AVENIR DE LA DOCTRINK
lion morale, et procédant souvent par impulsions tout à fait irrésistibles. En outre, nous pouvons ajouter que s'il est bien et solidement établi, que Tindividu criminel est absolument irresponsable, il est au moins excessif de lui couper la tête pour le faire servir d'exemple. Sans doute l'exemple est bon, mais le respect de la vie humaine est encore mieux.
Nous n'avons du reste pas la moindre illusion à avoir sur le sort réservé aux nouvelles découvertes de l'anthropologie criminelle que nous nous proposons d'étudier. Bien des années se passeront encore, avant qu'elles soient généralement adoptées. Une réforme de cette importance doit être bien profondément enracinée dans les esprits, avant de se traduire en coutume usuelle, et nous devons reconnaître qu'une telle notion est loin d'exister dans les esprits de la majorité de nos contemporains. Nous sommes trop les fils des gens qui ont fait les guerres de religion, qui ont applaudi aux bûchers, aux exécutions en masse des gens qui ne pensaient pas comme eux, au point de vue philosophique ou religieux. Nous avons conservé de cet héritage une tendance extrême à voir un peu par-
tout de véritables crimes, que la mort ou le bagne seuls pourront assez punir. Sans remonter bien loin, n'avons-nous pas vu à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, des individus condamnés à mort et exécutés parce qu'ils n'avaient pas sur le gouvernement et la politique les mômes idées que leurs juges ? De pareils faits ne se sont-ils pas passés sous nos yeux? Ne voyons-nous pas tous les jours des gens condamnés à mourir de faim par le retrait de leur emploi, d'autres dont on brise impitoyablement la carrière, parce qu'ils ne pensent pas suivant une formule adoptée, et ne trouve-t-on pas des théoriciens pour excuser de semblables aberrations de conduite ?
Comment espérer que les véritables crimes soient appréciés avec justice, quand on est encore aussi impitoyable sur les délits de la pensée ? Cependant les idées qui découlent des constatations de l'anthropologie criminelle sont à l'ordre du jour ; certainement elles feront leur chemin plus ou moins vite, mais on peut affirmer qu'elles ne disparaîtront pas, parce qu'elles sont l'expression de la réalité des faits, et que tôt ou tard la vérité finit toujours par triompher.