‹ De la responsabilité criminelleChapitre 37 sur 46 · TROUBLE CÉRÉBRAL · texte numérisé non relu

TROUBLE CÉRÉBRAL

seignement, il parcourait la ville en divers seus afin de dépister ses ennemis. Il croyait coudoyer en marchant les personnes suspectes et crachait pour ne pas absorber les miasmes funestes qu'oR lui envoyait. Il prononçait des mois cabalistiques, faisait des gestes bizarres pour déjouer les projets de ses ennemis et surtout pour dépister la police acharnée à sa perte, disait-il. En l'entendant professer, personne n'aurait pu soupçonner une pareille maladie. Lorsqu'il rentrait k soir, il se barricadait chez lui, vivait avec des aliments qu'il achetait tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, pour mettre à néant les complots de ses empoisonneurs. Il se levait la nuit pour faire des ablutions et se livrer à d'autres actes excentriques.

Voilà certainement un véritable fou qui était bien loin de présenter les dehors de l'aliéné. Qui se fut douté qu'un pareil professeur était un aliéné absolument irresponsable de ses actes?

Aujourd'hui même où il suffit de causer avec un médecin aliéniste, pendant quelques instants, de faire avec lui la visite de son établissement et de sa clinique, pour voir combien la folie est multiple dans ses manifestations, combien les

fous et les malades do cerveau, soit anatomiquemenl, soit physiologiquemeot, sont capables de suite dans les idées, de dissimulations habiles, de conduite admirable d*un plan sérieusement et sournoisement élaboré pour arriver à un but voulu, aujourd'hui, dis-je, où ce sont là des nolions d'ordre vulgaire parmi les médecins, on ne trouve personne qui se mette à la tète d'une réforme radicale et absolument conforme aux nouvelles idées de progrès scientifique.

Le progrès ! certes quand on dit à quelqu'un : Vous n'êtes pas un partisan du progrès, on lui fait une mortelle injure, mais au fond, la plupart de nos contemporains professent une adoration pour le mot. à la condition que les choses restent constamment dans la routine séculaire, où ils se complaisent et dont ils sont en quelque sorte un produit naturel et inconscient.

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