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médecin de la prison de Pontoise, qui avait vu l'accusé au moment même de son arrestation, qui l'avait suivi avec le plus grand soin, sans nier l’épilepsie, déclarait que Levêque lui avait toujours paru jouir de ses facultés intellectuelles. Il reconnaissait en lui une rature brutale, violente ; mais, n'ayant jamais vu d'attaque d’épilepsie chez lui, n gyant jamais été prévenu, malgré les ordres formels qu'il avait donnés, que Levêque se trouvât à la prison dans un état de trouble délirant, il concluait à la responsabilité de l'accusé. :
D'un autre côté, M. le D' Font- -Reaux, de Saint- Junien, ancien ‘interne de l hospice de Bicêtre, ayant appris le crime de Levêque, avait écrit à M. le juge d'instruction de Pontoise, que, pour lui, l'accusé était irresponsable, qu'il ne fallait voir dans l'assassinat du 30 juillet que l'acte inconscient d’un épileptique.
Ma situation était done doublement délicate. J’avais à me prononcer
-entre deux médecins parfaitement honorables, parfaitement convaincus.
Vous ne pouvez douter, Messieurs, du soin avec lequel j'étudiai cette affaire, dans laquelle il m'a fallu reprendre toute l'instruction et m'aider . d’une observation des plus attentives. Je trouvai à la prison de Versailles un surveillant très intelligent qui, jour par jour, me nota très exatement l’état de Levêque ; et servi par les circonstances, je pus assister à l’une des attaques d’épilepsie de l'accusé.
Je m'entretenais avec lui, il me racontait d’une manière des nette, très précise, ce qu’il avait fait dans la journée du dimanche 30 juillet, lorsque tout à à coup, il me dit: « Mon mal va me prendre », et il se dirigea vers son lit; il eut encore le temps de s’asseoir et de me répondre qu'il sentait sa douleur aux testicules, et que, « ça montait »; il eut alors, sans projection en arrière, quelques secousses convulsives dans
__ le bras droit, dans les muscles de la face du même côté; cela dura une
minute à peine, il n’y eut pas de respiration stertoreuse, pas d'émission involontaire des urines, seulement une émission de gaz intestinaux : la face devint pâle, les pupilles largement dilatées étaient insensibles à la lumière d’une lampe. Levêque resta hébété pendant un quart d'heure environ, et moins de vingt minutes après le début de l'attaque, il était si complètement revenu à lui, qu'il pouvait répondre à toutes mes
questions sans plus d’embarras ni plus d'incertitude qu’il n’en montrait au commencement de ma visite.
Devant le jury appelé à discuter l'opinion que j'avais émise dans mon rapport écrit, j'ai affirmé l’épilepsie chez Levêque, mais je n’ai pas pu reconnaitre -son influence directe dans le crime commis par lui. J’ai insisté sur les faits suivants : absence d'instantanéité, luttes successives, conservation du souvenir des faits; j ai montré qu'il n’y avait pas là l'impulsion aveugle de l’épileptique qui frappe devant lui, au hasard,
sans provocation, et s'acharne souvent sur sa victime inconnue de lui, Dans l'espèce, il n’y avait pas eu de soudaineté dans l’attaque : la fureur
homicide n'avait pas éclaté tout à coup, elle avait été lentement préparée, et le fait, après une première lutte où il avait été terrassé, d'en provoquer une seconde, en suivant Maucourant, en V'injuriant, ce que ne font pas les épileptiques qui frappent sans proférer un mot, nous. permit d’aflirmer que Levêque n'était pag au moment du crime dans Rt état de mal épileptique.
Mais, Messieurs, une appréciation ainsi formulée eût été vos sévère et inexacte ; il était de mon devoir de faire comprendre au jury que
l'épilepsie imprime au caractère de ceux qu'elle atteint des modifications
dont il faut tenir compte. J'ai montré Levêque, excité par la boisson, gagné par la colère, cédant à la brutalité, à la violence de son caractère d'épileptique, et j'ai formulé les conclusions suivantes :
1° Levêque n'était pas sous le coup d'accidents Mt x au AN où il a commis le crime dont il est accusé. Le
20 Il peut être considéré comme responsable.
30 L'existence de l’épilepsie était démontrée certaine, chez lui, il y a lieu de tenir compte, dans l'appréciation du (legré de responsabilité qui lui incombhe, des conditions d'infirmité morales créées par la ne ve des troubles du caractère qui en sont la conséquence.
Ces conclusions ont été acceptées par la cour et par le jury : Ve ea pour lequel la question de meurtre et de préméditation a été PeAree été condamné à cinq ans de rcnsion-
Cet autre rapport dû à M. le D' Aug. Voisin, a pour objet un individu très probablement See doublé d’une infériorité mentale manifeste :
Le nommé X:. est d'une taille au-dessous de la moyenne, sa physionomie est préoccupée et un peu triste, il est taciturne, il parle à peine, les gardiens de la prison et ses codétenus ont toutes les peines à lui arracher quelques paroles, nous n'avons, du reste, noté aucun trouble de la parole.
Les traits de la face sont réguliers, les pupilles égales, pas de tremblement des lèvres, de la langue ou des mains.
L’inculpé ne présente aucun trouble de la vue ni de l'ouie, il n’est atteint d'aucune hallucination. Il mange d’une façon suffisante, nous n'avons découvert aucun trouble dans les fonctions digestive et urinaire, ni dans la motilité et la sensibilité. Le sommeil est irrégulier, les gardiens de la prison remarquent qu’il pleure souvent la nuit, c’est, ditil, parce qu'il estinnocent, et reconnaît cependant qu'il a volé un grand
nombre de poupées chez son patron, il dit même que sauf quelques=
unes, il les vendait 1 fr. 75 pièce; il raconte ses vols tout naturellement et sans chercher à en atténuer la portée, il entre même dans Les détails
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les plus précis sûr la façon dont il s’y est pris et il ne paraît pas vrai-
semblablement se douter de la portée de Ses révélations.
Nous avons recueilli quelques renseignements sur ses antécédents, il en résulte qu'à l'âge de 13 mois il à été atteint d'une affection cérébrale qui a duré un an, qui était caractérisée par des secousses choréiques et qui a été traitée par un vésicatoire à la nuque. Il a été pris, en outre, d’une congestion cérébrale à 4 ans 1/2, et il lui en est survenu d’autres jusqu'à l'âge de 13 ans, plusieurs ont été combattues par des: applications de sangsues. Nous croirions d'autant plus que ces congestions cé-
rébrales étaient des accès d’épilepsie, que dans la prison il lui est arrivé.
deux fois de paraître étourdi et de se frapper la tête contre les angles” des murs de la prison.
En résumé, l'inculpé nous paraît atteint d’infériorité mentale consé-
cutive à des accidents cérébraux convulsifs survenus pendant l’enfance, (il a du reste le caractère sombre des épileptiques}.- Cette infériorité se
traduit par l'absence à peu près complète de sensibilité, par des rires non motivés, par le manque de conversation même avec sa mère, par une grande faiblesse de RRENe et NO de la gravité de l'acte qu’il a commis.
-“ Dans ces conditions, n nous pensons que la TEsoe able de l'inculpé
devrait être considérée comme étant amoindrie dans une très forte pro- Por »
Hystérie. — Roue avons vu dans l’épilepsie, la liberté Furl tota-. lement susperdue pendant les attaques, limitée vis à-vis des actes commis avant ou après, pour peu qu elles soient fréquentes et réitérées à des intervalles rapprochés.
- L'hystérie n’a pas une influence aussi profonde sur l’état mental et les fonctions intellectuelles. Les. attaques quoique plus longues, en
général, causent rarement la perte absolue de connaissance, et la
maladie existe bien souvent sans se manifester par le moindre accès convulsif.
Les hystériques ont de tout temps rempli le monde de leurs exploits, mais nuls n’ont été mieux calomniés, plus admirés, et ne sont encore autant méconnus du monde extra-médical, qui en parle sans cesse.
Lasègue, Legrand du Saulle et surtout l'Ecole de la Salpétrière, ont changé la place de cette névrose en nosographie. M. Charcot lui a donné un cadre véritable, il a étendu son domaine en la montrant commune chez l’homme, alors qu’elle semblait l'apanage des femmes. Sa genèse apparut peu à peu sous l'impulsion du Maitre et de ses is Ils ont montré le traumatisme, les intoxications, l'émotion, etc.,
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