur ce point, sa folie n’en est pas moins l’irradiation du cerveau tout entier, car s’il en restait une partie saine, celle-ci servirait à rectifier les écarts de l’autre; ce serait l’erreur et non plus le délire.
Si peu digne d'intérêt que puisse apparaître la femme Pl... poussant sa fille à la débauche, elle n'en est pas moins une malade et devant cette constatation, on ne doit plus songer à la punir, mais à la traiter.
CONCLUSIONS. — 1° La femme Pl... est atteinte d’une variété de folie chronique, le délire des persécutions.
% Elle est irresponsable de ses actes.
3 Son état d’aliénation mentale s’opposant à ce qu’elle se dirige sainement et nécessitant des soins spéciaux, il. y a lieu de la mettre à la disposition de l'autorité administrative qui pourvoira à son placement dans un asile d’aliénés.