CHAPITRE VI
Sans doute, à voir le développement que nous avons donné aux études précédentes, on peut se demander, d'abord s'il existe de véritables criminels dans le sens absolu du mot, et si la doctrine que nous avons exposée n'est pas simplement la négation de toute espèce de responsabilité au point de vue de la criminalité. Depuis son apparition cette doctrine a été en butte à une infinité de railleries, ce qui n'est pas pour émouvoir beaucoup, quand on sait qu'il on a été ainsi pour tous les faits médicaux nouveaux mis en lumière, depuis et y compris la découverte de la circulation du sang.
Certainement, et nous tenons à dire très nettement notre opinion à ce sujet, à côté d'un grand nombre d'infirmes du cerveau, d'héréditaires, de déséquilibrés, d'intoxiqués, de dégénérés qui cons-
lituent une très notable partie de Tarmée du crime, il existe de véritables criminels dans le sens le plus strict du mot, des gens qui sont pleinement et entièrement responsables de leurs actes. Le chapitre que nous nous proposons de leur consacrer ne sera pas long, il pourrait être bien plus court et tenir tout entier dans ces quelques mots : Tous ceux dont le cerveau ne présente pas une tare anatomique ou physiologique, que cette tare soit héréditaire ou acquise, sont les véritables criminels responsables.
Ceux qui, en possession d'une hérédité morale normale, présentent une conformation crânienne ordinaire, qui pendant un certain laps de temps de leur existence ont donné la preuve qu'ils possédaient un cerveau convenablement équilibré, qui ne se sont pas intoxiqués, et qui ne présentent pas des stigmates de dégénération, ceux-là ont les plus grandes chances d'être de véritables criminels à responsabilité entière et absolue. Et cependant, même chez ceux-là, il peut exister une malformation crânienne ou une lésion cérébrale qui de leur vivant échappera à toute constatation.
Ceux qui ayant une certaine situation dans le monde à la hauteur de laquelle ils se mainte-
naîbnt sans efforts et qui ont vu cette situation s'amoindrir et disparaître par suite de mauvaises affaires, sans que le fait de cette disparition puisse être mis sur le compte d'une anomalie morale ou intellectuelle, qui pour se sauver, pour conserver les vestiges de leur fortune, commettent certains actes contraires aux lois, ' ceux-là sont la plupart du temps des criminels responsables. Ceux encore qui, à la tête d'une position honorable et très suffisante pour vivre, commettent des actes répréliensibles par cupidité, sont également des coupables dans le vrai sens du mot, toujours à supposer qu'aucun acte de leur vie antérieure ne vienne démontrer la déséquilibration de leur cerveau.
Dans tout cela, on le voit, ce n'est pas seulement par le crime actuel qu'il faut juger un homme, mais bien sur l'ensemble de sa vie antérieure. Et si certains auteurs se sont élevés contre cette sorte d'inquisition morale, qui consiste à fouiller avec soin dans la vie passée d'un accusé, pour arriver à constituer ses antécédents, ce blâme dénote chez son auteur une ignorance parfaite de la physiologie cérébrale. A notre sens, cette enquête est toujours trop lé-
gèrement faite et surtout elle s'arrête à la vie de l'accusé alors qu'elle devrait porter aussi sur l'existence et la manière d'être de ses parents. 11 est en effet telles de ces enquêtes qui suffisent largement à montrer ce qu'est un homme.
Dans un procès récent, lorsqu'on a reconstitué la vie d'un accusé ayant commis un crime capital, on a trouvé que cet homme, âgé de quarantecinq ans, avait occupé au moins quinze situations différentes. Que dans chacune d'elles il avait déployé de véritables qualités d'énergie et de bon vouloir, bientôt suivies d'actes marqués au coin de la plus folle des imprévoyances. Tour à tour il avait été prêtre, soldat, employé de commerce, entrepreneur à l'étranger, mécanicien, constructeur, etc., etc., et cela sous toutes les latitudes, et toujours il sortait de ces situations, soit par un acte insensé ou criminel, jusqu'au jour où il entra dans la maison où il assassina un vieillard à coups de marteau. Eh bien ! on peut affirmer qu'une telle existence, est la caractéristique d'un homme dont le cerveau est absolument déséquilibré. S'il ne porte pas les traces d'une tare anatomique qui explique tous les actes de sa vie, il n'en est pas moins vrai que sa vie antérieure est le pre-
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mier et le plus précieux témoignage de son état cérébral. Les idées ordinaires, le genre de vie, les sentiments divers montrés par l'accusé, serviront amplement à porter un jugement sur sa responsabilité ou son irresponsabilité.
Cette reconstitution de la vie antérieure de Taccusé est, même de nos jours, une des questions capitales du procès criminel. Quant on a suivi les débats devant la Cour d'assises, il est facile de voir que toujours Taccusation et la défense s'évertuent Tune et Tautre à mettre en pleine lumière quels sont les antécédents de Taccusé, et c'est là un procédé qui est toujours d'une efficacité certaine devant le jury. Les avocats habiles, savent très bien tirer parti d'antécédents irréprochables, quand leur client en possède de tels. Par là ils montrent que l'accusé est un homme généralement honnête, dont les facultés intellectuelles et morales ont toujours évolué avec mesure et pondération. Si la preuve du crime n'est pas complète, il y a, disent-ils, de bien grandes présomptions pour que l'accusé ne l'ait pas commis ; si le crime est certain, il y a les plus grandes probabilités pour que le méfait soit le produit d'une aberration momentanée. Tel est
Targument de la défense, et, on le voit, ce sont des arguments qui semblent inspirés uniquement par ce que nous savons aujourd'hui des causes et des moteurs ordinaires des actions criminelles. Quand les arguments analogues sont au contraire produits par Taccusation, les conséquences sont tout autres. Plus en effet on démontrera que la vie antérieure d'un accusé s'est passée à commettre d'autres crimes, plus on mettra en lumière une longue série d'actions coupables commises par lui, et plus on prouvera que cet accusé possède un cerveau absolument incapable d'idées saines, de conceptions morales justes, d'équilibre intellectuel complet. Sans doute il y a des gens qui ne sauraient agir dans la vie sans se rendre coupables d'actions malhonnêtes ou criminelles, parce qu'il y a des cerveaux qu'une tare anatomique ou fonctionnelle, met en dehors d'une cérébration normale et régulière, et dans ce cas-là ce n'est plus un coupable que l'on a sous les yeux, mais simplement un malade dont l'encéphale est défectueux. Si le crime est douteux, l'accusation peut dire avec de grandes probabilités que l'accusé en est l'auteur, puisqu'il est ainsi conformé. Mais il est bien
évident que si le crime résulte d'une conformation cérébrale spéciale, celui qui Ta commis n'en est pas responsable.
Telle est la seule conclusion logique à tirer dans ces deux cas. Je sais bien que d'habitude les jurés ne concluent pas de mème^mais certainement quand les notions que nous exposons ici se seront largement vulgarisées, une pareille manière de voir s'imposera, à moins qu'on ne veuille éternellement ne pas aborder ce problème.
Il faut donc au contraire applaudir à cette manière de procéder, car il n'en est pas de plus judicieuse, de plus capable de mettre en lumière quel homme on a devant soi au point de vue cérébral. Il est positif que lorsque ce moyen d'investigation est négligé, on peut souvent courir au-devant d'une lamentable erreur judiciaire au point de vue de la responsabilité, erreur qui peut avoir des conséquences terribles. C'est là ce qui s'est passé pour le curé Verger, qui tua l'archevêque de Paris Sibour. Le procès du meurtrier fut fait en grande hâte, on ne perdit pas de tpmps à rechercher les antécédents. Le crime était palpable, la victime hors de pair, il fallait un exemple terrible et prompt. 11 en fut
fait ainsi. Verger fut condamné peu de temps après son crime et exécuté peu de temps après sa condamnation. Si on se fût donné la peine de s'enquérir quel était cet homme, on aurait appris^ nous dit Brierre de Boismont, que ce prêtre était exalté, violent et parfois mélancolique; qu'il comptait dans sa famille huit aliénés ou suicidés^ que deux mois avant de frapper l'archevêque, déféré pour un délit devant le tribunal correctionnel de Melun, il fut mis hors de cause comme étant aliéné. Que sa folie avait frappé ses collègues au point qu'il fut signalé par eux comme un fou dangereux. Rien làe tout cela ne fut di* au procès, il était beaucoup plus simple de le décapiter, car, ne l'oublions pas, il fallait \m exemple. Avouons que pour un peuple civilisé, il est particulièrement fâcheux d'en donner de tels.
Une des choses les plus certaines, dont renonciation ressemble cependant à un paradoxe, c'est que ce sont d'habitude les faux criminels qui sont pris et condamnés, tandis que la plupart du temps les véritables criminels échappent à la rigueur des lois. En parcourant la longue liste des crimes qui se commettent quotidiennement on
â82 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.
est étonné de trouver un aussi grand nombre de crimes que Ton pourrait appeler des crimes bêtes. En effet, dans la plupart d'entre eux on est frappé de la faiblesse du plan de conception, de Timprévoyance qui est presque constamment de mise, et de la façon étrange dont se comportent les criminels une fois que le crime a été commis par eux.
Le plan est généralement enfantin, si bien que le crime étant commis, le nom de Tauteur vient en quelque sorte se présenter à tous les esprits et que le nom du coupable est aussitôt unanimement désigné par ce que Ton appelait autrefois la clameur publique. Souvent aussi l'imprévoyance est extrême. Nous ne parlons pas des criminels qui laissent sur le théâtre du crime une pièce accusatrice, destinée à les faire découvrir, un instrument que tout le monde sait leur appartenir ou un mouchoirmarqué àleurchiffre, ce quiarrive encore assez souvent. Nous voulons parler de ces plans dont l'exécution repose presque toujours sur une hypothèse, et qui demandent pour réussir un concours de circonstances qui ne se réalisent pas touj ours. Ce plan peut échouer à l'occasion du moindre incident qui vient déranger Taccomplissenient
du méfait, ou tout au moins en faire découvrir Tauteur.
Le crime commis, la conduite des fous criminels ou fous moraux qui constituent une très importante partie des délinquants, est aussi dénuée du moindre esprit de suite. La plupart des assassins ont rhabitude de revenir sur le lieu du crime. Les voleurs se confient à des gens qu'ils connaissent à peine pour leur confier le produit de leur vol, ou bien ils se livrent immédiatement à de folles dépenses, qui les désignent hautement comme ayant en leur possession une grosse somme d'argent, alors que d'ordinaire ils sont dans la misère. En outre, dès que les crimes sont commis, leurs auteurs dont le cerveau est imparfait, cèdent promptement aux impulsions qui régnent en eux; les débauchés vont promptement dévorer une partie de l'argent volé, dans les maisons de prostitution, où ils sont en contact avec des femmes qui ne demandent pas mieux que de les dénoncer; les ivrognes s'adonnent à la boisson, et dans leur ivresse fournissent souvent des indices précieux aux agents qui les pourchassent. Je ne parle pas de la coutume assez singulière de certains malfaiteurs, qui consiste à s'attabler dans la maison
ee^ EESPÛNSIBIUTÊ CRIMLNELLE.
OÙ le crime vient d*èlre commis et de boire, mansrer et s'enivrer après le crime. Je ne parle pas noa plus de la singulière coutume dictée par la superstition qui consiste à pratiquer certains actes pour être sûr que Ton ne sera jamais découvert. Ainsi les bandits Italiens ont l'habitude de tremper le bout de leur index gauche dans le sang qu'ils viennent de répandre et de le porter à leur bouche. Les assassins Allemands se croient surs de Timpunité s'ils ont déposé leurs excréments à côté du cadavre de la personne qu'ils viennent de tuer.
Et tout cela se comprend fort bien : que leur anomalie cérébrale soit liée à une des lésions que nous avons décrites, ou qu'ils soientalteintsdefolie morale les conduisant au crime, soit par impulsion irrésistible, soit par manque de sens moral, soit par déséquilibration, il n'en est pas moins vrai que ce sont toujours de pauvres têtes incapables de concevoir un plan bien compliqué et de se dérober longtemps aux recherches dont ils sont l'objet.
Du reste les policiers ne s'y trompent pas; quand ils se trouvent en présence d'un crime, qu'ils l'étudient et se rendent compte de la façon dont il a été commis, ils comprennent s'ils ont
affaire à un homme fort et intelligent, ou bien s'ils ont affaire à un criminel ordinaire ; ils ont dans ce dernier cas la certitude que le coupable ne tardera pas à être arrêté et que cette capture ne se fera pas longtemps attendre. De fait ils connaissent ordinairement le coupable et attendent qu'une circonstance fortuite les mette en sa présence. Quelquefois cependant ce résultat se fait encore assez longtemps attendre, comme dans le cas que j'ai cité. Car le fou moral ressemble à certains animaux, qui ne prennent que fort peu de précautions pour dissimuler certains de leurs actes, et qui déploient toutes sortes de ruses quand ils se sentent poursuivis.
La manière de procéder du véritable criminel est tout autre; celui-ci n'a pas de poussées impulsives, il sait parfaitement et se rend très bien compte qu'il jouera très gros jeu en commettant l'acte qu'il médite. Aussi il conçoit et mûrit ur plan longtemps à Tavance, laisse peu de choses au hasard et s'efforce de prévoir toutes les éventualités. La lecture des mémoires écrits par des policiers est curieuse à ce point de vue. Le véritable criminel sait fort bien que malgré toutes ses précautions, il peut être pris et accusé, aussi
est-il en mesure de se défendre sur ce terrain-là ; il a su se créer soit des alibi, soit une série de motifs qui, dans une certaine mesure, peuvent excuser son crime ou tout au moins l'atténuer ou le rendre en quelque sorte légitime. Aussi ce criminel est-il rarement pris, le plus souvent il échappe, tandis que de pauvres malheureux, coupables surtout d'avoir un cerveau imparfait, soit dans sa forme, soit dans ses fonctions, ne peuvent pas se sauver, et quand on instruit leur procès leur idéation est trop imparfaite pour pouvoir combattre avec succès les charges rassemblées contre eux. En un mot, la perpétration d'un crime, sans que le coupable soit découvert, est un problème qui sera toujours mieux résolu par un cerveau normal et bien pondéré, que par un cerveau malade ou défectueux.
Aussi quelle différence dans les résultats : le criminel qui n'est qu'un fou moral, forme une notable partie du contingent de nos bagnes et de nos maisons centrales. Le véritable criminel fait souvent le beau de nos salons et de nos réunions; on se le dispute, on se l'arrache, il a réussi et, possédant beaucoup d'argent, il a beaucoup d'admirateurs, il est réellement le roi du jour, l'entre-
preneur du vol organisé qui consiste à faire croire au public qu'on le fait participer à une immense et glorieuse entreprise, et qui vole et dilapide l'argent d'une foule de gens qui naturellement ne peuvent rien contrôler.
Ce sont aussi des malfaiteurs et des criminels, ceux qui s'associent en bande pour exploiter la crédulité ou la cupidité de ceux qui les environnent, qui mettent en actions des entreprises qui n'ont jamais existé, et qui se servent du mensonge comme monnaie courante. Criminels aussi les forbans littéraires ou scientifiques qui volent avec impudence le travail d'autrui ! Criminels enfin tous ceux qui basent leurs ressources sur la réclame éhofitée et mensongère, le chantage, le puffisme, etc., et cependant leur nom est légion, ils pullulent et envahissent tout, et leurs criminelles industries s'accomplissent avec une telle impudeur et sous des dehors qu'ils essaient de rendre si honnêtes, que nul ne songe à les poursuivre, et que, poursuivis, la grande majorité les absoudrait, parce que la grande majorité est disposée à les imiter.
A voir l'impudence avec laquelle toutes ces mauvaises actions se produisent au grand jour,
on pourrait être tenté d'admettre que tous ces criminels n'ont pas de sens moral. Ce serait là une erreur complète. Pour exister chez quelqu'un le sens moral a besoin de deux choses, d'abord des sensations (qui ne manquent à personne), et ensuite de cellules nerveuses normales et d'une constitution moléculaire irréprochable, permettant les opérations de généralisation et de synthèse. Certainement les individus qui appartiennent à certaines catégories, possèdent par suite de leur culture intellectuelle, un cerveau très susceptible de discerner ce qui est bien d'avec ce qui est mal. Mais souvent, à la vérité, ils affectent une indifférence absolue pour toute idée morale, bafouant les idées de justice et d'altruisme. Mais c'est là une manière comme une autre de se singulariser, et surtout de se permettre bien des actes que d'avance on a déclarés non répréhensibles.
Les gens dont nous venons de parler se rencontrent un peu partout, et partout ils sont comptés conmie faisant partie du groupe des honnêtes gens. Les jugements portés sur leur compte sont multiples et variables. Pour les uns ce sont de très braves gens, pour les autres des bizarres ou des excentriques. Pour d'autres enfin de vrais co-
quins. Cela dépend des actes et des paroles d'après lesquels chacun les a jugés, ou bien encore d'une de ces intermittences qui sont la caractéristique de toutes les maladies cérébrales, qu'elles soient constituées par une lésion permanente ou qu'elles consistent en une névrose. C'est là, pour le dire en passant, ce qui donne une base fragile aux statistiques de l'anthropologie criminelle. Pour être probantes elles devraient être établies, en ce qui touche les malformations encéphaliques mises en regard de la criminalité, parallèlement à d'autres constatations faites sur les honnêtes gens. Dans ces conditions-là il est facile de comprendre, que si ces mêmes malformations se rencontrent chez 10 p. 100 des gens honnêtes et que précisément il y ait parmi eux des criminels ayant pu échapper aux poursuites, ou n'ayant encore commis aucun crime, mais n'attendant qu'une occasion de le commettre, le rapport se trouvera faussé du tout au tout et n'aura plus aucune signification. C'est là ce qui doit mettre en garde contre les statistiques de l'anthropologie criminelle qui, pour être exactes, devraient définir ainsi les individus sur lesquels portent les investigations : Gens qui sont en prison et gens qui n'y sont pas.
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Il est encore une autre considération qui doit trouver ici sa place. D'après ce que nous venons de dire, il semble que c'est surtout parmi les gens d'un certain monde et d'une certaine intelligence qu'il faudrait chercher pour trouver les véritables criminels réellement responsables. Nous avons dit pourquoi ils sont moins souvent déférés aux tribunaux que les autres faux criminels. C'est que les uns conçoivent et exécutent leurs crimes avec un cerveau normal, tandis que les autres n'ont à leur service qu'un encéphale anatomiquement ouphysiologiquementen dehors de la commune règle. Ce qui place encore le cerveau des gens d'une position supérieure dans des conditions meilleures, c'est l'hérédité et l'éducation. L'hérédité qui, dans la classe où les besoins n'ont jamais été impérieux et où l'aisance a toujours existé, met plus généralement à l'abri des anomalies fonctionnelles, de celles surtout qui relèvent de l'alcoolisme, de la scrofule, de la tuberculose et du rachitisme. L'éducation dont certainement il ne faut pas exagérer l'importance, mais qui ne laisse pas que d'être un facteur appréciable dans l'évolution psychique, d'abord en ce qu'elle présente des idées toutes faites, souvent justes sur
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le bien et le mal, le licite ou Tillicite, ensuite parce qu'elle arrive à donner au cerveau la notion de ridéal, c'est-à-dire à quintessencier en quelque sorte les notions que nous tenons de nos sensations, à leur donner un corps, à en faire une conception nette et plus ou moins définie. Ainsi armé par une hérédité généralement meilleure et par une éducation plus parfaite, l'individu appartenant aux classes dites élevées, semble devoir beaucoup moins succomber et être plus rarement entraîné vers le crime, à moins qu'une malformation crânienne ou psychique ne vienne, malgré ses chances meilleures, le constituer à l'état de malade, et dans ce cas il rentre dans la catégorie des criminels irresponsables. Du reste, c'est là pour les individus appartenant h cette classe, aussi bien que pour ceux qui font partie des autres, un diagnostic toujours extrêmement difficile à préciser. Un tel criminel est- il réellement responsable? ou bien présente-t-ilune lésion ou malformation crânienne, ou une maladie mentale, qui le constitue à l'état d'être parfaitement inconscient et irresponsable? C'est là une affirmation que souvent on ne peut émettre qu'après la mort, alors que l'on a son cerveau en-
tre les mains et que celte conslatation n'a plus aucune utilité immédiate pratique.
Que la question soit ardue et extrêmement difficile à résoudre, nul n'en saurait douter, mais ce n'est pas là une raison pour n'en pas chercher la solution. De même, les inconvénients qui peuvent résulter de la refonte de nos lois au point de vue de la responsabilité ne doivent pas être une considération qui ajourne indéfiniment cette réforme.