VIOLATION DU SECRET PROFESSIONNEL
On s’est préoccupé dès longtemps de l'intérêt social mis en jeu par l'observation du secret médical. La santé publique a toujours exigé que chacun puisse révéler ses misères et ses infirmités, sans crainte de les voir divulguées et livrées à la risée de tous. Combien y regarderaient à deux fois, avant de dévoiler leur honte et parfois leur
déshonneur à un médecin, dans la discrétion du-
quel ils n'auraient aucune confiance. Il faut au malade pleine sécurité pour se déshabiller entièrement, et recevoir ainsi les soins que nécessitent son état. Et l'homme de l’art doit être raisonnablementtenu de réparer le dommage qu'il à causé, s’il n'a pas justifié cette sécurité par un silence absolu. Cette obligation au secret existait déjà dans les mœurs de l’antiquité. Le serment d'Hippôcrate
contient une formule spéciale sur ce point : «Quoi que je voie ou entende dans la société, pendant l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas ». Et Cicéron a dit : « Medici qui thalamos et lecla aliena subeunt, mulla legere debent, etiam læsi, quamovis sut difficile lacere cum doleas » (1).
Il en a été de même dans l'ancienne France.
Aucun texte de loi ne contraignait les médecins à garder le silence sur ce qu'ils avaient pu voir ou apprendre dans Fexercice de leur profession. Mais ceux-ci linrent toujours à honneur de l’observer relgieusement. Jusqu'à la Révolution, les élèves de la faculté de Montpellier firent imprimer le serment d'Hippocrate en tête de leurs thèses. Ceux de la faculté de Paris se bornèrent à cette simple phrase : « Aegrorum arcana visa, audita, intellecta, eliminet nemo ». Les auteurs partagerent également cette manière de voir. Au xvie siècle, Domat écrivait ce passage, maintes fois cité: « Comme les médecins, les chirurgiens, et les apothicaires ont souvent des occasions où le secret des malades et de leur famille leur sont dé-