‹ De la responsabilité de l'état à raison des fautes de ses agentsChapitre 31 sur 144 · L. DupRiËZ · texte numérisé non relu

L. DupRiËZ

Professeur de Droit public comparé à l'Université de Louvain.

(janvier-avril 1895)

Depuis l'époque où a été écrite ma dernière chronique, il s'est produit en Espagne dUmportants événements politiques qui méritent un examen détaillé. L'insurrection séparatiste de Cuba; la guerre soutenue aux îles Philippines ; la chute du pouvoir du parlî libéral, chute motivée par divers faits graves qui ont profondément impressionné l'opinion publique et ont causé un état d'alarme, d'anxiété et de crainte dont l'effet s'est fait sentir pendant plusieurs jours; une crise ministérielle longue et laborieuse; rarrivée au pouvoir du parti conservateur dans des conditions

difficiles pour résoudre les problèmes ardus dont Fétat actuel de la politique réclame la solution : tels sont les faits les plus saillants qui, avec d'autres non moins intéressants, vont faire Fobjet de cette chronique.

Qweslloii de Cuba.

Il y avait déjà longtemps que l'île de Cuba attirait d'une manière spéciale Fattention publique de notre pays, à l'occasion notamment de la discussion du projet de réformes de son régime gouvernemental et administratif. Maintenant c'est encore avec plus de raison qu'on s'occupe d'elle à cause de l'insurrection séparatiste qui y a éclaté pendant les derniers mois écoulés et qui laisse redouter la reproduction des malheurs des dernières guerres. Ce faitlanientable est venu nous surprendre au milieu de la satisfaction qu'avait occasionnée la \'ue de tous les partis unis par le patriotisme pour travailler en commun à améliorer la situation politique et économique de nos colonies en Amérique.

Le projet de réformes de l'administration de Cuba présenta au début de grandes difficultés ; car il avait fait naître une grave surexcitation et soulevé de graves passions dans les esprits, parmi les différents partis des Antilles dont j'ai indiqué l'attitude dans ma précédente chronique. La lutte entre les représentants des diverses tendances débuta à l'occasion du débat politique qui eut lieu à la Chambre des députés au mois de novembre. Heureusement le Ministre de Ultramar (des colonies) eut la bonne chance de trouver une formule de transaction qui fut acceptée par tous les partis ; c'est grâce à elle que le projet passa sans difficulté et qu'il fut transformé rapidement en loi.

Le projet de réformes discuté et voté, il semblait qu'une période de paix et de prospérité allait s'ouvrir pour Cuba. Bien que les bases de cette réorganisation puissent être diversement jugées sur chacun des points auxquels se réfère le projet, bien que tout le monde n'ait pas reçu pleine satisfaction, ce qui est le propre d'une transaction survenue entre tendances opposées, néanmoins on doit considérer la réforme comme très utile et très favorable, puisqu'elle a pour but de concéder une certaine autonomie au gouvernement des colonies. D'ailleurs, elle n'est nullement une solution qu'un parti ou une école aurait imposée aux autres ; au contraire, chaque parti peut trouver dans la nouvelle loi quelque chose qui est son œuvre propre ; pour les uns, elle n'a pour objet qu une simple décentralisation, tandis que pour les autres elle est

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coDsidérée comme le premier pas vers la réalisation de leur idéal d'autonomie complète et absolue, d'expansion et d'indépendance de la vie locale à Cuba.

Pendant la discussion, on n'avait prononcé que des paroles de concorde et de paix ; le vote acquis, la joie fut générale, et c'est avec enthousiasme qu'on s'adressa mutuellement des félicitations. M. Canovas del Castillo, en terminant son éloquent et patriotique discours, avait dit : « En ce moment, grâce à l'adoption de ces réformes, j'ai la conviction intime — et je ne puis m'empêcher de la communiquer sincèrement au pays — que cette loi sera là-bas pendant un certain laps de temps, peut-être pendant plusieurs années, une garantie certaine d'ordre, de confiance et de paix. » Malheureusement, la guerre qu'ont suscitée récemment les séparatistes dans ce pays est venue démentir très rapidement ces belles paroles.

On ne pas peut admettre que l'insurrection soit une conséquence des réformes,bien que quelques personnes aient cherché à établir une relation entre ces faits. La guerre actuelle n'a absolument aucun caractère politique : tous les partis de l'fle ont condamné l'insurrection et ont offert leur concours au Gouvernement pour combattre les perturbateurs de la paix et les ennemis de la patrie.

Les premiers actes de la rébellion ont produit la surprise que causent toujours les événements tristes et douloureux, alors même qu'on a prévu la possibilité de leur réalisation ; cependant, depuis longtemps, certains indices se manifestaient qui préoccupaient tous ceux qui suivent avec attention le mouvement et la vie de nos colonies. Les préparatifs que les ennemis de la patrie faisaient à Cuba et surtout aux Etats-Unis ont donné naissance à une conspiration dont les origines sont bien antérieures à l'époque où ont été proposées et discutées les réformes dont nous venons de parler ; peutêtre bien même qu'elle n'a éclaté que parce qu'on supposait que ces dernières n^aboutiraient pas.

Les séparatistes prétendaient profiter de l'inquiétude et de la surexcitation que l'échec des réformes aurait produites parmi les divers éléments politiques et sociaux de Cuba. Il est possible également que les conspirateurs aient cru qu'en commençant le mouvement insurrectionnel au moment où on allait discuter les réformes, la crainte des conséquences de la guerre ferait reculer le Gouvernement et sacrifier l'œuvre de concorde de tous les partis. Mais il n'est pas nécessaire de chercher des causes immédiates lorsqu'il s'agit d'un mal grave et permanent. On sait qu'il existe à New- York diverses associations avec une direction centrale, qui ont

entrepris Tœuvre du séparatisme et qui travaillent constamment en ce sens.

Quelques journaux appelaient depuis quelque temps l'attention du Gouvernement sur l'agitation qui se produisait à Cuba et sur les dangers qui étaient à redouter ; depuis quelques jours assurément des nouvelles officielles précises devaient être parvenues au Ministère, lorsqu'un de nos navires de guerre partit pour Cuba.

Les nouvelles que l'on reçut tout d'abord étaient assez alarmantes. Aussi l'opinion publique et la presse désignèrent-elle le général Martinez Campos pour remplir les fonctions de Gouverneur militaire de l'île de Cuba, avec d'autant plus de raison que cest lui qui termina la derrière guerre que nous avons eue dans cette colonie. On considéra comme une chose certaine qu'il s'embarquerait avec les premières troupes expéditionnaires ; mais le Gouvernement résolut de renvoyer cette nomination à plus tard, pour le cas où la gravité des circonstances la réclamerait.

Dès l'arrivée au pouvoir du parti conservateur, on apprit que de nouveaux groupes (partidas) s'étaient présentés dans l'île et qu'on avait vu débarquer sur les côtes les chefs de faction (cabecillas), Macéo, Crombet et autres qui avaient pris part à la dernière guerre. Aussi, un des premiers actes du Gouvernement présidé par M. Canovas, fut la nomination du général Martinez Campos comme gouverneur de l'île et directeur de opérations, et l'envoi de 8,000 hommes pour renforcer l'armée de Cuba.

Le Gouvernement libéral aussi bien que le Gouvernement conservateur se sont occupés avec une grande activité à faire tous les préparatifs nécessaires pour la guerreet à organiser les régiments de l'armée péninsulaire qui sont allés augmenter les forces des troupes qui^en temps ordinaire, résident dans la colonie. En peu de temps on a envoyé à Cuba 20,000 soldats : et de nouveaux régiments sont prêts à s'embarquer si les circonstances l'exigent. Cette activité du Gouvernement lui a valu l'approbation générale; et il est inutile de dire que tous les partis ainsi que l'opinion unanime de la nation appuient le Ministère, comme cela devait être nécessairement, dans une entreprise qui intéresse au môme titre tous les Espagnols ; car il s'agit de la défense de l'intégrité de la patrie. Les Certes ont voté immédiatement un crédit extraordinaire et sans limites pour parer aux dépenses qu'occasionnera le rétablissement de l'ordre public dans l'île de Cuba.

L'insurrection est localisée jusqu'à ce jour dans la province de Santiago de Cuba; et bien que le nombre des partidas et des insurgés qui les composent ne soit pas très grand, il est à craindre

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qu*on ne puisse que tardivement soumettre l'insurrection, à cause de la nature du terrain qui est très favorable à la guerre d'embuscade et de l'influence du climat qui est très pernicieux pour nos Boldats. Cependant l'impression dominante est optimiste, tant en raison de la confiance qu'inspirent les qualités du général Martinez Campos qui connaît fort bien le pays, théâtre de la guerre, que de l'espoir où Ion est que l'état de l'île et l'attitude prise par tous les partis des Antilles, qui ont offert sans condition leur concours au Gouvernement, priveront les séparatistes de toute espèce de secours et de toute probabilité de succès.

Un des incidents auxquels a donné lieu la guerre actuelle de Cuba, incident qui, par son caractère particulier, a acquis une certaine importance, c'est celui qui est relatif à la sommation faite au navire de guerre de l'Amérique du Nord The Alliance par un croiseur espagnol stationné dans les eaux de Cuba. Le 8 mars, le navire de guerre Conde de Venadito vit à la hauteur de la côte est de Tîle un vaisseau qui se dirigeait vers le nord -est. Le (7onde de Venadito lui fit des signaux pour qu'il s'arrêtât ; mais le navire poursuivit sa marche. C'est alors que notre navire de guerre tira plusieurs coups de canon à blanc et deux à boulet.

Le récit des circonstances du fait fut contradictoire : tandis que le commandant de V Alliance soutint que la sommation lui avait été adressée en haute mer, les autorités espagnoles affirmèrent qu'elle avait eu lieu à moins de trois milles de la côte.

Cette conduite trouve son explication dans la nécessité d'empêcher le débarquement de nouvelles troupes d'insurgés et de poursuivre la contrebande de guerre. Les journaux d'Amérique et de quelques autres pays ont exagéré les proportions de la difficulté, qui a été résolue facilement et amicalement.

Malgré l'état de guerre, le Gouvernement a l'intention de ne pas retarder l'application à Cuba des réformes politiques et administratives qui ont été votées dernièrement.

Bien que les nouvelles relatives à l'insurrection de Cuba ne soient pas aussi satisfaisantes qu'il serait à désirer, l'Espagne trouve un motif de consolation dans le triomphe que nos armes ont obtenu contre les habitants révoltés de Mindanao. La guerre que nous avons soutenue pendant longtemps aux îles Philippines pour soumettre à la domination effective de l'Espagne de vastes territoires habités par des peuples à demi sauvages qui n'avaient pas voulu reconnaître notre souveraineté, s'est terminée glorieusement à la suite des derniers combats et surtout de la décisive victoire

de Marahuit qui nous a livré la totalilé de 1 île de Mindanao et qui ouvre un large champ à la future colonisation de ce pays.

Protection de l'agrlenlture.

Une autre des questions qui ont le plus préoccupé le Gouverne- 1

ment et l'opinion publique, c'est la pétition pressante que diverses ^

provinces ont adressée à l'autorité supérieure pour que Ton établît

des mesures de protection destinées à favoriser la vente des blés ^

nationaux pendant que sévira la grave crise agricole dont souffre ,

notre pays depuis longtemps et qui est la conséquence de causes '

très complexes, et à laquelle il est diificile de porter remède. C'est une crise qui ne peut pas se résoudre k l'aide de dispositions législatives ou de remèdes passagers, bien que ces derniers soient de j nature à alléger le mal pour le moment.

Les agriculteurs alléguaient qu'en raison de la grande concur- :J

currence des céréales étrangères, ils n'obtenaient pas dans la vente des blés nationaux un prix rémunérateur et demandaient qu'on augmentât les droits de douanes qui les frappaient aux frontières. La question était très difficile k résoudre pour le Gouvernement, non seulement à cause de la nature et des difficultés du problème, mais encore parce qu'il était nécessaire de concilier des tendances contraires d'école qui avaient leur représentation au sein môme du cabinet présidé par M. Sagasta; puisque quelques-uns de ses ministres se sont toujours distingués par leurs idées contraires au protectionnisme.

Le Gouvernement présenta à la fin un projet de loi qui reçut rapprobation des Cortès et qui établissait une augmentation de droits de 2 fr. 50 par 100 kilog. sur les blés de provenance étrangère, de 4 fr. 12 sur les farines, et de 2 fr. sur le son. Ce droit extraordinaire devait être perçu jusqu'au 31 décembre de la présente année.

La production vinicole souffre aussi en ce moment d'une profonde crise, ayant pour origine le défaut de débouchés où l'on puisse écouler les grandes quantités de vin que produisent certaines régions de l'Espagne. On sait que le vin est un des plus importants produits de notre exportation, d'où l'intérêt qu'ont présenté les meetings qui ont été organisés par les viticulteurs de Catalogne, d'Aragon et de Castille pour exposer les souffrances qui pèsent aujourd'hui sur cette branche considérable de la production nationale et pour étudier les remèdes les plus convenables.

Les pétitions formulées et approuvées dans ces réunions ont été

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les suivantes : réforme et réduction des impôts ; tentative par tous les moyens possibles d'ouvrir de nouveaux marchés en Europe et en Amérique pour Técoulement du vin espagnol^ et prohibition absolue de la fabrication des vins artificiels.

Le Gouvernement est préoccupé en ce moment par cette grave question et le ministère de Hacienda a annoncé qu'il étudiait quelques projets de nature à donner satisfaction aux justes réclamations des viticulteurs.

QnesUoB dn Maroc. — IHodlIlcatloB du traité de Harrakesli.

L'ambassade marocaine dont la venue en Espagne avait été annoncée depuis longtemps, arriva à Madrid le 28 janvier. Le 31, au moment où l'ambassadeur se rendait au Palais Royal pour assister à la réception officielle, à la porte même de Thôtel où il était descendu, se produisit contre sa personne un regrettable attentat, commis par un fou. Ce fait causa une profonde douleur dans l'opinion publique et provoqua, de la part du Gouvernement et des Chambres, de sincères et énergiques protestations faites au nom de la nation pour réparer l'offense reçue par le représentant du sultan.

Nous avons déjà indiqué dans notre prt^cédente chronique que la mission confiée par l'Empereur du Maroc à son ambassadeur ne pouvait avoir pour but que de demander la modification du traité de Marrakesh ; et c'est, en effet, dans ce sens, qu'ont eu lieu tous les entretiens qu'a eus Sidi Brisha avec notre Ministre d'État.

Le résultat de ces entretiens a été que l'on a ajourné à un an la démarcation de la zone neutre de Melilla, démarcation qui, d'après le traité antérieur, aurait dû être faite le 1*^ novembre dernier au plus tard. Quant à l'indemnité dont 16 millions restent encore à payer en plusieurs termes, le sultan offre de la remettre entre nos mains dans un délai de quatre mois, en tenant compte d'une bonification de 6 p. 100. Une autre question traitée avec l'ambassadeur a été celle qui est relative à rétablissement de consulats à Fez et à Marrakesh ; mais elle n'a pas été résolue d'une manière définitive : il a été convenu que sa solution dépendrait du résultat de la négociation générale entamée par d'autres nations, et que si un autre pays quelconque établissait un consulat dans ces villes, l'Espagne aurait le droit d'en faire autant.

Telles sont les clauses principales de la convention qui a modifié le traité de Marrakesh du 5 mars 1894.

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CHBONIQUE POLITIQUE (ESPAGNE) 527

Affaires de la marlae.

Une fois que les députés eurent voté les deux importants projets de loi des droits de douane sur les blés et des réformes de Cuba, et tandis que le budget général de TËtat était soumis à Tétude d'une commission, la Chambre populaire ne pouvait pas faire un meilleur emploi du temps, dont elle disposait avant de discuter le budget, que de le consacrer à exercer son contrôle sur diverses matières de la plus haute importance pour le pays. Et parmi les matières présentant ce caractère, doivent figurer à coup sûr les afiaires relatives à la marine de guerre.

Les Cortès avaient voté, il y a quelques années, un crédit extraordinaire pour la construction de navires de guerre. Mais le pays voyait que les résultats ne répondaient pas aux sacrifices quHl s'était imposés pour accroître notre puissance navale, et cela, sans doute, par la faute de la mauvaise administration du ministère de la marine. Aussi, Fopinion publique et la presse réclamaient-elles que Ton mît fin aux fautes ou aux abus qui ont produit des conséquences aussi déplorables.

A la fin de la législature précédente, la Chambre s'occupa de cette grave question. Ensuite, plusieurs députés prièrent le Ministre de vouloir bien communiquer aux Cortès les documents qui étaient de nature à fournir des renseignements sur l'emploi du crédit extraordinaire voté pour la construction de Tescadre.

Le 19 février, on présenta à l'Assemblée une proposition demandant qu'il fût ouvert une enquête parlementaire sur des affaires d'un aussi grand intérêt pour la nation. Bien que la proposition ne pût pas être à la convenance du Gouvernement, et plus particulièrement du ministre de la marine, et bien qu'on parlât avec beaucoup d'insistance de l'intention bien arrêtée de M. Pasquin (ministre de la marine) de donner sa démission pour ce motif, l'opinion de la Chambre se manifesta d'une manière si unanime en faveur de l'utilité de l'enquête, que le Gouvernement jugea plus prudent d'éviter le conflit en acceptant la proposition, et celle-ci fut votée. Pour faire partie de la commission qui devait procéder à l'enquête, on désigna les hommes politiques les plus en vue de chaque parti, pour montrer qu'il s'agissait d'une question nationale plutôt que d'une question politique.

Badfiet de i89S-i8M.

Le i*' février, le ministre de Hacienda lut devant l'Assemblée

ri2S A. L0PB2 SKLVA

son projet de loi de tiimacas pour k prochaîne année budgétaire. Dans l'expoâé qui accompagne le projet» le ministre commence par manifester son intention de laisser aux deux Chambres ua temps suiFisant pour discuter te budget : c'est dans ce but qu il a présenté avant la date ordinaire son projet de loi de finances. Attribuant une grande importance aux réformes administratives, à la recherche des fraudes et à Tactivité dans le recouvrement des impôts, le ministre veut que le budget national ait des ressources suJTïsantes pour faire face aux dépenses j en admettant que celles-ci se maintiennent au même niveau que pendant ces derniers temps et que notre système budgétaire fasse rentrer dans les caisses de rËtat le montant total des recettes prévues.

Dans la détermination des dépenses^ on a tenu compte des nécessités des services publics êi la disposition desquels ou doit mettra des fonds suflisants^ mais en les maintenant dans les limites indispensables pour ne pas modifier la politique d'équilibre proclamée constamment par le Gouvernement. Les recettes se calculent par un procédé automatique, en prenant pour point de comparaison celles qui ont été effectuées pendant Tannée 1804. Quant aux imp<!»ts, on ne touche rien aux principaux d^entre eux-

Voici d'ailleurs le résumé du budget :

Dépenses Fr. 765,400,882 90

Recettes.,,, » 758,430.122 —

î.es calculs étant basés sur les recouvrements de ISO^i, il est à espérer que les recettes seront supérieures à celles qui sont prévues au projet de budget, étant donnée la hausse qui se produit sur les fonds publics.

Vrlue ministérielle.

La crise à Toccasion de laquelle le parti libéral est tombé du pouvoir, a été produite par ce qu'on appelle « la question des subnl' ternes iî quia ou pour cause la publication par un journal d'uu article que les officiers de rarméc ont considéré comme injurieux. Divers groupes de personnes, parmi lesquelles on voyait un assez grand nombre d'uniformes militaires, se présentèrent à la rédaction et à rimprimerie de ce journal et commirent des actes de violence qui se reproduisirent le lendemain dans les bureaux de rédaction d'antres journaux, sans que les autorités civiles ou militaires, qui eurent connaissance de ces faits, fissent le nécessaire pour les réprimer»

La situation de la presse dans de pareilles circonstances était difficOe^ le conflit revêtait les caractères d'une grande gravité, parce que la répétition de ces faits qui portaient atteinte à la sécurité et à la propriété individuelle» ainsi que l'entière liberté avec laquelle ils s^étaienl produits, constituaient une sérieuse perturbation de Tordre public ; et, dans tout cela, la responsabilité du Gouvernement était fortement engagée.

La question, comme cela se devïne, fut agitée dans les assemhUes parlementaires ; et le ministre de la guerre, en donnant des explications, essaya plutôt d'atténuer ou, mieux encore, d excuser h^ actes accomplis par les ofliciers. Dans cette situation, le rôle du Gouvernement devint encore plus dilTicile,

Los événements dont il vient dï^trc parlé. avaient eu lieu les 14, 15 et 16 mars ; le 17 se tint te conseil des ministres dans lequel fut décidée la retraite totale du cabinet présidé par M. Sagasta. 11 parait que, dans ce conseil, quelques ministres, en discutant Tattitude adoptée par certains éléments de l'armée, déclareront que, dans de telles circonstances^ il était impossible de gouverner et que le mieux serait de résigner le pouvoir» M. Sagasta, dont les vues étaient les mêmes, proposa la démission du Gouvernement. Sur ce point j Taccord fut unanime; mais, avant de se séparer, les ministres décidèrent d'accepter la démission que le gouverneur militaire de Madrid avait offerte et de nommer à cette fonction le général Martinez Campos,

Dès l' instant où la crise éclata, on reconnut que sa solution présenterait, de nombreuses diflicultés. Comme solutions possibles du coadit, on indiqua immédiatement les suivantes : l'ocelle d'un ministère intermédiaire présidé par l'un des deux présidents des Chambres ; 2" celle d'un gouvernement purement militaire présidé parle général Martinez Campos; 3" celle d'un ministère conser\'ateur. La constîtulfon d'un ministère libéral non présidé par M. Sagasta présentait de nombreux inconvénients, soit parce qu'il était dillkile d harmoniser dans son sein les diverses tendances de la majoritéi soit parce qu il était impossible qu'un cabinet de traneition eût la force morale et Tautorité nécessaire dans ces circonstances. La seconde solution ne put pas davantage aboutir parce que le général Martinez Campos ne voulut pus se décider à accepter le pouvoir, 11 ne restait donc d'autre parti à prendre que de faire appel aux conservateurs.

Pendant le temps que dura la crise, on sentit prédominer dans une certaine mesure l'autorité militaire : on intenta divers procès à quelques journalistes, en demandant contre eux Tapplicatiou du

aaO A. LOPEZ SBLVA

Code militaire qui, dans un de ses articles, parle de la pénalité qu encourent ceux qui, par un moyen quelconque, dirigent des ofTenses contre l'armée. Et, donnant à cette disposition une acception un peu large, les militaires soutenaient qu'elle était aussi applicable à la presse et que, par conséquent, les journalistes, dans ce sens, étaient, eux aussi, soumis à la juridiction martiale.

Ce fut là, en réalité, le fond de la question à laquelle, pendant ces quelques jours, on donna des proportions exagérées : beaucoup croyaient qu'il s'agissait de ressusciter les anciens maux de notre politique et qu'on prétendait imposer une dictature militaire. Les faits sont venus démontrer, dans la suite, que rien de tout cela n'existait.

Enfin, M. Canovas del Castillo reçut la mission de former un gouvernement. Celui-ci fut constitué le 23 de la manière suivante : Présidence, M. Canovas del Castillo; Estado^ M. le duc de Tétuan; Gracia y Jusficia, M. Romero Robledo; Guerre, général Azcarraga ; Marine, vice-amiral Beranger ; Hacendia, M. Navarro- Revertep ; Gobemacion, M. Cos Gayon ; Fomento, M. Bosh y Fustegueras ; Ultramar^ M. Castellano.

La constitution de ce ministère inspira du dégoût et de Tindignatîon parmi les conservateurs dissidents que dirige M. Silvela, parce qu'ils sont les ennemis irréconciliables de M. Romero Robledo et des tendances qu'il représente dans le parti conservateur. C'est ainsi que, quelques jours plus tard, dans une séance de la Chambre^ on vit se faire complètement et définitivement, à Toccasîon d'un discours de M. Silvela, la séparation des deux groupes du parti conservateur que d'anciennes difTérences éloignaient déjà TuQ de Tautre.

Les Cortés et le CronYeroemeot.

Les Corlès reprirent leurs séances le 27 mars ; et le président du conseil des ministres, reconnaissant la singulière situation dans laquelle se trouvait le Gouvernement qu'il présidait, en face d'un Parlement dans lequel il ne comptait pas de majorité, dit dans son discours de présentation : « Nous ne ferons pas le moindre usage de l'initiative ministérielle, puisque nous sommes devant des Chambres qui ne partagent ni nos principes, ni nos idées sur la conduite politique à tenir; nous venons seulement solliciter la majorité actuelle et lui dire que, ce qu'elle était disposée à voter et ce qu elle était résolue à accorder en matière financière au Gouvernement qui nous a précédés, qu'elle le vote et qu'elle l'accorde,

comme elle voudra et dans la forme qui lui paraîtra la plus convenable, au Gouvernement qui se présente aujourd'hui devant elle en vertu de la prérogative royale. »

Le chef du parti libéral avait promis au ministère le concours loyal de la majorité pour l'approbation du budget et le vote de quelques lois indispensables au Gouvernement. En vertu de cette promesse, loyalement tenue jusqu'à ce moment, rien n'empêchera le budget d'être promptement adopté ; et une fois que cela sera fait, la mission des Certes actuelles aura pris fin.

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Après un long ostracisme, plus volontaire que forcé, TEspagne a vu le retour du chef révolutionnaire Don Manuel Ruiz Zorrilla qui a défendu pendant vingt ans et encouragé, du lieu de sa retraite, Tesprit révolutionnaire du parti républicain progressiste. Son rêve, qu'il a manifesté à diverses reprises, était de ne rentrer en Espagne qu'à Toccasion du triomphe de la République ; mais le malheur et la maladie Font obligé à venir chercher dans sa patrie le soulagement de ses souffrances. Avant de quitter Paris, il écrivit à ses partisans une lettre, que Ton peut considérer comme son testament politique, dans laquelle il leur déclarait que l'état de sa santé le forçait à abandonner la direction de son parti et à rentrer dans la vie privée.

On ne peut méconnaître l'importance de ce fait qui a entraîné la dissolution de l'un des partis républicains. Le chef s'étant retiré et personne n'étant en mesure de le remplacer dans ses fonctions, le groupe ne pouvait guère que se dissoudre. C'est, en effet, ce qui est arrivé. Sur la convocation de la Junte directrice, l'assemblée du parti s'est réunie pour délibérer sur sa réorganisation. Mais, dès les premières sessions, est apparue la division profonde qui existait au sein du groupe ; et ceux qui préconisaient d'une manière absolue les mesures révolutionnaires, ont refusé d'accepter les décisions de l'assemblée et d'obéir à la nouvelle Junte que celle-ci venait de nommer.

Cet esprit de révolte contre les chefs actuels s'est répandu à travers le camp de la démocratie et a rendu nécessaire la réorganisation totale des partis qui représentent et défendent les idées républicaines (1).

A. LoPEz Sel VA.

(Traduit par^M' J. Gaubb, avocat.)

(1) Au moment de mettre sous presse nous parvient la nouvelle de la mort de H. Bois Zorrilla (juin).

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