Société de chirurgie 1877 tome III p
cependant une amélioration considérable, quand les commissures sont altérées et doivent être sacrifiées. En effet, dans le procédé de Sédillot. les deux lambeaux devront être éloignés l’un de l’autre de toute la partie à enlever, c’est-à-dire qu’on sera conduit à les reculer d’autant plus vers la joue que la commissure est plus intéressée. Déplus, la nouvelle commissure est formée par la base du lambeau tordue à 45°, condition peu favorable au rétablissement des formes, tandis que je ne fais subir à la base de mes lambeaux qu’un déplacement augulaire de 15 à 20° qui ne détermine ni pli ni souffrance, et donne en somme un excellent résultat. Ce procédé est relatif à la réparation de toute
la lèvre inférieure et des deux commissures ; il nécessite »
deux lambeaux, un de chaque coté du menton. Si l’une des commissures et une partie de la lèvre sont intactes, on pourra se contenter d'un seul lambeau taillé suivant le même principe et déplacé de la môme façon.
Il y a dix jours, j’ai pratiqué cette opération chez un homme de 72 ans qui portait un cancroïde occupant, sur une hauteur de plus de deux centimètres, les deux tiers et la commissure gauche de la lèvre inférieure. La petite plaie latérale résultant du déplacement du lambeau n’est point encore guérie, mais toutes lesréunions sont complètes et solides, et vous pouvez juger le résultat sur le malade à l’état de repos, quand il ouvre la bouche ou qu’il rit. Quelques personnes ont même pous é la bienveillance jusqu’à ne pas s’apercevoir qu’il eût subi une opération ! » (Fig. Q et R).
L’éminent professeur montra à ses collègues la photographie du premier malade après sa guérison, et leur pré* senla ensuite le second dix jours après l’opération qu’il
avait subie. Nous regrettons de ne pouvoir en faire autant ici, car ce serait un excellent moyen de prouver la supériorité du procédé de M. Trélat.
Observation XII, recueillie par M. Laborde, interne distingué
des Hôpitaux (1)
Le nommé Boudier (Jean-Baptiste), âgé de cinquante-huit ans, homme de peine, marié, se présentait à la Charité, le 8 octobre 1861, pour une affection qu’il portait à la lèvre inférieure. Si le doute n’était guère permis même à un examen immédiat et superficiel sur la nature du mal ni sur le remède efficace qui pût y être apporté, son ablation par une opération sanglante, celle-ci, du moins, exigeait un examen plus circonstancié de la maladie. Sa sollicitation spontanée d’entrer à l’hôpital levait toute difficulté et il fut admis, le même jour, au n° 3 de la salle Saint- Jean.
C’est un homme de petite taille, habituellement occupé aux travaux des champs. A part l’affection toute locale qui l’amène, il jouit d’une parfaite santé et en a les apparences.
Le malade fait remonter exactement à trois ans le début de sa tumeur. A cette époque, dit-il, apparut, pour la première fois, au côté gauche de sa lèvre inférieure, comme une petite verrue. 11 n’en connaît point la cause, mais il raconte, très-explicitement, qu’il avait l’habitude de fumer une pipe très-courte, constamment tenue du côté gauche de la bouche, juste sur la partie de la lèvre inférieure qui paraît être devenue le siège primitif du mal.
Quoi qu’il en soit de cette circonstance et de son influence étiologique, 1# petite excroissance fit, pendant deux années, des progrès très-lents qui l’amenèrent au volume approximatif d’une