‹ De la Restauration françaiseChapitre 107 sur 189 · CHAPITRE LYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LYII

Elle est à (emps de nous sauver par la vertu.

Voici les paroles qu'un grand homme a prononcées il y a cinquante-quatre ans, dans une position semblable :

« 11 n'y a point de hasard dans le monde. Le désordre môme est ordonné par une main qui le force de concourir au but. Une des lois de la révolution française est que les Émigrés ne peuvent l'attaquer que pour leur malheur ; ils sont totalement exclus de l'œuvre qui s'opère. Depuis les premières chimères d'une contre-révolution jusqu'à l'entreprise lamentable deQuiberon, ils n'ont rien entrepris qui ait réussi, et même qui n'ait tourné contre eux. Non-seulement ils ne réussissent pas, mais tout ce qu'ils entreprennent est marqué d'un tel caractère de nuUité que l'opinion s'est enfin accoutumée à jeter sur eux une défaveur dont leurs amis» même s'aperçoivent. Or cette défaveur surprendra peu les hommes qui pensent que la révolution française a pour cause principale la dégradation morale de la noblesse. Les causes de ce qu'elle souffre sont bien antérieures à l'émigration. En un mot, la noblesse française ne doit s'en prendre qu'à elle-même de

tous ses malheurs : lorsqu'elle en sera persuadée, elle aura fait un grand pas... Aujourd'hui, l'exception, c'est-àdire la noblesse malheureuse, doit courber la tête et se résigner. Elle ne doit plus faire d'efforts extérieurs. Je m'en tiens au fait, qui est évident : les Emigrés ne peuvent rien ; on peut même ajouter qu'ils ne sont rien. »

Nous citons ces graves paroles de de Maistre , parce qu'en dirigeant leur saint enseignement sur la bourgeoisie, nous venons leur faire dire le contraire sur le rôle qu'elle est appelée à jouer. Par une raison de Dieu, que j'ignore, tout dépend aujourd'hui de cette classe.

Elle est à temps de nous sauver par la vertu. J'ose lui prédire qu'elle réussira en tout ce qu'elle entreprendra. C'est un fait évident à mes yeux qu'elle est dir^tement appelée à l'œuvre qui s'opère; que l'opinion jettera sur tous ses efforts une faveur qui triplera sa puissance; qu'elle ne doit nullement courber la tête et se résigner; mais, écoutant l'impulsion du noble sang français, sauver la civilisation européenne.

Plus de retard! Si la bourgeoisie laisse la révolution reprendre les devants sur elle , elle deviendra en tout semblable aux Émigrés... De là, sa fin.

FIN UIJ LIVIIE SECOM).

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