‹ De la responsabilité criminelleChapitre 41 sur 46 · JURY DE RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

JURY DE RESPONSABILITÉ

miné. Il serait loisible à ce jury d'entendre des témoins et de faire telle enquête qu'il jugerait bonne au point de vue de son édification sur la responsabilité. L'enquête pourrait porter et sur le condamné et sur sa famille et sur son genre de vie habituel. La reconstitution de la vie passée, dont nous avons déjà démontré toute l'utilité, servirait à démontrer, si on devrait considérer le criminel comme étant délinquant d'occasion ou un délinquant d'habitude. C'est par celte reconstilution que l'on peut arriver à connaître si l'on a devant soi un homme qui jouit du sens moral, possède une volonté normale, est ou n'est pas à la merci de ses impulsions. L'acte pour lequel il a été condamné peut être une conséquence de sa manière d'être, ou un fait qui sort violemment en dehors des habitudes de son état mental. Donc et à tous les titres, rien ne serait plus utile que cette enquête rétrospective et tel devrait être le premier soin de notre jury, ayant à se prononcer sur la responsabilité du condamné.

Dira-t-on que ce serait là une tâche trop difficile et au-dessus des ressources de l'art? que d'un autre côté le condamné pourrait facilement abuser de la crédulité de ce nouveau jury ? A cela

on peut répondre que sans doute il faudrait apporter à ce jugement une attention soutenue et une compétence spéciale, mais cette tâche ne nous parait en aucune façon être au-dessus delà capacité de la classe parmi laquelle ce jury devrait être recruté. Quant à la question de supercherie possible, je puis répondre qu'il n'est pas facile de simuler la folie aux yeux de praticiens exercés. Il le serait encore moins de simuler une hérédité, une conformation crânienne, des habitudes et une vie entière dirigée de telle sorte, que la notion d'irresponsabilité en apparaisse comme en étant la conséquence.

On comprend sans peine que le fonctionnement d'un tel jury serait pour le premier, pour celui qui doit se prononcer sur la matérialité du fait, une sauvegarde et une sécurité. Actuellement c'est au jury ordinaire, composé de très braves gens, mais d'habitude peu versés dans l'élude de la physiologie cérébrale, qu'il incombe de statuer sur la responsabilité, si la question n'a pas été posée à des experts compétents. Aussi il arrive que dans la crainte très louable de condamner un accusé, qui peut-être pour eux ne jouit pas d'une entière liberté morale, les jurés prononcent

Page 1