‹ De la restauration de la lèvre inférieure après l'ablation du cancroide :Chapitre 14 sur 22 · Güntler et Kühn, Médecine opératoire · texte numérisé non relu

Güntler et Kühn, Médecine opératoire

dont la base est dirigée vers le bas et est formée par une incision horizontale. Une forme plus régulière de la bouche doit être ainsi obtenue quand les bases des deux petits triangles supérieurs prises ensemble sont exactement aussi larges que la base de la plaie résultant de bablalion du cancroïde. Les deux bords de chacun de ces triangles sont rapprochés par des points de suture.

' Appréciation. — Ces incisions complémentaires sont inutiles, car la difformité se rectifie avec le temps.

Observation VII (I).

Louis Charron, âgé de 36 ans, né à Saint-Pons (Hérault), d'un tempérament sanguin et d’une constitution des plus fortes, fut atteint, pour la première fois, en 1828, d’une petite ulcération sur la partie moyenne du bord libre de la lèvre inférieure, qui résista à tous les moyens locaux et généraux mis en usage.

Le mal faisant tous les jours de nouveaux progrès, Louis Charron vint à Montpellier réclamer des secours. L’ulcère avait une forme à peu près triangulaire, et s’étendait de haut en bas, depuis le bord libre de la lèvre jusqu’à un travers de doigt audessus du menton, et, deblroite à gauche, de l’une à l’autre commissure. Il était inégal, rugueux, blafard, et fournissant chaque jour une grande quantité de matière ichoreuse. Le malade y ressentait de temps en temps des élancements qu’il comparait à des coups d’aiguille; les environs de l’ulcération étaient rouges, durs et tuméfiés.

Opération. — Le malade étant assis sur une chaise, et solidement maintenu par des aides, dont un comprimait les artères labiales sur la face externe du maxillaire inférieur, je fis deux

4. Serre. s — Traité sur l’art de restaurer les difformités de la face. 4842, page 417.

incisions latérales et obliques EB, FB, que je prolongeai jusque sur le cartilage thyroïde, de manière à les réunir sous un angle très-aigu, en B, et à enlever ainsi toutes les parties malades (Fig. K.).

Immédiatement après, je pratiquai, dans l'épaisseur de chaque joue, deux nouvelles incisions FG, ED, qui, partant de l’angle de réunion des lèvres, et se dirigeant en arrière en suivant l’arcade dentaire supérieure , venaient se terminer à quelques lignes au-devant des masséters. Ces incisions décrivaient une légère courbe dont la convexité regardait en haut.

En détachant ensuite de la face externe du maxillaire inférieur toutes les parties molles comprises entre les deux triangles BFG, DEB, il en résulta deux lambeaux latéraux, que je rapprochai immédiatement, en procédant de bas en haut et pour réparer la perte de substance qne je venais de faire. Enfin, je réunis la muqueuse avec la peau, à la faveur de quelques points de suture entrecoupée.

Il est impossible de se faire une idée de la rapidité avec laquelle la guérison s’opéra chez le malade.

La réunion de la muqueuse avec la peau s’opéra surtout avec tant de régularité, qu’un mois après la guérison, on eût cru, à quelques pas de distance, que cette partie de la lèvre n’avait pas été touchée.

VIII. — Procédé de Dieffenbaclt. — C’est exactement le procédé de Serres, seulement les incisions commissurales ne sont pas aussi longues et de l’extrémité externe de chacune d’elles part une incision presque verticale, parallèle à chaque branche correspondante du V et se dirigeant vers l’angle de la mâchoire. Il en résulte un lambeau disponible

à droite et à gauche ; on les unit tous deux par une suture sur la ligne médiane et ils forment la nouvelle lèvre. Dieffenbach recommandait d’unir aussi par suture à la lèvre

supérieure un point donné du rebord horizontal pour former les commissures.

IX. — Procédé de Malgaigne. — On fait partir de la lèvre inférieure deux incisions verticales, parallèles, cernant latéralement le cancroïde et descendant jusqu’à la base de la mâchoire. Une incision transversale les réunit, en passant le plus près possible du cancroïde. On enlève la tumeur. Malgaigne fait alors partir des commissures deux incisions horizontales. Des angles inférieurs de la plaie partent également deux incisions parallèles aux fentes commissurales.

On détache alors de l’os les deux lambeaux rectangulaires ainsi formés et on les ramène sur la ligne médiane en les y assujettissant par une suture entortillée.

Appréciation. — C’est un procédé recommandable, mais il exige sept incisions à angle droit dont les cicatrices nuisent à la régularité du visage.

Modification de Payan. — Payan conseille, quand on éprouve quelque difficulté pour opérer la juxtaposition des lambeaux sur la ligne médiane, d’inciser verticalement la muqueuse de chaque lambeau vers son tiers postérieur. On favorise ainsi l’extensibilité des tissus et on diminue le tiraillement.

Observation VIII (1).

Le nommé xàmiel (Louis), âgé de soixante ans, doué d’une bonne constitution, entre à rHôtel-Dieu d’Aix le II novembre 1848 pour se faire enlever une tumeur cancéreuse de la lèvre inférieure.

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