LOI ROMAINE
été si souvent observée dans la vie pratique, qu*elle n'eut pas la moindre peine à être adoptée par rimmense majorité des hommes éclairés. La grande difficulté consistait à déterminer à quel moment et dans quelles conditions un individu cesse d'être compos mentis. Là-dessus et jusqu'à ce jour, les préjugés, les erreurs de toute nature, les passions religieuses et politiques, l'ignorance et la routine se sont donné libre carrière, sans tenir compte de la notion des fonctions cérébrales, de la genèse des idées et de leur apparition. Il a été décidé par une sorte de convention générale que seul le fou était irresponsable. Mais encore qu'est-ce que la folie? et comment des gens totalement étrangers à l'étude des maladies mentales peuvent-ils s'en faire une idée qui leur permette de la définir? A coup sûr la chose parait difficile, impossible même, à un esprit sensé. 11 faudrait cependant bien mal connaître la facilité extrême avec laquelle les gens du monde, totalement étrangers aux études médicales, dissertent magistralement sur des questions dont ils ignorent les principes les plus élémentaires, pour croire qu'ils ont, un seul instant, été embarrassés. On n'est fou, aux
yeux de la majorité des gens étrangers à la médecine, aux yeux de la classe parmi laquelle se recrutent les jurés, que si on présente un désordre extrême de paroles, une incohérence d'i-
: dées, permettant h peine de distinguer et de leconnaitre les amis et les proches, abolissant tout sentiment de conservation et transformant
. le malheureux malade en une sorte d'énergumène qui ne sait que crier et vociférer, qui déchire ses vêtements, brise, tue ou gaspille tout ce qui lui tombe sous la main. D'après le jugement de nos contemporains ou du moins de Fimmense majorité d'entre eux, on n'est fou qu'à la condition de réaliser en totalité ou en grande partie ce tableau, comme une femme n'est hystérique qu'à la condition de se jeter indistinctement sur tousles hommes et de les convier à d'invraisemblables débauches, comme on n'est épileptique que si on a de grandes crises do contorsions, de l'écume aux lèvres, la langue déchirée, etc. Sans doute, il y a des fous, des hystériques et des épileptiques qui réalisentle prototype que le vulgaire se fait de ces divers états mor-
. bides, mais, il faut bien le dire, c'est l'infime minorité des malades qui réalise ce tableau. Il