‹ De la restauration de la lèvre inférieure après l'ablation du cancroide :Chapitre 8 sur 22 · Gazette médicale de Paris, '1848 page · texte numérisé non relu

Gazette médicale de Paris, '1848 page

plaie produite au-devant du maxillaire, s V fixera et la nouvelle lèvre n’aura pas de mobilité. »

Ajoutons que la nouvelle lèvre doit faire saillie au dehors et ne pas être plaquée contre les gencives, qu’elle doit être assez haute pour que les dents soient complètement couvertes et que la lèvre supérieure la touche sur tous les points, quand la bouche est fermée.

Enfin, son bord libre doit être, autant que possible, recouvert d’une muqueuse. Dans ce but, on emploie généralement la muqueuse qui se trouve sur la face postérieure du lambeau autoplastique; mais alors il faut avoir soin, dans l’excision de ce lambeau, de diriger le bistouri de façon à prendre un peu plus de muqueuse que de peau. Cela fait, on peut employer le procédé de l’ourlet deSerres: on réunit le bord muqueux avec le bord cutané de la plaie au moyen d’un nombre suffisant de points de suture avec du fil de soie. Velpeau a perfectionné le procédé de Serres en rabattant en forme de bordure la muqueuse au dehors.

Opération. — Le malade est rasé, puis assis ou couché. Un emploie le chloroforme, mais discrètement, car le sang qui s’écoule de la plaie peut tomber dans la bouche et causer de la suffocation.

Nous avons déjà écrit ailleurs qu’il est de première nécessité de conserver le plus possible de parties saines, tout en sachant sacrifier celles qui sont malades. C'est surtout lorsque le cancroïde s’étend inégalement et dans différentes directions qu’il est utile de l’enlever, non par une seule incision, mais par une série d'incisions combinées, simulant des triangles, des rectangles etc. Dans l’observation de M. Trèlat que nous publions nous verrons que le mal fut

cerné par deux incisions cunéiformes reliées entre elles par une incision droite.

Le cancroïde est enlevé, les artères sont liées ; il faut s’occuper de remplacer la perte de substance par un lambeau charnu pris convenablement. Dans la méthode italienne aujourd’hui complètement abandonnée, on emprunte le lambeau à une grande distance, au bras par exemple (Tagliacozzi) ; dans la méthode indienne, c’est au cou que se fait l’emprunt (Delpech, Lallemand) et le lambeau subit un mouvement de rotation autour de son axe avant de venir combler la perte de substance, la méthode française met à contribution les parties les plus voisines qu’elle mobilise par divers artifices ; elle fait glisser les tissus jusqu’à ce qu’ils occupent la place de la lèvre détruite. Il est une méthode mixte, la franco-indienne, dont M. Sédillot a été Pinaugurateur, et qui unit le glissement à une légère torsion.

En général, le lambeau de remplacement doit être de même nature que celui qui a été enlevé et comprendre la peau, les muscles et la muqueuse. Il faut toujours avoir soin de lui donner une étendue beaucoup plus grande que la surface à recouvrir, car la peau se rétracte après Popération. Quelquefois, des incisions à distance en faciliteront beaucoup la migration.

Le lambeau est décollé, il est convenable, il s’agit de le fixer. On commence par affronter, aussi exactement que possible et dans la plus grande étendue qu’on le peut, les surfaces saignantes, en ayant soin d’enlever tous les caillots interposés. Puis, on pratique la réunion par la suture entortillée ou la suture à points séparés. S’il y a lutte entre

la force qui reunit les lambeaux et l’élasticité des parties affrontées, il faut employer les sutures enchevillées ou entortillées ; si les lambeaux sont inclinés, fléchis ou tordus, la suture à points séparés est plus avantageuse (1). Un bandage ou des agglutinatifs suffiraient même au besoin dans ce dernier cas. Les fils métalliques sont préférables aux fils organiques, car ils sont moins irritants et ils peuvent séjourner plus longtemps dans les tissus sans provoquer d'irritation. Les fils seront également d une très-grande ténuité et passés dans des aiguilles très-fines ; on ne craindra pas de les serrer pour que l’affrontement soit très-exact.

Il n’est guère possible de donner des règles fixes pour l’enlèvement des sutures.

Certains chirurgiens les enlèvent après 36 heures, d’autres seulement le quatrième jour. Tout dépend de l’état de la plaie: sans doute, les fils peuvent être nuisibles, irriter et couper les parties qu'ils embrassent ; mais ils luttent aussi contre les tractions et, si on les enlève avant que la réunion soit complète, on risque de voir la cicatrisation se rompre et les bords de la lèvre s'écarter de nouveau.

Quand la réunion primitive échoue, on fait la réunion secondaire au moyen d’un pansement approprié et de points de suture. L’immobilité absolue est nécessaire. Les résultats sont moins beaux qu'avec la réunion primitive.

L’opération terminée', le malade reste couché et surtout garde le silence. On le fait boire avec le biberon qui porte les liquides profondément dans la cavité buccale et supprime un certain nombre de mouvements; pendant plusieurs jours, il ne prend qu’une nourriture liquide, lait,

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