MALADES CRIMINELS
une prison ordinaire, la maladie cérébrale 4aMt il est atteint a les plus grandes chances daller en s'aggravant, surtout par Timitation qui jwie dans les maladies nerveuses un rôle si capital, et qui sera fatale, étant donnée la promiscuilé dans laquelle vivent certains prisonniers. Donc non seulement manque de soins, mais encore aggravation presque fatale d'un mal qui n'^st pas toujours incurable.
Mais il existe encore une autre raisoa, qui doit aussi être d'un grand poids : si la maladie qui a eu pour conséquence Taccomplissement
- d'un acte criminel est constante, pourquoi marquer d'infamie un homme qui était inconscient
- au moment où l'acte répréhensible a été commis par lui, alors qu'il est possible que peut-être il redeviendra un citoyen comme les autres. Et la famille présente et future n'a-t-elle pas aussi des droits à la protection de la société? Ne ferait-on pas une différence capitale entre la famille d'un vrai criminel, et celle d'un homme
< qui n'était qu'un malade, lorsqu'il a commis l'acte pour lequel il a été condamné? M. Cullerre cite très judicieusement l'observation d'œi homme considérable, officier de la L^ion d'hon-
neur, et ancien intendant des armées, que son cerveau tout à fait malade finit par conduire à Charenton. Après avoir commis de fort nombreuses excentricités, il se promena un jour, exposant aux regards du public ses cuisses et ses parties sexuelles; il fut condamné. Deux mois après, nouvelle promenade sur un balcon, dans un costume tout à fait sommaire, nouvelle condamnation et interdiction de porter sa décoration. Enfin plus tard de pareilles excentricités se renouvelant, on finit par où on aurait dû commencer, on l'enferma dans un asile. 11 n'en avait pas moins été condamné deux fois en police correctionnelle et dégradé. Croit-on qu'une famille n'ait pas cruellement à souffrir dans sa réputation, lorsque des faits semblables se produisent? Comment peut-on expliquer qu'un homme du mérite de M. Tarde écrive à ce sujet : « Il faut laisser sans trop de regrets la flétrissure de l'opinion s'attacher aux condamnations judiciaires, quand elles frappent même soit un criminel de naissance, soit un homme entraîné au crime par une immoralité momentanée susceptible de se reproduire. A moins de relever tous les criminels sans exception de la dégradation
OPINION DE M. TAHDE. 3^7
sociale, qui accompagne leur expulsion hors de la société, il faut la maintenir à Tégard de tous les criminels de naissance et d'occasion, puisque pour être momentanée timmoralité de ces derniers n'en est pas moins liée elle-même à des conditions cérébrales qui la déterminent (1). » D'où il faut conclure que si M. Tarde est atteint d'un érysipèle de la face ou d'une fièvre typhoïde^ et que dans son délire il se livre à des actes répréhensibles, il devra être condamné et que nous devrons lui en laisser la flétrissure sans regrets, puisque son immoralité momentanée aura été liée à des conditions cérébrales qui Fawont déterminée. M. Tarde nous permettra de lui dire que dans ces conditions-là il changerait très probablement de manière de voir.
La seule raison que l'on puisse invoquer, peutêtre au point de vue pratique, pour ajourner l'application de ces données de l'anthropologie criminelle, c'est la nécessité de l'exemple. Certainement l'exemple d'une exécution capitale ou d'une sévère condamnation est destiné à faire une impression profonde sur ceux qui en seront
(1) Tarde, loc. cit.^ p. 36.
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