‹ De la Restauration françaiseChapitre 106 sur 189 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

La bourgeoisie ne se sauvera qu'en quittant le libéralisme.

La démocratie a poussé du tronc du libéralisme; et le libéralisme est sorti de la souche de l'orgueil. Au sein de la classe moyenne, tout ce qui échappa à cet esprit est resté bon. Et de même tous ces jeunes esprits répandus sur les étapes du socialisme. La vérité les reprendra, car ils ne surent ce qu'ils faisaient.

Les fils de la bourgeoisie sont nés au bon moment pour s'instruire. Et déjà ils ont montré d'autres idées que les pères. Il faut attendre beaucoup d'eux.

Ensuite ce qui fait sérieusement espérer de l'élite de la bourgeoisie , c'est la conduite de la Majorité, et celle du gouvernement qu'elle est parvenue à former. Après ce qui se passait, après ce qu'on pensait, cela est absolument

admirable. Sachant les idées, voyant la situation, je sens qu'on a fait tout ce qu^on 'pouvait faire. Mais de là à la destruction du libéralisme, il y a loin... Il faudrait qu'il se fit dans les consciences le chemin qui , depuis deux ans, s'est fait dans la politique ! '^'

Toute la portion de la classe moyenne entachée de libéralisme se détruira. Au reste, elle est à peu près ruinée en ce moment. Les vices et l'esprit étroit qui l'ont empêchée, depuis cinquante ans, de remplacer la noblesse à la tête de la nation , la reprécipitent dans la foule*.

Une envie égale à celle de la démocratie, un orgueil qui lui fait voir une aristocratie dans toute supériorité, dans la vertu, dans le talent, dans l'honneur, dans toute propriété de l'âme, la rendent semblable au dedans à ce que le peuple montre au dehors. Manquant à la fois d'abnégation individuelle et de soumission à l'autorité , elle tombera sous les pieds des événements, moins parla vigueur du socialisme que par sa propre anarchie. Image iu peuple, frappée au cœur du même orgueil, en le voyant, elle apprendra enfin ce qu'elle est, ce qu'elle a fait, et quel spectacle elle est à Dieu. . . Hélas ! le clergé ne dit mot, aucun homme ne se lève, il n'y aura donc que des malheurs qui puissent nous rappeler à nous-mêmes !

Le libéralisme est la plaie de la France... Partout c'est une bourgeoisie qui a tous les instincts de la foule, et une noblesse qui a ceux de la bourgeoisie. Si rien ne s'élève et ne relève ce peuple, il nous entraînera avec lui.

1 Avant quinze ans on ne verra que les gens de la rue soutenir les principes du libéralisme. Cest là qu'aboutira le wiii^ Siècle !

Ah ! ne pensez pas que vous tiendrez la nation française à la manière de l'Angleterre ; que derrière des lois et une armée, vous pourrez rester bourgeois! Ce peuple a besoin d'être mené comme un guerrier ou comme un saint. Ou bien, il brisera tout. . .

La bourgeoisie ne peut régner que le cœur dans la religion.

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