TROUBLES FONCTIONNELS
point de vue anatomique. 11 ne Test pas non plus au point de vue fonctionnel, ces deux termes étant absolument connexes, comme nous Tavons dit. Les lésions sont variées comme nature et comme étendue, les troubles fonctionnels le sont également dans une mesure égale et parallèle.
Nous avons étudié seulement les troubles cérébraux dans ce qui a trait à la physiologie générale, nous tenant seulement dans les perturbations apportées à la sensibilité ou à la motilité. Il nous reste maintenant à faire connaître quels sont les troubles psychiques, qui eux aussi sont la conséquence de ces malformations cérébrales, et qui sont occasionnés par elles. Ici, le champ est beaucoup plus vaste, beaucoup plus difficile à parcourir, et aussi bien moins connu. Cependant il est facile de comprendre que des cerveaux ainsi mal conformés ne peuvent pas jouir d'un fonctionnement psychique normal.
Mais ce qui vient rendre le problème plus difficile à résoudre, c'est que souvent il existe de singulières perturbations dans l'élaboration des phénomènes psychiques, sans que l'autopsie la plus minutieuse puisse révéler la moindre lésion
cérébrale. Nous savons par de multiples constatations, qu'il en est ainsi dans bien des névroses, Tépilepsie, Thystérie, la folie, qui souvent ne se révèlent par aucune lésion matérielle. C'est donc comme une sorte de névrose que nous aurons à étudier ce vaste ensemble de troubles psychiques, névrose qui sera tantôt symptômatique, tantôt idiopathique, pour désigner par ce mot les cas dans lesquels nos investigations anatomiques ont jusqu'à ce jour été infructueuses. C'est donc sous la dénomination de folie morale que nous étudierons cet ensemble complexe d'actes criminels qui peuvent relever, soit d'une malformation, soit d'un état moléculaire du cerveau non défini encore, et pouvant reconnaître pour cause, soit l'hérédité, soit un trouble dans la composition physico-chimique de l'encéphale.
Mais avant d'aborder ce chapitre, nous devons dire quelles sont à notre sens les critiques que l'on peut formuler sur l'ensemble de la doctrine du maître italien. Nous le ferons avec d'autant plus de liberté, que nous sommes absolument convaincus de l'excellence de la méthode, et que certainement les constatations faites par lui
renferment un grand fonds de vérités, et serviront de point de départ pour arriver à une solution véritablement juste et scientifique du problème de la criminalité.
Nous venons d'exposer très brièvement l'ensemble des découvertes modernes de l'anthropologie criminelle, et certainement il serait injuste de ne pas proclamer la part immense qui revient au professeur Lombroso dans ces recherches. A propos de ces données, il faut, croyons-nous, se garder d'un double écueil : le premier consistant à voir dans ces découvertes un critérium infaillible permettant d'affirmer la criminalité si un ou plusieurs des signes indiqués comme étant l'ordinaire apanage des criminels se trouvent très apparents chez un individu; le second consistant à nier purement et simplement toute influence des malformations cérébrales dans la production des crimes.
Il est bien positif qu'un encéphale comprimé, déformé, incomplet ou vicieusement nourri présentera des conditions d'infériorité morales indiscutables. Mais il n'est pas démontré, même par les chifiFres de Lombroso, que cette infériorité déterminera fatalement la pro-
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duction d'actes délictueux ou criminels : en un mot, que Thomme soit irrévocablement condamné au crime de par sa conformation physique. Quand on examine le crâne des personnes qui nous entourent et dont nous connaissons la conduite et les principes depuis longues années^ nous sommes frappés de la fréquence relative avec laquelle on rencontre chez eux des signes qui, constatés sur une tête de criminel, permettraient de les classer dans Tune ou l'autre des catégories que nous venons d'indiquer. La platycéphalie, Toxycéphalie, lagrosseur de la mandibule, la proéminence des portions postérieures du crâne, tout cela se rencontre et s'observe chez des gens qui ne sont pas et qui probablement ne seront jamais des criminels.
Cette tendance à considérer certaines malformations cérébrales comme devant engendrer le crime d'une façon quasi fatale est, à notre sens^ un des points faibles de la doctrine italienne.
Mais un ordre d'idées dans lequel il nous est tout à fait impossible de suivre le professeur Lombroso, c'est dans l'effort incessant qui consiste à vouloir établir une relation de cause à effet, non seulement entre la malformation des
organes et la criminalitd, mais encore entre les variétés des lésions et le genre des délits. Dire par exemple que telle lésion cérébrale caractérise les assassins, tandis que telle autre est la déterminante des vols, des crimes contre la pudeur, etc., c'est, le croyons-nous, une idée absolument fausse, comme nous avons eu déjà l'occasion de le dire. Croire qu'une lésion encéphalique déterminée porte ceux qui la présentent plutôt à voler qu'à commettre des assassinats, voilà qui aurait besoin d'être appuyé par des séries de chiffres l'établissant sans réplique et certainement ces chiffres n'existent pas.
Ce n'est que par l'observation que l'on peut résoudre ce point de psychiatrie. Or, l'observation démontre que les criminels commettent souvent leurs méfaits, en quelque sorte au hasard de leurs besoins ou de leurs passions. Tel veut de l'argent et sera tout simplement un voleur, ou bien un voleur et un assassin, s'il croit qu'il y va de son intérêt ou qu'il a plus de chances de se procurer ce qu'il désire en assassinant, ou bien encore s'il croit que son impunité sera assurée en supprimant un ou plusieurs individus. Il est aussi d'observation que plu-
sieurs criminels n'arrivent à perpétrer des actes vraiment abominables que par gradation, par étapes successives, qui prouvent que dans toutes les circonstances leur cerveau les a entraînés du côté de la criminalité ou du côté des conceptions anormales.
Nous ne croyons donc pas qu'il soit exact de dire que certaines malformations cérébrales déterminent des crimes contre les personnes, d'autres contre les propriétés. Il nous paraît seulement exact de dire que tout cerveau mal conformé donne lieu le plus souvent à des conceptions anormales ou à une idéation vicieuse pouvant déterminer la production d'actes criminels.
A la vérité nous devons dire que chez quelques individus on observe des impulsions vers telle ou telle série d'actes similaires. Mais il faut remarquer que ces impulsions sont loin d'être toujours sous la dépendance d'une lésion encéphalique. Elles reconnaissent souvent pour cause, soit une maladie cérébrale sans lésions, soit une action réflexe et surtout, bien souvent, un ensemble de troubles encéphaliques produisant des hallucinations sensorielles.
Lorsqu'un individu devient criminel par suite d'une organisation cérébrale matériellement vicieuse, il devient tel par suite de processus psychiques divers. Tantôt, c'est parce que les centres moteurs sont chez lui dans un perpétuel état d'éréthisme qui transforme ses actes en des actions réflexes non raisonnées, souvent commises avec Timplacabilité et l'automatisme qui caractérisent tous les phénomènes de ce nom, ou bien parce que cet ensemble pyschique connu sous le nom de sens moral fait défaut, n'ayant pu se développer dans des centres nerveux imparfaits ; ou bien encore parce que, d'une manière générale, la pondération, une sorte de classement exact des choses, des acteé et des idées ne peut s'établir dans un cerveau anormal. Mais rien dans les opérations de l'esprit que nous observons ne nous démontre qu'il puisse y avoir à un moment donné, par suite d'une lésion encéphalique, une tendance manifeste à commettre tel acte plutôt que tei autre.
Il est bien entendu que dans les lignes qui précèdent nous avons uniquement en vue les crimes contre les personnes et les propriétés.
142 UESPONSÂBILITÉ CRIMINELLE.
car pour ce qui concerne les délits contre lea mœurs, il est certain qu'il existe dans le système nerveux central des foyers bien délimités, qui par développement exagéré, ou par éréthismc, ou par intoxication ou par une lésion quelconque, peuvent parfaitement bien déterminer la production d'actes de cette nature.
Et cela, soit parce que leur développement créera une sorte d'impulsion permanente, soit parce que ces centres ainsi anormalement accrus donneront naissance à des réflexes plus intenses qu'ils ne le sont d'habitude. Mais il ne faut pas le perdre de vue, dans ce cas comme dans tous les autres, le cerveau comprend im assez g^rand nombre d'éléments dont la mise en activité engendrera une puissance inhibitoire, qui pourra dans une certaine mesure s'opposer à l'accomplissement de l'acte suscité par une portion défectueuse de l'encéphale. Il faut ajouter que cette puissance d'arrôt sera d'autant plus prépondérante, qu'elle aura plus souvent été exercée.
Dans tout cerveau malade ou non, normal ou anormal, tout se réduit donc à une question d'équilibre et de pondération. Même avec un cer-
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veau vicié dans sa structure, on peut rester parfaitement honnête, si les parties inhibitoires ont acquis une puissance suffisante ; de même qu'avec un cerveau dont la composition est ordinaire on peut être criminel si la volonté est annihilée, si l'inhibition manque. Ce point de balancement et d'équilibre n'a pu jusqu'ici être caractérisé par les recherches de l'anthropologie criminelle. Et cependant ce serait d'une importance extrême, car c'est un très important facteur de la criminalité.
La meilleure preuve que l'on puisse donner de ce contrepoids qui s'établit dans le cerveau résulte de l'examen du cerveau de l'enfant.
Chez celui-ci on remarque toujours une prédominance marquée des portions du cerveau qui président aux actes de l'impulsion, aux actes de l'animalité. Les lobes antérieurs, qui donnent naissance aux conceptions nobles et élevées, sont infiniment moins développés. Aussi Tenfant agit-il, mû par la portion prédominante de son encéphale, jusqu'à ce que les portions antérieures aient acquis toute leur amplitude, ce qui s'effectuera avec d'autant plus de piomplitude et d'une façon d'autant plus complète, que ces
lobes antérieurs seront plus souvent et plus longuement sollicités à un fonctionnement identique. Sans doute il existe des enfants qui naissent avec un développement héréditaire des portions antérieures du cerveau, c'est une exception. Mais il en est d'autres qui apportent en naissant une telle prédominance des parties postérieures du cerveau, que celles-ci maintiendront perpétuellement une suprématie que les portions antérieures seront impuissantes à lui ravir.
Il en est de même pour les asymétries crâniennes. Le défaut de parité entre les deux moitiés similaires de Tencéphale n'implique pas fatalement une perturbation fonctionnelle même relative. 11 serait facile de citer nombre d'exemples d'hommes illustres et honnêtes, chez lesquels existait une asymétrie cérébrale manifeste.
En un mot, dans les phénomènes de cérébration, bien qu'ils soient d'ordre infiniment plus complexe, il en est de même que pour tous les autres oi^anes, dans lesquels une portion dont le fonctionnement est défectueux peut être remplacée et suppléée par une autre partie de l'organe, dont le fonctionnement est normal.
Mais hâtons-nous de le dire, ce n'est là qu'une comparaison grossière, car toutes les parties d'un organe ont les mômes propriétés, tandis que les divers départements cérébraux ont des fonctions diflFérentes, et que dans tous les cas les phénomènes sont d'une complexité beaucoup plus grande.
Quant aux fonctions cérébrales qui répondent aux propriétés élémentaires de la substance nerveuse, il est croyons-nous très peu scientifique de voir dans leurs perturbations, même une simple présomption de criminalité. Dire par exemple que les criminels présentent, soit de l'analgésie, soit une augmentation ou une diminution des réflexes ou toute modalité fonctionnelle anormale, et voir un lien de cause à effet entre la criminalité et ces phénomènes, nous semble une assertion absolument superficielle. Ces diverses perturbations du système nerveux sont purement et simplement l'expression d'un cerveau troublé, soit par une lésion anatomique, soit par une lésion d'un autre ordre pouvant se rattacher à Tune des grandes névroses, ou bien encore à un changement dans la composition moléculaire de
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Tencéphale, ce changement pouvant être- héréditaire, ou acquis, ou bien encore produit par une intoxication. Il ny a donc pas lieu de donner à ces faits une autre interprétation.
Comme toutes les conceptions qui ne sont pas appuyées sur des bases scientifiques indiscutables, celle dont nous venons de parler conduit Lombroso à des conséquences qu'il ne faut accepter que sous bénéfice d'inventaire. Ses vues sur l'habitude du tatouage chez les criminels nous paraissent tout à fait erronées. Pour le professeur italien, il y aurait une certaine relation entre la criminalité et le fait d'être tatoué. En effet, dit-il, les criminels se font surtout marquer ainsi, bien que l'opération soit longue et douloureuse, parce que leur sensibilité est de beaucoup moindre qu'elle ne l'est chez les individus normaux. Or cette insensibilité n'existe que si le cerveau se trouve placé dans certaines conditions pathologiques spéciales, non constantes à beaucoup près chez tous les criminels. Quelques-uns de ceux-ci peuvent au contraire avoir une sensibilité exagérée du fait de leur trouble encéphalique.
Il ne faut pas oublier que l'esprit d'imita-
tion, les longues heures de loisir, une certaine mode qui peut être de mise dans leur soci(^té, sont les raisons déterminantes de ces tatouages fréquents, bien plus que ne peut Tôtre une prétendue analgésie fort problématique et non constante. Peut-on dire que quelques hommes portent certains faux cols, véritables instruments de torture, parce qu'ils sont analgésiques? Évidemment non. Les femmes d'Europe sont-elles insensibles parce qu'elles se font perforer le loiule de Foreille et souvent y attachent des pendants fort lourds? Pas davantage. C'est la mode, voilà la véritable raison, et elle dispense de toute autre. 11 faut aussi remarquer que cette mode est surtout tyrannique chez les gens qui appartiennent h une certaine profession. C'est ainsi que dans la marine de TÉtat, Fhabitude de se tatouer avait pris une si grande extension qu'une circulaire ministérielle en date du 1 i février 1860 a dû. interdire cette pratique On le voit, rien n'implique la moindre présomption de criminalité chez les gens qui se sont soumis à cette épreuve.
Pour bien d'autres phénomènes les conclusions du professeur de Turin nous semblent
également un peu promptes et à nos yeux lement erronées. Telles sont les conclusions ti par lui de la facilité plus ou moins grande a laquelle les criminels rougissent ou pâlisse soit qu'on leur tienne des discours qui tende à les émouvoir, soit qu'on essaie de frapper le* imagination par la vue soudaine d'une am (poignard ou pistolet), soit enfin que Ton essai par remploi du nitrite d'amyle, si chez eux lei poussées congestives vers la face s'effectuent avec facilité. Tout cela est sous la dépendance exclusive de mouvements réflexes, s'étendant au système vaso-moteur. Donc les chifi'res de Lombroso peuvent bien indiquer une prédisposition nerveuse spéciale, mais ces faits défient et longtemps encore défieront toute espèce de classification.
Un point réellement négligé par l'auteur de YUomo deliaquente^ est celui qui a trait aux criminels, chez lesquels une maladie cérébrale toute fonctionnelle et le plus souvent sans lésions appréciables, peut jeter une perturbation assez profonde dans le fonctionnement psychique, pouvant porter celui qui présente cette maladie à des actes absolument répréhensibles. Tout le
monde sait par exemple qu'il n'est pas rare de
voir un alcoolique engendrer un épileptique.
Mais il est tout aussi évident que l'alcoolisme
du père, sans se traduire chez son rejeton par
une maladie aussi dramatique que l'épilepsie,
peut laisser le cerveau du descendant dans un tel
état de trouble fonctionnel, que la sphère des
idées, de l'intelligence et du sens moral en soit
atteinte. C'est cette dégénérescence cérébrale,
dont l'alcoolisme est loin d'être le seul facteur,
qu'il conviendrait d'étudier sérieusement.
Nous savons en effet très peu de choses sur la genèse de tels états cérébraux. Les transformations que l'on observe chez l'enfant, les diverses modalités de perturbation cérébrale qui peuvent être la conséquence d'une maladie des centres nerveux présentés par les parents, ou par l'un d'eux, ont été démontrées par Moreau (de Tours). Mais nous ignorons encore complètement quelle est la règle d'après laquelle s'effectuent de pareilles modifications qui peuvent accentuer ou atténuer la névropathie présentée par l'un des auteurs. C'est là sans doute une grande lacune qui nous oblige à comprendre tous ces nombreux cas sous la dénomination
générique et vague de folie morale ou plus simplement de névropathie. Malgré son importance, ce chapitre de la folie morale a été tout à fait négligé par Lombroso.
Il y aurait là en effet un vaste champ d'études, bien fait pour tenter un esprit investigateur, et pour dire toute notre pensée, ce chapitre est bien plus important que la constitution du type criminel, qui du reste manque fréquemment de se reproduire chez les délinquants, environ 60 fois p. 100 de l'aveu de Lombroso lui-m(!^me. Du reste cette conception d'un type criminel est aussi vieille que le monde, et de tout temps le caractère spécial de certaines physionomies a frappé tous les obseiTateurs, qui ont immédiatement saisi la corrélation existant entre la criminalité et certains aspects, certaines manières d'être du crâne et surtout de la physionomie.
En effet, cet ensemble physionomique a sans contredit une importance autrement capitale que les signes anatomiques. Ceux-ci peuvent n'avoir pas pour conséquence fatale le crime, tandis que l'expression particulière du visage et surtout du regard trompe d'autant moins que le
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plus souvent elle est le produit et le résultat du crime habituel. Seulement, ce sont là des appréciations qui n'ont rien de tangible, rien de mathématique, et il faut pour les apprécier une grande habitude mise au service d'un jugement sûr et éclairé.
Le regard est en effet la chose capitale dans l'ensemble de la physionomie, c'est lui qui réclaire et qui lui donne son véritable cachet. Quelque parfaite que soit la conformation crânienne, on doit toujours fort mal augurer de quelqu'un dont le regard est faux et sournois. Il est aussi vrai de dire qu'un œil franc et droit, coïncidant avec une conformation vicieuse du crâne, indique le plus souvent que l'anomalie de la boîte osseuse a été sans influence sur le cerveau, au point de vue de la rectitude de son fonctionnement. Il faut dire toutefois que, dans l'immense majorité des cas, les deux caractères sont simultanément observés et se prêtent un mutuel appui.
C'est sans doute une monstruosité scientifique de dire que c'est la fonction qui crée l'organe. Cependant au point de vue qui nous occupe, nous devons reconnaître que c'est la
pratique du crime qui donne au regard sa véritable expression de fausseté ou de méchanceté. Le regard est à fort peu de choses près le même chez tous les enfants, et il ne prend un caractère spécial que par suite des divers actes vers lesquels Tenfant aura été entraîné par son cerveau.
La presque totalité des criminels arrive à commettre des actes véritablement mauvais par suite d'une gradation. Le plus souvent ce sont des actes de cruauté envers les animaux ou les enfants plus faibles, ou bien encore des actes d'indélicatesse, de mensonge effronté ou de traîtrise envers ses semblables, qui sont généralement commis en premier lieu. La conception ou l'accomplissement de tels actes avec la nécessité de les dissimuler, impriment nécessairement au regard une expression particulière qui ne fera que s'accentuer à mesure que le nombre des actes répréhensibles ou délictueux ira s'accroissant, à mesure surtout que l'individu coupable se verra dans la nécessité de les tenir mieux cachés.
Mais qui pourra jamais dépeindre et définir ce que c'est qu'un regard faux, sournois ou
mauvais? C'est là, nous le redisons, une appréciation qui n'a rien de démontrable, possédée seulement par quelques individus qui ont beaucoup vu et qui savent observer. Voilà une étude qui aurait dû être faite parLombroso, et les résultats eussent été singulièrement plus probants que la longue série de chiffres donnés par lui à propos d'une foule de phénomènes secondaires que peuvent présenter les criminels.
Les séries de chiffres qui, d'après Lombroso, doivent établir l'existence de tel ou tel fait physiologique, sous la dépendance directe de la malformation cérébrale qui s'observe chez bon nombre de criminels, ne présentent pas un intérêt bien capital, car nous savons que les variations dans la physiologie normale correspondent toujours à des variations d'anatomie ou de structure. Il suffit par conséquent de les noter comme on le fait dans les observations des maladies cérébrales. Leur constatation importe, le nombre de fois que cette constatation est faite importe peu. Personne en effet, depuis Valleix et Louis, ne base la description des maladies sur la numération pour 100 des divers phénomènes. S'il fallait
établir le tableau, soit de la méningite tubercu
leuse, soit de l'hystérie, en basant sa description sur le nombre de fois que Ton observe tels ou tels phénomènes, on serait sûr d'avoir un ensemble dénué d'intérêt et plein d'aridité. En pathologie cérébrale comme en toute pathologie, ce n'est pas l'existence d'un signe qui peut servira établir le diagnostic. Dans l'immense majorité des cas, c'est un ensemble, un consensus de phénomènes qui se prêtent un mutuel appui. Il en est de même en criminologie, car cette nouvelle science n'est qu'une branche ou un chapitre des maladies encéphaliques.
Il faudra certainement de longues, de très longues années, il faudra surtout qu'une physiologie sérieuse nous montre sans réplique quels sont les points du cerveau où on peut localiser certaines facultés, pour que l'anthropologie criminelle entre dans une voie décidément féconde. Mais dès maintenant ce qui doit être le grand point, c'est qu'une autopsie régulièrement et méthodiquement faite, soit pratiquée et publiée chaque fois que l'occasion s'en présentera. Que le cerveau soit étudié avec le plus grand soin, que les diverses lésions ou traces de lésions, soient relevées avec exactitude, et aussi que la
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relation de la vie du criminel soit faite avec le plus grand nombre de détails possibles. On aura ainsi une véritable observation médicale, et certainement quand un nombre considérable de ces documents sera rassemblé, il sera facile d'établir des données générales, permettant de reconnaître et d'établir, aussi bien par les phénomènes d'ordre anatomique que par ceux qui sont d'ordre fonctionnel, d'abord si le délinquant est un vrai ou un faux criminel, par conséquent si sa responsabilité existe ou n'existe pas, et enfin dans quelle classe il doit être rangé.
En résumé cette question doit ôtre traitée comme toutes celles qui sont du domaine médical : étude exacte de l'anatomie pathologique, étude des symptômes qui sont sous la dépendance des lésions constatées, explication des phénomènes morbides par l'état anatomique. De même qu'un médecin doit attacher la plus grande importance à la manière dont les organes qu'il étudie ont fonctionné antérieurement à la maladie, de môme en pathologie criminelle on doit considérer avec un soin extrême quel a été le fonctionnement du cerveau avant la perpétration de l'acte répréhensible. Car la méthode
est une, qu'il s'agisse d'une névrose ou d'une maladie relevant d'une lésion cérébrale quelconque, ou bien d'un état morbide qui a pour conséquence Taccomplissement de certains actes que la société qualifie de criminels.