‹ De la Restauration françaiseChapitre 123 sur 189 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La progression des familles.

Tout homme est l'addition de sa race. Souveilt il la déploie par sa personne, quelquefois il la rompt sur lui. On a parlé du hasard de la naissance : c'est bien d'un siècle qui plaçait toute sa défiance en Dieu ! En histoire naturelle rencontre-t-on du hasard? voit-on les familles se mêler, les espèces se confondre? plantez-vous de mauvais plants pour avoir de bons raisins?

Voilà une mère d'instincts grossiers, l'enfant vous semble laid et peu doué ; voici un père honnête et sobre, l'enfant paraît doué de physionomie et d'esprit. Dieu maintiendrait si strictement leurs propriétés aux familles mortes des plantes, qu'après mille ans l'observateur les reconnaît identiques, et il ne conserverait point dans la famille vivante de l'homme les propriétés à mesure qu'elles y sont acquises?.. Qu'on a donc peu réfléchi!

Le mérite de l'individu se prend du point de départ; mais la famille recompose tout ce qu'a produit le passé. L'individu est pour le mérite, la famille pour le progrès que font les hommes. Nos vertus, nos vices, le flot de nos efforts et de nos propensions versent leurs germes dans la coupe du sang. Chaque génération se transmet.

La liberté a toujours à faire le chemin qu'elle n'a pas fait. Qu'on ignore d'où viennent les choses ! les parents ont des enfants qui ressemblent au fond de leur cœur...

Les degrés que montent intérieurement les familles

sont caractérisés par les degrés économiques et les diverses professions. Tel vice, tel orgueil mettra un obstacle éternel à la croissance de telle famille ; comme au triomphe de telle race au milieu des peuples. Les degrés que franchissent les familles offrent autant d'épreuves où elles peuvent être arrêtées. Les parents qui cherchent le bienêtre à leurs enfants, ne leur trouvent pas le Paradis... ni la grandeur en ce monde.

Il faut toujours un peu plus d'âme pour s'élever d'un point plus haut : à tout instant l'orgueil fait éclater des familles, et les précipite du point d'où elles sont parties. Telle a fait des économies, mais achète un trop vaste champ, veut augmenter sa table ou éloigner ses fils de la peine, qui retombe où elle était.

Le bien-être est le piège qui attend les familles au sortir du peuple, et les y fait presque toutes retomber. Commel'honneur est le passage qui les attend au sortir de la bourgeoisie, pour entrer dans la noblesse. On ne s'élève que saintement. Les familles qui restent en haut sont celles qui, prises au total, ont le plus conservé les conditions de l'élévation véritable. Et cependant!,.

Si les lois économiques ne suivaient pas à pas les familles pour les ramener éternellement au point d'où il faut qu'elles recommencent, si certains efforts suffisaient pour établir des fortunes et élever des familles, la masse des êtres orgueilleux inonderait bien autrement les aristocraties; la civilisation serait impossible, il y aurait du peuple pur dans la tête des nations.

Hâter les familles par les moyens extérieurs (l'instruction, l'industrie) n'est pas d'une forte politique. Les familles ne redescendent déjà que trop promptement ,

pour que ce soient d'autres forces qu'une héréditaire vertu qui les soulèvent ! Tout ce qui s'élève avec les peines de l'orgueil retombera avec fracas.

La source des familles communes est dans la facilité avec laquelle on peut fonder de la richesse. Le fait est frappant dans les villes de commerce. Là s'élèvent de grandes fortunes, mais peu de grandes familles. Trois générations au plus détruisent le dernier rejeton. Tout ce capital fictif dont nous avons parlé a fait une émission considérable de ces sortes de familles. . . On verra leur durée.

Il faut que les difficultés et les vertus aient été constantes pendant plusieurs générations, fortifiant et le sang et l'éducation, pour produire ce qu'on appelle une famille distinguée. Le chêne met un siècle et demi à croître, quelques années suffisent aux bois blancs.

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