‹ De la responsabilité de l'état à raison des fautes de ses agentsChapitre 92 sur 144 · VACCARO. — LA LUTTE POUR L'BXJSTRNCB · texte numérisé non relu

VACCARO. — LA LUTTE POUR L'BXJSTRNCB

ainsi en rapport avec des notions d'ordre administratif qui ne pouvaient échapper à Tinvestigation de MM. Dislère et de Moùy, en leur qualité de membres du Conseil d'État. La variété des questions traitées dans ce livre est extrême : le diplomate peut y apprendre autant que le jurisconsulte ; le praticien y trouvera un grand nombre de solutions clairement et fermement déduites ; Thomme de science se plaira à y voir condensée, en un volume, la matière de plusieurs ouvrages étendus et, à divers titres, instructifs. Ajoutons que Tabondance des textes reproduits et des décisions citées permet presque toujours de contrôler l'opinion des auteurs : ce qui donne au lecteur, le plus ordinairement, le double plaisir de se trouver d'accord avec des écrivains de mérite, et de s^ôtre fait pourtant, en un sens, sa conviction par soi-même.

René Worms, Docteur en droit, agrégé de rUDiversité.

La lutte pour rezistence et ses effets dans rhumanité, par

M. Ange Vaccaro, avocat, directeur de la Bibliothèque du ministère de la justice, à Rome, ouvrage traduit en français par J. Gaure, avocat, 2» édition. Paris, Chevalier-Marescq et C««, 1892, in-S^, VII- 186 pages. Trois francs.

Il faut savoir gré à M. Gaure d'avoir rendu accessible au public français, par une élégante traduction, le livre intéressant de M. A. Vaccaro.

De la lutte pour Texistence, parmi les plantes et les animaux, il ressort que dans le plus grand nombre de cas, ce sont les meilleurs qui survivent. M. Vaccaro s'eiforce de démontrer que, dans la société humaine, les effets de la sélection n'ont pas été jusqu'ici aussi bienfaisants. Ce ne sont pas les plus forts et les meilleurs, au point de vue physique, qui survivent et prospèrent. Sont-ce au moins les plus intelligents et les plus honnêtes ? Pas davantage. « Regardez partout et dites- moi si c'est le talent et Thonnôteté qui triomphent, ou bien la fraude, Tintrigue, le vol, le mensonge, la lâcheté, la perfidie et toutes les passions les plus honteuses et les moyens les plus dégradants » (p. 170). M. Vaccaro qui fait un tableau si noir de la société actuelle et des effets qu'y produit la lutte pour Texislence ne nous indique pas très nettement dans son chapitre sur la Sélection dans Vavenir comment on pourra empêcher de pareils résultats de se produire. Peut-être serait-il plus simple de reconnaître que la loi darwinienne, en matière sociale, a de moins en moins d'application à mesure que la civilisation progresse et que Tidée de solidarité se répand, que la législation accumule tous les jours plus d'obstacles devant cette loi sauvage, et qu'on peut mesurer le degré de progrès d'un peuple aux institutions qui en sont le contre-pied le plus direct. Le regretté de Laveleye a écrit sur ce sujet, dans sa mordante critique de Vlndividu contre VÉlat de M. Herbert Spencer, des lignes que l'on peut regretter de ne pas voir citées dans le livre de M. Vaccaro.

REVUE DES PÉRIODIQUES

Le Correspondant. Juillet, août, septembre i895,

LK DUC DE BROGLIS. — La mission de M. de Gontaut à Berlin (livr. des 25 juillet et 25 août). — Lorsque, à la fin de 1871, les îtilntîonâ diplomatiques furent rétablies entre la France et l'Empire ailetïiand, Itï roya!igte de grande famille qu'était M. de Gontaut-Biron fut choisi jmr M. Thif^fi* pour l'ambassade de Berlin. Sa parenté avec les Badsiwil lui aiuuriiit accueil dans la société prussienne, et les dispositions personnelles de rKm porteur le firent bien venir de la Cour. Quoique assez différemment vu par M. de Bismarck, il remplit sa mission avec utilité pour la France en mettant t\ son service et le même patriotisme de Français de vieille souche qui s'était m r-ourageusement déployé chez d'autres de même provenance sur \ef> cbani[ii4 cle bataille de la Beauce, et le sens politique nécessaire. Il a laissé, parBit-lL de» a Souvenirs », qui commentent, reflètent ou plus ou moins reproduiient î^ cornîspondance. M. le duc de Broglie, qui les a vus, en a pris occasion d'écrire Thîfitoïre de la tentative de troisième Restauration poursuivie par le parti dout il a tM le représentant plus que le chef, en tout cas le principal et très distingué porâonnage, et, cette tentative ayant échoué, Thistoire rapide du guuveraùirii'iit du 24 Mai, à l'extérieur surtout.

Les leotevirw qui ont vécu au nnlieu de ces circonstances trouveront que, dans ce tnivailj 'écrivain n'ajouterait rien qui n'ait été connu, si une fois dit et justifié ù. an manière et à celle de ses amis pourquoi ceux-ci prirent l'attitude qui amena M. Thiers à résigner ses pouvoirs, il ne s'était pas préoccupé d'établir r^ue M. de Hîâiaarck et Tltalie se trompèrent à redouter, de leur part, l'avènement d'un gouvernement d ultramontain et clérical » devant tirer les conséquencej:^ de snti principe par la réinstitution du pouvoir temporel du pape à Rome (ît, en AJlemague, par un tel appui prêté aux États catholiques que TUnité allemaude nof^ de nos défaites viendrait k péricliter.

Quant à la conduite du parti envers M. Thiers, le duc de Broglie l'abrite sous les luêiiieft griefs qu'il y a vingt-quatre ans, à savoir que le chef du pouvoir exécutif avait demandé à tout le monde la neutralité, l'avait promise et en profitait pour favoriser les tendances républicaines ; qu'ayant ouvert la session, à la fin de 1872^ par la proposition de constituer définitivement la république, la guerre contrfî Aon pouvoir devint légitime de la part des monarchistes, de sorte que la coiiimituiioii di.-H Trente agit licitement en lui rendant la vie à ce point difficile qu'il prOfr^ra abandonner l'autorité ; qu'il s'en démit d'ailleurs par mouvement d'huiiiêur t4)ut simplement, quand de bonnes paroles lui auraient ramené assez d'bomm<}s prC^ts à s'en contenter, mais qui ne les entendant pas sortir de sa boucha, le mirent en minorité au vote final.

Évidemment l'écrivain veut ne contrister ni son parti ni lui-même, sans quoi il Rurait reconnu que ses amis avaient été fort loin d'attendre la fin de 1872 pour mettre de côté, eux, la neutralité convenue ; qu'avant la fin de 1871, déjà, ils s'Étaient nenez prétendus maîtres de rétablir la monarchie pour que les Frani;ais qui n'en professaient pas le culte fussent en émoi; que dès le commencement de 1872 et tout le long de cette année, les menées dans ce sens s'étaient déve-

loppées toutes grandes, qu'elles menaçaient de pousser jusqu'aux suites extrêmes et inquiétaient par là vivement Topinion, tandis qu'elles créaient hors de France, au point de Téloigner désormais sans retour de tout allégement dans les conditions mises à la cessation de Toccupation ennemie, des appréhensions chez le politique rude à qui les événements avaient assuré Tomnipotence en Europe.

Voilà les ûiits dans leur réalité; Técrivain a évité de la voir ce qu'elle fut. Naturellement il n*a pu discerner que oes faits produisirent celui-là même qui est resté le cheval de bataille de son parti contre M. Thiers, c'est-à-dire la proposition de revêtir d'une constitution définitive l'état de république latent où l'on se trouvait depuis dix-huit mois. Elle devait inévitablement surgir de cette situation. M. Thiers obéit, en la présentant, à l'esprit d'homme d'État qu'il possédait, et le parti pour lequel le duc de Broglie vient d'écrire eut Tétonnement de constater, à l'opposé de ce qu'un moment il s'était cru le droit de croire, que hors de France même l'entreprise avait pour effet d'accroître l'autorité de son auteur, loin que les inquiétudes dont ce parti la jugeait remplie effrayât personne. A cet égard, les fragments de correspondance que le duc de Broglie a empruntés aux € Souvenirs :d de M. de Gontaut-Biron ne lussent point de doute et sont intéressants. Mais en définitive, son écrit ne saurait décider l'histoire dans le sens qu'il désire. Il rendra uniquement à ce parti l'office de lui donner l'apparence au moins de bonne figure que procure toujours, en France, une plume remplie d'aisance, d'esprit, d'ironie aimable et des multiples agréments que la distinction porte avec elle.

Au sujet des craintes d'ultramontanisme européen que l'avènement éventuel de la troisième Restauration suscita en Allemagne et en Italie, l'écrivain confirme leur intensité par les extraits mêmes que lui fournissent les a Souvenirs :» de M. de Gontaut à diverses lettres échangées entre ce dernier et lui. Ces extraits démontrent que, pour le duc de Broglie lui-même, l'éventualité en question était de celles dont il importait de dissiper les préoccupations aux lieux qu'elles inquiétaient. Ils font voir qu'il s'y employait, mais qu'il n'y pouvait suffire. Certains principes, en effet, portent leurs fruits tout seuls, même malgré qui que ce soit se rencontrant pour penser qu'il y mettra à propos obstacle. Le duc de Broglie fait bon marché des ultramontains déclarés qui menaient la campagne ; or ils ne se cachaient pas pour tenir de lui le même langage, et non sans fondement, la situation étant donnée. On le savait trop bien à Berlin et autour de Victor- Emmanuel ; c'est pourquoi on ne tenait guère compte des assurances prodiguées, et pourquoi on y demeura comme en veillée des armes non seulement toat le temps que nous mîmes à payer notre rançon à partir des premiers mois de 1872, mais encore, après, jusqu'à ce que le courant politique prît définitivement une autre direction que celle où s'était complue la droite de l'Assemblée nationale. Personne, jusqu'ici, n'a précisé suffisamment combien cela a pesé sur les négociations de M. Thiers avec le vainqueur pour l'évacuation finale du territoire occupé

Sur tout cela, du reste, la parole reviendra probablement quelque jour à ce dernier. Comme M. de Gontaut-Biron, il a sans doute laissé des « Souvenirs » ils projetteront la lumière en des points où elle manque encore. On ne s'aventure guère à prédire qu'ils mettront l'histoire de son côté, et non uniquement dans son œuvre de libération, sur laquelle le duc de Broglie lui-même lui rend avec tout le monde de très élogieux t-émoignages, mais aussi dans l'entreprise qu'il tonta, à la fin de 1872, pour établir une constitution républicaine, tandis que d'autres ne trouvaient à fiiire rien de mieux sinon de ramener la France aux formes et surtout à l'esprit dont elle avait mis, depuis 1815, tant de persistance à vouloir sortir. H. Doniol.

%m BEVUB DES PÉRIODIQUES

La BévolatioB IrançalAe* revue d'histoire moderne et coDtemporaine, publiée par la Société de l'histoire de la Révolution (1). Année 1894.

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