IGNORANCE OU IMPÉRITIE
A l’époque primitive, où le livre sacré réglait la médecine en Egypte, et tant que des recueils analogues firent partout la loi, les prêtres n'avaient à répondre en rien du traitement indiqué. Mais il leur était interdit d'enseigner de nouveaux procédés. S'ils le faisaient, c'était à leurs risques et périls. IIS payaient de leur vie leur insuccès en dehors de toute preuve d’ignorance ou d’impéritie.
- La punition était alors plutôt méritée par la déso-
béissance à la loi que par le manque de savoir. Pendant la période romaine, l'ignorance ne fut
pas la source d’une bien lourde responsabilité ci-
vile pour les médecins.sinon en principe du moins
en fait. Sans doute Gaius considère l’impéritie
comme une faute: « Zmperilia culpæ adnumera-
tur. » (1) De même Ulpien : « Quod per imperi- 4. Digeste, livre L, titre XVII. loi CXXXII.
Ta
liam cominisit (medicus) imputari ei debel ; prætexlu humanæ fragililatis delictum decipientis in periculo homines innoxium essenon debet» (1). Sans doute éncore, l’action directe de la loi Aquilia permettait d'atteindre le médecin qui avait tué ou blessé un esclave, lorsque le dommage avait été causé corpore. Et une action utile avait été créée par le préteur, pour le cas où le dommage aurait été causé à un homme libre, ou n'aurait pas été produit directement par le médecin. « Liber homo suo nomine utilem Aquiliæ habel aclionem, direclam enim non habet, quoniam dominus membrorum suorum nemo videtur » (2).
Il fallait bien qu'il en fut ainsi. L'exercice de la médecine était entièrement libre. Chacun pouvait être médecin sans étude et sans préparation préalable. Il eût vraiment été trop périlleux de soustraire légalement une masse de charlatans à toute responsabilité. Mais Montesquieu se place uniquement au point de vue criminel, quand il parle de la grave responsabilité des médecins romains : « Les lois romaines, dit-il, (3) voulaient que les