‹ De la Responsabilité Atténuée Étude Médico-LégaleChapitre 27 sur 52 · SAR · texte numérisé non relu

SAR

des symptômes identiques. Or, l’on sait que l’homme a une manière d'être dans l’hystérie, différente de la femme,

Les troubles sont donc constitués de toutes pièces par accident, :. forment une entité spéciale. :

L'Ecole de la Salpêtrière, dont M. Gilles ie la Tourétté se fit l’interprète, considère le traumatisme comme l'agent provocateur chez des sujets prédisposés. Que le traumatisme soit grave ou qu'il soit léger, nul même, dit M. Charcot, pourvu que l'émotion soit violente, et l’hystérie, la rec, vont éclater et souvent s associer. er:

Done, pas de railway brain, pas de ralway spine, mais un terrain préparé, une cause occasionnelle, et une maladie connue. $

MM. Motet et Garnier distinguent tous deux entre les cas légers qui peuvent être l'hystérie. et les cas graves qui sont des formes de. maladies cérébrales à marche progressive, parmi lesquelles, la para- | lysie générale se montre le plus souvent. :

M. Christian s'attache aux manifestations éloignées, et il DAS des malades qu'il a vus arriver à l'asile d’aliénés. Partisan des idées générales de la Salpêtrière. il n’éprouve pas le besoin de mots nouveaux pour des affections déterminées. A

M le professeur Brouardel entre alors dans la discussion par une autre porte, celle de l'auto-intoxication, provoquée en premier lieu, bien qu'indirectement, par le traumatisme.

Il délimite la question entre la première période qui se confond avec celle de l'accident lui-même et la troisième, tardive, qui conduit à l’aliénation. #2

Cette phase intermédiaire, ne lui semble pas appartenir aussi nettement que le prétend M. Charcot, à l'hystérie ou à la neurasthénie. Il a remarqué, les stigmates, anesthésie, rétrécissements du champ visuel, ete., sur certains prisonniers, qui sont au repos forcé, après une existence active. Et il se demande si les ouvriers blessés ne seraient pas dans une situation analogue. La prédisposition jouerait donc un rôle minime.

En tous cas, ajoute-t-il, il faut éviter le terme hystéro-traumatisme. hystérie, dans les rapports médico-légaux. le magistrat se fait une idée trop inexacte de ce qu'elle est réellement, et les patients ont tout à y perdre.

Ne voyons-nous pas de même cette confusion incessante avec la nymphomanie, de la part des gens du monde !

mn

Il est, on le voit, difficile aujourd’hui, de déterminer les conséquences et la pathogénie des traumatismes, concluait M. Motet, dans une - formule approuvée par le Congrès tout entier. On doit seulement apprécier l'état actuel, en réservant l'avenir et le pronostic.

Quelle que soit l'origine exacte du neuro-traumatisme, ses symptô: .mes ressemblent trop dans certains cas, soit. à l'hystérie, soit à la __ neurasthénie, pour que l'expert ne puisse, suivant l'espèce, par comparaison, et d'après sa conviction, conclure à l'état mental correspondant. .__ Le médecin légiste y voit-il une maladie spéciale, le railway brain, Spine, etc., l'appréciation dictée avec les mêmes réserves, dans chaque cas particulier, ne variera point pour cela, si l'on sait voir et « si l'on sait attendre », suivant le précepte de M. Brouardel.

Inroxicarions. Alcool. — L'ivresse (insania volontaria), est l'objet de controverses. Le droit romain tendait à l'admettre comme “excuse, ainsi que le droit canonique. L'ancien droit français, au con- -traire, repoussait ces tendances, et François [°" (édit. du 31 août 1536)

-réprime et l'ivresse et le fait commis dans l'ivresse (propter delictum et propter ebrietatem).

Le code russe fait de même, ainsi que le code militaire danois.

Le nouveau code pénal italien, a créé des distinctions basées sur

- l'appréciation médicale des cas, dont nous donnons le texte même à notre chapitre de législation comparée.

La question est intéressante, puisque d’après une statistique de Riant, en France et à l'étranger, la proportion des crimes commis sous l'influence alcoolique est de 60 0/0.

Notre loi française ne considère pas l'ivresse comme une excuse. Personne, en effet, n'est obligé de boire jusqu’à perdre conscience de ses actes. Mais le code ne tient peut-être pas suffisamment compte de certaines délicatesses, quand il s'agit d'ivresse compliquée ou -pathologique. Dans ces cas, dit Lentz, l’alcool n’est que la mèche qui allume l'incendie, et celui-ci variera évidemment suivant la nature des matériaux sur lesquels il portera.

En étudiant exactement les faits, le médecin ne vient pas désarmer “la société, au contraire, ses conclusions doivent mieux déterminer les ‘moyens de défense, et le degré de punition à réserver.

Nous avons laissé volontairement de côté cette question dont l’im-

portance demande un travail spécial. M. le professeur Brouardel l’a déjà traitée magistralement, elle a été l'objet d'une excellente thèse de M. Vetaut (1887), sous la direction du D' Motet, et le code, en somme, la prévoit directement. Na \ |

Après l'alcool, la morphine et l'éther sont les poisons intellectuels les plus en vogue. Leur action peut-être passagère ou permanente. Le plomb et le mercure intoxiquent lentement, on cite quelques rares accidents par le sulfure de carbone et les vapeurs decharbon. Et, d'une façon générale, on pourrait presque déclarer illimitée la liste des agents capables de devenir toxiques chez certains individus dans des conditions données. Quand on parle d’ intoxication, disait Lasègue, la question de terrain prime tout.

Laissant de côté les idées théoriques et revenant à la morphine et à l'éther, nous allons examiner d'un trait, leurs manifestations habituelles.

Morphine. — Le morphinisme est toléré par l’économie pendant une période fort variable, quand éclatent les premiers signes de l'empoisonnement chronique. Nos ancêtres en l’art, sont les Chinois qui fument l’opium, et les Turcs qui en mangent, ceux-ci le donnent même à leurs chevaux pour les stimuler avant une longue course. Plus raffinés, les Occidentaux ont trouvé un suecédané plus actif encore, la morphine, et la seringue Pravaz, un bijou pour l’absorber.

La première piqûre comme le premier cigare, cause souvent des vomissements, des sueurs froides. Mais l’effet bienfaisant n’en persiste pas moins et cette première piqüre devient, suivant l'expression d'un adepte, « une révélation ».

Cette révélation est due au médecin qui calme ainsi une colique hépatique, un accès de dyspnée ou de sciatique, ce mode thérapeutique est le plus commun ; elle est due au prosélytisme des morphiomanes, qui se vantent de leur nouvelle religion quand ils rougiraient de l'alcool et préchent leur vice comme un paradis. D'après le D' Pichon, les gens du peuple n’en seraient pas indemnes et cette coutume est fréquente chez les ouvriers du port de Nantes.

Dans les salons, c'est quelquefois une mode, un romancier l'a prise sur le vif : « Encore une qui n’est pas heureuse, elle ne peut se consoler… seulement, elle, pour oublier, elle a ses piqûres... Oui, elle est devenue, comment dit-on ?.. Morphiomane… Toute une société

commeelle… quand ellesse réunissent. chacune de ces dames apporte son petit étui d'argent avec l'aiguille, le poison. et puis crac! sur le bras, dans la jambe... Ça n'endort pas, mais on est bien. Malheureusement, l'effet s'use à chaque fois, et il faut augmenter la dose... » (L'Evangéliste. Daudet).

Il nous souvient d’avoir entendu conter au professeur Dieulafoy, l'épidémie suivante : appelé dans une grande maison, la maîtresse abîimée dans les délices et la nirväna du poison, passait des jours entiers sur une chaise longué, remuant juste à l'heure des piqüres qu'elle n'avait pas le courage d'achever, la seringue tombait d'ellemême sur le tapis, et l'aiguille laissait parfois l'extrémité de sa pointe sous la peau où de petits phlegmons multiples, s'étaient formés. Elle quittait cependant le monde des rêves pour enseigner sa passion ; et son mari, ses domestiques, mâles et femelles, cocher, cuisinier, bonnes, tout le monde était morphiomane à l'exemple de la maîtresse de céans.

Ceux-ci sont les voluptueux, mais tous les morphiomanes ne sont pas des passionnels. Il en est qui, par raison, oserais-je dire, se piquent afin de vaquer plus librement à leurs affaires, comme d’autres prennent un verre de cognac pour se donner du cœur, car la morphine au début ne cause pas le sommeil et semble au contraire éveiller l'esprit, relever le physique et le moral, aussi s’offre-t-elle un tribut préféré parmi les savants, les littérateurs, les médecins.

Ce sont des morphinisés d'occasion et de sûrs candidats à la morphiomanie.

Chaque organisme a une tolérance variable, et le mithridatisme peut persister longtemps au milieu d'un bien-être apparent, car la morphine comme l'alcool mine sourdement l'économie. Peu à peu, l'individu s'engourdit, la volonté s'émousse, mais les facultés intellectuelles restent assez intactes quand elles ne sont pas plutôt surexcitées. L'énergie physique disparaît, le morphiomane devient aboulique-et à la longue ne quitte guère le lit: c’est la manie lectuaire de M. Ball.

Un jour, le morphiomane, augmentant sans cesse les doses, a dépassé les limites de la tolérance individuelle, il quitte la période d’euphorie pour entrer dans celle du marasne physico-psychique. Le malade est déprimé, affaibli, sujet aux idées noires, ou encore, irritable, halluciné, d’une violence dangereuse.

sue PR te

a figure se cadavérise, la nets présente des troubles, 1e sueurs deviennent nauséabondes, les dents s’évident, l'appétit et le: sommeil disparaissent, il y a constipation et dysurie. ÉR:

Puis le cœur faiblit, — Ja déchéance de la nutrition et une sénilité précoce amènent la cachexie finale de l'individu. à

Aussi bien à la phase bienfaisante qu’ à la période de marasme, le morphiomane nie effrontément soit la seringue, soit la dose exacte, à : ses parents, au médecin, à toux ceux qui, dans son intérêt, l'interro- ; gent et le déconseillent. FES

Nous avons suivi jusqu ‘alors le morphiomane qui a toujours à sa disposition la morphine nécessaire. Mais supposons qu elle vienne à manquer où qu'on lui retire brusquement sa seringue — que va pro= duire la privation et l'abstinence ? une série de phénomènes, aussi dangereux parfois que les effets de l'usage immodéré.

Le sujet est-il au premier stade d’euphorie, l'animation, le bienêtre fait place à une sorte de malaise et de torpeur intellectuelle et morale. ee

La re morphinique est-elle plus invétérée, la dépression peut aller jusqu'au collapsus. Mais plus souvent éclate une surexcitation -extrème. <

Certains sujets ont des phénomènes épileptiformes, d’autres sont pris de delirium tremens, brisent et cassent tout.

Au milieu de cette fureur dangereuse, il suffirait d'une piqûre pour

produire le calme immédiat.

à notre époque qui sait mal souffrir et se caractérise par l'absence de lutte. Et les tribunaux ont retenti maintes fois de faits délictueux, criminels, où la morphine aurait joué un rôle actif ou simulé.

La morphiomanie triomphe

Nous nous souvenons d’avoir entendu une affaire qui passionna la province, il y une dizaine d'années. Ce

La femme Fiquet, sage-femme de Dijon, accusée d'avoir noyé une petite fille dans le canal, prétendait ne pouvoir fournir aucun renseignement précis sur ce qui s'était passé pendant la journée du crime, parce que. disait-elle, elle se trouvait à une période d’inconscience causée par la morphine. Les Drs Blanche et Marandou de Montyel, furent chargés d'examiner son état mental.

En cour d'assises, elle comparut étendue sur un matelas entre les

CTP PSE

gendarmes, simula des hallucinations, eut une attaque de nerfs... et Se ne réussit à en imposer ni au jury, ni aux experts. En effet, la orne ES Fiquet se piquait à la morphine, mais à l'époque du crime, elle n'était : 6 Ne pas en état d'abstinence, ni à la phase de l’intoxication qui rend irres- 4 __ ponsable. La plupart des troubles qu'elle accusait étaient simulés, | néanmoins, on lui accorda des circonstances atténuantes, elle eut + 20 ans dé travaux forcés.

Il est encore un fait signalé par le Dr Kane. D’après lui, les méde- cins morphiomanes apporteraient une négligence marquée dans le __ dosage des médicaments toxiques qu'ils ordonnent, — et surtout s’il s’agit de morphine. — Eux-mêmes avouent le ee qu'ils font quel- quefois courir à leurs malades.

Il y eut, en Angleterre, un procès retentissant où un médecin mor-

se de phiomane, commit ainsi un homicide par imprudence... pathologi-

Fe que, — ce qui ne l’empêcha pas d'ailleurs d'être pendu. “ À ce point de vue médico-légal, il nous paraît possible de ranger + par ordre les troubles successifs des morphiomanes et de présenter

Es, l'idée approximative de leur responsabilité. : ÉSRE Bien entendu, à côté du poison, il ya l'individu, rien n’est Eole

: et l'examen de l'état mental préexistant est nécessaire dans cha-

É ve que cas. | = 6

RE LS". Dans l'intoxication, se Dent 1° un état de puissance morphi- : | 5e

LES nique ; 2° un état d'abstinence. < à L'état de puissance, à la période d’euphorie où l'influence du poi- NE

son est favorable, ne fausse pas les centres intellectuels et moraux — | à la période du marasme, si l'acte délictueux comporte avec lui le caractère de démence, de fureur spéciale à l’intoxicalion morphini- NE que on admet l’irresponsabilité. L'acte délictueux a-t-il pour but de LE se procurer dela morphine, la responsabilité n’est pas entière — mais, à notre avis, on ne devrait guère que l’atténuer, car il s’agit, en somme, - d’un genre d'ivresse.

L'état d’abstinence a deux manières d'être :

rs L'excitation délirante allant jusqu’à la fureur et l'irresponsabilité totale, — la dépression générale et quelquefois le collapsus, Lite n’intéresse plus guère la médecine légale. :

Revenons à la période d’euphorie : plusieurs délires peuvent coexis-

& ter, plusieurs intoxications peuvent se superposer. De même, un élé-

ee

ment étranger, l'hystérie, la grossesse, etc., peut s'y joindre et ds certains cas, atténuer la responsabilité par cette complication pathologique. La morphiomanie seule, mais de longue date, suffit encore à affaiblir l'intelligence au point d'en tenir compte.

Nous publions deux rapports qui sont des raretés médico-légales, car il s'agit de vol à l’étalage où le morphinisme était invoqué comme excuse. :

OBsERvATION I. — La femme C... est âgée de 38 ans environ, elle est grande, un peu grasse, mais ce qui frappe dans son habitus extérieur est leton blafard, blanc de ses traits. Les chairs sont molles, les paupières sont infiltrées, les joues sont abaissées et retombent comme de petites poches sur les branches de la mâchoire inférieure. Les yeux manquent d'éclat, les pupilles sont dilatées, mais égales. Il n Ÿ a pas de tremble-

ment musculaire (1).

Tous les mouvements sont lents, il en est de même de] Lee et malgré l'excitation que devrait éveiller mon interrogatoire, dans les

circonstances où se trouve la dame C..., le calme, je dirai l'indifférence,

reste complète et les réponses ne viennent que partielles et après des incitations répétées. Chacune d’elles, cependant, est correcte, correspond bien à la question et on peut s'assurer que le jugement est parfaitement sain. Cette dame se rend bien compte de la situation dans laquelle elle s’est placée, elle en parle avec mélancolie, mais il en est. de même de toutes les autres idées sur lesquelles nous avons dirigé son esprit.

Sa santé, son état de tortines ses affections, n’éveillent en elle que des réflexions dans lesquelles le pessimisme prédomine, mais dans une proportion qui ne dépasse pas la limite des conceptions rationnelles, et elles ne s'accompagnent jamais de la moindre exaltation.

Interrogée sur les accidents qui ont troublé sa santé, elle tépon qu’elle a eu, il y a une quinzaine d’années, des accidents à la suite d'un accouchement; ces accidents l’auraient retenue à diverses reprises, plusieurs mois au lit, auraient été suivis de névralgies diversement réparties. |

Aujourd’hui, il persiste un empâtement des parties voisines Le l’uté-. rus, mais cet organe n'est pas développé et bien que les règles soient irrégulières, il n'y a pas de grossesse (au moins de plus de un à deux mois),

Il semble qu'il s'agisse là de pelvi-péritonites répétées suivies de névralgies lombaires.

Jamais il n'y a eu de troubles entraînant des pertes de connaissance,

Rapport médico-légal, par le professeur BROUARDEL.

le —

des Syncopes, dés mouvements nerveux, rythmés, périodiques, aucun É désordre, en un mot, qui, ressemble à des phénomènes nerveux épileptiformes, à à grandes ou à petites manifestations convulsives ou à des absences. Son mari, interrogé sur ces mêmes points, n’a rien observé SE i puisse | faire soupçonner l'existence d’une névrose convulsive. ,,, Pour combattre ces névralgies qui la tourmentent, la malade aurait pris pendant des années l’habitude de se faire à elle-même des injections de morphine et la persistance de la douleur. ou tout autre. motif l'aurait entraînée à augmenter la dose à tel point qu’elle supporte. aujourd’ hui des injections qui contiennent en une seule fois (soit.en 7 où 8 seringues de Pravaz), 1 gramme de morphine. Cette dose est 100 fois plus grande que la dose ordinaire. | Cette femme se procure cette quantité énorme de morphine dans le. laboratoire de son mari qui est dentiste et qui se sert de cette substance pour faire des pansements dentaires. Elle prépare la solution ellemême, à chaud, dans une fiole que nous avons vue, qui contient. 10 à 12 grammes et elle sature le liquide avec le chlorhydrate de morphine. Nous avons fait, à ce sujet, observer à à M, C..., que sa responsabilité se trouve engagée par la tolérance avec laquelle il permet à sa femme de céder à sa passion ; il n’a pas partagé, notre manière de. voir. ss Pour nous, nous sommes assuré que les assertions de la malade étaient exactes, comme la morphine s'élimine par les urines, on a ta l'analyse. ak Notre malade qui Pre. des doses énormes de morphine en état. d'intoxication chronique. Chez ces malades, il survient souvent un trouble mental désigné sous le nom de morphinomanie. Cet état d’aliénation toxique et transitoire a des caractères identiques. à ceux qui ont été notés chez les Thériakis ou mangeurs d’opium, chez les fumeurs d’opium en Chine; il est bien connu, il se caractérise par. l’abaissement de l'intelligence, par l'impossibilité de lutter contre sa, passion et par suite, la progression constante dans l’intoxication, quelquefois des hallucinations de la vue. En même temps, les autres fonctions sont altérées, Pappétit ce perd, une ,constipation opiniâtre survient.. la nutrition languit, puis à l'engraissement fut se montre au début, suc: cède l’énacia-marasme et la mort.

Notons encore quelques troubles de sensibilité, l'hyperesthésie des pieds, qui rend souvent la marche difficile, sinon impossible. : Chez la dame C..., nous trouvons un ensemble de phénomènes comparables, bien qu'elle n'ait pas encore atteint la phase du marasme, diminution des lonctions de nutrition, absence des règles, ou du moins, irrégularités menstruelles, indifférence aux influences extérieures. Mais, dans toutes les descriptions, de même que chez cette f-mme , jamais on né découvre d'impulsion morbide, portant l'individu à commettre des actes dans lesquels sa volonté se Louve annihilée par une puissance irrésistible.

On a noté dans l’intoxication aiguë par la morphine, le délire, la fu-

reur, la tendance au meurtre ; dans l’intoxication chronique, là mélancolie et la tendance au suicide ; mais nous n'avons pu relever dans ces observations publiées et chez les malades que nous avons vus, une. seule impulsion morbide et en particulier, uu cas de kleptomanie.

‘ConcLUSIONS. — 1° Mme-C... est atteinte de APPAMNEEE ChONMUE

2 Elle n’est pas enceinte ;

3° Le morphinisme, même dans la forme qui a reçu le nom na morphinomanie, n’a jamais donné naissance à des impulsions inconscientes et en particulier, à la kleptomanie ;

4 Me C... est donc responsable de l’acte qu’elle a commis, cependant l'état d’hébétude intellectuel dans lequel elle est plongée, par le fait de son intoxication, peut être pris en considération et doit être considéré comme atténuant partiellement cette responsabilité.

O8s. IT. — La femme H..., dite veuve O.…., âgée de trente-sept ans,

couturière, était arrêtée, le 10 juin 1885, au moment où elle venait de

soustraire divers objets à l’étalage extérieur des magasins du Printemps.

Fouillée immédiatement, elle fut trouvée nantie d’un certain nombre.

d'articles, d'une valeur totale de 55 francs environ et dont quelques-uns avaient été dérobés, l'instant d’avant et dans les mêmes conditions, à létalage des magasins de la place Clichy (1).

De plus, on découvrit sur elle une petite seringue, dite de Pravaz, à

l'usage d’iujections hypodermiques et un flacon contenant une solution de chlorhydrate de morphine,

L'inculpée ne tenta aucune dénégation et montra assez de présence d'esprit pour tenir cachée Findication de son propre domicile et donner une autre adresse que la sienne.

Dans l’interrogatoire qu'elle eut à subir, quelques instants plus tard,

chez le commissaire de police, elle s’expliqua très clairement et avec.

une lucidité complète.

« Je suis dans la misère, répondit-elle, et à la charge de mon beaufrère qui est, lui aussi, assez malheureux, je suis sortie aujourd’hui, je -

l’avoue, avec l'intention de voler quelque chose que je pourrais revendre afin de me procurer quelque argent. Je comprends maintenant com: .

bien mon intention était coupable ; tout d’abord, je n'avais pas réfléchi et je me suis trouvée entraînée par le besoin. » Devant le juge d'instruction, la femme H... modifie quelque peu ses

premières déclarations ; elle cesse de s’attrihuer une intention prémé- .

ditée de vol, allègue un trouble étrange, causé par l’abus de la morphine, et caractérisé par une sorte de vertige, sous l'influence duquel elle était irrésistiblement poussée à voler.

« Je reconnais, dit-elle, avoir soustrait frauduleusement diverses

(1) Rapport médico-légal, par le Dr GARNIER.

marchandises aux magasins du Poor et aux magasins de la place Clichy, mais je ne puis dire quelle idée j j'ai eue en agissant ainsi... C’est une espèce de folie qui s’est emparée de moi, j'aurais pris tout le magasin !... Je ne me cachais pas, tout le monde pouvait me voir. J'ai des coliques hépatiques très violentes et je me pique cinq ou six fois par jour avec de la morphine pour les calmer. »

Il résulte des renseignements recueillis avec soin, que l’ inculpée, dont

les antécédents héréditaires ne présentent aucune particularité digne de remarque, a toujours été d’un tempérament très nerveux, très impressionnable ; toutefois son excitabilité ne s'est pas traduite par aucune attaque convulsive, par aucun symptôme bien tranché de la névrose hystérique.

Il y a une quinzaine d’années, elle eût une fièvre typhoïde, mais cette maladie n’a eu aucun retentissement fâcheux sur son intelligence qui a toujours été vive, supérieure, on vent le dire, à sa situation sociale qui est des plus modestes.

Elle se fait appeler veuve ©... bien qu’elle n’ait jamais été mariée. Pendant plusieurs années elle a vécu maritalement avec la personne dont elle s'attribue le nom; l’individu en question allait l’'épouser, paraît-il, lorsque la mort le surprit, De ces relations est né un enfant qui a aujourd'hui douze ans. Ce serait à la suite de ses couches qu’elle aurait commencé à ressentir des douleurs abdominales, qui augmentent progressivement d'intensité et se localisant dans le flanc droit, auraient

pris, depuis quelques années, le caractère de coliques hépatiques et.

motivé son admission dans divers hôpitaux, notamment à la Charités où elle fut traitée par des injections morphinées. Dès lors, elle s’habitua insensiblement à l'emploi de ce moyen calmant, pratiquant ellemême les injections et se procurant à son gré la substance narcotique à l’aide d’une ordonnance, toujours la même, qu’elle présentait dans différentes pharmacies. Elle est arrivée ainsi progressivement à s’injecter quotidiennement 25 à 30 centigrammes de morphine, sans que sa santé générale ait paru bien sérieusement atteinte ou son intelligence notablement troublée par cet abus. La femme H... continuait à se livrer à son occupation ordinaire, vivant toutefois assez difficilement de son métier de couturière ; dans les jours qui ont précédé son arrestation, sa situation était même devenue fort précaire, par suite de la fermeture des ateliers où elle travaillait depuis plusieurs années.

À ma première visite à Saint-Lazare, on m'informe tout d’abord que la femme H... garde le lit depuis son arrivée à la maison d'arrêt, et qu'elle est, à ce moment même, en proie à uue crise violente. Je me trouve en présence d’une femme brune aux traits amaigris et tirés, au teint plombé; assise sur son lit, le regard fixe, hagard, elle semble immobilisée par une terreur indicible et, d’instant en instant, elle pousse un cri d’effroi et de douleur tout à la fois. Le visage est baigné de

sueurs froides .et visqueuses, la peau est anesthésiée et le réflexe. oculo: palpétral est'aboli : je puis toucher la cornée avec le doigt sans provoquer la contraction des paupières. La malade parait absolument étrangère à ce qui l’entoure. Indifférente à ‘toute stimulation, ne témoignant par aucun signe qu’elle perçoit le sens de mes questions, ne prononçant, aücune parole, continuant à émettre le cri aigu et monotone dont je viens de parler, elle conserve invariablement sa position assise ‘et résiste automatiquement lorsqu'on cherche à la placer horizontalement, sur son lit. Les doigts sont fortement fléchis dans la paume de la main et en état de contracture évidente : l’effort que j "exerce pour les défilé chir resté à peu près stérile. La pression au niveau des ovaires ‘suscite seulémént quelques mouvements réactionnels pour s'y soustraire ; elle, n’atténue en rien la crise et paraît même ajouter à son intensité.

‘En découvrant la malade, on constate que tout le flanc droit est le siège d’une induration de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent, et présente d'innombrables petites traces cicatricielles, des bosselures de coloration ardoisée ou bien violacée, altérations de tous points semblables à celles que l'on rencontre chez les personnes ayant fait un 1 abus fréquent et prolongé dés injections hypodermiques.

-Des notes recueillies sur l'état de la prévenue depuis son incarcération, il résulte que plusieurs crises identiques se sont déjà produites depuis trois jours, que leur durée a été d’uné heure environ et que, dans leur intervalle, lé calme était complet, la lucidité entière. C’est ce qu’il me fut permis de vérifier à mes visites ultérieures. Le lendemain, en effet, au moment où j'arrive auprès de la femme H... il n'y a plus de trace du trouble observé la veille, la prévenue est tranquille et en parfaite possession de ses facultés, sa physionomie intelligente et expressive est redevenue normale, tout en révélant cependant un état de fatigue; les yeux sont entourés d’un cercle bistré, les pupilles sont. contractées et légèrement inégales. Rien en somme chez elle ne témoigne de cet état de marasine parfoïs profond, de cet engourdissement psy. chiqué qu'on rencontre chez certains morphinomanes.

Bien qu’elle réponde d’une façon très nette et très précise aux questions qui lui sont adressées, elle affirme n'avoir aucun souvenir de ma visite de la veille; elle me voit pour la première fois ! Invitée à s’expliqüer sur les diverses circonstances qu'il était intéressant de connaître, elle donne sur son genre de vie, ses habitudes, des indications conformes à ce que nous savons dejà. Elle se piquait à la morphine, dit- elle, non point par passion pour cette substance et pour, le charme qu’elle procure, mais bien pour calmer ses douleurs hépatiques, rendre ainsi sa situation tolérable et être à même de travailler. D’après les détails” qu'elle fournit, elle aurait éprouvé il y a deux ans une crise semblable. à celles qui se sont manifestées depuis trois jours, et céla parce qu elle” a manqué de morphine. pendant vingt-quatre heures. Pour ce premier

accès comme pour ceux qu’elle vient d’avoir, elle a ressenti tout d'abord une douleur aiguë. dans la région hépatique ; presque immédiatement sa. sensation douloureuse se propage vers l'épaule droite et de là s’irradie vers la tête; il lui semble alors qu’une bête rampe entre le crâne et le cerveau, Sa vue se trouble, elle a le vertige et perd complètement connaissance. Bien souvent selon elle, elle serait ainsi tombée en attaque, : ‘Si, prévenue par l’expérience, elle n'avait la précaution d’être approvisionnée de morphine. L'injection poussée sous la peau, au moment même de l'irradiation de la douleur vers l'épaule et.surtout vers la tête, fait avorter l'accès et ramène un calme aussi complet qu'instantané.

Pendant que. la femme H... me donne ces renseignements, je la vois pâlir tout à coup, son visag: se crispe et revèt l'expression d’une souffrance aiguë. « Tenez! la voilà ! » s'écrie-t-elle. Son regard est devenu fixe, hagard, les globes oculaires sont déviés en dedans, les pupilles se dilatent, la face est baignée de sueurs, puis tout son corps est secoué par un frisson intense, un véritable tremor se produit avec saillie des bulbes pileux (chair de poule), claquements de dents, ete. De plus, les muscles de la lèvre supérieure et de l’aile du nez sont animés de petites contractures fibnillaires, de trémulations qui donnent à la figure un aspect grimaçant. Les membres sont agités par quelqnes rares secousses .convulsives du type clonique, les doigts sont en flexion forcée et rigide dans la paume de la main. A intervalles à-peu près réguliers, de minute en minute environ, la malade jette un cri perçant qui retentit conne un appel désespéré, une plainte suprême.

Etrangère à tout ce qui l'entoure, insensible à toute stimulation, sous quelque forme qu'elle se produise, elle ne cesse de fixer l’un des angles de sa cellule avec une expression d’épouvante et paraît manifestement être sous l'empire d’hallucinations terrifiantes de la vue. Du reste, pas un mot et toujours le même cri éclatant.

Quelques instants après le déput de cette crise violente, une injection de 2 ceutigrammes de chlorhydrate de morphine est pratiquée dans le but de faire cesser ces désordres si graves. À peine deux ou trois minutes se-sunt-elles écoulées, que la scène change et tout rentre dans l’ordré presque instantanément. Les cris ne se font plus entendre, les crispations du visage disparaissent, les phalanges se défléchissent, le regard redevient normal, le retour au calme, à la conscience de £e qui l'entoure est bientôt complet et la femme H... reprend la conversation au point où elle l'avait laissée quand est survenu l’accès qui, assuret-elle, lui a fait perdre entièrement connaissance pendant tout le temps de. sa durée.

Plusieurs autres crises dont j'ai été témoin, ont présenté des caractères identiques et n’ont été que la copie de celle sang je viens de décrire.

Iuvariablement, l’incorporation de la morphine y a mis fin d'une.manière rapide et saisissante.

Un simple hasard fit qu’un jour, la dose injectée, qui jusque-là avait

été diminuée progressivement, fut de beaucoup réduite et cela à l'insu

de la malade. La détente n'eut pas lieu, les troubles persistèrent graves, inquiétants. Il fallut recourir à une autre injection plus concentrée. Pour fortuite qu'ait été l’expérience, elle n’en était pas moins concluante et autorisait à se dispenser d’un autre contrôle, comme celui qui aurait consisté à substituer à la solution médicamenteuse, de l’eau pure.

Dans l'intervalle de ses accès, la femme H.. jouit de toute sa présence d'esprit et s'efforce de faire admettre qu’elle a été en proie à un égarement momentané et qu'un vertige, déterminé par ses abus de morphine, a pu seul l’entraîner à commettre les actes qui lui sont reprochés. | F

« J'étais, dit-elle, sans travail depuis une quinzaine de jours; ce chômage forcé me tourmentait beaucoup, en me plaçant dans une position très pénible, puisque j'étais ainsi privée du gain qui me faisait vivre. Le jour même de mou arrestation, j'avais la tête lourde et dans l’aprèsmidi, je sortis pour prendre l'air. Du quartier des Batignolles où j’habite, j'arrivai ainsi à la place Clichy. Là, je fus prise d’un malaise si violent, que je me réfugiai dans des cabinets d’aisances où je me fis, coup sur coup, quatre piqûres de morphine. ;

En sortant des water-closets, j'étais comme étourdie, je me sentais prise de vertige et je ne sais comment, en passant devant l’étalage des magasins de la place Clichy, je fus entraînée à m'emparer d’une pèlerine. Je me rappelle pourtant l'avoir bien fait. Qu'est-ce qui a pu me faire agir ainsi, je ne puis le dire, mais je ne suis pas une voleuse. Quoi qu’il en soit, après cela je descendis la rue d'Amsterdam et parvins jusqu’à la rue deProvence. À ce moment mon malaise se renouvela plus violent que jamais : j'entrai Sous une porte-cochère et je me pratiquai six nouvelles piqûres. Alors je fus comme ivre. Je me souviens être allée du côté des magasins du Printemps, où j'ai soustrait fiévreusement plusieurs objets. Mon avidité était telle qu’il me semblait que j'aurais pris tout ce qu’il y avait là!

Il s’en faut bien que le procès-verbal d’arrestation nous représente la femme H... sous cet aspect si troublé. En dépit des assertions de la prévenue, plusieurs circonstances concomitantes seraient plutôt de nature à prouver qu'elle jouissait, au moment du vol, de toute sa présence d'esprit. De plus, le soin qu'elle a pris d’éviter de donner son adresse, ses réponses dans un premier interrogatoire, ses aveux si nets, si explicites, devart le commissaire de police, aveux qui déduisaient si catégoriquement les mobiles des actes qui lui sont reprochés, ne sauraient permettre aucun doute sur la sanité de son esprit et sur le caractère de détermination raisonnée et réfléchie qui a présidé à l’accomplissement de ses larcins.

Quant aux crises violentes qui se sont produites consécutivement à. son incarcération, il est légitime de les attribuer, d'après ce que l'ob=

servation à déjà appris sur les effets de la brusque privation de mor-

- phine chez les individus depuis longtemps dominés par cette passion,

de les attribuer, dis-je, à l’abstinence subite de la dose habituelle de Ja substance narcotique.

La prétention de l'inculpée à l'irresponsabilité sous prétexte d’un trouble mental, d’un vertige qui aurait paralysé sa volonté, était natu-

rellement faite pour mettre l'expert en garde contre des tentatives de

simulation et l'attention ne pouvait qu'être tenue en éveil à cet endroit, d’une manièré permanente.

Les accès observés à Saint-Lazare n’auraient-ils pas été créés de toutes pièces par la femme H..., dans le but d'en imposer ?

En se fondant sur un certain-nombre de phénomènes qui ont marqué le développement et le cours de ses crises, on acquiert la conviction

qu’il ne s'agit point là de désordres simulés ; il eût été au moins impos-

sible qu'ils le fussent tous, car pour certains d’entre eux la volonté du

sujet est impuissante à les produire ; au surplus, ainsi que je l'ai déjà remarqué, de tels phénomènes trouvent leur exp'ication dans des antécédents cliniques aujourd'hui bien établis. Le morphinomane auquel on soustrait brusquement son poison habituel présente fréquemment cette explosion d'accidents graves; parvenu à un degré avancé de cette

intoxication chronique, l'organisme perverti dans son fonctionnement

réclame impérieusement la, substance qui est devenue comme son ali-

ment de spéciale réparation. C’est alors qu'on observe, tantôt ces col- |

lapsus Ssubits, tantôt cette agitation violente qui peut aller jusqu’au

paroxysme de la fureur, agitation qui se calme comme par enchante-

ment dès que la morphine est incorporée, de même que se produit dans les cas de dépression profonde, le réveil instantané de toutes les fonctions qui paraissaient comme frappées d’anéantissement.

Il est à peine besoin de remarquer que ce sont là les états extrêmes et que tous les états intermédiaires peuvent s'offrir à la constatation du

. médecin.

Pour réelles et légitimes, si l’on peut ainsi dire, qu’aient été les attaques observées chez la femme H..., leur aspect n’en était pas moins bizarre et insolite. Invasion soudaine à peine annoncée par une aura douloureuse, phénomènes convulsifs à l’état d’ébauche avec déviation conjuguée des globes oculaires, inconscience (au moins en apparence), hallucinations de la vue, terreurs, cris d'angoisse, tels en ont été les traits saillants auxquels il conviendrait encore d'ajouter le fait de leur

disparition si rapide, sous l'influence exclusive d’une injection morphi-

née, grâce à laquelle l'inteiligence récupérait immédiatement toute sa

netteté-et toute sa vigueur.

Bien que l'inculpée n'ait jamais éprouvé d'attaques d’ hystérie avant ses pernicieuses habitudes, c'est cependant à cette névrose qu'on est amené à rattacher ses accès étranges, quelque mal défini qu’en soit le

Nh

Page 1