‹ De la responsabilité criminelleChapitre 26 sur 46 · FORCE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

FORCE MUSCULAIRE

marqué depuis longtemps, la plupart des criminels ne travaillent pas, ou travaillent fort peu, ce sont des paresseux. Qui peut affirmer que cette paresse dont on leur fait grand grief n'est pas souvent la résultante d'une malformation cérébrale? Si le criminel est moins robuste que son voisin normal, il se fatigue beaucoup plus pour fournir une somme de travail égale à celle de ce voisin ; par conséquent, le travail lui est beaucoup plus pénible et odieux qu'à celui-ci, par conséquent il a une tendance beaucoup plus grande à être un paresseux. Or, je le demande, quelle sera la situation, dans la vie, d'un homme que sa conformation physique porte à la paresse, alors qu'il n'a d'autres moyens d'existence que le travail, que le salaire qu'il peut retirer de son labeur? N'est-il pas probable que, poussé par le besoin, aiguillonné par la faim, et n'ayant à son service qu'un cerveau déjà malade, le crime sera sa seule et unique ressource?

Sans doute on pourra citer des cas encore nombreux de criminels qui jouissent d'une force herculéenne, mais en outre qu'il ne faut jamais tirer un argument d'un fait exceptionnel, il se peut faire aussi qu'une lésion cérébrale, alors qu'elle

porte sur certains points de l'encéphale, ait pour conséquence une augmentation plus ou moins durable de la force musculaire, comme cela se voit chez certains délirants, à certaines époques du décours d'une méningite. Du reste il ne faut pas oublier qu'à côté des criminels par raison anatomique, ou par raison physiologique, il en est d'autres qui, au point de vue cérébral, constituent des criminels véritables, dont la responsabilité est absolue. Ceux-là conservent absolument intacte toute leur force musculaire.

Chez les criminels , les réflexes sont loin d'être normaux, on les trouve constamment ou très affaiblis ou singulièrement exagérés, absolument comme dans toutes les maladies de Taxe cérébrospinal où le môme phénomène se montre, ou bien avec une rare intensité, ou bien au contraire presque annihilé. On a remarqué que d'une manière générale les voleurs et les assassins se faisaient remarquer par des réflexes plus que médiocres.

Il est aussi très fréquent de trouver chez les condamnés pour crime des troubles se rattachant à la chorée, ou bien encore des tics ou des spasmes divers.

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Il faut noter aussi que dans la classe des délinquants on rencontre un nombre beaucoup plus considérable de gauchers qu'on n'en rencontre chez les normaux : 18,5 p. 100 des criminels sont gauchers, tandis que lorsqu'on recherche la même aptitude chez les normaux, on n'en trouve que 5,1 p. 100. 11 est bon de faire remarquer que, d'après les travaux remarquables de M. de Mortillet, l'homme préhistorique était, lui aussi, le plus souvent gaucher.

Le cerveau de bon nombre de criminels, ainsi que celui de beaucoup d'aliénés, est incontestablement inférieur à celui des gens normaux, pour la perception des impressions douloureuses. Lombroso a trouvé la sensibilité émoussée dans plus de la moitié des cas, tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, tantôt des deux côtés à la fois. Les escrocs ont le sens du tact d'une finesse extrême, tandis que le même sens est presque toujours émoussé chez les meurtriers et les voleurs (Lombroso).

Quoi qu'il en soit de cette variation de la sensibilité, suivant les catégories de 'criminels, il est parfaitement acquis que la sensibilité générale est le plus souvent obtuse chez les délin-

quants. Lombroso en trouve la preuve évidente dans la fréquence extrême des tatouages que l'on observe si souvent chez les criminels, et dont quelques-uns, très compliqués et d'une grande étendue, ne sauraient être pratiqués sans provoquer de très vives souffrances, qu'un homme privé de sensibilité peut mieux supporter que ne le ferait un individu normal.

Cette insensibilité générale, que Lombroso et Benedick nomment dysvulnérabilité^ appartient aussi aux sauvages, qui supportent souvent avec une quasi impassibilité des tortures auxquelles peu de blancs résisteraient. Lombroso a cité plusieurs cas de cette insensibilité relative que présentent les criminels, alors qu'un accident vient à occasionner chez eux des blessures quelquefois horribles. Dans aucun cas, le mépris de la souffrance ne se montre plus évident que chez les femmes qui sont décidées à tuer leur enfant immédiatement après sa naissance. Je possède à ce sujet deux faits personnels caractéristiques. Dans le premier il s'agit d'une femme mariée depuis quatre mois avec un de nos fermiers ; cette femme, couchée auprès de son mari, accouche sans réveiller son voisin, se

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lève, va étouffer son enfant, et l'enfouit dans un tonneau plein de cendres, puis se recouche auprès de l'intrépide dormeur, qui ne s'est aperçu en rien de tout ce manège. Dans le second, il s'agit d'une fille, qui se rendant à une réunion champêtre en compagnie de plusieurs de ses amies, se sent prise en marchant des premières douleurs de l'enfantement. Prétextant un besoin naturel, elle entre dans un champ de maïs, s'accouche, enterre son enfant et tout cela s'accomplit dans un temps très court, puis elle fait sept kilomètres à pied et danse toute la journée, pour détourner toute espèce de soupçons.

Les troubles de la vue sont beaucoup plus fréquents chez les criminels que chez les normaux. Le daltonisme, la myopie, l'amblyopie, l'hypermétropie, s'observent très souvent chez eux. Presque tous ont une acuité visuelle inférieure à la normale (Biliakow).

Il serait intéressant d'étudier si la sténose papillaire, dont Anastay offrait un si remarquable exemple, est fréquente chez les délinquants.

Ottolenghi en examinant le champ visuel des épileptiques et des criminels, par le procédé

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de Landolt, a toujours remarqué chez les uns et chez les autres Tirrégularité extrême de ce champ, avec cette caractéristique que la ligne délimitante présente des rentrées fréquentes vers le centre de la figure. Somme toute, les deux tracés sont parfaitement semblables, souvent identiques, qu'ils soient pris sur des épileptiques ou sur des criminels.

Du côté du sens de l'ouïe, Biliakow a noté une oreille beaucoup plus dure chez les criminels russes, que chez les soldats normaux du même pays.

Enfin, le sens musculaire et la sensibilité des muscles ont toujours paru être inférieurs chez les criminels. 11 en est de même du sens de Tolfaction, qui parait aussi posséder beaucoup moins d'acuité chez eux. C'est là ce qui expliquerait, d'après Venturi, la passion généralement répandue dans ce monde-là pour le tabac à priser. Il y a en elFetchcz les criminels 46 p. 100 qui prisent avec délices, tandis que chez les normaux on en rencontre environ 14 p. 100 ayant cette même habitude.

En résumé, le cerveau des criminels n'est pas identique au cerveau des gens normaux au

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