Payan. — Gazette des Hôpitaux , 1859, page
La tumeur, de forme irrégulière, bosselée, extrêmement dure et compacte et facilement saignante, s’étend à toute la largeur de la lèvre inférieure, sauf un demi centimètre à droite qui est resté sain. En bas et vers le milieu de la lèvre 1 induration morbide va jusqu’aux limites de celle-ci, c’est-à-dire jusqu’au sillon mentolabial; elle est un peu moins étendue sur les parties latérales. Pas d’engorgement des glandes.
Le malade étant assis sur une chaise, je fis avec le bistouri, après avoir commodément saisi la lèvre, une première incision verticale pratiquée au dehors des tissus malades, laquelle, partant du bord libre de la lèvre, du point même de la commissure gauche, se prolongeait, en comprenant toute l’épaisseur de l’organe. jusqu’à la limite de cette lèvre en bas. Une incision semblable, verticale aussi, et partant à un quart de centimètre de la commissure, fut pratiquée à droite ; une troisième incision horizontale, suivant la direction du sillon mento-labial, réunit en bas les deux incisions verticales, et servit à détacher; sous forme d’un carré allongé, la lèvre cancéreuse. Deuxpetites artères furent liées, l’une à droite, l’autre à gauche (Fig. L).
Après cette ablation faite, et afin de pouvoir réparer cette perte de substance considérable, nous portons d’abord sur la commissure droite préalablement tendu, le tranchant du bistouri, avec lequel nous pratiquons une incision transversale qui se prolonge jusque vers le bord antérieur du masséter en comprenant toute l’épaisseur de la joue. Tout aussitôt nous en faisons une seconde qui, partant de l’angle inférieur droit de la perte de substance à réparer, et conlinuantpar conséquent le bord saignant sus-mentonuierse, dirige parallèlement à la première, en ayant la longueur et l’épaisseur. Ainsi se trouve pratiqué un lambeau formé aux dépens de la partie voisine de la joue, à laquelle il tient en dehors et en arrière par un bord adhérent que le bistouri a laissé intact ; un lambeau en tout semblable est pratiqué de la même manière à gauche. L’un et l’autre lambeau ont donc juste la largeur que doit avoir la lèvre nouvelle, et qui est, autant que possible, la
largeur de la lèvre naturelle. Nous les rapprochons l’un de l’autre pour en affronter les bords verticaux ou antérieurs sur la ligne médiane, et comme nous éprouvons quelque difficulté pour opérer cette juxtaposition, nous incisons verticalement la muqueuse de son lambeau vers son tiers postérieur, et par cette précaution que notre expérience nous a démontré être très-propre à augmenter l’extensibilité des tissus, nos lambeaux s’allongent davantage, sont plus facilement rapprochés, et trois points de suture entortillée, placés comme pour le bec de lièvre, les tiennent affrontés l’un à l’autre. Les bords supérieur et inférieur sont maintenus en contact avec les parties correspondantes par un nombre sulfisant de points de la même suture, que l’on sait être faite avec des aiguilles droites ou même des épingles qui doivent rester en place, fixées qu’elles sont par des entrecroisements de fils convenablement disposés.
L’ouverture buccale se trouve de la sorte formée par la lèvre supérieure demeurée intacte, et par le bord supérieur de la nouvelle lèvre. lequel était encore saignant, excepté dans l’étendue d’un demi centimètre que nous avions pu conserver. Cette ouverture avait donc la même étendue qu’avant l’opération.
X. — Procédé de Blasius. — Le procédé de Blasius sera plus facilement compris par la lecture de l’observation suivante à laquelle est annexée une figure que par toute autre description. Nous croyons que ce procédé doit diminuer très-notablement l’orifice buccal, bien que l’auteur affirme dans l’observation que le résultat fût bon.
Observation IX (1).
(Traduite de l’allemand, par notre ami M. Ernest Ceppi,
externe des Hôpitaux).
Eig. C. et D. — Homme de cinquante-six ans, cancer de la lèvre, volumineux. A droite l’incision commença à la lèvre supérieure, un peu au-dessus delà commissure, décrivit une courbe considérable, circonscrivant la tumeur jusqu’à un demi au dessous du menton, et dépassant la ligne médiane de la même quantité. On fit une incision semblable du coté gauche, toutefois, un peu plus courte et moins courbe. Elle rencontrait la première incision en c , un peu à gauche de la ligne médiane. La production morbide, ainsi circonscrite, fut disséquée. L’os maxillaire lui-même fut ruginé légèrement: les artères qui donnaient, lurent tordues; on fit alors une autre incision dhi commençant au bord droit de la plaie, au-dessus du bord de l’os, s’écartant à l’angle droit et dans l’étendue d’un bon pouce du bord de la solution de continuité , remontant ensuite en décrivant une courbe le lonu du bord du maxillaire et s’étendant le long de ce bord sur le masséter. Le lambeau adhi, pris de cette manière sur la joue, fut séparé du maxillaire; la même chose fut faite du côté gauche, toutefois l’incision fut commencée à une plus grande distance du bord de l’os, et le lambeau befg se trouvait par conséquent plus court. Les deux lambeaux réunis au moyen de sutures, entortillées par leurs extrémités, étroites, représentaient la nouvelle lèvre inférieure, et leur réunion se trouvait à gauche de la ligne médiane.
Il s’agissait maintenant de restaurer la plaie restante : pour cela l’auteur disséqua les deux angles qui formaient les parties
I. Blasius cité par Guntler et Kuhn, médecine opératoire, tome (3 et 7,
page 76.
molles des deux côtés du menton; il disséqua également les bords contigus de la plaie. Ces parties furent décollées dans la direction de l’angle du maxillaire, et surtout, sur le menton. Une incision, longue d’un pouce, ch , descendait de l’angle inférieur de la plaie c ; les angles hdc , cef , furent répartis en haut et rapprochés de manière qu’ils se touchaient sur la ligne de réunion de la nouvelle lèvre inférieure et que le bord inférieur de celle-ci était partout en contact avec la peau reportée en haut. Les bords de la plaie furent réunis soigneusement par des sutures, la tête inclinée latéralement. Comme pansement on se servit du bonnet de Kôhler. Le résultat fut bon.