Sédillot, Gazette médicale cle Paris
Une première incision commencée à la hauteur du rebord labial, et à un large travers de doigt en dehors de la perte de substance, descendit verticalement à gauche sur une portion de la joue, puis sur l’os maxillaire et fut prolongée de deux centimètres dans la région sus-hyoïdienne cc (fig. E).
Une deuxième incision dd commencée plus bas et plus en dedans, de l’angle même de la première plaie résultant de l’ablation de l’ulcère, fut aussi pratiquée verticalement et réunie à la précédente par une section transversale ee. Le lambeau cutané ainsi formé (fig. E) fut immédiatement détaché de bas en haut des parties subjacentes. La même manœuvre fut ensuite répétée du côté droit, et M. Sédillot obtint de cette manière deux lambeaux latéraux qu’il souleva et renversa en dedans l’un vers l’autre et s’assura qu’il était facile de les affronter sur la ligne médiane, b (fig. F).
M. Sédillot ayant constaté que la perte de substance était trèsrégulièrement comblée par ce procédé, réunit en premier lieu avec des épingles les deux bords des plaies verticales dd , produites pour la formation des lambeaux. Ceux-ci furent ensuite réunis entre eux b. puis avec le menton cc inférieurement et avec la portion conservée de la membrane muqueuse cia supérieurement. Toutes ces dernières sutures furent faites en surget en se servant d'une aiguille ordinaire et d’un fil très-lin...
Le malade revint à Strasbourg en juillet et à la lin du mois d’aoùt. La cicatrice était restée intacte, et la nouvelle lèvre, ainsi que les commissures, étaient devenues plus souples, plus minces ut par conséquent plus régulières. Les dents étaient entièrement cachées, et, malgré la trace des cicatrices, on aurait difficilement soupçonné la nature et la gravité de l’opération que le malade avait subie.
XI] . — Procédé cle Syme. — On lait partir de chaque commissure une incision qui se dirige obliquement en bas, du côté opposé au point de départ el qui se termine en
forme (farc, à concavité tournée en haut et en dehors. On dissèque ensuite les deux lambeaux latéraux et on les redresse de façon à donner à leur partie oblique une direction horizontale, de telle sorte que les deux branches du V supérieur relevées forment le bord libre de la lèvre inférieure. Les côtés du triangle inférieur se réunissent sur la ligne médiane par leur bord convexe, suivant une direction perpendiculaire à la première. On fixe le tout par des points de suture entortillée. La plaie d’emprunt se cicatrise spontanément. On obtient ainsi de bons résultats.
Observation XI (1), (traduite par M. Seppi) .
Un homme de quarante-cinq ans avait été opéré six ans auparavant par Syme pour un cancer de la lèvre inférieure, et il était resté bien portant durant quatre ans. Le cancer qui s’était reformé occupait maintenant toute la lèvre, et laissait à nu les
dents inférieures.
Opération. — La production morbide fut enlevée au moyen d’une incision cunéiforme qui partait des deux angles de la bouche. De la pointe de cette incision on fit de chaque côté une incision dirigée d’abord obliquement en bas et en dehors, et terminée en forme d’arc en haut et en dehors (flg. /). Les lambeaux cutanés circonscrits de cette manière furent décollés et ramenés en haut et en dedans. De cette façon les bords du triangle supérieur formaient une ligne horizontale qui représentait le bord libre de la nouvelle lèvre inférieure; les côtés du triangle inférieur se réunissaient sur la ligne médiane, suivant une direction perpendiculaire à la première. Cette juxtaposition fut rendue possible par la direction curviligne et l’étendue de
1. Syme cité par Gunther et Kuhn, médecine opératoire, Tome 6 et 7,
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1 incision . Le rapprochement fut effectué au moyen de quatre fils pour la ligne verticale et au moyen de quatre autres lils de chaque côté pour les sections curvilignes ( fuj . J). L’auteur ne dit pas si le bord libre de la lèvre fut ourlé.
XIII. — Procédé de M. Laorden. — M. le Dr Robert veut bien nous communiquer un procédé qu’il a publié dans sa thèse à Madrid en juin 1873, et qui appartient à M. André Laorden, professeur de clinique chirurgicale à Valladolid (Espagne).
Dans ce procédé, on limite la tumeur par une incision composée en V, et, après son extirpation, on prolonge une des branches du Y d’une quantité suffisante. Je dis suffisante parce que le bord résultant de cette incision prolongée est destiné à former le bord libre de la nouvelle lèvre (Fig. M.). A la terminaison de cette incision prolongée, on en pratique une autre à angle aigu dirigé en bas et en dehors et parallèle à l’autre côté du Y formé par les deux incisions primitives.
Le premier temps de l’opération peut se modifier en traçant d’un coup 1 incision qui comprend la branche du V, etc., son prolongement, puis on fait ensuite Fincision de la seconde branche du Y. On enlève la tumeur et il reste un lambeau triangulaire à base très-large lui assurant sa nutrition.
Le second temps de F opération comprend la dissection du lambeau qui vient facilement s’appliquer à la place qu’il doit occuper en l’inclinant par en haut.
On applique trois ou quatre points de suture entortillée pour le maintenir. La cicatrisation des bords se fait rapide-
nient, ainsi que celle de la plaie triangulaire qui existe à r endroit où Ton a pris le lambeau (Fig. N).
M. Robert nous a assuré que le malade traité par ce procédé était sorti le dix-huitième jour de Fhôpital, parfaitement guéri et ayant une lèvre très-convenable.
XIV. Procédé de M. Prélat . — M. le professeur Trélat a publié dans la Gazette hebdomadaire de 1862 (1) un nouveau procédé de cheiloplastie pour la lèvre inférieure. Nous donnons plus loin l’observation du malade opéré suivant cette nouvelle méthode ; la lecture de cette observation, à laquelle est annexée une figure, fera mieux comprendre le procédé opératoire que toute autre description. Nous le croyons supérieur à ceux de Sédillot et de Syme que nous avons déjà exposés ; d’ailleurs, pour l’apprécier, nous ne pensons pouvoir mieux faire que de citer une partie de la communication très-intéressante que M. Trélat a faite à la Société de chirurgie.
« Ce procédé, dit M. Trélat (2), diffère de celui de Syme par la conservation intégiale du menton qui iVest généralement pas intéressé quand il s’agit du cancroïde de la lèvre, qui fournit un support solide aux lambeaux réparateurs et maintient consécutivement la hauteur de la lèvre restituée, disposition importante.
Il diffère du procédé de Sédillot par la direction oblique des lambeaux, tandis que notre éminent collègue taillait les siens verticalement, libres en bas, adhérents en haut. Cette différence, qui semble minime d’abord, constitue