NE
sance toxique est énorme n'est pas sans danger pour les patients. La susceptibilité individuelle suivant l’état de perméabilité de tel ou tel organe demande une perspicacité qu'on ne peut exiger d'un dentiste qui n'a pas étudié la médecine toute entière. L'étude de l'appareil cardiovasculaire ne saurait se comporter sans l’étude du poumon, du foie, des reins. Or, le chirurgien dentiste, qui a le droit d'injecter la cocaïne est-il à même de reconnaître ces contre-indications ? Nous nous proposons de revenir plus longuement sur ce point à propos de l’anesthésie générale.
Ici, bien que ces contre-indications soient réelles et que les accidents consécutifs à l'emploi de la cocaïne aient été assez fréquents ces dernières années, nous croyons que dans fa grande majorité des cas, le dentiste ne verra pas sa responsabilité engagée.
À propos d'erreurs dans les ordonnances, nous croyons utile de rapporter deux jugements relatifs à la responsabilité qui peut en résulter.
Un jugement du Tribunal civil de la Seine, en date du 27 juin 1901 qui décide que, commet une imprudence le dentiste qui, dans une clinique d’hospice, envoie chercher une matière destinée à être introduite dans l'organisme (en l'occurrence chlorhydrate de cocaïne), sans prendre la précaution de s'assurer au moment de lopération que la matière qui lui est remise et qu'il injecte est bien la substance demandée.
Voici les faits et attendus du jugement.
Mademoiselle X... était allée se faire soigner une dent à
la clinique. M. J..., dentiste de service ce jour, lui fit une
TO
injection anesthésiante avec une substance qu'il avait envoyé chercher par son infirmier, substance qu'il croyait d’après les instructions données à son infirmier, d’après l'étiquette du flacon, être du chlorhydrate de cocaïne alors qu’en réalité cette substance de même aspect était un produit caustique. Des désordres s'étant produits, Mile X... fit assigner M. J... en 10.000 francs de dommages-intérêts.
Voici les termes du jugement
Attendu que la demoiselle F... expose que le 20 septembre 1900, elle est allée se faire soigner une dent à la clinique X, que J..., dentiste de service ce jour là, lui piqua la « dent » malade, que bien qu'elle se fut évanouie, J... lui arracha cette dent et opéra si maladroitement qu'il lui fit une blessure à la voûte palatiné.
Le jugement, après avoir cité deux certificats médicaux, établissant que la malade dont la voûte palatine avait été infectée, serait obligée de porter un appareil obturateur pour éviter la communication de la bouche avec le sinus maxillaire, ajoute :
Attendu que si l’on s'en tient aux explications même fournies par J.., on constate qu'il ne s’agit nullement d’une faute opératoire engageant la science, l’habileté ou les aptitudes de l'opérateur ; qu’il s’agit d’une imprudence ordinaire puisque J... lui-même veut en aëtribuer la responsabilité à un simple infirmier ; que cette imprudence consiste à avoir envoyé chercher une matière qui devait être introduite dans l’organisme d’une malade, sans avoir pris les précautions nécessaires pour avoir la certitude au mo-
ment même de l'opération que la matière qui allait être
SE
injectéé était bien celle qui devait l'être ; que les précautions les plus minutieuses devaient être d'autant plus prises que d'après J... lui-même, le liquide qui devait lui être remis était inodore, incolore et ne présentait aucun signe extérieur permettant de le reconnaître.
Mais il est bon de rapprocher de cette condamnation un arrêt de la Cour de cassation en date du 15 novembre 1904. Saisie d'une demande tendant à obtenir des dommagesintérêts d'un docteur qui, faute d'avoir demandé par ordonnance écrite le médicament nécessaire pour anesthésier et extraire une dent, aurait reçu par erreur du liquide corrosif et sen serait servi. Les juges ont pu repousser cette demande en s'appuyant sur ce fait que la substitution füt-elle démontrée, la causticité du liquide substitué ne s’est révélée par aucun effet ni à l'opérateur, ni au plaignant au moment de lopération, que celle-ci à été normale, que la blessure alléguée n'a jamais eu aucune gravité, que la situation dudit plaignant n'est pas plus fàcheuse que celle de toute personne avant subi la même
opération dans des conditions normales.
Fautes de thérapeutique et erreurs de diagnostic
Il arrive parfois qu'un client prétende que son dentiste l'a très mal soigné, lui à fait suivre un traitement qui a eu des conséquences désastreuses et, par suite, demande des dommages-intérêts audit dentiste. Ces plaintes ont été rarement-accueillies jusqu'ici.
C’est seulement en cas de faute lourde d’ignorance que la responsabilité pourrait être engagée. « Médecins et dentistes ne sont pas infaillibles et ne se donnent pas pour tels et lorsqu'un malade se confie à eux, il est toujours entendu entre eux et lui qu'il leur est permis d’être induits en erreur par suite de l'insuffisance de leur art, que cette erreur et l’insuccès de leur traitement ne peuvent avoir pour résultat d'engager leur responsabilité si ce n’est dans les cas où ils se sont rendus coupables d'imprudence, de légèreté et négligence ou d’ignorance manifeste. »
I est évident que le dentiste doit posséder une moyenne de connaissances, mais il n’en est pas moins vrai qu’on ne peut exiger de lui le plus haut degré d’habileté d’adresse.
Les juges ont, dans l'appréciation de la responsabilité, à
tenir grand compte de l'état de la science au moment de
l'opération. Un grand nombre de façons d'opérer sont chaque jour abandonnées ou remplacées par d'autres. Mais ces méthodes bien qu'anciennes déjà comptent encore des partisans. Peut-on incriminer un opérateur qui peut se couvrir de l'autorité d'un maître et de nombreux imitateurs.
M. le Docteur AmoEpo nous expose dans l'Art dentaire en médecine légale un problème de ce genre.
« Sur l'opportunité de l'avulsion dentaire précoce ou tardive dans la périodontite suppurée aiguë. »
Cette question fut traitée, quoique à un autre point de vue au Congrès national dentaire en 1897, sous la présidence du maître, M. le professeur BROUARDEL.
MM. les professeurs BEerGer, Dupray, TERRIER, Ticczaur furent interrogés, mais leurs opinions furent bien différentes. Dupray et BERGER se prononcèrent pour l’avulsion tardive, Terrier et TirLaAur pour l’avulsion précoce.
Il est évident que si un expert voulait se guider dans son choix sur ces interviews, il serait embarrassé par cette apparente divergence d'opinions entre nos vénérés maîtres.
Le cas d’un employé des Ministères, mort il y a deux ou trois ans à Paris, et dont l’histoire fut racontée par les journaux politiques de l'époque est très concluante à ce propos.
Ce malade, en effet, s’adressa à son dentiste habituel pour l'extraction d'une dent, mais celui-ci refusa de pratiquer l'opération prétextant qu'il y avait périostite avec
fluxion.
Un autre dentiste consulté enleva la dent et le lendemain l'employé fut trouvé asphyxié et étendu sur le parquet de sa chambre.
Les journaux condamnèrent le second dentiste parce qu'il avait fait l'extraction, malgré l'inflammation, et vantèrent la sagesse du premier. Si on avait connu le nom du dentiste qui avait opéré le malade, il est probable que des poursuites auraient été dirigées contre lui.
Un autre cas semblable fut celui de M. M... du Guatémala.
M. M... atteint d'une périodondite süppurée s’adressa au dentiste SrerN qui pratiqua l'extraction après avoir fait des injections de cocaïne.
Le malade succomba deux jours après.
L'affaire fit grand bruit dans le monde médical de Guatémala, car le malade était frère d’un médecin. Les étudiants ameutés allèrent briser les vitres du dentiste Srerx. On attribuait la mort à une infection due à l'usage d'une seringue sale. À lautopsie, l'expert, le docteur P4- DILLA, qui nous à donné ces renseignements, trouva que l’abcès s'était étendu jusqu'au pharynx et avait amené la mort par asphyxie.
Dans son enquête, il découvrit que le sieur M... s'était d'abord adressé au dentiste Luis Esrrapa qui avait refusé de l’opérer à cause de la fluxion. C’est ainsi qu'il put établir la non-culpabilité du dentiste Srerx puisque l’infection était antérieure à l'intervention de ce dernier.
À notre avis ce n'est pas sur le compte des dentistes qui
ont tenté l'opération, qu'il faut mettre l'issue fatale qu'a
eue leur intervention tardive. Nous nous permettons au contraire de blämer l'abstention de ceux à qui les malades s'étaient adressés précédemment, lorsque probablement une intervention opportune eût pu enrayer l'infection.
Erreurs de diagnostic, fautes de thérapeutique sont très souvent intimement liées les unes aux autres, celles-ci peuvent résulter soit d'une ignorance inexcusable, soit de la difficulté même du cas qui se présente, Le cas du dentiste arrachant des dents saines pour des dents malades, une dent permanente pour une dent temporaire se renouvelle assez fréquemment. Or, s’il ne donne pas toujours lieu à des poursuites, il n'en est pas moins vrai que l'opérateur s'expose à être incriminé, car il en résulte parfois-de graves inconvénients pour le client. Il est certain que la perte d’une dent de 6 ans extraite par erreur peut avoir pour Île patient une répercussion fâcheuse. Nous nous souvenons dans un service d'hôpital d’avoir vu un de nos confrères extraire une canine permanente après avoir porté le diagnostic de dent temporaire. On imagine sans peine l’ennui qui peut résulter d’une semblable erreur pour une jeune fille.
Nous rappelons ici un cas d'espèce qui se renouvelle assez- fréquemment. [ s’agit de la dent de sagesse du maxillaire inférieur, dont l'évolution est parfois troublée par des accidents fort graves et dont la poussée est rendue impossible par la disposition anatomique de fa mâchoire, par les rapports de cette troisième molaire avec la dent de 12 ans. Peut-on s'autoriser à pratiquer l'extraction de la
dent de 12 ans pour permettre l'évolution de la dent de
sagesse. En cas de trismus intense il est parfois difficile sinon impossible, de pratiquer l'extraction de la troisième molaire, et tous les auteurs s'accordent à conseiller aiors de sacrifier la deuxième molaire. Il n'est pas moins certain que, malgré cette quasi unanimité des avis, des poursuites ont parfois eu lieu. Témoin ce procès que nous trouvons relaté dans la Revue Odontologique de 1904. Il s'agissait d'un patient venu voir un dentiste américain, pour l'extraction d'une dent de sagesse dont il souffrait depuis huit ou neuf jours. | |
« La contraction des mâchoires était telle qu'il n’y avait pas à songer à une anesthésie locale. L’anesthésie générale fut pratiquée et permit l'examen plus complet de la région incriminée.
Etant donnée la position de la dent de sagesse, relate le dentiste, il était évident que toute force appliquée sur la dent tendrait par suite des directions à lui donner soit à fracturer l’organe, le maxillaire, soit à luxer la seconde molaire sous la couronne de laquelle se trouvait en partie la dent de sagesse. Je fis diverses tentatives pour déloger la dent, mais je finis par conclure que la seule manière d'opérer, sans risquer de fracturer, était d'extraire tout d'abord la seconde molaire qui faisait obstacle.
Ayant procédé de la sorte, j’enlevai très facilement la dent de sagesse.
Mais pourquoi enlever cette dernière P Telle est la question qui se pose naturellement. J'ai omis de dire que cette dent inclinée dans la mâchoire de 50 degrés ne pouvait ser-
vir à la mastication. Je trouvais après son extraction.
comme je l'avais craint, l'existence d'un gros abcès à l’extrêmité des racines.
Le malade fut très soulagé par l'opération. L'inflammation et la tuméfaction disparurent peu à peu et tout rentra dans l’ordre. »
C'est dans ces conditions qu'un procès fut intenté au dentiste, avec une demande de 15.000 francs de dommages-Intérêts pour des lésions résultant d’une extraction -maladroitement exécutée, pour Île sacrifice inutile d’une autre dent et pour des douleurs et souffrances infligées par incurie.
Au point de vue des faits, six experts vinrent attester que l'extraction de la dent de sagesse avait été exécutée avec soin et adresse, que le traitement de la mâchoire avait été correct et conforme aux principes de l’art.
Le Tribunal observa que le plaignant avait demandé l’ablation de la dent de sagesse, mais que si une bonne chirurgie exigeait l'enlèvement préalable de Ja molaire adjacente le praticien avait le droit d'extraire cette dernière sans être passible de dommages-intérêts.
M. le docteur Courrois-Surrir nous à fourni un cas analogue où l’on eut recours à son expertise, ses conclusions favorables à la défense firent abandonner les poursuites.
De ceci il résulte que le praticien doit toujours dans des opérations de ce genre s'assurer de toutes les précautions désirables, se mettre à couvert contre toute négligence qui pourrait lui être imputée par la suite. Il est par exem-
pie possible que, suivant le milieu où il exerce, on'puisse