‹ De la responsabilité de l'état à raison des fautes de ses agentsChapitre 80 sur 144 · LES · texte numérisé non relu

LES

ÉPIPHÉXOMÉNES DE L^ÉVOLITION DU POUVOIR

L'évolution du pouvoir est pour les hommes une continuelle source d'émotions. Il y a là un épiphénomène, c'est-àdire un phénomène secondaire, relativement indifférent si Ton se place au seul point de vue des transformations du pouvoir, mais qui, envisagé de plus haut, dans ses rapports avec le progrès social, présente de l'intérêt.

Le pouvoir politique se transforme en pouvoir économique, le pouvoir économique en pouvoir politique; sous une de ces formes ou sous l'autre, le pouvoir provoque des phases de lutte et aboutit à des périodes de paix. Durant toutes ces évolutions, le pouvoir circule, il passe d'un homme à l'autre; tel qui était puissant, devient misérable ; tel qui était riche, brusquement est ruiné ; en revanche, des familles, qui pendant longtemps avaient végété, tout d'un coup parviennent. Ces hauts et ces bas de la fortune ont leur contre-coup immédiat dans le cœur de l'homme, y suscitent des émotions tantôt agréables, tantôt douloureuses.

On peut dire que toute augmentation de pouvoir prévue ou réalisée est naturellement accompagnée d'émotions agréables, espérance ou joie; qu'au contraire, toute diminution de pouvoir appréhendée ou réalisée est naturellement accompagnée d'émotions douloureuses, anxiété ou chagrin. Cela est vrai, non seulement de l'augmentation ou de la diminution du pouvoir politique ou du pouvoir que donne la richesse, mais encore de la santé et de la force physique.

Or la société considère ces émotions individuelles comme une quantité négligeable socialement indifférente. Tout ce qui s'est fait, tout ce qui existe autour de nous dans le monde social a été créé au milieu des émotions : nous ne nous en souvenoiïs plus. Que reste-t-il des émotions de l'artiste lorsqu'elles

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